louise

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Accepter de lire, c'est accepter de vivre. Écrire, c'est ouvrir son âme à des inconnus, mettre à nu son être. Écrire c'est rêver, partager, aimer ou ne pas aimer, j'espère voyager avec  [+]

LOUISE

Lorsque je suis arrivée, les regards se sont posés sur moi, me décortiquant tels des crevettes fraîchement cuisinées. Cuisinée, j'allais l'être ! Debout devant l'entrée de l'école, je regardais silencieusement la cour agitée du rire et des cris d'enfants encore libres de toute contrainte scolaire. Les chuchotements têtes baissées, accompagnaient mon passage ; j'avançais parmi un flot
d'enfants surpris et curieux. Je traversais un champs de murmures ; suspicieux, critiques, interrogateurs. La sonnerie retentit et une marée de petits d'hommes s’engouffrèrent dans le bâtiment. Ils avaient l'habitude, eux ! Je restait là, plantée devant l'entrée principale respirant une dernière fois l'air doux de ce matin de d'octobre.
Une silhouette s'approcha de moi. Je devais la suivre. En quittant les rayons du soleil, un couloir sombre m'avala. J'étais dans le ventre d'un monstre inconnu. Puis je discernai quelques formes : deux portes de chaque côté, des patères, un carrelage de tomettes rouges. Et ce grand escalier en pierres à la rambarde en bois et sa boule de rampe en laiton représentant une pomme de pin. La magie s'opéra. Je suivais l'ombre et gravis les marches en toute confiance. J'imaginai, à chaque enjambée, les vagues d'élèves, montant, descendant, se croissant tel une autoroute humaine A l'étage, quatre classes. Je fus invitée à rentrer dans l'une d'elle. Une boule d'angoisse pétrifia mon corps. J'en avais connu des écoles, mais chaque rentrée m’emplissait d’appréhensions. La porte s'ouvrit !
Tout les yeux se tournèrent vers l'ouverture. Je montai sur l'estrade et l'instituteur me présenta à la vingtaine de trous de billes écarquillées. Ma carte d'identité, ma généalogie, il ne manquai plus que le poids et la taille ! Quelques mots soufflés, quelques ricanements, je fus prié de m’asseoir prés d'une jeune fille à la peau couleur café torréfié, aux cheveux crépus et au regard d’obsidienne. Akosua. Je faisais pâle figure. Ma peau de neige, mes longues tresses blondes et mes yeux océaniques. Cela ne laissa pas indifférent... Comme un signe, elle devint ma meilleur amie et toute l'école nous appelèrent par la suite: le yin et le yang. La porte se referma et le silence ne fut coupé que par les consignes de notre professeur. Je le regarde, le détaille. Grand, fort, des lunettes plaquées sur un visage rubicond, monsieur Rounaldi était très loin de ressembler à ses charmants ténors. Le contraire d'une voix profonde, chaleureuse, d'une stature brillante et imposante. Je me pris à rêver et revivre les instants dans notre caravane, ma mère et moi. J'entendais la Traviata adoré par maman. Je revoyais les robes gitanes tournoyant devant les flammes du feu et les guitares envoûtées résonnaient encore dans mon souvenir.
Soudain, une sonnerie retentit et me sortit de mes rêvasseries. Je sortis sans hâte avec un bâillement. Je savais ce qui allait suivre immanquablement. Dans la cour, un comité attendait tel un chasseur à l’affût. Les questions fusaient comme des balles. Certains me touchaient du bout du doigt. J'étais un fantôme!J'étais bizarre ! Une fille si pâle ! Regardes ses yeux ! Rond comme des ballons ! D'où viens-tu ? Tes parents ?
Je m’appelle Louise, j'ai onze ans. Je viens d'Allemagne et mes parents ont fui la guerre.
Là-bas, des soldats tuent parce que vous êtes différents de par votre croyance ou votre naissance.
Ma mère est morte après une rafle. Nous nous sommes cachés, mon père et moi. Nous avons beaucoup marché. Des gens nous ont aidés, d'autres pas. Nous avons tout laissé dernière nous. Grâce à son travail, mon père a pu venir ici. En Afrique. Mon père répare les mécanismes de montre et refait les chaises en paille. Maintenant, il travaille dans une ferme à côté du village. Je vais vivre ici !
Et malgré notre différence, sous le soleil méridien, les écoliers me saluèrent dans un chant.
Ils tournèrent autour de moi. Chacun s'approchant très près de mon visage, les bras levés au ciel. Le sable se soulevait sous les pas agités et rythmés. J'entendis même un djembé. Le maître s’approcha de moi.
- C'est un chant de bienvenue me confia-t-il. La différence fait peur de par son ignorance.
Il réajusta ses lunettes et repartit dans sa classe.
J'ai pleuré ce jour là. Cela faisait longtemps que je n'avais pas pleuré. Depuis la mort de maman, je me l'était interdit. Mais ce jour là , j'ai pleuré comme une rivière.
Je me sentais un peu chez moi.
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