L'homme plastifié

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j'écris des nouvelles mais aussi des textes et musiques que je chante à la guitare douze cordes et tout le saint-frusquin, le bazar lézardes et fractures des univers, de la vie du mystère des ... [+]

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Il avait faim et très faim, comme tous les autres, mais la nourriture se faisait rare sur cette terre et la concurrence était forte.
Il errait de vertes prairies en forêts sombres, de montagnes rocailleuses désormais sans neige, de côtes où la mer déchaînée vibrait en tsunamis quasi permanents, d'abris précaires emportés par des ouragans, de sombres et froides cavernes troglodytes se protégeant de pluies diluviennes, de maisons délabrées pour refuge et continuant son chemin, le chemin de traverse sans nul autre choix que d'avancer sinon de mourir sur place, dévoré par des prédateurs animaux, même par ceux de son espèce, plus le choix pour personne, chacun sa route, toute solidarité semblait avoir disparu.
Il entra dans la ville abandonnée par des lézardes de sentes inconnues, des tunnels oubliés, d'anfractuosités éteintes et se laissa glisser au gré des courants intérieurs, sentant le fumet des vibrations externes cependant. Il fouissait, déblayait des débris, évacuant des amoncellements pour se frayer un passage telle une taupe souterraine pervertissant les hauteurs du monde, presque en aveugle comme elle, mais ne perdant pas la boussole de sa faim.
Il émergea d'une bouche d'égout dans une rue glauque de la ville.
Alentour les gratte-ciels avaient perdu leur superbe et magnificence démente pour n'être plus que pendentifs gratte-oreilles en lambeaux, des herbes folles et même des arbustes qui se dressaient au milieu des chaussées défoncées. On voyait des oiseaux chamarrés voler dans l'air fou, bas et lourd, des rats dantesques virevolter sous des voitures rouillées et même de grands animaux mammifères en troupeaux se déplacer tranquillement.
On voyait tant et tant.
Il avait faim et tellement faim, sa soif il pouvait l'étancher facilement, mais la faim terrifiante !
Il se traînait désormais, ses dernières forces en alerte. Il écrasa un jeune rat qui tenta de l'attaquer et il le dévora tout cru puis poursuivit sa route sur l'asphalte défoncé.
Il ne vit rien venir !
Deux femmes étiques se jetèrent sur lui au détour d'une sombre venelle, mais elles n'avaient aucune arme et expérience, lui oui, un couteau aiguisé et un entraînement très ancien aux sports de combat.
Il vit un supermarché délabré, enfonça la porte.
Plus de nourriture, tout avait été pillé.
Seules des bouteilles d'eau vides en plastique jonchaient le sol !
Il s'écroula quasi désespéré, et s'endormit sur le sol froid.
Il rêva d'un monde nouveau, d'un monde autre, détaché de ce monde en perdition, d'un monde...
Se réveillant, il avait compris !
Il y avait une abondance quasi infinie pour se nourrir du monde passé qu'on imaginait à peine.
Il s'agenouilla et comme en prière se mit doucement à mâchonner les bouteilles en plastique.
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Utilisateur désactivé · il y a
Bien vu !
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Françoise Desvigne · il y a
Je suis sûre que nous avalons des particules de plastique ! Bravo Patrick pour ce texte :-)
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Janice Chercoeur · il y a
On fait du plastique végétal à goût de maïs. Peut-être que cela aidera ?
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Patrick Gibon · il y a
pourquoi pas et merci de la visite
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Cali Mero · il y a
La fin d'un monde ,de l'abondance, le climat qui sème le désordre, le danger qui guette.... C'est ce qui nous attend Patrick?
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Patrick Gibon · il y a
une des variantes des effondrements quasi surs, hélas! merci du passage
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Evenely de la Pélagie · il y a
J'aime "toute solidarité semblait avoir disparu". Tout n'est pas perdu alors.
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Patrick Gibon · il y a
merci de votre passage
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Fred Panassac · il y a
De l’imagination et une histoire, certains passages sont forts, avec une interpellation qui devrait occuper le devant de la scène de nos idées.
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Patrick Gibon · il y a
merci de ta lecture et de tes interrogations, une partie de l'objectif de ce texte politique
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So LMB · il y a
original et intéressant
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Patrick Gibon · il y a
merci du passage sur notre plastification avancée
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Alban Deroux · il y a
J ai adoré ce texte original et un brin moralisateur ;-) merci pour vos textes !
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Patrick Gibon · il y a
merci de la lecture et commentaire!
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Darius Eff · il y a
Votre TTC est o-ri-gi-nal, Patrick, et très bien écrit (ça vous le saviez déjà) : le maître jongleur des noms & épithètes. L'histoire est évidemment intéressante (un monde où l'identité d'une personne n'intéresse personne, pas même l'auteur ni le lecteur) mais j'en préfère le contenant. C'est ce qui a fait que je l'ai lue jusques-au-bout.
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Patrick Gibon · il y a
merci de votre lecture enthousiaste et soutien à "la plastique" de mon écriture!
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Cyrille Conte · il y a
Voilà enfin une solution pérenne à la faim dans le monde : mangeons donc ces tonnes de plastique que nous déversons quotidiennement !
Toujours un plaisir de vous lire Patrick. Je vous invite sur ma page si vous le souhaitez, pour "le tableau".

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Patrick Gibon · il y a
bouffons, bouffons, tous bouffons!

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