Ma peur,

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Peintre du dimanche, scribouillard de petits textes 1,2 maxi 4 pages, drôle en société, ai beaucoup aimé R.Lamoureux puis le grand Coluche, aime la lecture SF, Thriller ainsi que des plus anciens  [+]

Ici-bas, je ne vous apprendrais rien en vous disant que tout un chacun à ses petites misères, les uns ont des douleurs alors que d'autres ont des démangeaisons...
Eh bien, moi, je suis tout aussi mel servi, je fais de la frousse...
J'ai peur si vous préférez, et je vous prie de croire que cette maladie dite du trac est une des plus terribles qui soient...elle suffit à elle seule, de faire de votre existence bien plus qu'un énorme cauchemar...oui, je suis bien à plaindre comme vous devez vous en douter, j'ai peur de tout et de rien, peur des gens, de mon percepteur par exemple et en premier lieu, peur des bêtes, surtout des toutes petites comme les araignées, les puces, peur aussi des catastrophes qui frappent le monde dans un choix des plus aléatoires, une roulette russe, oui une peur du n'importe quoi en somme.
Tenez en ce moment, je dois être livide avec des suées, rien que d'écrire le mot impôts, c'est viscéral...même des mots comme araignées ou puces, j'en frissonne...Brrr...
Et puis que vous dire des instants ou je sors dans Paris, en plein jour, dans des rues ou le monde grouille comme autour d'une fourmilière, et que je cours et que je te bouscule, alors le trac me gagne, me prend entre ses mâchoires, comme une bête féroce et ne me lâche plus...
J'ai peur des chiens, surtout ceux à sa mémère, les plus petits, les ratiers ou boule de poils, je les pense tous enragés, j'ai peur en traversant la chaussée, même au feu ou dans les clous, si un passant me fixe, je me sens mal à l'aise et quand c'est un agent, mon sang ne fait qu'un tour.
Au soleil l'été, j'ai peur de l'insolation, du vent en bourrasque, et l'hiver si le thermomètre descend en dessous du zéro, je ne sors plus.
Dans le métro j'ai peur des bousculades plus que des pickpockets, des coupures de courant qui pourraient nous bloquer dans un tunnel, et quand je prends le train si je suis dans un compartiment seul avec juste un autre voyageur, j'ai peur et vois en lui un malfaiteur, mon premier soin alors est de m'asseoir à côté de la sonnette ou du signal d'alarme...
J'ai tout essayé, tout tenté pour vaincre cette peur ridicule, hélas je n'en suis toujours pas guéri, je m'évanouis sur le fauteuil du dentiste et me sens même très mal, rien qu'à la pensée d'aller en son cabinet.
Pour mon courrier c'est la même chose, j'ai un mal fou à ouvrir une enveloppe, l'appréhension d'une mauvaise nouvelle, que voulez-vous, on ne se refait pas.
Pour le vélo, la peur de tomber et de me retrouver à l'hôpital avec une fracture, pas de patinage, pas de canotage (pas de petite amie sur le lac Daumesnil en amoureux) peur de l'eau, que la barque chavire et que je me noie, la peur m'a brouillé avec tous les sports, même le service militaire, 12 mois de calvaire, ne me parlez plus de maniement du fusil, ni de tir sur cible...en fait d'armes à feu, le tisonnier, la pelle à cendres et les pincettes à braises me suffisent autour de la cheminée à la campagne, j'ai bien un revolver acheté par crainte des voleurs, mais il n'est chargé que de balles à blanc, en plus j'ai une peur bleue de m'en servir et il se rouille lentement dans le fond d'un tiroir, en plus je ne sais même plus où pour vous dire, j'ai une jolie voix de ténor, je pourrais aisément chanter ou bien déclamer des vers...pourtant jamais personne n'en a rien su, car la peur d'ouvrir la bouche en public me rend complètement aphone.
La peur me poursuit jusque chez moi, un coup de sonnette me glace le sang, comme la sonnerie du téléphone, les meubles comme l'armoire ancienne de la tante qui craque (non pas la tante, mais l'armoire, la tante il y a longtemps qu'elle nous a quittés) la nuit et me réveil en sursaut...
Un ami m'avait conseillé un moyen épatant et infaillible pour combattre le trac, la peur, et à son avis pour pouvoir guérir de ce mal, je devais me marier.
Me marier !!!
Mais le remède aurait été pire que le mal, la peur d'être malheureux en ménage, la peur des gosses qui piaillent, la peur de voir ma femme porter la culotte serait le pire de tout, avoir une belle-mère qui me prendrait pour son souffre douleur...
C'est pourquoi au bout du compte j'ai préféré continuer à souffrir de ma peur et ce jusqu'à la fin de mes jours et de rester célibataire, un proverbe ne dit-il pas que de deux maux, il faut toujours choisir le moindre ?
C'est ce que j'ai fait et maintenant j'ai bien moins peur, je me sens bien, la peur du mariage m'a peut être un peu guéri, qui sait, je vis avec elle, elle est mienne, elle m'appartient et nous nous connaissons depuis si longtemps que nous avons appris à nous connaître...
De temps en temps nous trinquons même ensemble.
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