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L'inconnu du village

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Jackyardechois

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L'inconnu du village

On s'en posait des questions dans ce petit village de Bretagne, personne n'avait la réponse, même pas madame Guiradec Maire depuis fort longtemps. Qui pouvait être cet homme ? D'où vient-il ? Que fait-il ? Les langues se déliaient surtout le mardi, jour du marché... Mais personne ne le connaissait vraiment. Les cheveux blancs, parfois mal rasé, il traversait tous les matins le village, s'appuyant sur une canne usée par le temps. Il marchait la tête légèrement baissée, il marchait lentement, même très lentement pour se diriger chez Paulette le bistrot de la place du port. De nombreux pêcheurs envahissaient déjà la grande salle obscure o l'odeur de pipes, cigarettes étaient infecte. Paulette essayait tant bien que mal de remettre de l'ordre et poussait de temps en temps sa gueulante : Allez fumer dehors, pensez aux autres ! Le brave homme se faufilait entre les tables et les chaises et il s'asseyait au fond du café, saluait la patronne d'un léger sourire et commandait son verre de vin blanc. Il ne cherchait pas la discussion, bonjour, il pleut,...
A petite goulée il buvait son verre de vin blanc et dès que le flot de pêcheurs quittaient le café, dès que le calme était revenu, dès que la patronne avait aéré la salle du café, il sortait de sa poche un gros carnet jauni par le temps et il écrivait. Que pouvait-il bien écrire se demandait Paulette ? Elle n'osait pas trop s'aventurer à le questionner de peur de le blesser. Du bout des lèvres, parfois il mouillait son crayon et il continuait à écrire... Lorsque midi sonnait au clocher de l'église Saint-Luc, il rangeait son carnet, d'un geste de la main il saluait la patronne et il partait chez lui, il marchait lentement, très lentement, s'appuyant sur sa canne usée. Les heures, les jours, les mois passèrent et personne n'avait pu savoir qui était cet homme...
Puis un jour, après avoir bu son verre de vin blanc, il est parti bien avant que le clocher de l'église ne sonne les douze coups. Vous partez déjà s'exclama Paulette, je vous offre un verre ! L'homme fit semblant de ne pas entendre et quitta le bistrot. La patronne aperçue en enlevant son verre que le vieil homme avait oublié son carnet, elle se précipita dehors, trop tard... Que faire ? Ce carnet brûlait les mains de Paulette ! La curiosité n'était pas son plus grand défaut, mais elle s'assied un instant à la table du papy et se mit à feuilleter le carnet intime. Elle n'en croyait pas ses yeux, des larmes coulaient sur son visage, elle tremblait. en découvrant dans ce fameux carnet une lettre que le petit vieux avait commencé d'écrire il y a 40 ans... A toi ma fille Paulette, il y a des années j'ai rencontré Marie, une très belle femme de Quiberon, nous étions heureux, même si les riches parents de Marie ne voulaient pas admettre qu'un fils de pêcheur ne prenne leur fille. Nous étions obligés de nous cacher pour vivre le grand amour.
Puis un jour, Marie m'annonce qu'elle est enceinte, nous pensions que ses parents ne me regarderaient plus comme un bagnard, non bien au contraire ce fut de pire en pire et le père ordonna à Marie d'avorter ou de quitter la maison, enfin plutôt le château ! Marie ne voulait rien en attendre et naquit Paulette. Quel beau bébé tu étais, des yeux couleur de l'océan. Ce grand bonheur vira très vite en cauchemar, sous la énième pression du père, ta mère pris la décision de t'abandonner ! J'ai été lâche, oui lâche de ne pouvoir rien faire... Et je quittais Marie, c'était mieux comme ça... Le cauchemar ne s'arrêtait pas là, le mois suivant mes parents périssaient dans un naufrage, cruel destin, ce jour là devais partir avec eux. Un métier très dur que celui de pêcheurs, Pff, on ne compte plus le nombre d'hommes et de femmes qui sont partis et ne sont jamais revenus ! Seul et sans courage, je traînais le long du port à la recherche d'un morceau de pain ou d'une patate chaude.. Pendant des années, je t'ai recherché Paulette, oui tu me manquais. Puis un jour j'ai vu une photo dans un journal, lors de la fête du village et de suite j'ai su que tu étais ma fille, alors je me suis installé dans ce petit village. Tous les matins je descendais boire mon petit blanc, je regardais tes yeux couleur de l'Océan, mais jamais les mots n'ont pu sortir de ma bouche ma fille... Paulette referma soigneusement le carnet, le sourire remplaçait les larmes, elle n'avait plus qu'à attendre... Attendre ! Pas longtemps, le lendemain comme à son habitude, le papy se rendit au bistrot, il s'assied... Paulette s'approcha... Hier... Tu n'as pas oublié ton carnet papa Jean ? Jean fondit en larmes lorsque Paulette l'embrassa, il attendait cela depuis plus de 40 ans ! Pardon Paulette je... Chut papa... Il est temps de tourner la page, même si on ne rattrapera jamais le temps perdu.... Depuis ce jour-là l'inconnu du village avait trouvé une identité, malgré de nombreuses recherches Marie ne fut jamais retrouvée...
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