L'indigène

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-« Fais attention, un pied après l’autre, très bien, voilà..... lentement... ».
Ce fût mon père qui m’interpella sur le bord de la rivière. A l’aube, mon père prit ma petite valise. Avant un dernier au revoir, ma mère m’engloutis dans ses bras et me bénit. Nous entamâmes alors notre voyage, montant la première montagne puis la seconde jusqu’à l’arrivée de la rencontre.
Kaneza vint avec son Oncle Gahungu. Elle avait perdu son père durant la guerre civile de 1972. Le point de rencontre était fixé à l’église, nous nous rencontrâmes et poursuivirent le chemin ensemble, avec comme destination finale le célèbre Lycée Etoiles des Montagnes d’i Jenda, le Lycée pour filles. Moi et Kaneza étions des lauréates du concours national et avions réussies à celle-ci, chose rare dans notre village, car bien des filles après avoir échouées, se mariaient immédiatement : Le taux de redoublement était énorme. On était presque considéré comme des génies
Nous dûmes prendre le premier bus, l’escale étant programmée à Bujumbura où nous passâmes la nuit. Une famille ressortissant de notre village, nous accueillit. C’était ma première fois ainsi que Kaneza à Bujumbura, la Capitale. Bujumbura est situé dans la région de l’Imbo, dans les plaines. La ville était fascinante, vivante et pleine de lumière. Les gens y étaient ouverts d’esprit. Le quartier où nous logâmes s’appelait « Buyenzi ». L’heure du diner arriva, un plat de riz sucré nous fit apporté ,repas bien étrange à notre gout. Une partie de moi était déjà morte, pour embrasser ce que j’allais devenir.
Le lendemain, mon Père et Gahungu nous accompagnèrent jusqu’au Lycée. Jenda était située dans une région montagneuse de Mugamba. Le bus tourna à travers les montagnes, je ne sus combien de fois. Au fur et à mesure que la montée s’accélèrait , la ville disparait pour laisser place au Montagne ainsi que la magnifique vue du lac Tanganyika. Les derniers adieux se firent. Mon père et Gahungu rebroussèrent chemin.

Un nouveau monde s’ouvrit à nous. La cadence des horaires fût pénible. Chaque activité était chronométrée à la minute près. Le Lycée était une école à régime Catholique. Les sœurs étaient en charge de notre éducation. Notre Lycée était étendu sur des montagnes vertes, avec pelouse à perte de vue et un climat froid, humide caractérisait cet environnement. Le dortoir du Lycée était splendide, avec des matelas bien doux, avec des lampes qui éclairaient la nuit. J’eus mon propre lit. Il y avait aussi un téléviseur. Dans ma famille, on était au nombre de neuf enfants, cinq garçons et quatre filles........ Je n’avais jamais eu le privilège de dormir toute seule.
Nous nous faisâmes de nouveaux amies. Deux autres filles du Lycée étaient aussi natives de notre localité. Ma taille était bien modeste. Dans ce coin du Pays venait les personnes les plus élancées. Ma silhouette était bien loin de la leur. La table de matière affichait les cours tels que : Chimie, Biologie, Physique, Mathématiques comme cours de Science, tandis qu’en langue : Français, Anglais, Kirundi, ma langue maternelle sans oublier aussi : Education physique et Sport,Travaux Pratique Agricole, Agriculture, Religion morale, Musique, Histoire et Géographie.
L’excitation m’envahit, pleine de motivation. J’avais hâte de commencer les cours. Nos classes étaient lumineuses, avec ciment, un plafond blanc et toit bleu. Au milieu de la classe, trônait Jésus sur la croix et une photo de la vierge Marie. Notre classe était composée de 43 élèves dont trois rangées.
Le professeur qui nous enseigna l’anglais était nommé Alphonse. L’anglais m’intéressait au-delà de tous les cours. L’introduction du cours commença par l’énumération des objets en anglais. Le professeur écrivait un mot au tableau et une élève désignée, prononçait ce mot en anglais.
-Toi ? m’interpella le professeur
Il me montra le tableau. Le mot « Sugar » y était écrit
J’avalai ma salive et m’assit droitement.
J’ajustai mon uniforme et prononça le mot magique
- Suga, prononce-je à haute voix.
Soudainement, un rire fou éclata. Les échos résonnèrent dans ma tête. Le professeur abasourdi, essaya tant bien que mal de calmer la classe, hilare. C’est à ce jour que je fus appelée affectueusement « Suga».
La nouvelle de mon échec circula dans tout l’établissement. Le dîner étant servi dans le réfectoire, je m’y rendis pour prendre le repas. Les élèves me dévisagèrent et me pointèrent du doigt ou que je passais. Et pourtant, je n’avais commis aucune faute. Dans le dialecte de ma région Imbo , le « s » est prononcé « ch »tandis que « ch » est prononcé « s ». Je n’avais qu’usé de la prononciation de ma localité. Ce dialecte n’était pas utilisé dans cette partie du pays. Mais le mal était déjà fait. Depuis ce jour, mon nom ne fût plus « Zuba » mais « Suga »
-« Suga veux-tu venir dans notre mouvement ? »
- « Non, merci »
-« Suga, viens plutôt dans notre mouvement »
-« Non, merci ».
Ma réponse fût « non » pendant tous les Weekend du Lycée. Les mouvements Catholique m’étaient interdits. Ma famille adhérait à la confession Protestante. Kaneza me convainquit de participer avec les autres élèves. Je lui répondis :
-« Si tu y vas, je vais le dire au village quand on rentrera ».
Ma vie sociale au Lycée s’est dégradée au fil du temps jusqu’à être traiter de tous les noms, dès ma première année. J’étais tellement détestée par les autres élèves qu’on m’associa à l’ethnie « Twa ».L’ethnie Twa était une ethnie arriérée, qui vivait dans la foret, à la manière des premiers hommes de l’histoire, marchant nus, sans habits, vivant de la chasse et de la cueillette. Mon Séjour au Lycée était infernal. J’aimais bien les cours, j’étais parmi les élèves les plus brillantes de ma Classe. Je me sentais revivre en classe et presque morte en dehors des classes. Bien des soirs, je pleurais dans mon lit. Kaneza était bien gentille, elle veillait sur moi malgré les dire. Elle, elle était acceptée par les autres, elle était mince, avec un nez bien droite, plus longue que moi et très jolie.
En terminale, un examen national devait être fait pour passer à l’Université. Cette période coïncida avec l’assassinat du président NDADAYE. Toute personne d’origine Hutu était suspectée de rebelles, vu que le président assassiné était d’origine Hutu. Moi, Kaneza ainsi que d’autres filles Hutues dues quittées le Lycée et se refugiâmes à Bujumbura.
Nous fîmes l’examen national à I Jenda le matin ,et l’après-midi, descendîmes à Bujumbura pour se loger. Très tôt le matin, nous montâmes les montagnes et cela pendant huit jours.
Sur nos fiches d’examen, nous mentionnions nos ethnies respectives, je mis à chaque fois « Hutu » sur ma fiche avant de procéder aux questionnaires. Hutu était mon ethnie et non « Twa »ethnie des indigènes de la foret.
Les résultats furent affichés. Après correction des copies, un comité d’homologation se constitua pour orienter les élèves dans les différentes filières. Malgré mon intelligence, je ne pus être homologuée. Plus tard, un membre de la commission démissionna. Il dévoila les motifs d’un tel acte. La cause étant l’injustice des critères d’homologation qui régnait au sein de ses activités. Je sus que je n’étais pas orientée à l’université à cause de mes origines ethniques
Ma condition d’être était la raison de toutes les injustices qui m’arrivait dans ma vie, « être née Hutu »
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