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l'Inconnue de PossenHofen, la fin de l'insouciance

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Il était 5 heures du matin, Possenhofen dormait encore bien tranquillement d’un sommeil lourd et paisible et c’est précisément à ce moment là, que la jeune Elisabeth, dite Sissi par sa parentèle, s’affairait le plus silencieusement possible à se préparer à enfiler seule une tenue de chasse légère qui se composait de deux jupons en cotons blancs sur lesquels venaient se poser un troisième de couleur rouille bordé de reflets verts, le corsage fait de la même couleur laissant apparaître un chemisier sur lequel elle avait disposé un fichu comme il était de coutume à l’époque, fichu qui indiquait son âge, son rang et sa condition tout comme le noeud qui terminait le tout en une cravate bleue nuit du plus bel effet.
Cela la faisait paraître plus âgée que ses seize ans, cela ne lui déplaisait pas, elle était éprise de cette liberté de code et avait bien du mal à tolérer qu’on choisisse jusqu’a ses sous vêtements pour une des tenues de la journée.
Alors qu’elle terminait sa préparation, un bruit dans la chambre voisine l’a mit en alerte mais sans pour autant lui faire oublier son objectif et encore moins la personne qu’elle devait retrouver et qui venait de donner trois légers coups à la porte.
-Est tu visible? est tu prête ? quémanda la voie grave mais plaisante du Duc Maximilien En Bavière
-Pour le savoir Papili il faudrait que tu pousses la porte lui répliqua la jeune fille
Le Duc s’exécuta, il était dans ce que l’on appelait la force de l’âge, la quarantaine triomphante, ses boucles noires, héritage de son adolescence, se teintaient de reflets poivre et sels, et quelques mèches grisonnantes lui tombaient nonchalamment sur le visage, sa tignasse n’était pas sans rappeler celle aussi hirsute et peu entretenue de tous les aventuriers du temps qui s’étaient lancés à l’assaut du GRAND TOUR, comme il l’avait fait lui même. Ses traits étaient doux, son visage carré, le nez bien fait, la paupière retombante, la lèvre fine et retroussée, une dentition agréable, un port de tête altier et un physique qui faisait démentir son âge faisant de lui un homme dont la compagnie était très recherchée.
Il découvrit sa seconde fille portant l’habit qu’elle chérissait plus que tout, cadeau qu’il lui avait fait lui même pour son dernier anniversaire, lui permettant de ce fait de l’accompagner bien plus souvent lors de ses vagabondages où la chasse se mêlait alors à la contemplation tout comme à la poésie dans cet écrin magnifique que sont les forêts de Bavière.
-Hâtons nous veux tu, je ne voudrais pas m’exposer ce matin à la colère de ta mère qui sera de bien assez méchante humeur dans les prochaines heures comme à l’accoutumée à chaque fois qu’un voyage se prépare et qu’elle doit y participer.
Sissi ne répondit rien et se contenta de suivre son père au travers de l’enfilade de pièces plus ou moins grandes de leur demeure, prenant grand soin de ne faire aucun bruit qui aurait pu faire se lever les premiers domestiques .Le Duc franchit les portes après avoir récupéré dans le réduit attenant au vestibule de l’entrée, son fusil et ses munitions. Il faisait encore nuit mais l’on voyait au loin les premières et fines lueurs d’une aurore qui zébraient encore bien timidement le ciel. Le casse croute de la matinée avait rejoint la cithare, dont le Duc ne se séparait plus depuis son dernier voyage à Alexandrie et dont il avait même joué au sommet de la Grande Pyramide, dans la grande besace que Sissi portait sur son épaule. Elle donnait le bras à son père qui avait toujours eu une bien meilleure vision qu’elle en ces dernières heures de la nuit, elle se laissa guider, profitant de chaque bruit, de feuille, de chaque souffle du vent, de l’humidité de la rosée qu’elle ressentait par delà les tissus qui la recouvrait, elle inspirait à fond, elle était heureuse, simplement heureuse.
Il leur fallut presque une heure de marche pour atteindre le promontoire dominant le domaine et avoir une vue plongeante sur une partie de cette vallée encaissée et de pouvoir mieux y voir ce qui s’y mouvait à cette heure. Pas un mot n’avait été échangé. Ils n’en avaient pas le besoin, tous deux se comprenaient sans se parler, Max s’était même laissé à penser à la chance qu’aurait son futur gendre en épousant sa fille chérie et combien il aurait aimé être à sa place . Si seulement Ludovica n’avait eu ne serais-ce qu’un tiers de la personnalité de la petite, leur mariage en aurait eu,il en était sur,une bien meilleure saveur, que celle de cette convention établie par ses soins et renforcée par le dédain de son épousée humiliée par ce qu’elle considérait comme une mésalliance alors que ses deux soeurs elles épousaient des rois et portaient ce titre d’Altesse Royale....... le devoir conjugal n’avait donc pas été pas une affaire de plaisir, il aurait clairement pu l’être, le Duc n’était pas un mauvais amant il le savait, mais comment contenter une femme qui n’a su éprouver que du dépit et ce dès leur première nuit ensemble sans en concevoir un soi même.
Mais malgré tout chacun avait finit par s’habituer à l’autre et à l’accepter autant que faire se peut et s’il n’y avait pas eu de passion et d’amour charnel au début il y avait néanmoins une certaine tendresse qui s’était installée avec la venue des enfants mais il y avait toujours cette distance et cette exaspération de Ludovica qui ne comprenait en rien le tempérament libre de son époux, et cela le Duc le déplorait et en était fort peiné, et la naissance de Sissi et ses premières années lui avaient bien vite fait comprendre qu’il allait en être de même avec cette petite qui résistait à tout et faisait tourner en bourrique tous les professeurs particuliers qui essayaient tant bien que mal de lui inculquer les notions les plus basiques.

Elle n’avait eu d’autre choix que d’accepter de voir sa cadette suivre l’exemple paternel et ce jusque dans sa mise et son expression. Il en résultait des disputes fortement incommodantes pour toute la maisonnée et dont les deux femmes ressortaient tremblantes, esseulées et fatiguées, mais rien ne ferait changer Sissi et sa mère l’avait bien compris mais une peur la tenaillait,la peur de l’avenir de cette enfant qui ne la quittait pas et la rendait souvent mauvaise envers elle la poussant à s’en éloigner pour chercher au contraire la compagnie de ses autres enfants et à leur tête celle de son année, Hélène.
Hélène rassurait Ludovica, elle était tout ce que la Duchesse attendait d’une fille de son rang : cultivée mais avec une certaine retenue que certains qualifieraient de timidité, respectable, en règle avec la religion, bridant les quelques désirs qui étaient les siens, douce et généreuse, sans aucune rancune, sachant tenir une maisonnée, excellant en musique, danse, et dans tous les arts et surtout la peinture. Ludovica se rassurait donc tout en se préparant à son coucher en pensant qu’elle arriverait au moins à faire un bon mariage pour Hélène et cette nuit justement la Duchesse avait trouvé plus rapidement le sommeil après une énième relecture du billet qu’elle avait reçu l’avant veille et qui était écrit de la main de sa soeur et mère de l’Empereur d’Autriche. Le contenu du billet avait transporté son coeur de joie et d’allégresse et lui avait même un temps fait oublier les inquiétudes pour sa cadette. Hélène allait devenir la future Impératrice d’Autriche voila de quoi effacer toutes les humiliations passées , par sa fille ainée Ludovica se guérissait alors tant pis si Sissi se révélait au final un immanquable garçon manqué, ce mariage pourrait largement mieux l’aider à s’en accommoder et c’est ainsi que la Duchesse s’était endormie d’un sommeil plus tranquille..........

Du haut de ce promontoire Sissi avait l’impression d’être un oiseau, une alouette, peut-être, qui s’élançait gracieusement d’une branche à l’autre pour finir par se laisser porter dans cette immensité bleue nuit traversée des éclats orangés du petit matin. Elle inspira profondément, s’étirant sous le regard approbateur de son père qui la regardait saluer à sa manière cette aube nouvelle, sans aucunes paroles.
Cette petite alouette qui était tant éprise de liberté, ne souhaitait qu’une chose: s’épanouir au soleil des ces forêts qui l’avaient vu grandir et s’embellir. Elle se voyait comme une ermite au milieu de la nature, chérissant chaque plante, chaque arbre, chaque animal, elle chérissait les déesses antiques protectrices de la nature et se plaisait à s’imaginer à leurs côtés, la lecture des textes antiques que ses précepteurs lui avaient fait découvrir avait exalté son coeur de jouvencelle tout juste sorti de l’enfance et qui découvrait avec horreur les turpitudes du sentiment amoureux.
En effet la petite et jeune alouette en la matière n’avait eu que peu d’expériences, ses parents ( surtout Ludovica ) veillant à ce que ses fréquentations et actes, cela en dépit de leur vie très libre, restent convenables. En lieu et place du plaisir de la conversation avec un membre de l’autre sexe ses parents lui préféraient les heures d’études qui l’ennuyaient profondément, non pas qu’elle n’aimait pas apprendre, mais le ton monocorde des précepteurs ne faisait que la faire se languir et rêvasser d’avantage qu’elle ne le faisait à l’ordinaire, car dans leur parentèle, la rêverie et plus largement la mélancolie semblait être une prédisposition qui touchait à égalité femmes et hommes et dont on ne pouvait tirer que peu ou pas de fierté.
Et pourtant Elisabeth avait aimé, elle s’était ravi à la surveillance de tout ce monde pour écrire ses poèmes, odes à sa chère forêt, comme aux saisons ou plus largement à la nature, et si elle noircissait ses petits carnets avec bien plus de passion qu’elle n’en mettrait jamais à la réalisation d’un ouvrage de couture, il y avait un petit carnet qu’elle chérissait plus que tout, qui avait une place particulière dans sa pochette, qu’elle ne quittait jamais, et qui l’accompagnait même en ce tout début de matin, le carnet des amours.
Carnet où elle s’était donné avec effusion à l’écriture de vers pour clamer son amour à ce jeune fils de ferme ayant aussi la fonction d’écuyer, elle n’avait pas mis longtemps à finir par lui avouer son transport, et le jeune homme aussi surpris, qu’inquiet puis ému, n’en su que dire si ce n’est un hochement de tête entendu qui avait laissé la jeune fille aussi pâle qu’un linceul. Elle demeura sans nouvelles de lui pendant presque une semaine, pour trouver un matin alors qu’elle préparait elle même sa jument favorite une fleur piquée dans la selle, accompagnée d’un billet grossier de sa main lui proposant de le retrouver le soir même. Le coeur battant à tout rompre, elle s’y était rendue, elle n’en gardait que peu de souvenirs au final si ce n’est la chaleur de sa main posée délicatement sur la sienne et leur regard essayant autant de se fuir que de s’accrocher timidement.
La jeune adolescente alors novice en amour n’en savait que le peu qu’elle avait pu en lire. L’amour courtois revenant à la mode en ce milieu de XIX siècle, elle s’était imprégnée de son essence et s’imaginait, à l’instar de ces dames du Moyen Âge tout autant inaccessibles que proches, brûler d’un amour bien trop souvent impossible et partagé par leur chevalier.
Elle prenait donc la plume et laissait à son intention aussi souvent que possible à un endroit connu de lui seul des billets sur lesquels à la toute fin elle commandait qu’il fallut les détruire par le feu, comme cela était de coutume dans ces échéances épistolaires où l’érotisme commençait à se dessiner.
Il ne fallut pas longtemps pour que cette relation s’évente et provoque la colère de la Duchesse qui ne pouvait concevoir que sa fille, toute garçon manquée qu’elle fût, se fasse trousser par un fils de ferme peut lui importait qu’il possédât la fonction honorable d’écuyer. Ordre fut donné aux jeunes amants de cesser tout contact, et bien que le jeune homme, plus raisonnable mais la mort dans l’âme était prêt à y consentir, ce ne fut pas du tout le cas pour Sissi, qui usait déjà d’un ultimatum dont elle allait user par la suite à la loisir dans sa vie d’adulte: la fugue.
La colère des deux femmes dura plusieurs semaines, il sembla presque que la Duchesse était prête à abandonner mais un concours de circonstance allait lui faciliter la tâche et avoir raison de son indolente fille cadette.
Le jeune homme avait été mobilisé et s’en devait rejoindre son unité qui montait au front. Après des adieux déchirants, d’un romantisme exalté qui aurait plu à un Lamartine comme à un Stendhal, le jeune homme était parti avec la promesse d’écrire aussi souvent qu’il le pourrait, Elisabeth s’enfermant de son côté des heures durant dans sa chambre, ce qui n’était point dans ses habitudes, noircissant avec crainte, peur, exaltation, mélancolie ses carnets et lui préparant déjà plusieurs lettres.
Les semaines défilaient, Sissi embellissait extérieurement, attirant de plus en plus de regards mais elle n’en avait cure, sollicitant autant qu’elle le pouvait le préposé au service postal, allant même jusqu’a faire télégraphier, mais aucune réponse ne vint. Cela jusqu’à ce jour où ce fut la mère du jeune homme qui vint en grand habit de taffetas noir porter à la maisonnée un courrier portant le cachet de l’armée mais aussi du ROI expliquant avec peine que son fils ne pourrait plus assurer sa fonction et qu’elle s’en voyait la première désolée. Elle essaya tant bien que mal de garder convenance devant le Duc et la Duchesse mais finit par avouer d’une voie presque inaudible que son fils cadet avait succombé sur le front, on venait de lui retourner ses effets dans l’attente que la famille paye le cercueil et la tenue d’apparat du jeune officier pour ensuite procéder à son inhumation.
A peine Sissi avait elle entendu cela qu’elle se précipita à l’exterieur, elle courut à perdre haleine. Il lui importait peu d’avoir revêtu déjà une tenue de nuit, et lorsqu’elle fût arrivée à une distance qui lui permettrait de ne pas être entendue, elle hurla, se frappant la poitrine, s’arrachant les cheveux, défaisant sa coiffure, se jetant au sol, enfonçant ses ongles dans la terre meuble, elle voulait mourir et se voir mourir pour le rejoindre, elle ne voyait que lui et le sang du jeune homme lui semblait être sien également et les quelques coups qu’elle venait de s’affliger devenant à ces yeux comme des stigmates nécessaires d’une passion qui se poursuivrait bien au delà des rives du Styx. Les semaines qui suivirent l’annonce du décès et l’impossibilité pour la jeune fille vu son rang de se rendre aux obsèques furent les pires de sa courte vie, elle ne s’alimentait que du minimum nécessaire, ne paraissait plus en société alors qu’elle venait tout juste de commencer à y être préparée, et passait presque toute ses journées au dehors, seul son père arrivait à lui faire dire plus que bonsoir où bonjour.
Cela faisait deux ans maintenant et le coeur de la jeune alouette n’en était pas pour autant guéri il lui avait fallut plusieurs mois, et la connaissance de son cousin et frère du futur Empereur; le dénommé Charles Louis pour le lui faire oublier un peu, mais aujourd’hui en ce matin, elle ne pensait pas à Charles Louis ni même à la jolie bague qu’il lui avait offerte lors de sa dernière visite, signe selon lui de toute l’affection qu’il lui portait, mais elle pensait à LUI, elle posa la main contre son coeur car tout à côté se tenait dans la doublure de sa veste, le carnet qui contenait TOUT.
Elle avait deviné que ce voyage allait la plonger dans un milieu d’adulte sans pitié avec toutes les affaires, toutes les tentations, tous les serments et sermons que cela supposait, que ce voyage semblait préparer à de profonds changements dans leur famille, mais peu lui importait, elle paraîtrait certes, mais elle était bien décidée une fois cette épreuve de passée, de demander la permission à son père chéri de la laisser faire elle aussi l’expérience du GRAND TOUR.
Se concentrant sur les bruits alentours, elle pu voir le ciel s’éclaircir de plus en plus et les bruits de la nuit disparaître pour laisser place à ceux du jour qui les saluaient de leur grandeur. Le Duc avait l’intention de tirer un cerf mais l’animal se fit désirer semblant avoir deviné l’intention de son chasseur, il se rabattit alors sur un coq de bruyère mais celui-ci alerté par les bruits que Sissi produisait exprès avec sa coiffe n’en arrêtait pas de chanter. Ils s’arrêtèrent donc pour prendre leur casse croute tout en regardant PossenHofen s’éveiller doucement. Ils ne s’attardèrent pas et prirent ensuite à regret le chemin du retour, et sur le trajet, le Duc put se flatter d’une prise de belle taille, un lièvre de 10 livres, qui se trouvait maintenant dans sa musette et qu’il laisserait aux bons soins des cuisines pour très certainement le diner.
Il était huit heure un quart lorsque chacun regagna ses appartements, les premiers domestiques s’affairaient déjà et le réveil des enfant avait lui aussi été fait il y a peu. La jeune fille se changea aidée de sa femme de chambre, elle passa une robe de tulle bleue pale et vit avec douleur que les malles étaient prêtes, elles trônaient au milieu de la pièce attendant d’être chargées dans une des voitures de leur suite.
Cela lui rendait la chose concrète, elle ne pouvait se dérober, la mine réprobatrice de sa mère l’en dissuada tout à fait, car bien qu’ayant eu un sommeil un peu plus réparateur, la Duchesse souffrait de maux de tête qui lui rendaient le moindre bruit insupportable, et c’est donc ainsi que la Duchesse et ses deux filles se mirent en route, l’une en proie aux douleurs, la seconde n’étant pas plus gâtée et la troisième feignant un ennui profond qui s’ajoutait à un mal au coeur persistant qui allait rendre aux trois femmes le voyage insupportable et ce malgré les diverses haltes aux différents relais de postes pour faire boire et changer les chevaux..........
Elles arrivèrent à Ichll épuisées, se pensant incapables de paraître dans de telles conditions et tenues car non seulement leur état n’avait pas été en s’améliorant pendant le trajet mais leurs bagages qui devaient les suivre dans une autre voiture n’étaient pas encore arrivés et c’est donc en proie à une vive colère que la Duchesse commanda à sa domesticité d’aller chercher de quoi les habiller convenablement pour paraître au thé prévu l’après midi même lors duquel Franz leur serait présenté.

L’apanage d’un lever matinal ne se limitait pas à notre jeune alouette mais était également partagé tout autant par la domesticité grouillante contenue dans les palais que par un jeune homme que la raison d’Etat avait préparé dès son plus jeune âge à prendre et à occuper la plus haute place par l’entremise d’une rigueur militaire qui s’y prêtait fort bien et qui bien plus tard montrerait ses limites notamment dans les relations futures avec un fils qui allait lui donner tant de fils à retordre.
De tout ce fastidieux apprentissage François Joseph n’en gardait que peu de souvenirs, les levers en pleine nuit conjugués aux longues marches sur les terrains plus où moins escarpés que procuraient son territoire lui avait très vite permis d’en acquérir une vue d’ensemble, une vision qu’il ne pouvait confirmer que par un travail acharné à sa table de travail, travail encouragé par des précepteurs admiratifs de la volonté et de la curiosité de leur jeune élève chez qui ils avaient également senti une grande sensiblerie que le jeune enfant, puis jeune homme s’évertuait à dissimuler par des pirouettes de langage.
Il fallût qu’il devint une machine à régner, on en avait décidé ainsi, alors selon sa bonne éducation il s’en était remis de tout son coeur et de toute son âme à celle qui avait abandonné pour lui l’idée de ceindre la couronne impériale, sa bonne mère, l’Archiduchesse Sophie, revanche pour cette femme que la nature n’avait pas gâté en lui donnant un époux qu’elle trouvait dénué de tout intérêt voire même faible au point où elle ne saurait se reposer sur une autre personne qu’elle même pour discuter des questions d’état. On la disait froide, rustre, sans coeur, vaniteuse, mais elle répondait par quelques minauderies en exacte symétrie avec les chansons que le peuple propageait à son sujet dans tout le pays, on ne peut s’en reposer que sur soi même pour trouver compagnon de sureté comme elle le disait si souvent et cela François Joseph n’avait pu que le constater à maintes reprises, tant les complots (éventés comme ceux tués dans l’oeuf) et autres tentatives d’assassinat sur les membres de la famille impériale s’étaient multipliés ces derniers mois et orchestrés des mains mêmes de gens de cours en qui la confiance semblait être de mise.
La mère conseillant le fils, le fils se reposant sur la mère, celle qui avait donné tant d’attention jusque dans les derniers moments de l’Aiglon faisant montre d’une sensiblerie et d’un dévouement dont on aurait eu du mal par la suite à en soupçonner jusqu’a l’existence, celle-la même se montrait aussi redoutable en homme d’état qu’elle ne l’était en femme de coeur.
Si la presque impératrice se lassait paraître le plus clair de son temps à sa suite et à ses sujets par une politique stricte, la femme et de surcroit la mère semblaient elles n’avoir que peu de place pour exister, les quelques déjeuners et diners en famille garantis par le protocole et leurs résidences d’été ne leur garantissait qu’un temps qui n’était que peu propice aux effusions et autres longues discussions et apprentissages, au plus grand regret de chaque partie. La raison d’état transcendait tout, se substituait à tout cela même aux liens du sang qu’elle encadrait pourtant de chaines invisibles ordonnant de chacun un comportement précis et ce malgré toute cette proximité qui au contraire ne participait qu’a les éloigner d’avantage.
François-Joseph avait donc grandit à côté d’une mère dévorée par cet immense empire sur lequel disait-on le soleil ne se couchait jamais et dont l’administration lui demandait de faire montre de trésors de diplomatie cela tant les nationalités et par la suite les nationalismes étaient et allaient devenir d’une importance capitale. Tant de peuples, de langues et de religions différentes tout cela coexistant dans une balance à l’équilibre plus que fragile que l’Archiduchesse s’évertuait à maintenir de toutes ses forces avant de la transmettre à son jeune fils qui allait bien vite se rendre compte que l’impériale couronne pesait aussi lourd que le prétendaient les anciens sur de jeunes épaules.
Le dévouement de cette mère n’avait fait en lui que renforcer l’idée de lui plaire et d’être son instrument, sa créature, lui donnant en maintes occasion sa parole et son coeur, comme il allait l’offrir quelques temps plus tard à une jeune fille qui allait le rendre amoureux comme un lieutenant...........
Alors pour se faire il avait appris, s’était plongé dans les dossiers, les rapports, participé au plus tôt à des conseils, rendu des ordonnances, s’acquittant au mieux de la tache qui était sienne observant la toute puissance maternelle, s’imaginant plus tard gouvernant de cette même main de fer gantée de velours. Si les questions militaires l’intéressaient et le rendaient disponible à toute heure, rapetissant désespérément un sommeil qui s’oublie au point de disparaître, tant les nuits blanches semblent être faites pour les hommes de pouvoir, les affaires maritales étaient loin de lui susciter le même intérêt.
En jeune homme respectable de son temps il n’en était plus resté au simple billet adressé à une élégante dont le visage s’empourprerait avec pudicité, mais même s’il trouvait quelque plaisir à converser avec le beau sexe, les caresses et soupirs se manifestaient bien vite en lieu et remplacement de tous les mots du monde.
De tous les devoirs de sa fonction celui d’affirmer sa virilité de souverain lui était le plus agréable, dès que l’Archiduchesse, toujours aussi bien informée des intentions de son fils, avait su deviner ce passage à l’âge adulte elle s’était dépêchée de lui fournir une garçonnière dont le jeune homme était prié de ne pas en faire publicité et de s’y rendre avec la plus grande des discrétion et ce non sans avoir l’avoir confirmée auparavant comme confidente de ses passions. Le fils se reposant y compris sur la mère quand à la découverte du plaisir charnel, car déniaiser un fils tout aussi royal qu’il soit ne pouvait se faire sans s’en référer à cette rigueur protocolaire, et ce furent donc le début de ce que l’Archiduchesse allait nommer les « contesse hygieniques » qui rassurèrent la cour toute entière en la capacité du jeune François Joseph d’accomplir l’Acte, et allaient être par la suite grassement récompensées par tout autant de titres que de pensions diverses et variées.

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