Lui

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Yvonne DUPARC se définit comme une " Femme qui écrit" car elle a longtemps jonglé avec les chiffres, ce n'est qu'à partir de la retraite que lui est venu le goût de l'écriture. Elle aime allie ... [+]

Image de Prix Saint-Valentin - 2017
Octobre se terminait avec ses brumes matinales, Dalhia pressait le pas pour se réchauffer trainant derrière elle sa valise où fièrement elle avait entassé des robes légères, des shorts, des maillots qu’elle était bien décidée à revêtir une dernière fois avant les grands froids de l’hiver.
Dalhia, sur un coup de tête, avait décidé de partir au soleil, l’affiche sur le Maroc accrochée sur le mur de l’agence de voyages, ce beau pays de dunes et de mystères qui avait su arracher les plus beaux jardins au désert, l’avait définitivement convaincue. C’était là et pas ailleurs!... Personne n’aurait pu la faire changer d’avis. Lorsqu’elle est arrivée à Merzouga, elle l’européenne pressée, jolie femme moderne, la cinquantaine saine et aisée, l’ipad à la main dont, comme tout à chacun, elle ne pouvait plus se passer, elle eut l’impression bizarre d’arriver dans un autre monde, tout était endormi dans l’ombre profonde de ce village fortifié tellement il faisait chaud.

Lui ne dormait pas, il était là, il venait d’arriver. Il avait emprunté les pistes qui depuis des millénaires accueillaient les caravanes éraflant les dunes, traces aussitôt effacées par le sable qui se soulevait en fins rideaux semés de soleil. Les murailles ocrées du Ksar, perdu dans l’immensité de ce décor, avaient accueilli les caravaniers et leurs montures. Après des kilomètres de roches et de montagnes, l’espérance de trouver l’eau et le repos les avaient guidés vers ce village fortifié teinté de mystères. C’était l’apothéose dorée de leur errance, de leurs blessures et de leurs maux. Ils s’installèrent sous les pergolas pour déguster le thé et fumer le narguilé où un figuier tortueux apportait un semblant de fraicheur.
Lui s’était aventuré dans les ruelles sombres, le vent du Sahara s’était levé. Les femmes, cachées derrière les moucharabiés posaient leurs regards brulants sur ce nomade, ce fils des sables, elles ne pouvaient se montrer.
Lui et Dalhia se sont croisés dans les ruelles ombragées de la citadelle, aussitôt, son regard sombre s’est posé sur elle, la femme à la peau blanche et aux jambes dénudées. Le souffle des vents faisait voleter ses cheveux qu’elle avait libérés lançant comme un défi à cet homme. Cachée derrière ses lunettes noires, Dalhia put dissimuler le trouble que ce nomade jeune, beau, fier et ténébreux semait en son cœur. Comment cet homme, plus jeune qu’elle et d’une autre culture, pouvait abattre en quelques secondes ses certitudes et ses résolutions ? Il venait d’où ? Qu’elles étaient ses origines ? Berbères, arabes peu lui importait, il fallait qu’elle se ressaisisse  !...
Mais Lui s’était arrêté, il la regardait les yeux plissés à trop regarder le soleil, il lui avait pris la main puis l’avait guidée vers un jardin après avoir poussé une lourde porte maghrébine.
-Le riad de Merzouga, lui annonça-t-il dans un français parfait teinté d’un léger accent chantant.
Dalhia se laissait faire hypnotisée, enivrée des senteurs de jasmin et de roses. La chaleur de cette main inconnue qui la guidait faisait monter en elle des sensations inavouables.
Il murmurait à son oreille «  Chouia !... Chouia... » un mot berbère qui veut dire tout doucement. La lenteur, c’est merveilleux, elle ne connaissait pas. Puis, il lui a dit qu’elle était belle et que si elle voulait, Elle, Dalhia serait celle qui sèmerait une pluie d’étoiles sur son chemin. Ils traversèrent des cours ombragées, des pièces fraiches, ils longèrent des fontaines et des chemins abrités, main dans la main comme si le destin les avait scellés pour le reste de leur vie. Il lui a montré le chemin de l’amour, lui a fait partager ses croyances et vivre au jour le jour. C’est la voix du muezzin, à l’aube, qui les éveillât nus, ce corps jeune et musclé collé à ce corps de femme aux seins lourds et au ventre rond. Ce corps à corps de chaque nuit les enivrait. Dalhia ne se reconnaissait plus, là bas, elle oubliait son passé, peu lui importait l’avenir et à ce qu’ils allaient devenir
Cependant, les rêves jamais ne durent alors Dalhia est repartie dans le brouillard et la froidure. Dalhia, il lui faut de la pluie, du concret. Elle a retrouvé le présent et son portable, repris une vie banale et son destin. Son corps est ici en France pourtant son âme est restée là bas sous une djellaba. Elle ne pourra jamais oublier ce fils des sables, ni effacer les nuits passée à s’aimer dans le Ksar qui servait de remparts à leur intimité. Ce pays et ce prince ont trop compté pour elle.
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