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L'infidèle

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Svak

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"Les dragons de vertu, n'en prennent pas ombrage,
Si j'avais eu l'honneur de commander à bord,
A bord du Titanic, quand il a fait naufrage,
J'aurais crié: "Les femmes adultères d'abord!"
Georges BRASSENS


« Je suis là ma chérie, claironna Fabrice dans l’entrée, tandis qu’il se glissait déjà en dehors de sa veste et laissait au porte manteau son costume de travail. Il n’eut pas de réponse, mais comme il n’en attendait pas, l’apostrophe précédente tenant de la formule, cela ne l’ému guère et il monta à l’étage avec sa bonne humeur. Arrivé en haut des marches, il se retourna face à l’escalier et enleva ses chaussures. Une à une, il les poussa dans le vide et les observa dégringoler tout en bas en marquant chaque rebond d’un mouvement saccadé de la tête. Satisfait de cette chute, il tourna les talons et maintenant à l’air libre, ses magnifiques chaussettes à rayures roses et jaunes le firent glisser sans bruit jusqu’au bout du couloir. Zwouff... Zwouff... La chambre semblait l’attendre. Douce, propre, accueillante. Couette moelleuse entrouverte, un lit très convainquant envoyait des signaux en direction de Fabrice. Celui-ci détourna le regard, sentant que s’il cédait il partait pour la nuit. C’est donc courageusement qu’il défit sa cravate et déboucla sa ceinture. Se sentant plus à l’aise libéré de ces accessoires de serrage, il ouvrit la grande armoire afin d’y déloger un pull confortable... et hurla d’horreur en tombant nez à nez avec un homme nu ! Celui-ci bascula en avant et s’étala de tout son long sur Fabrice qui hurla derechef avant d’être entrainé sous le poids de l’inconnu. Un petit cri fluet lui vient encore aux lèvres lorsqu’il se retrouva couché sur le sol, forcé de constater que l’homme qui reposait sur lui était raide mort. Pris de panique, il poussa de toute ses forces sur les épaules du macchabé qui roula mollement de côté, avant de jouer frénétiquement des coudes et des pieds pour battre en retraite jusqu’au mur de la chambre. « Chééééééééééééééérie » Beugla-t-il de toutes ses forces. « Monte ! Vite ! ». Le visage du mort était tourné vers lui. La quarantaine sans doute, plutôt bel homme, arborant la fine moustache de ceux qui prennent grand soin d’eux même. « Chérie je t’en prie ! » reprit-il. Il finit par entendre le pas ferme de son épouse résonner dans l’escalier, et se força à arracher ses yeux à leur contemplation morbide. La porte s’ouvrit sèchement. Sereine, sa femme entra dans la pièce, belle comme à chaque instant, fraîche comme si elle venait d’achever sa toilette. Ses yeux parcoururent rapidement la scène. « Ha... Fit-elle
- Ha ? Rétorqua un Fabrice ahuri. Comment ça ha ? Qu’est-ce... Qu’est-ce que c’est que ça ?
- Ca ? Voyons mon amour comme tu y vas ! C’est un être humain tout de même.
- C’était tu veux dire !
- Oh ne joue pas sur les mots s’il te plaît. Allez viens là. » Elle lui offrit son aide pour l’aider à se relever et l’invita à s’assoir à ses côtés sur le rebord du lit. « Tu trembles comme une feuille, reprit-elle en prenant ses mains dans les siennes.
- Chérie...
- Calme toi et respire à fond, ça va passer mon cœur
- Chérie !
- Oui ?
- Je vais essayer d’être clair ma puce, tu veux bien m’écouter ?
- Bien sûr mon amour.
- Alors voilà... Que pouvait donc bien faire le cadavre d’un homme nu dans l’armoire de notre chambre à coucher ? C’est la question que je me pose tout de suite là maintenant. Et soit précise dans ta réponse je te prie, je sens certaines de mes neurones qui se cognent entre elles et n’attendent qu’un peu plus de confusion pour déclencher un carambolage cérébral complet.
- Et bien, murmura-t-elle sur le ton de la confidence, c’était Philippe.
- Chérie ?
- Oui.
- T’ai-je demandé le prénom du mort ma douce ?
- Non mon cœur, pardon.
- Je me permets donc d’insister : Que pouvait donc bien faire le cadavre d’un homme nu dans l’armoire de notre chambre à coucher ?
- Je... Je l’avais caché...
- J’ai vu ça oui !
- Fabrice je... je suis désolée ». Elle paraissait sur le point de pleurer. Cela frappa son mari qui l’avait si rarement vu se laisser dépasser par ses émotions. « Raconte-moi ça tu veux-bien, demanda-t-il d’un ton engageant.
- Je t’aime tu sais, lança-t-elle
- Je sais ma douce
- Vraiment ! De tout mon cœur, de toutes mes forces ! Mais je... je n’ai pas pu m’en empêcher... C’était plus fort que moi ! J’ai... des besoins, des pulsions mêmes...
- Ce Philippe était ton amant ?
- Oui.
- Je vois. Depuis longtemps ?
- Non, depuis ce début d’après-midi.
- Que s’est-il donc passé ?
- Je... culpabilisais trop.
- Et ?
- J’ai été touchée par ses attentions, sa cour, ses compliments. Tout ça m’a énormément flattée, je me suis sentie jeune, vivante. J’adore notre vie de couple à tous les deux. Nous nous connaissons comme personne, nous avons une histoire commune, nous sommes toujours là l’un pour l’autre. Je ne voudrais perdre ça pour rien monde. Mais cet homme réveillait autre chose, touchait à un autre secteur... J’avais oubliée tout cela, et un immense brasier s’est allumé en moi. Je l’ai amené ici. Nous avons couché ensemble et j’ai aimé cela. Son désir, son regard, sa passion. Tu comprends ? Ça n’a rien à voir avec nous ! L’amour nous unis ; je cherchais l’aventure. Tu m’en veux ?
- Oui » Elle fondit en larmes. « Allons, reprit Fabrice, je ne t’en veux pas pour... ça. Je crois que je peux le comprendre.
- Vraiment ?
- Je sais combien tu m’aimes, et si tu m’assures que cela ne change rien, je veux bien te croire. Je travaille beaucoup. Je suis rarement présent. Je t’aime d’un amour calme de mari, tu as eu besoin de celui furieux d’un amant.
- Tu es adorable...
- Je ne sais pas
- Si je t’assure... Mais, se remémora-t-elle soudain, tu as quand même répondu oui quand j’ai demandé si tu m’en voulais. Pourquoi ? » Fabrice souffla profondément avant de répondre : « C’est très simple ma puce, tu m’as raconté ton infidélité soit, et je te remercie de ta franchise, mais tu n’as toujours pas répondue à ma question.
- Oh. » Il se pencha donc sur sa femme et lui murmure à l’oreille : « Alors pour la dernière fois ma douce, que pouvait donc bien faire le cadavre d’un homme nu dans l’armoire de notre chambre à coucher ?
- Je... Je l’ai tué.
- Bravo !
- Excuse-moi mon cœur
- Ce n’est pas à moi qu’il conviendrait de présenter des excuses je crois.
- Je sais. Mais Philippe est mort.
- Pourquoi ?
- J’avais trop honte... Après avoir fait l’amour avec lui, je me suis sentie si mal... Je t’avais trompé ! Je m’étais laissé consumer par la flamme du désir, mais une fois celui-ci assouvi, le feu s’était éteint, et dans les cendres froides je voyais ton visage. Le remord me rongeais. Et ce corps nu à mes côtés me criait ma traîtrise. Je l’ai repoussé. Philippe a grogné. J’étouffais... Je... Je ne voulais plus voir cet homme, cet objet de péché. Je voulais qu’il parte. Non ! Cela ne suffirait pas, me dis-je. Je voulais qu’il disparaisse, comme s’il n’avait jamais existé. Mu par un désir de justice envers toi et par l’envie d’effacer ma faute, je me suis levée et je suis descendu à la cuisine. J’y ai pris un couteau. Je suis remontée et... Oh mon dieu ! Suis-je obligé de te raconter la suite ?
- Non, lâcha Fabrice. Mais pourquoi dans l’armoire ?
- Tu allais rentrer, je ne savais pas quoi faire. » Elle était à présent secouée de sanglots. Tendrement, Fabrice guida sa tête jusqu’à son épaule. « Chut... reprit-il en lui passant la main dans les cheveux. Voilà... Ce qui est fait est fait hein ? Je comprends tu sais... Bon, il va tout de même falloir faire quelque chose pour ce cadavre.
- Je sais oui.
- Je crois qu’il y a du terrain inutilisé derrière le pommier.
- C’est vrai. Tu... Tu vas...
- Je vais. » La coupa-t-il en se levant. Il s’approcha du mort et l’attrapa par les jambes. Tout en prenant une grande inspiration, il adressa un regard plein de tendresse à son épouse. Ce qu’il l’aimait, se dit-il, avant de lui demander : « Chérie ?
- Oui mon amour, répondit-elle en essuyant ses larmes.
- Tu veux bien me promettre une chose ?
- Quoi ?
- Si cela devait se reproduire, je t’assure que je pourrais comprendre... Mais de grâce, laisse partir ton amant en vie ! C’est d’accord ?
- C’est d’accord. » Elle lui adressa alors son plus beau sourire. « Je t’aime Fabrice
- Moi aussi » Souffla-t-il. Puis, levant les jambes du macchabé, il le traîna lentement en dehors de la chambre.

*
* *

Quelle journée pourrie ! Se dit Fabrice quelques semaines plus tard en s’affalant lourdement sur le lit. 20h ! Il s’était fait suer à faire toutes ces études pour gagner quoi ? Le droit de rentrer chez lui à l’heure où d’autres achèvent de dîner ? De toute façon il n’avait pas faim. Trop lessivé. Il n’avait pas arrêté de courir de rendez-vous en rendez-vous depuis le matin. Hum... Son dos lui faisait abominablement mal. Rassemblant ses derrière forces, il retira son pantalon et sa chemise qu’il laissa choir nonchalamment au sol. Il avait prévenu son épouse qu’il montait se coucher, non sans l’avoir embrassée au passage. Enfin le repos mérité... Pas encore le sommeil cependant, il ne pouvait pas. Pas comme ça. Après des heures de travail intensif il avait besoin de « déconnecter » un peu avant de laisser sombrer son cerveau dans les brumes. Quelques pages peut-être ? Oui. Le roman qu’il lisait était plutôt prenant. Il tâtonna à l’aveugle au pied du lit pour retrouver l’ouvrage. Zut ! Pas là. Avec un grognement d’ours sortant d’hibernation, Fabrice se retourna sur le ventre afin de regarder. Le livre n’était nulle part. Il souleva un à un les oreillers pour vérification. Rien. Maintenant contrarié, il se pencha sur le rebord du lit pour regarder dessous : Un homme reposait là ! Nu ! Vraisemblablement décédé. Après un hurlement somme toute compréhensible, Fabrice bondit sur ses pieds et sans même prendre le temps de remettre un vêtement, il sortit de la chambre au pas de course. Il jura sans interruption en descendant les marches quatre à quatre et déboula dans la cuisine comme une tornade. Son épouse cuisinait, et semblait sur le point de mettre la touche finale à un appétissant marbré. Elle regarda son homme : « Hé bien mon chéri ! S’exclama-t-elle. Voilà un bien beau spectacle. Que fais-tu nu ainsi ?
- J’étais au lit, répondit-il. Et figures toi que je n’étais pas le seul homme nu dans cette chambre à coucher.
- Ha.
- Non pas ha ! S’emporta Fabrice. Arrêtes avec tes « ha » !
- Que fichais-tu sous le lit aussi ?
- Tu plaisantes j’espère ! Tu devrais aussi me laisser un mot non ? Pour m’indiquer les endroits de ma propre maison qu’il faudrait que j’évite. Si toutefois les cadavres me gênent par exemple !
- N’ironise pas Fabrice. Tu sais que je déteste ça.
- Et moi je déteste trouver des hommes morts dans ma chambre.
- Pardon mon amour. Ne t’énerve pas comme ça je t’en prie.
- Son nom ?
- David.
- Tu as donc remis ça... » Elle acquiesça timidement en ôtant son tablier. « Tu veux un café ? Demanda-t-elle.
- Oui s’il te plaît. » En retrouvant peu à peu son calme, Fabrice prit place à table. « Il va falloir que cela cesse tu sais, relança-t-il.
- Je sais mon cœur. J’ai essayé je te promets.
- Ce n’est pas très réussi si tu vois ce que je veux dire.
- J’ai craqué j’avoue... Mais je pensais contrôler cette fois ! David m’a abordé au supermarché en fin de matinée. Il avait ce regard ! Nous sommes venus ici.
- Pourquoi ici ? Tue les chez eux et cesse de nous encombrer avec des macchabées.
- Il était marié.
- De mieux en mieux.
- Je pensais vraiment y arriver tu sais... Le plaisir était là. Je me sentais comblée, redevable envers lui ; et pourtant...
- La culpabilité ?
- C’est ça oui. Encore. Remords, sentiment d’injustice à ton égard, dégoût de l’amant usagé, désir de marche arrière...
- Descente à la cuisine ?
- Oui.
- Nous connaissons la suite. » Souffla Fabrice. Sa femme lui tendit un café fumant. « Merci ma puce
- Je... Je vais faire un effort mon poussin. Reprit-elle en faisant jouer ses mains sur ses épaules noueuses. Je te jure que cela va changer.
- Je l’espère mon ange... Sincèrement. Nous aurons bien du mal à nous aimer encore une fois derrière les barreaux.
- Je ne veux pas te perdre Fabrice.
- Bien. En attendant, pourrais-tu aller chercher mes bottes et la pelle au garage ?
- J’y vais mon cœur. Tu vas...
- Je vais. Il reste de la place à côté du premier. Le temps de monter me changer et je m’occupe de ça. » Son épouse l’embrassa tendrement dans le cou. « Merci poussin.
- De rien ma puce, conclu-t-il avant de vider son café d’un seul trait. C’est la dernière fois tu promets ?
- Je promets ». Sans un mot de plus, il se leva de table pour regagner l’étage, ou David l’attendait très sagement sous le lit.

*
* *

Le vendredi d’après, Fabrice pénétra dans l’allée de son jardin en sifflotant gaiement. Vacances ! Enfin. Il sentait déjà des vagues de paresse l’envahir, des désirs de rêveries allongé sur la pelouse... Des envies de cocktails en terrasse. Le printemps s’achevait, et une douceur estivale accompagna les pas de Fabrice jusqu’à la porte de sa maison. Une fois sur le perron, il regarda sur sa gauche en direction des épais buissons qui croissaient là. Juste sous la fenêtre du salon. Il fallait qu’il les taille, se dit-il. Un détail retint néanmoins son attention. Là... Entre le mur et la végétation... De la couleur semblait-il. Etait-ce des chaussures ? Oui mais... Deux paires ? Fébrile, il quitta son allée pour s’approcher du lieu et contempler la scène : Il y avait là deux corps. Par convenance, il hurla deux fois. Il eut juste le temps de remarquer qu’ils étaient habillés avant de se précipiter en arrière pour sonner à la porte sans discontinuer, tout en tambourinant du poing dessus et parfois même des pieds. Son épouse ouvrit en robe de chambre blanche, les cheveux encore humides. « Ha, Fit-elle en découvrant l’expression du visage de Fabrice.
- Comment ?
- Heu non, désolée, pas de « ha » j’oubliais. Mes excuses. Entre mon chéri tu veux ?
- Je ne crois pas non ». Ils se regardèrent un instant. D’un seul coup, sa femme fondit en larmes et se jeta dans ses bras pour le serrer contre elle.
- Pardon ! Pardon mon cœur... J’y étais presque !
- Deux ? Grinça Fabrice en gardant les bras contre son corps, refusant d’enlacer sa compagne.
- Pierre et André.
- Je crois que les noms ne m’intéressent plus. Cela défile trop vite, je n’arrive pas à retenir.
- C’était un fantasme de longue date. Tu m’avais toi-même dis il y a plusieurs années que si l’occasion se présentait tu ne m’en priverais pas. J’ai... J’ai voulue essayer. Ils m’ont parlé au café. Deux hommes qui me désiraient, comble de la flatterie. Nous sommes venus ici...
- Vous avez couchés ensemble, l’interrompit Fabrice. Tu as aimé cela. Puis culpabilité, honte, désir d’effacer, descente à la cuisine... Je commence à connaître.
- Pas exactement. J’étais sur le point de réussir je te le jure ! Après nos ébats, j’étais encore radieuse. Je suis allée en cuisine oui, mais pour te préparer un marbré. Tout allait bien ! J’ai entendu mes amants redescendre au salon. C’est en les voyant là que mes nerfs ont lâchés. Pierre assis dans ton fauteuil, André farfouillant dans tes livres. Comme s’ils étaient chez eux ! La colère m’envahit. Non seulement je t’étais infidèle, mais en plus je laissais d’autres hommes ne t’arrivant pas à la cheville souiller tes affaires. Je me sentais si sale, indigne, misérable... Je suis resté pétrifiée au milieu de la pièce. C’est quand ils ont repassés leurs vestes en me remerciant que ma bonne volonté à volée en éclats. Je suis repartit à la cuisine en courant. Ils s’en allaient déjà quand je les ai rejoints. Il me tournait le dos...
- C’est un peu lâche non ?
- Très. Je ne me contrôlais plus.
- Dehors, comme ça ! Riposta-t-il. Tu es sûre que personne ne t’a vue ?
- Je crois. J’ai fait bien attention en les traînant derrière les buissons. Ce qu’ils sont lourds tu sais !
- J’imagine. Deux grands costaux j’ai vu. Mais tu vas devoir fournir un effort supplémentaire. Ils ne peuvent rester là ; et moi je ne veux plus cautionner tous ces meurtres.
- Tu ne vas pas...
- Je ne vais pas non. Pas cette fois. Débrouille-toi, cela t’aidera peut-être à stopper l’hécatombe. Je vais au bar. Je rentrerais tard.
- D’accord mon cœur, se résigna-t-elle. Je vais m’organiser. Encore toutes mes excuses.
- Chérie ?
- Oui ?
- Tu fais bien comme tu veux, mais je ne veux plus de cadavres. C’est clair ?
- Oui mon amour.
- De toute façon après ces deux-là nous n’aurons plus de place à côté du pommier.
- Oui mon amour.
- Ne gâche pas mes vacances s’il te plaît.
- Oui mon amour. » Là-dessus, Fabrice tourna les talons et remonta l’allée. L’air s’était rafraîchit.

*
* *

Sa semaine de congés se terminait déjà. C’était vraiment trop court. Dans la chambre à coucher, Fabrice fouillait l’armoire en cherchant la chemise qu’il porterait demain. Ces quelques jours lui avaient tout de même fait le plus grand bien. Il avait pris du temps pour lui, du temps avec sa femme, et ils avaient pu se retrouver un peu après les événements macabres des semaines précédentes. « Mon chou ? » Il sursauta. Son épouse était entrée sans un bruit dans la pièce. Elle était magnifique. Elle avait détachée ses longs cheveux bouclés qui tombaient en cascades sur ses épaules dénudées, le reste de son corps étant mis en valeur par une simple robe noire et moulante. Elle tenait une coupe dans chaque main. Champagne sans aucun doute. «  Tu es ravissante, finit-il par lâcher
- Merci mon trésor. Tu retournes au travail demain. Je voulais être belle pour notre dernière soirée.
- C’est adorable. Enfin, j’espère quand même en avoir encore quelques-unes à partager avec toi ma puce.
- Ce n’est pas sûr, dit-elle en se rapprochant.
- Pardon ? » Elle lui tendit une coupe. «  J’ai beaucoup réfléchit cette semaine, reprit son épouse.
- Oui ? A quoi donc ?
- A moi. A nous. A ces histoires d’amants qui ont si mal tournées... Tchin ?
- Tchin. » Ils burent une longue gorgée pétillante. «  J’ai envie de vivre Fabrice, continua-t-elle. Je veux du sexe, de la passion, du désir, de l’aventure ! J’en ai besoin.
- Et je ne t’en empêche pas.
- Je sais. Mais c’est insupportable. Je voudrais que tu cries, que tu me traite de tous les noms, que tu te mettes réellement en colère, peut-être même que tu me cognes un peu.
- Tu te rends compte de ce que tu dis ?
- C’est juste que cela serait plus facile ainsi. Je me sentirais moins coupable si tu n’étais pas si parfait. Je n’aurais pas tué si je ne t’aimais pas tant.
- L’argument est osé.
- Ecoute moi Fabrice je t’en prie. Je ne veux plus que tu me voies comme ça, je ne supporte plus de te donner cette image. Je suis si amoureuse de toi que je voudrais te préserver de mes faiblesses....
- Tu ne vas tout de même pas me quitter ? Pourquoi ? Parce que tu m’aimes trop pour supporter que je voie tes erreurs ? Franchement, on atteint des sommets d’absurdité.
- Ne dis pas de bêtises mon ange. Je ne peux pas te laisser filer. Je tiens bien trop à toi.
- C’est bien vrai ?
- Bien sûr mon amour. » Elle récupéra les coupes qu’elle déposa au sol. Puis elle revint vers lui et posa une main tendre sur sa poitrine. Doucement, elle s’approcha de son visage et l’embrassa langoureusement. Quand leurs lèvres se séparèrent, elle fixait Fabrice intensément. « Que fais-tu ma puce ? Questionna-t-il
- Je t’observe... je grave cette image adorée au plus profond de ma mémoire mon amour. » Fabrice allait répliquer lorsque la douleur le frappa. Brutale, déchirante. Il baissa les yeux et aperçu le couteau. Un de ceux de la cuisine... Avant de s’écrouler, il regarda sa femme, sa tellement belle épouse, dont les larmes inondait à présent les joues, ruisselant jusqu’à son cou. « Je t’aimerais toujours mon ange, murmura-t-elle, je ne veux plus te faire de mal, jamais. » Fabrice aurait bien répondu, mais comme il mourut à cet instant il n’en eut pas l’occasion.

*
* *

Elle était en sueur, haletante. La femme de Fabrice avait lavé son corps et s’était débrouillé pour le faire entrer dans son plus beau costume. Elle l’avait même peigné. Le moment le plus délicat avait été de redresser son corps, puis de le traîner tant bien que mal jusqu’à l’armoire de la chambre. Celle où tout avait commencé. Elle l’avait placé là avec le plus grand soin. Debout, les bras le long du corps. Il était si beau, si serein. On sonna à la porte. Avec mille précautions, elle remis bien en place la cravate de son mari et prit le temps de regarder cet homme qu’elle avait tant aimée... Non ! Qu’elle aimait tant. Il ne souffrirait plus, et elle serait toujours là pour lui. Promis. « Tu me comprends n’est-ce pas, dit-elle à voix haute, c’est pour ton bien mon amour... » Elle déposa un baiser sur ses lèvres qui bleuissaient déjà, puis lui adressa un long regard intense où la passion le disputait violemment à la folie furieuse. Enfin, elle lui caressa tendrement la joue et referma l’armoire. Après s’être assuré qu’il tenait bien dedans, elle descendit ouvrir à son nouvel amant.
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