Lorsque la Nuit Chante et Aboie

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Conteur d'histoires du monde fantastique d'Alphasia www.lacrimatica.eklablog.com  [+]

"Je te salue, lecteur ! Avant de te raconter cette histoire, sachez qu’elle est fortement similaire à quelques-unes de votre Monde Humain, notamment dans vos contrées dites « normandes ». En effet, la Légende du Taranne, le chien fantôme, disparaît petit à petit dans votre région, et je trouve cela plutôt triste, car le mystère qui en émane est curieusement partagé entre l’inquiétude, l’angoisse et une curieuse part de magie quelque peu féerique. C’est pour cela que je me devais de vous fait part de ce nouveau conte d’Alphasia. A présent, asseyez-vous auprès du feu, contemplez les hautes étoiles et laissez ma voix vous bercer dans la féerie du conte."

Il était une fois, dans une petite seigneurie reculée des grandes villes, au cœur des campagnes du continent Elaros (Oui, l’histoire se déroule encore en Elaros... Promis, la prochaine fois, je vous emmène ailleurs !), un voyageur et son chien se rendirent, en une nuit sans étoile, au château pour se reposer d’une longue marche. Le Seigneur accueillit en personne le voyageur, car il n’avait pas de domestiques à tout moment à cause de sa trop petite richesse qui semblait traverser une sombre passe. Mais le Seigneur demanda en échange une grande somme à payer pour l’hébergement du voyageur et de son chien. Or, le voyageur avoua au Seigneur qu’il n’avait pas un sou mais qu’il avait la possibilité de travailler pour lui le temps de rembourser la nuit d’hébergement. Cela n’allait pas en l’avantage du propriétaire, mais il était vrai qu’il y avait une grande corvée de bois le lendemain et personne de la seigneurie pour la faire. L’étranger accepta la corvée de bois du lendemain et s’installa dans sa chambre. Mais le propriétaire refusa que le chien n’entre dans son château par peur qu’il salisse la tapisserie ou d’autres gâteries précieuses pour le propriétaire. Le voyageur insista en disant au Seigneur que ce chien était d’une certaine importance pour lui et qu’il l’avait trouvé vagabondant auprès des ruines d’une vieille ferme. Le Seigneur ne voulait rien entendre, et de plus, le fait qu’il s’agissait d’un chien errant le plaisait encore moins. Puis, l’étranger lui promis de travailler un jour de plus s’il acceptait que le chien dorme à l’intérieur du château, cela arrangea beaucoup le Seigneur qui avait des chevaux à nourrir et leurs écuries à nettoyer. Alors les deux hommes s’entendirent ainsi et partirent boire un verre de vin ensemble avant d’aller se coucher.

En plein cœur de la nuit, le Seigneur fut tiré de son sommeil par des bruits étranges dans les couloirs, il sortit de sa chambre et trouva le chien du voyageur qui se baladait. L’animal ne semblait pas voir sommeil, donc il marchait entre les couloirs du château. Mais les bruits des griffes du chien sur le parquet rendaient le sommeil impossible pour le Seigneur. Or, pensant au fait que le voyageur ne dormirait que deux nuits ici, il eut le bon sens de laisser le chien se promenait se disant qu’il finira par se lasser.

Le lendemain matin, le Seigneur se leva de son lit avec une mine des plus affreuses, il n’avait pas fermé l’œil de la nuit : le chien du voyageur n’avait pas cessé de marcher sur le parquet des couloirs du château. Il fit donc part de son mécontentement à l’homme, mais ce dernier lui expliqua que ce chien ne dormait jamais. Et comme la corvée de bois avait parfaitement bien été rangée et que le Seigneur lui avait promis que l’animal passerait à nouveau une nuit dans le château, il était conscient que le fait de contester serait malhonnête de sa part.

La nuit suivante, le Seigneur était résolu à dormir puisque la fatigue de sa nuit blanche précédente lui avait déclenché un terrible mal de tête. Mais une fois encore, en pleine nuit, le chien continuait à marcher dans les couloirs, mais le pire, c’est que cette fois-ci, il se mit à aboyer sur un chat qu’il avait vu au travers de la porte fenêtre du salon. Alors, fou de rage, le propriétaire des lieux bondit de son lit, empoigna son poignard, et égorgea le chien. Malgré cela, il passa à nouveau une nuit blanche pire que la précédente, tellement le silence était devenu lourd et sinistre.

Le lendemain matin, le voyageur demanda pourquoi son chien avait été égorgé. Le Seigneur lui déclara qu’il l’avait laissé sortir en pleine nuit car l’animal avait couiné à la porte pour faire ses besoins dehors. Mais, s’étant rapproché trop près du bois, une meute de loup s’est jeté sur le pauvre chien et l’a égorgé. Le voyageur, ne croyant point un mot du Seigneur, lui dit : « On verra bien plus tard si ce que vous dites est vrai, croyez-moi ! ». Malgré cela, l’homme repartie travailler avant de s’en aller pour toujours, laissant le Seigneur dubitatif à propos de ses derniers mots.

11 années plus tard, la Seigneurie avait grandement changé. Le propriétaire du domaine était devenu bien plus riche, marié, et propriétaire de tout un village. L’homme et sa femme vivaient des jours heureux, les villageois ne se plaignaient pas puisqu’ils semblaient être suffisamment payés, les seigneuries voisines, bien qu’assez éloignées, ne montraient aucun signe d’hostilité et la paix régnait avec des belles journées. Mais comme tout conte, il vint un jour où le ciel s’assombrit : Le fils unique de la Seigneurie tomba gravement et mystérieusement malade. Bien entendu inquiets, les parents du jeune petit Comte convoquèrent tous les médecins, soigneurs, magiciens et oracles pour pouvoir comprendre le mal qui rongeait le jeune homme afin de la soigner. Mais aucun d’entre eux ne comprenait les sources de la maladie, et tous avaient la même conclusion : le pauvre petit comte était mourant.

Très rapidement, les sombres journées s’installèrent dans tout le domaine. Le Seigneur, accablé par la tristesse, dépensa des sommes titanesques en envoyant ses hommes vers les terres les plus reculées afin de trouver un guérisseur capable de guérir l’enfant, mais tous ses efforts furent vains, et ses dépenses monstrueuses réduisaient les salaires des villageois qui commencèrent à se révolter contre leur Seigneur.

Or, en une sinistre nuit sans étoile, un chant brisa le silence. Il s’agissait d’une magnifique jeune femme totalement inconnue au domaine. Elle avait une cicatrice au cou, mais elle ne gâchait en rien sa sublime beauté. Les villageois n’avaient rien contre le fait qu’elle chantait la nuit, cela ne les dérangeait pas. Mais par contre, les chiens étaient terrifiés à son passage. Tous aboyaient et grognaient lorsqu’elle chantait. Alors, évidemment, lorsque tous les chiens d’une seigneurie se mirent à aboyer en même temps, les villageois virent en la belle femme une sorcière. Ils prirent donc la décision de la capturer, mais au moment où ils prirent leurs armes, la femme avait disparue.

La nuit suivante, tous les chiens du domaine aboyèrent des plus belles. Les villageois se réunirent à nouveau pour traquer la sorcière, mais ils ne trouvèrent rien. Tout à coup, ils entendirent des chiens couiner de douleur et d’autres hurler de peur. Les hommes et femmes se précipitèrent vers les chiens en détresse et virent devant eux une scène macabre : Trois chiens étaient égorgés, deux autres avaient été retrouvés presque entièrement dévorés, et au loin, ils virent un grand chien luisant aux yeux aussi rouge que le feu. Pour eux, il était évident que ce chien luisant aux yeux rouge venait du Royaume des Morts et était responsable de la mort de leurs canidés.

Les nuits suivantes furent pareilles. La première nuit, la jeune belle femme chante et fait peur aux chiens sur son passage, la deuxième nuit, le Chien du Royaume des Morts vient dévorer et tuer cinq chiens. Complètement terrifiés par ce fantôme, les villageois demandèrent de l’aide au Seigneur. Mais celui-ci leur répondit :

« Chers amis ! Votre peur n’est pas une détresse, puisque la sorcière a guérit mon fils unique en échange de l’hébergement que je lui offre dans le village. Vos histoires de chiens ne me regardent pas. Et tant que Taranne, la sorcière guérisseuse, continuera à chanter toutes les deux nuits, mon fils vivra. Je ne peux donc point la chasser. Et dites-vous que nous sommes en hiver, les loups du bois sont affamés, ils sont assurément les responsables de la mort de vos chiens. »

A ce moment-là, les villageois comprirent qu’ils devaient vivre sans leurs chiens. Et plus des nuits passaient, plus les chiens se faisaient dévorer par le Thérende, c’était le nom qu’ils avaient donné au Chien maigre luisant aux yeux rouge.

Depuis ces sinistres événements, on dit que tout voyageur se rendant avec son chien dans le petit village de la Seigneurie du Cinglais ne verra jamais son animal en revenir.
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