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Prof de lettres à la retraite mais pas en retrait du monde. Toujours en partance! Les mots pour seul bagage, pour tout héritage  [+]

Reconnaissance de dette en forme de plaidoyer.

L’ivresse des débuts, des consonnes mariées aux voyelles pour donner naissance aux syllabes saccadées, aux mots parlants, déjà, porteurs d’une histoire charmante : un coq à la rouge crête sanguinolente, des poules vagabondes, un enfant aux genoux écorchés, des larmes vite essuyées...
Du plus loin que je m’en souvienne, ils ont toujours été là, posés de guingois sur une chaise ou au chevet de la malade épanouie que j’étais souvent, en proie à des crises de foi providentielles... Ils sont toujours là, à portée de main. Je peux compter sur eux, me la raconter. L’après-midi a beau s’étirer, interminable, j’ai de quoi triturer le temps, l’allonger, le raccourcir à mon goût, à mon rythme. Quiète sieste en quête de conquête inquiète de soi... De quoi affronter sans ciller ce grand méchant loup de soleil trop aveuglant ou la grisaille, fouine toute aussi cruelle.
Il me faut le dire, ils ne m’ont jamais déçue. Je les achetais sou après sou, les empruntais un peu partout, les recevais en cadeaux de prix. Je les aimais tant. Et ils me le rendaient bien de leur silence indulgent, tendrement complice. Je vivais avec eux une histoire d’amour traversée de grandes heures éblouies, de plongées vertigineuses mais aussi de fugaces instants de dépit, de bref répit.
Ingrate que je suis, j’ai longtemps profité de leur présence tranquille sans même songer à les remercier, tout simplement. Et puis merci à qui, à quoi, comment dire ce qui va de soi ? Et un beau jour, je ne sais trop pourquoi, j’ai eu envie d’y aller de mon couplet louangeur, de me fendre d’un compliment. Eux se sont si souvent fendus, mer des joncs largement ouverte. Ils m’ont tant donné, tant appris l’air de rien, billets doux, feuillets légers, et profonds avec ça...
A moi de rendre la pareille en retour, de mettre sur le papier les mots qui font la chose écrite, qui donnent les contours et aboutissent à l’objet du délire. Cette reconnaissance de dettes, modeste bien sûr, prendra la même forme de mots sonnants et trébuchants. Impossible autrement ! Carillon joyeux, libre, fou.
Forme familière, rectangulaire et plate, un peu austère même, avec le carton souvent corné de la couverture alléchante, happant le regard toujours distrait. Elle de me susurrer : « Regarde-moi, ouvre-moi comme une huitre luisante, prête à livrer toute sa saveur, à laisser sur les mains une odeur tiède de papier mâché. Parcours-moi de long en large, commence par le début, par la fin, peu me chaut ! Tu peux aussi bien m’entamer par le milieu. Je me plie à tous tes caprices, pourvu que tu me prennes ! »
Horreur ! L’objet est à l’envers ! Un monstre de désinvolture lui a fait subir les derniers outrages. Aussitôt, je vole à son secours, rétablis le monde comme il va, dans le bon sens. C’est beaucoup mieux ainsi, et tellement plus rassurant. Souvenir d’une forfaiture : un petit malin d’éditeur a imaginé le supplice d’une quatrième de couverture, Petit Prince, tête en bas. Insupportable sacrilège à qui en a vu de toutes les horreurs.
Bon, je le saisis enfin de mes doigts experts, habitués à palper, à soupeser les grandes illusions emprisonnées dans les pages bruissant encore de mille maux. J’effeuille ces fidèles gardiennes toujours prêtes à m’accompagner pour une promenade de santé et plus car affinités.
Livre ! Le mot est enfin lâché, rempart protecteur contre l’ennui stérile et le regret venimeux. Voici nommé l’ami fidèle des jours incolores, attendant son heure sur l’étagère poussiéreuse et incurvée, alourdie de rêves de papier, de trésors enfouis à déterrer à la petite cuillère, une pour Papa, en haut, une autre pour Maman, en bas.
Aucun, jamais, ne m’a déçue. Même les plus obscurs, ceux qui avaient poussé hâtivement, sous une plume maladroite. Ils avaient tous quelque chose d’émouvant, un trémolo tremblant d’humanité, un je ne sais quoi qui leur épargnait l’infâme pilon. In extrémis, ils échappaient à la poubelle débordante, ils étaient bel et bien sauvés. Une page ouverte au hasard retenait mon attention, une phrase, un mot s’inscrivait dans mon esprit soudain envoûté et le livre réintégrait ses pénates pour de nombreuses années nonchalantes, serré entre deux de ses semblables tout aussi chanceux. Et quand j’ai dû en faire le tri, en sacrifier quelques-uns, n’ai-je pas tout aussitôt cherché à racheter ceux que je retrouvais sur les étals des bouquinistes, poussiéreux et jaunis, triturés par d’autres mains oublieuses elles aussi, ingrates elles aussi.
Alors, lequel emporter alors sur une île déserte ? Question banale invitant à des choix déchirants. Tous ! A pleins bras, quitte à en être submergée. Aucun ! En un refus dépité de trancher à vif. N’importe lequel, finalement, à condition de le pénétrer, de le savourer mot à mot, au plus près de ce que l’auteur a murmuré, parfois l’air de rien, comme une pythie obéissante. Oui, lire l’heureux élu qui n’en demandait pas tant, jusqu’à en extraire toute la substance, sans jamais en épuiser le sens toujours miraculeusement renouvelé.
En fait, je n’en étais pas encore à me poser cette question désenchantée, invitant à tous les reniements, au rejet dédaigneux. Au contraire, Il m’en fallait toujours plus. Je thésaurisais sans cesse, dressant des listes de titres pour au moins retrouver une trace de ces lectures désordonnées, avalées par grosses tranches goulues, jusqu’à l’indigestion. Livres dévorés avec quelle gloutonnerie ! Je souffrais d’une boulimie maladive, presque inquiétante, comme en proie à une frénésie irrépressible. Combien de livres parcourus, déchiffrés, repoussés avec exaspération, fermés avec regret une fois que j’avais déroulé tout le ruban clinquant, d’une traite, en grande assoiffée que j’étais, que je reste, toute honte bue... Et ce souhait à peine formulé d’y revenir un jour, sans jamais tenir cette promesse exaltée, toujours poussée plus avant vers d’autres livres, d’autres dérives.
Et pour quoi finalement ce goût marqué, pour quelle faim ? Pour satisfaire quelle envie d’histoires à rester éveillée, paresseusement allongée, croquant une pomme ensanglantée ? Pour fuir la réalité sans gêne, toute nue, débouchant sur une voie unique, prévisible, tracée sans une once de fantaisie? Pour aborder des rivages enchanteurs, aux allures de cartes postales ou traverser des bouges cauchemardesques ? Pour prendre la porte de sortie ou me heurter à un mur épais, ouvrir volets et fenêtres sur la vie enivrante de diversité ou clouer des planches et condamner toute issue ? Tous les possibles me sont offerts et encore, et encore. J’en ai trop vu, trop lu, de mes yeux jamais fatigués. Enfin, plus vraiment, à présent qu’un voile gris est venu s’interposer insidieux pour m’inviter à la prudence, peut-être au discernement.
Ainsi, je veux raconter les livres tels que je les ai désirés, si ardemment désirés. Ils étaient jetés pelle mêle sur le trottoir, dans une rue écrasée de soleil, une trouée aveuglante. Froissés, maculés de poussière, ils étaient vendus « d’occasion ». La belle affaire... Leurs propriétaires les avaient manipulés, les avaient traitreusement abandonnés. Ils jonchaient le sol, misérables, oubliés... Ils avaient échoué là, pitoyables épaves d’un naufrage à peine remarqué. J’aurais aimé les emporter tous, à pleins bras, les sauver d’une mort discrète mais ma bourse était une plate limande.
Et puis ceux que je lisais à la sauvette chez des cousins hilares qui se moquaient de mes escapades livresques dans une chambre isolée alors que tous jouaient à grand-mère, veux-tu ? Moi, je ne voulais pas, je ne mangeais pas de ce pain-là, je préférais parcourir à grandes enjambées les chemins de la liberté et m’éloigner à la vitesse grand V des miens qui n’en sauraient rien, jamais. Comme on sort lisse, impénétrable, de ces lectures à la dérobée, de ces heures délicieuses arrachées aux voleurs de temps ! Jamais personne ne saurait rien de ces escapades éperdues, délicieuses sorties de piste...
Pourquoi ces virées en solitaire, ces plongées en apnée si souvent répétées, depuis les premiers ânonnements? Qu’est-ce que je leur trouvais à tous ces livres que je lisais sans retenue, poussée par un désir inconscient de sortir du lot ? Je savais de façon instinctive que la lecture était ma seule chance d’accéder à une autre vie plus intense, colorée de lumignons artificiels, tentateurs. Nul doute, j’échapperais, grâce à eux, à ma ligne de vie droite, le plus court chemin d’un point à un autre de non- retour, pour emprunter les sentiers buissonniers, tortueux de la liberté, pour me perdre à loisir, me retrouver à plaisir.
Les phrases que je lisais étaient si bien tournées, si riches de sens, porteuses d’images venues du monde entier. Impossible de retrouver titres et auteurs. Qu’importe ! La magie était à l’œuvre au noir... J’étais en Afrique un garçon farouche et maigrichon, je minaudais derrière mon éventail à Séville, je prenais la mer en moussaillon aventureux à Saint Malo pour échapper à un vieil oncle avaricieux. Je n’étais plus clouée à mon pilori, comme une vulgaire mouche transpercée, je voletais partout ailleurs, libre, ivre de mots et d’impressions indélébiles qui finissaient par m’étourdir, en toute confiance. Mon front resterait lisse, impénétrable, protégeant farouchement mon royaume de mots.
Qu’importe si, parfois, les livres se faisaient rares, trop chers pour être accumulés, encombrants aussi. Un seul pouvait me nourrir longtemps. J’étais capable de reprendre le même ouvrage inlassablement. J’avais lu et relu treize fois, me souvient-il, celui offert généreusement, à mes dix ans ! Je glissais inlassablement sur des patins d’argent et picorais à plaisir d’imperceptibles miettes pour apaiser ma fringale. Je me mentais effrontément, feignais d’ignorer la fin, sachant fort bien me dédoubler. J’étais à la fois l’auteur placide qui menait paisiblement son lecteur au dénouement sans en faire toute une histoire. Pour ça, rien à redire : ficelles impeccables tirées avec talent. Je restais aussi la fillette exaltée qui vivait cette aventure en totale amnésie, dans l’oubli bienheureux de sa précédente lecture, pourtant récente. Je frissonnais d’émotion, comme à la première ligne, à la toute première fois. Pouvoir inouï de l’écrivain, grand pourvoyeur de vie autre, ailleurs.
Pauvre de moi, pauvre en livres mais riche en moyens de compensation. J’avais compris que l’essentiel était ailleurs. Pas dans le schéma narratif, si atrocement désigné, pas dans ce qu’on appelle plus simplement l’histoire avec son vulgaire cortège de personnages criards, même les plus pâlichons. Le plus important se nichait dans les mots lovés au creux de l’oreille pour engendrer le rêve sans qu’il y ait besoin du sujet, prétexte de quatre sous, entrechoquant ses gros sabots.
Du coup, je m’étais libérée du livre sacro-saint, détenteur de mystères, de messages, à lire in extenso. Il était pour moi, une boîte à sons que je pouvais agiter à mon gré comme une tirelire rebondie. Un trésor de notes mélodieuses s’échappant au moindre mouvement. Et j’y allais à cœur joie, la secouant de plus belle, ne sachant où donner des oreilles, savourant mots et merveilles épanouis en syllabes délectables. Tout était bon à prendre pourvu que la phrase sinueuse s’empare de mon esprit consentant, m’enserre de ses liens souples et nerveux, me laisse exténuée par cette symphonie jamais achevée.
Sacré bouquin ! Livre sacré ! En papier Bible, en mille feuilles si fines, si fragiles, bruissant de tout ce contenu retenu, détenu... jusqu’au sésame libérateur entre les mains d’un lecteur ébloui ou parfaitement indifférent, dévorant avec avidité ou parcourant l’air de ne pas y toucher les pages ardentes...
Pour ce culte, il faut les temples que sont les bibliothèques, silencieuses chapelles qui brûlent les yeux éperdus des fidèles recueillis pour la grande messe. Des librairies, aussi, lieux de perdition, d’impatiente convoitise où les livres s’offrent aux clients alléchés par les couvertures tapageuses. Ou pire, les foires aristocratiquement appelées salons. Les derniers pavés y sont vendus à la criée au milieu d’une foule ne sachant vers quel ouvrage donner du cœur.
A notre époque de banalisation totale de la chose écrite, règne en conquérante éhontée la muse vénale décriée par le poète. L’auteur, car il faut bien vivre de sa plume, bien se gratter le croupion malodorant, exécute son numéro de prestidigitateur, sort de son chapeau tout cabossé un minable rongeur, aux dents longues et se livre à d’interminables séances de signature parmi les sourires compassés et les regards en dessous. Parfois, son vieux cœur fatigué est encore battant, une question plus pointue le transperce et il perçoit alors le cri effaré d’un tissu qui se déchire en lui. Ne s’est-il pas livré, tout entier, sans y prendre garde, avec une naïveté confondante ? Comme il est nu, même pas bronzé, ver à soie visqueux, se contorsionnant sans pudeur sur une surface trop lisse.
Voilà ce qu’est devenu le livre, une simple opération de marketing, judicieusement programmée. Que n’a-t-on préservé la noblesse, encouragé avec ferveur, avec humilité, ce don de soi gratuit, cet élan audacieux qui fait flèche de tout bois, de tout papier chiffonné, griffonné d’un sang d’encre, trempé de larmes exquises, sans autre récompense que les feuilles encore palpitantes, déposées sur un chevet, comme apaisées après l’assaut tumultueux de la bourrasque ?
Las ! C’en est fini ! Ne procède-t-on pas, à présent, à des ventes de livres au poids, dans ces minables centres commerciaux suant la médiocrité ? Fin d’un monde en une explosion silencieuse. Le champignon s’étale en un ralenti muet. Il happe les humains robotisés, incapables de mesurer le danger, aspirant goulûment l’air raréfié. Stupides poissons au fond d’un aquarium contaminé, verdissant de bêtise...
Libre livre ! Vibrent encore une fois, pour la déroute, les mots perdus à jamais dans cette apocalypse programmée. Livres jadis brûlés, pilonnés à présent sans égards. Sévices après services rendus. Bons, loyaux, qu’importe. L’irrésistible descente aux Enfers a commencé. La bête immonde attend. Regardez- la : œil luisant, ventre fécond, sabot rageur. On aura beau traîner des pieds, ralentir des quatre fers, soulever des nuages de poussière d’étoiles par-ci, par-là, rien n’y fera.
Désormais, se déploie la lente agonie, la mort du signe, en une ultime danse... avec les jeunes loups de la publicité. S’étend à perte de vue la morne plaine du profit où règnent les nègres noircissant du papier pour vendre sans état d’âme, telle célébrité racoleuse, telle star pulpeuse en diable. Cruelle fin de partie, de plaisir, de campagne, toute en œillades malicieuses, en connivences acquises au gré du temps. Fin de non-décevoir.
A-t-il dit son dernier mot ? L’arrière-garde veille, refuse le Waterloo... Les Grognards bivouaquent sur la morne plaine inculte. Ils ne croisent pas les bras, se battent jusqu’au dernier dans les collèges chahuteurs, dans les lycées réticents. Ils campent sur leur position, soufflent sur les braises, font passer les patates chaudes. Les élèves se prennent parfois au jeu, à l’école des sorciers. Tous les coups sont permis pourvu que vive le dernier Empereur!
Allez, viens avec moi, petit, ouvre ce bon vieux livre. Il attend son heure depuis si longtemps. Je t’invite à une balade en forêt épaisse, feuillue. Ne crains rien : le loup est seulement dans ta tête. Au pire, il te fixe de ses yeux bleus au Zoo. La chèvre est à l’abri dans son enclos... Ecoute l’appel! Et toi, l’aventureuse, plonge au fond de l’océan et deviens jolie sirène mutilée. Maintenant, petite Cosette dépenaillée, écarquille tes yeux devant une poupée qui fait oui. Gavroche, ne dis pas non.
Ce n’est pas fini... Jamais ! De toute éternité, tu es l’enfant du Capitaine Grant : respire l’air du grand large ! Gare aux cannibales dévorateurs comme toi. Tu es aussi, pourquoi pas, le fils de Madame Lepic, Poil de carotte à gratter, dans le bon sens ! A toi de choisir : ça te gratouille ou ça te chatouille ? Knock out ! Passe muraille audacieux, tu en redemandes ?
Allons bon ! Te voilà devenue la Fille du capitaine : tu parcours la steppe. Drôle de famille mais c’est la mienne ! Ils t’adopteront facilement, tu verras, ils ne sont pas regardants. Le Père Grandet peut-être ou ce pleurnicheur de Père Goriot feront les difficiles. Mais les grands frères, les Julien Sorel et autres Rastignac aiguiseront ton appétit...
Inépuisable trésor de personnages, de situations. Que choisir ? Que viens-tu faire en cette galère ? Tu mords à l’hameçon d’un vieil homme, lit des romans d’amour au fond de la forêt tropicale, découvre la perle rare et poursuis une souris parmi les hommes. Attends, ce n’est pas toute la mise. Tu perds au jeu, roule affamée en diligence, choisis l’arsenic et attend la mort en grandes pompes. C’est à n’y rien comprendre ! Tu es la cantatrice chauve qui prend sa première leçon et rit de se voir si belle en ce miroir... aux alouettes.
Plume ces livres, un à un ! Effeuille ces pages, un peu, beaucoup, mais pas : du tout ! Tu en perdrais le goût de vivre, le goût des autres. Tu ne saurais rien des hommes, de leurs rêves, de leurs illusions perdues, de leurs paradis artificiels, de leurs saisons en enfer. Tu serais une étoile errante, un bateau ivre sur l’écume des jours. Ce serait un arrache-cœur, un huis clos desséchant, l’horrible condition humaine, sans symphonie pastorale ! Tu serais étranger à toi-même, plongé dans le silence de la mer. Tu serais Alice, exilée du pays des merveilles, privée des paroles du vieux sage, sans instrument des ténèbres. Ce serait la peste, le choléra avec refuge impossible sur les toits.
Les as-tu reconnus les beaux muets appelés en renfort, jouant ce jeu de devinettes, les grands seigneurs ? Le tableau est-il suffisamment gris, brouillé de traits rageurs ? Dernière leçon du vieux professeur suppliant, les mains nouées, les doigts contractés comme s’il y allait de sa propre vie perdue dans le naufrage des esquifs de papier ?
Non ? Tu m’adresses, impitoyable, un signe de refus à peine gêné. Pouce impatient sur la tablette... Tant pis pour toi, pour tous ceux, embarqués, candides et ingénus, pour le grand voyage au centre de leurs têtes, privés de voies de secours, de hublots salvateurs, plongés dans le noir sans encre du pire des mondes.
Oui ? Tu es prêt à te livrer, te délivrer? Saute le pas ! Cours à la librairie, à la bibliothèque, là où les livres s’étalent, s’offrent impudiquement. Empare-toi d’un de ces fichus bouquins dont tu te fiches bien et cherche, cherche la pépite, sourcier obstiné, avec gourmandise, avec gloutonnerie même. Tu trouveras ! Foi de lecteur jamais entamée, vivace buisson ardent. Ouvre à même le tranchant : la voie est livre !

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Gerard Hicés · il y a
La plume est belle, la lecture passionnante.
Belle découverte Alice.

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Utilisateur désactivé · il y a
J'ai apprécié ce (long) plaidoyer pour la lecture.
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Alice Cohen · il y a
Merci à vous de m'avoir lue! C'est un partage appréciable...
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Sarah · il y a
Merite un tableau d honneur !
Trepidante course apres les mots : tout le lot en vrac ou au detail!
Sacree degustation de lectrice gourmande !
C est une fringale royale!

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Alice Cohen · il y a
Merci pour cet effort... de lecture!