Lily

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"Je coupe. Une mèche après l’autre. L'eau oxygénée maintenant. Blond platine au final. Jean Seberg dans « A bout de souffle ». J’aimerais être aussi belle. J’ai juste les cheveux courts"  [+]

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La journée avait plutôt bien commencé, un billet de 50 euros orphelin souhaitait que je devienne son tuteur légal. Le pauvre, il était perdu sur le trottoir, plié en quatre, probablement au bout du rouleau. Je lui ai fait une place dans ma poche, bien au chaud avec quelques-unes de ses copines en métal jaune et blanc. Quand on peut être charitable...
Après cette découverte, ma démarche est devenue plus légère, je me suis même surpris à siffloter, la vie n'était donc pas qu'une tartine de merde. Il pouvait y avoir des rayons de soleil surgissant à l'improviste capables d'apporter autant de plaisir qu'une pâtisserie marocaine gorgée de miel. Je me dirigeais alors d'un pas conquérant vers la Brasserie des deux ânes, fermement décidé à confier mon nouvel ami à un spécialiste de la bière pression. Il retrouverait des potes à lui, plus facilement que dans ma poche, c'est sûr, il serait bien. Je me disais aussi que je n'étais pas forcément le copain idéal pour lui, notre histoire ne pouvait pas durer bien longtemps. Tout en cherchant un alibi correct pour mettre fin à notre liaison, une idée m'effleura l'esprit. Une de ces questions perverses capables de te ronger le cerveau. Le genre d'illumination dont tu te passerais volontiers. J'avais déjà le goût de la bière dans la bouche quand cette putain d'idée est arrivée : « Pourquoi ne pas réfléchir un peu avant de claquer ce blé au bistrot » ? me murmurait une petite voix. Vous voyez, le genre d'idée bien vicieuse, celle qui annonce un combat dans ton esprit entre le diablotin rouge à queue fourchue et le branleur en blanc coiffé d'une auréole. Ce n'est pas la première fois que ces deux glands allaient me mettre la misère dans le cerveau. D'habitude, le mec en rouge gagne à la fin, l'autre con d'emplumé repart en maugréant et je ne le revois plus pendant quelque temps. Il doit aller se cacher pour faire la gueule et c'est pas moi qui vais le rechercher, son côté « Monsieur Propre » me fatigue, avec lui on peut jamais s'amuser. Cependant, je me rappelais encore très bien leur dernière prise de bec, le guignol cramoisi avait laminé l'angelot, c'en était suivi une nuit de débauche que j'aurais mieux fait d'éviter. J'étais rentré à la maison saoul comme un cochon, ma p'tite Lily, ma princesse, avait moyennement apprécié. Je la comprends, en plus d'arriver ivre mort, je m'étais comporté comme le dernier des cons. Généralement, l'un ne va pas sans l'autre... Depuis, avec Lily c'était tendu et je sentais bien que notre belle histoire d'amour avait du plomb dans l'aile.
Donc, je me retrouve à réfléchir devant la brasserie, et là : coup de théâtre ! Sans prévenir, l'angelot balance un coup dans les burnes de Méphistophélès. Putain ! Le con ! J'aurais jamais cru qu'il en était capable, un vrai tour de pute, bien sournois. Le diablotin s'est barré en gémissant et en s'appuyant sur sa fourche. Jeux set et match ! Le séraphin, content d'avoir enfin gagné m'a envoyé une illumination : j'irai acheter deux bouteilles de gaz pour faire plaisir à ma p'tite Lily !
Holà ! Holà ! Calme-toi ! Je t'entends déjà : « Achète-lui plutôt des fleurs, connard ! » Attends, je vais t'expliquer : dans tous les couples, il y a des sujets tabous, des motifs de dispute qui reviennent sur le tapis régulièrement, des sujets parfaits pour « mettre le feu aux poudres ». Tu les connais ces discussions anodines qui finissent mal et servent de prélude à trois nuits tournées vers l'extérieur du lit. Trois jours sans se toucher. Trois jours aussi à échanger des mots isolés à la place des phrases habituelles. Trois jours sans sourires. Trois belles journées de merde. Chez nous, le gaz est un véritable déclencheur d'embrouille. Laisse-moi te raconter : comme t'as sûrement déjà remarqué, la bouteille de gaz finit de se vider totalement quand tu fais la tambouille et t'as pas toujours un vendeur qui attend en bas de chez toi que tu tombes en panne. Cette conne elle pourrait prévenir avant d'être à sec, comme la jauge de la bagnole par exemple. Non, elle préfère se la jouer perso et au moment où tu vas mettre ton steak dans la poêle, la flamme bleue vacille quelques instants puis diminue rapidement avant de disparaître. Ma p'tite Lily, elle avait un plan B pour pas se laisser emmerder par ces bonbonnes à la con, elle avait opté depuis longtemps pour des petits formats au lieu de ces vieilles merdes grises qui pèsent une tonne chacune. Elle superposait deux petites bouteilles de gaz et branchait le détendeur de l'une à l'autre en deux temps, trois mouvements, une vraie spécialiste. Le beurre dans la poêle avait même pas le temps d'arrêter de grésiller. Quand je suis rentré dans la vie de Lily, l'histoire du gaz, ça me gonflait, je voyais pas pourquoi on irait se mettre la rate au court bouillon pour essayer d'être rationnel sur un sujet aussi futile. Je suis philosophe, quand y a plus de gaz, on fait livrer une pizza et basta ! Dans l'évangile selon Lily, lorsqu'une des deux bouteilles était vide, il fallait en racheter une autre le plus tôt possible et ainsi ne jamais être en panne sèche. C'est sournois cette méthode, au début tu te dis qu'il y a pas le feu, après tu oublies et quand y a plus un gramme de gaz dans les deux bonbonnes t'es dans la merde. En plus, ça fait un an que j'bosse pas, Lily elle m'avait déjà dit : « putain Michel, t'as que ça à foutre ! » C'était pas faux : j'étais au chômedu et j'assurais pas une cacahuète. Le petit angelot venait de me rappeler que la bouteille en service avait rendu l'âme ce matin même et que sa sœur jumelle, encore plus vide que la bibliothèque de Nabilla, attendait depuis un bon mois que je me sorte un doigt du cul.
J'ai tourné les talons illico et je suis retourné à l'appart. J'allais lui montrer à « Madame organisation parfaite » de quoi j'étais capable ! Auparavant, j'allais devoir enfreindre une règle, il me fallait emprunter la Twingo de ma gazelle. Elle était plus trop chaude pour me la prêter depuis que j'avais bigorné une aile un soir de cuite... Mais cette fois, c'était pour la bonne cause, elle pourrait rien dire. J'ai balancé les deux bouteilles vides dans le coffre avant de faire ronfler le moteur en direction de la station-service la plus proche. Comme avec Miroslav qui me fourguait une barrette de shit de temps en temps, la transaction chez Monsieur Total était codifiée, d'abord tu payes et ensuite t'as la came. La seule différence, c'est que tu regardes pas sans cesse derrière toi, c'est plus serein. Sitôt les deux bonbonnes pleines rangées dans la Twingo, j'étais fier comme le jour où j'ai conduit ma première bagnole. En estimant les pièces restantes dans ma poche, au poids et au bruit, je me suis dit qu'il me restait de quoi me payer au moins deux pressions. Je sentais déjà le verre glacé entre mes doigts et j'imaginais le moment de bonheur quand mes lèvres allaient rentrer en contact avec la mousse ! Avant même d'arriver au bistrot j'étais sur un petit nuage. C'était une putain de bonne journée et je voyais déjà les étoiles dans les yeux de ma p'tite Lily quand elle verrait comment j'avais assuré.
En m'arrêtant au feu devant « La brasserie des deux ânes », j'ai tout de suite remarqué la Mercédès AMG du gros Gabriel garée juste à ma droite, je pouvais pas me tromper, la peinture noire mate, les jantes de folie, les pneus taille basse, y'en avait pas deux pareilles dans le quartier. J'allais devoir choisir un autre rade, je me rappelais trop bien que je lui devais encore 500 boules et j'avais pas du tout envie de me retrouver en face de lui pour expliquer que j'étais un peu « short » en ce moment. Le gros Gabriel, il a le caractère d'un Pitbull enragé et il est assez fort pour te démolir à coup de poing si tu t'embrouilles avec lui.
Avant que le feu ne passe au vert, un nuage est passé devant le soleil et un courant d'air a traversé la Twingo. Quand j'ai voulu remonter les vitres en appuyant sur la commande électrique, un claquement sec a retenti dans l'habitacle, le moteur s'est arrêté et plusieurs voyants se sont allumés. J'ai coupé puis remis le contact sans effet, tous les indicateurs clignotaient maintenant. Une odeur de brûlé a envahi l'habitacle : Pas la caisse de Lily ! Putain de bordel de merde ! NON ! Pas maintenant ! Forcément, cet enculé de feu tricolore venait de repasser au vert et un gros con derrière moi était déjà debout sur son klaxon. Pour couronner le tout une fumée noire s'échappait de devant le pare-brise. J'ai actionné le levier d'ouverture du capot avant de sortir constater l'ampleur des dégâts. En levant la plaque de tôle, il était clair que la baraka m'avait lâché et que je venais de prendre la plus mauvaise des décisions. Des flammes d'un mètre de haut m'ont fait reculer. La caisse s'est rapidement embrasée et quand j'ai pensé aux pompiers, je me suis rappelé que mon portable était resté sur le tableau de bord au milieu des flammes. J'ai encore reculé d'une case sur le chemin vers la béatitude. Un mec en terrasse du rade avait eu la présence d'esprit de faire le 18 et de me tendre son téléphone. J'allais malheureusement encore choisir la mauvaise option. Complètement paniqué j'ai balbutié tant bien que mal l'adresse de la brasserie tout en me rappelant le chargement dans mon coffre... Ce n'était pas le moment idéal pour mentionner les bouteilles de gaz... Je ne pensais pas que la tentative d'attentat aux abords de Notre-Dame était encore aussi présente dans les esprits. En bon professionnel, le pompier au bout du fil a réagi au quart de tour. J'ai raccroché horrifié après l'avoir entendu prononcer les mots « possibilité d'attentat ». Quand le client du bar a récupéré son téléphone, les premières sirènes étaient déjà audibles et je constatai que les couches de merde s'empilaient au-dessus de ma tête.
Dans ma situation, j'étais bien incapable de contester la « Loi de Murphy », les événements qui s'enchaînaient ne pouvaient que renforcer sa pertinence. Le gros Raphaël arrivait en face de moi, je pouvais presque voir dans ses yeux les reflets des flammes qui léchaient sa Mercedes. Une voiture de police venait de faire hurler ses pneus en pilant à quelques mètres derrière moi, et sur ma droite, les soldats du feu s'éjectaient d'un camion sous les éclats des gyrophares et couraient vers ma Twingo. Je cédais une fois encore à la panique et je hurlais à tout le monde de se reculer, car les deux bonbonnes de gaz allaient exploser. Le gros Raphaël semblait n'en avoir rien à foutre, il me sauta dessus en hurlant et commença méthodiquement la destruction de ma belle gueule. L'hystérie s'était emparée du quartier, des passants fuyaient en hurlant à l'attentat, les pompiers essayaient d'établir un périmètre de sécurité pendant que les flics tentaient d'empêcher Raphaël de me tuer. Les gamins du quartier regroupés à bonne distance criaient « Allah akbar » et les badauds avaient tous basculé leur portable en mode vidéo. Une vraie scène d'apocalypse : mélange de fumée noire et grasse, de sirènes hurlantes et de quidams affolés, un bonheur pour le 20 H 00 de TF1. Époque de merde...
Quand la première bouteille de gaz a explosé, il y a eu un court instant de calme, et l'avalanche de coups que je recevais s'est interrompue quelques secondes. La Twingo de Lily ressemblait à un barbecue géant, la Mercos avait elle aussi perdu de sa superbe, elle gisait sur le côté au milieu des flammes. Les flics ont heureusement été les plus rapides à reprendre leurs esprits et ils ont pu maîtriser le gros Raphaël avant qu'il ne termine son projet de démolition de ma personne. La deuxième charge de gaz a fait ce qu'on attendait d'elle dans de telles circonstances, elle a déversé sa fureur destructrice en projetant des débris de tôle aux quatre coins du carrefour. Alors j'ai su que je venais de toucher le fond...
La sensation de malaise qui précède un évanouissement est généralement une expérience désagréable, je l'ai pourtant accueillie comme une délivrance. Je crois même que j'ai souhaité ne plus jamais me réveiller...
J'ai repris mes esprits avec une chanson de Souchon (allez savoir pourquoi.) qui tournait dans ma tête : c'était « La ballade de Jim »
« Jimmy s'éveille dans l'air idéal
Le paradis clair d'une chambre d'hôpital
L'infirmière est un ange et ses yeux sont verts
Comme elle lui sourit, attention, Jimmy veut lui plaire... »
Je ne savais plus qui j'étais ni où j'étais. J'étais bien, pas de passé, pas d'avenir. C'était peut-être un rêve ? Est-ce que j'étais devenu un fantôme ? La forme blanche penchée sur moi sentait bon et parlait doucement : un ange ? Je voulais absolument savourer cette image, alors j'ai fermé les yeux un instant. Quand je les ai de nouveau ouverts, un mec en bleu avec une haleine de coyote avait remplacé la dame blanche. Il répétait en boucle « Vous m'entendez, Monsieur Papreck ? ». La sensation désagréable de ses postillons sur mon visage a sonné le retour à la réalité. Monsieur Papreck c'était bien moi, Michel Papreck, né le 26 novembre 1988, je ne pouvais pas le nier, en me concentrant, j'ai fini par admettre à contrecœur que je l'entendais bien.
J'avais mal partout, de la peine à respirer et juste envie de dormir mille ans, mais le mec en bleu n'arrêtait pas de me bombarder de questions. De temps en temps, au milieu de ses phrases, des mots explosaient comme des grenades : Attentat... Juge d'instruction... Prison... Préméditation... Complices... Tous synonymes de : « Je suis dans la merde » !
Il a fallu deux jours aux keufs pour admettre que je ne passais pas mes vacances en Syrie, que je n'étais pas le neveu de Ben Laden et que ma connaissance des explosifs se limitait aux pétards du 14 juillet. Deux jours sans visite, sans téléphone. Je n'avais qu'une seule envie pendant tout ce temps, c'était revoir ma p'tite Lily. Tout s'effondrait autour de moi et je la voyais comme le dernier refuge possible.
Après avoir marmonné quelques excuses du bout des lèvres, deux poulets m'ont déposé devant notre immeuble. Je me suis approché d'un rétroviseur pour un dernier état des lieux, le résultat n'était pas fameux, il allait falloir beaucoup de jours et de pommade cicatrisante avant que je puisse de nouveau ressembler à la photo sur ma carte d'identité. Mon nez, ma lèvre et ma pommette étaient parcourus par les poils durs et noirs des points de suture. Les hématomes autour de mes orbites me donnaient un regard de fou. Le tee-shirt trop petit que les flics m'avaient donné pour remplacer le mien couvert de sang, arborait en lettre rouge : « Mutuelles du Mans ». J'avais connu des jours meilleurs...
Arrivé devant la porte de l'appartement, je suis resté un long moment à réfléchir. Finalement, j'ai décidé de ne pas utiliser mes clés, je ne voulais pas rentrer une fois de plus comme si de rien n'était. Après une longue inspiration, j'ai enfin appuyé sur le bouton de la sonnette.
J'en menais pas large, les scénarios que j'avais élaborés dans ma tête depuis le matin ne comprenaient pas de version « happy-end » avec long baiser sur fond de soleil couchant... Les secondes ont décidé de jouer avec mes nerfs en ne respectant pas le rythme habituel, ces salopes étaient sûrement complices, qu'elles aillent se faire foutre ! Je restais tétanisé devant cette porte, les sens en éveil, guettant le moindre bruit. Une tornade se formait dans mon cerveau, les pensées, les résolutions et les souvenirs se mélangeaient, tournant de plus en plus vite en s'élevant avant d'être éparpillés avec violence.
Le bruit du verrou a fait cesser la tempête. Le grincement caractéristique de la poignée, que j'avais mille fois promis de graisser, m'a rappelé qu'il ne me restait plus de jokers depuis longtemps. La porte s'est ouverte. Ma Lily se tenait devant moi, sans rien dire, belle comme une évidence. En temps normal, j'aurais débité ma litanie de bobards, d'excuses à la con, je ne sais pas si c'était dû à l'effet des marrons du gros Gabriel qui m'avait bousculé les neurones, mais j'ai compris immédiatement que je devais fermer ma gueule. On est restés une éternité comme ça, les yeux dans les yeux. Je ne voyais pas de colère dans son regard, j'avais l'impression qu'elle me jaugeait, qu'il fallait qu'elle collecte des infos avant de dire quoi que ce soit, alors je lui ai « ouvert la porte », j'ai senti les cloisons que j'avais érigées depuis des années s'effondrer. Je l'ai laissée pour la première fois « pénétrer en moi », sans arrière-pensées, sans calcul ni supercheries. En franchissant la barrière de mes yeux, elle accédait à des endroits que j'avais toujours cachés. Je l'ai laissée faire, à sa guise, à son rythme. Jamais je ne m'étais senti aussi proche d'elle, complètement nu, sans mes déguisements, sans mes armures, plus de postures, plus d'excuses : un enfant se faisant gronder, attendant stoïque sa punition. Pendant ces quelques instants qui m'ont paru tout autant d'éternités, les émotions défilaient sur son visage, l'inquiétude, l'étonnement, la surprise.
Droit comme un i, les bras le long du corps, j'appréhendais la sentence, impatient de savoir si j'allais passer le reste de ma vie avec moi-même ou si ma p'tite Lily allait m'aider à virer le branleur qui squattait mon mètre quatre-vingts. Je me sentais prêt à tout accepter, une certitude venait de prendre racine en moi, j'avais envie de balancer le tas de merde que j'étais devenu et de m'essayer aux joies de la maturité.
La dernière émotion sur le visage de ma princesse ressemblait à de l'espoir. Un sourire « Mona Lisa » a effleuré ses lèvres, énigmatique et bienveillant. Les millions de questions que je devinais dans son regard ont été balayés par ce sourire. Elle m'a tendu la main et m'a laissé rentrer.
J'avançais comme un zombie, je me suis écroulé sur le canapé plutôt que je ne me suis assis. Mon squelette venait de rendre les armes, mes muscles aussi, je n'étais plus qu'un tas de chairs flasques. Lily a placé doucement son bras sur mon épaule, tendrement elle a fait basculer ma tête sur ses genoux, la chaleur de sa main dans mes cheveux a ouvert des vannes que j'avais toujours maintenues fermées. L'émotion est montée soudainement, du fond de mon ventre, comme un vomi un lendemain de cuite, par surprise, incontrôlable. J'ai pleuré comme jamais auparavant je n'avais pleuré, j'ai pleuré encore plus fort que le jour du décès de ma mère. J'ai pleuré le corps secoué de spasmes, ils arrivaient par vagues successives, détruisant un à un mes derniers remparts. Quand je croyais mon corps enfin débarrassé des vestiges de mon passé peu glorieux, les larmes revenaient encore plus fortes, elles coulaient sur mes joues, se mélangeant à ma morve pour dissoudre à jamais cette carapace derrière laquelle je me cachais. J'ai essayé de parler, d'expliquer, de promettre : peine perdue, les fragments de mots venaient se fracasser contre mes dents pour finir en bouillie incompréhensible.
Pendant tout ce temps, ma p'tite Lily ne me quittait pas des yeux, elle veillait sur moi, comme depuis toujours, mais maintenant elle savait vraiment qui j'étais. Le premier souvenir de ma nouvelle vie aurait à jamais la douceur de ses lèvres sur mon front.
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Un petit mot pour l'auteur ? 178 commentaires

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Hermann Sboniek  Commentaire de l'auteur · il y a
Vous avez été nombreuses et nombreux à soutenir mon texte et à le hisser près du sommet de ce classement.
MERCI !!!😊

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Charles Sabatier · il y a
"prise de bec, le guignol cramoisi avait laminé l'angelot, c'en était suivi une nuit de débauche ......."
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Hermann Sboniek · il y a
Bien vu Charles. Shame on me 😳😳
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Charles Sabatier · il y a
" S'en était......."
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Hermann Sboniek · il y a
???
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Long John Loodmer · il y a
Je ne regrette pas de m'être fait violence pour dépasser mon temps de lecture
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Hermann Sboniek · il y a
Bonjour Loodmer.
Merci de d'avoir fait une entorse à tes habitudes.

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JHC · il y a
Félicitations :)
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Hermann Sboniek · il y a
Bonjour JHC.
Merci.

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françoise CLAUDE · il y a
J’etais sûre que ça le ferait ! Bravo !
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Hermann Sboniek · il y a
Bonjour Françoise.
Vous êtes optimiste, d'habitude je me fait "éjecter" du top Ten dans la dernière ligne droite 😂.
Je pense que le bug qui a remis tous les compteurs d'abonnés à zéro a changé la donne du prix du public.
Merci de votre aide.

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Joëlle Brethes · il y a
Félicitations, Hermann ! Bises.
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Hermann Sboniek · il y a
Bonjour Joëlle.
Merci une fois de plus 😊.

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Brigitte Bardou · il y a
Heureuse que ce texte ait été primé !
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Hermann Sboniek · il y a
Bonjour Brigitte.
Moi aussi 😊.
Merci.

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Gracchus TESSEL · il y a
C'était un de mes textes favoris! Bravo, c'est mérité!
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Hermann Sboniek · il y a
Bonjour Gracchus.
Merci.

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Keith Simmonds · il y a
Un grand bravo pour ce prix bien mérité, Hermann !
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James Wouaal · il y a
Bravissimo !!!
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Hermann Sboniek · il y a
Merci Docteur 😂

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