4
min

Ludopathe

0 lecture

0

Avez-vous déjà rendu service à un ami en croyant l’aider, alors qu’au final, l’effet contraire se produit ? Vous me répondrez que connaître une personne revient à l’impossible. Vérifions-le avec cette histoire.

Christian, Vincent, Éric, Pascal se connaissent depuis l’école maternelle. Ils ont traversé ensemble les dures épreuves de la vie telles que l’adolescence, le lycée, les filles, les fêtes, le service militaire, le monde du travail.
Ils ont aujourd’hui tous 35 ans : Christian, gère son salon de coiffure, marié, deux enfants ; Vincent, végète dans les assurances, divorcé, un garçon ; Éric, nage dans les sphères bancaires, célibataire ; Pascal, humble carrossier, marié, deux enfants.
Dès qu’ils peuvent se retrouver, ils n’hésitent pas à assouvir leurs joies de se retrouver. Bien sûr ils ont connu chamailleries, engueulades, autres turpitudes propres aux individualités de chacun. L’amitié les a toujours réconcilié, elle compose le ciment de leurs relations. La solidarité représente une valeur importante à leurs yeux ; lorsque l’un d’eux a un problème, les trois autres mettent tout en œuvre pour l’aider à s’en sortir.

Cette fois-ci, Pascal a besoin de soutien. Le tourment dont il souffre se nomme : poker. Il en devient accro. L’adrénaline que procure l’enjeu, cette sensation de peur, d’excitation, ce sentiment de vivre intensément, ce mélange pimenté le transcende, il veut y goûter encore, encore. A tel point qu’il occulte le sens des réalités avec pour conséquence une mise en péril de sa vie, plus, celles des autres.
Préoccupée par l’attitude irresponsable de son mari face à cette addiction, Aurélie, démunie, dans l’incapacité de le raisonner malgré ses alertes, ses invectives, ses leçons de moral assénées, appelle à l’aide. La limite a été franchie, difficile à présent de se taire, son époux a contracté une dette de jeu supérieure à 100 000 euros. Une somme énorme par rapport au train de vie du couple.

Les trois compères prévenus, ils décidèrent de frapper un grand coup : donner une leçon à leur ami afin qu’il prenne conscience qu’il souffre d’une maladie.
Un samedi soir, sous le prétexte de la nostalgie, ils organisent une partie de poker en compagnie d’un complice, un joueur professionnel, rémunéré pour la soirée, qui endosse le rôle d’un un ami banquier d’Éric.
- Je vous rappelle que je suis interdit de casino les gars, se défend Pascal.
- Cela remonte à plus de dix ans, s’en amuse Christian. Et puis ici nous sommes entre amis. Rien à craindre.
- D’accord, accepta enthousiaste Pascal. Est-ce que nous jouons de l’argent ?
- Encore heureux ! Lance Éric, afin de comprendre la dépendance de son ami.
Le jeu commence, Pascal, en veine, a déjà remporté près de 10 000 euros. Comme prévu, il ne compte pas s’arrêter là, malgré les remontrances de ses amis. Au bout de trois heures, Pascal reste en course pour affronter en duel, le « faux ami ».
Deux heures après, Pascal commençait à perdre sa lucidité, ainsi que sa maison mise en jeu. Ses amis ne le reconnaissaient plus, ils constataient avec amertume les dégâts que ce jeu occasionnait sur leur ami. Ce dernier occultait toutes facultés de bon sens, il n’avait qu’une envie : gagner, gagner. L’argent ne symbolisait pour lui qu’un moyen de continuer de jouer.

La partie terminée, Pascal, livide, à bout physiquement, masque sa faiblesse psychologique. Il n’arrête pas de commenter l’excitation qu’il pouvait gagner une maison évaluée à 300 000 euros avec piscine. Au passage, il a oublié qu’il venait de perdre la sienne plus une somme d’argent conséquente.
Après quelques palabres avec ses amis, il se rendit compte de sa bévue.
- Comment je vais l’expliquer à Aurélie ? Se tracassait Pascal, affecté par la réalité.
- Mais tu avais besoin de continuer alors que tu avais ramassé plus de 100 000 ? Ajouta de l’huile sur le feu, Éric.
- Pourquoi tu as mis en jeu ta maison ? Je suis sûr que tu n’as pas pensé un seul instant à ta famille ! Tu es malade Pascal. Excuse-moi d’être franc, mais tu as un sacré problème, ajouta Vincent pour remuer le couteau.
Pascal craqua nerveusement.
- T’inquiète pas, nous sommes là ! Le consola Christian.
Éric joua la colère.
- Ah non ! Cette fois, ça suffit les conneries ! Je crois que nous l’avons déjà assez aidé avec ses dettes précédentes. Cette fois-ci qu’il se démerde tout seul ! Pour ma part j’en ai marre d’aider un gars qui ne se remet pas en cause. Cela ne sert à rien ! Il ne comprend rien ! Il est irrécupérable !
- Calme-toi, ce n’est pas le moment de le laisser tomber, tempéra Christian surpris par l’attitude véhémente car non prévue au programme.
- Je te jure que c’est la dernière fois ! Je sais que je pouvais m’arrêter lorsque je gagnais, mais je devais me renflouer par rapport à une perte que j’ai contractée hier !
Éric continua le rôle de l’accusateur acharné.
- Tu nous a dis en début de soirée que tu n’y jouais plus depuis 10 ans ! Tu sais quoi Pascal, je crois que tu es malade ! De toute façon tu dis toujours que c’est la dernière fois mais non, tu insistes ! Vois où ta connerie te mène ! Tu nous mens, tu mens à ta femme, pire, tu te mens à toi-même ! Tu me dégoûtes !
Dans la foulée de ses propos, il quitte la pièce, rageur.
- C’est bon, je crois qu’il a compris maintenant, surtout que ce soir...
-... Il a raison, coupa la parole Pascal. Je ne suis qu’un inconscient. Là, je vais rejoindre Aurélie et je vais lui annoncer que ce soir c’est la dernière nuit qu’elle passe dans notre maison, que nous venons à peine de construire. Et lorsqu’elle me demandera la raison, la honte s’abattra sur moi. Je ne suis vraiment qu’une pauvre merde. Je laisse à mes filles un héritage de dettes.
- Il est tard, tu es fatigué. Tu ne lui diras rien à Aurélie car demain nous arrangerons tout cela. Éric interviendra auprès de son ami. Nous trouverons une solution.
- Non, non. il a raison. Je comprends qu’il en ait marre de m’aider. Il en a déjà fait assez. Tout comme vous d’ailleurs. Il faut que j’assume mes erreurs, seul !
- Tu le connais, il s’emporte facilement, mais après il adore jouer les Saint-Bernard. Ne t’inquiète pas. Nous sommes là pour t’aider. Nous te trouverons une thérapie adaptée et nous épongerons tes problèmes financiers. Qu’en penses-tu ?
- J’en dis que la nuit porte conseil et que j’ai de la chance de vous avoir. Je dois rentrer. Je vous appelle demain.
Une fois Pascal parti, Éric rejoignit Vincent, Christian, tous deux dépités.
- Alors ? Demanda Éric. Il a pris conscience du problème ?
- J’ai l’impression. Mais il faudra le soutenir à fond parce que tout seul, il ne va pas réussir.
- Dès demain, je me renseigne auprès de spécialiste, soupira Éric.

Le lendemain aux alentours de 8 heures, Éric s’affairait pour se rendre à son bureau lorsque le téléphone sonna.
- Fais-vite, je dois partir.
- Pascal est mort.
- Qu’est-ce que tu me racontes ? Déglutit Éric.
- Aurélie et les enfants ont retrouvé Pascal pendu dans le garage.
- Impossible Vincent. Il m’a envoyé un texto, il y a 10 minutes pour me dire qu’il avait de la chance de nous avoir, qu’il pouvait compter sur nous, pour Aurélie et ses filles.
- Je sais, nous avons reçu Christian et moi, le même message d’adieu.
- Il s’est tué... À cause de la partie de poker ?
- Sûrement.
Le silence de la culpabilité s’abat sur ses épaules. Il se met à pleurer.
0

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,