L'expérience de Dieu

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Retraité créatif après un parcours professionnel riche, j’ai la passion de transmettre mon expérience, mes réflexions diverses et mes émotions. L’écriture de nouvelles et de quelques  [+]

L’expérience de Dieu


L’univers m’embarrasse, et je ne puis songer que cette horloge existe et n’ait pas d’horloger
Voltaire

Cela ne vous est jamais arrivé de vous tromper ?
Eh bien, moi, oui...

Je voulais créer un monde parfait, comme moi.
Et finalement, regardez ce qu’il s’y passe : des guerres, des viols, des hommes qui se veulent supérieurs aux femmes, des crédulités, des religions aux emprises abusives, des déloyautés, des tromperies, des meurtres, des jalousies... et j’en passe.
Bref, trop de situations qui ne me permettent pas d’être fier de mon œuvre.
Bien sûr, quelques personnes sont dignes : mère Teresa par exemple qui s’est donnée à tant de personnes, mais justement pour tenter de compenser tout ce que les autres n’assumaient pas, ou avaient généré comme inégalités et absence de solidarité entre eux.
Non, ce que j’ai produit ne mérite pas de se retrouver dans les livres d’histoire. La prochaine fois, je devrai faire mieux.... S’il y a une prochaine fois...

Pourtant, tout avait bien commencé.
En cinq jours, j’avais créé l’univers, les plantes, les animaux. Le sixième, j’ai créé l’homme puis la femme. Le processus était particulier cette fois-ci : j’avais prélevé une côte dans la poitrine d’Adam, qui n‘avait pas protesté, sans anesthésie (essayez-le sur vous et vous m’en direz des nouvelles), côte à partir de laquelle j’avais créé Eve. Le premier couple humain existait dans ce monde idyllique, un paradis, que j’avais nommé Eden, et qui était le résultat fantastique de mes cinq premiers jours. Tout était en place pour qu’ils y soient heureux, procréent dans la joie. D’ailleurs, ils n’ont pas tardé à me faire ces deux petits, Abel et Caïn, si mignons, adorables dans leurs premières années, gambadant comme des cabris dans la végétation, respectés des autres espèces vivantes, comme ses parents, sans souci pour leur avenir.
Mais voilà que Caïn, jaloux d’Abel, en devient le meurtrier. Je ne le voulais pas ! Qui aurait pu prévoir un tel acte ? J’avais fait l’homme à mon image, à commencer par cette première famille en qui j’avais fondé tous les espoirs de bonne conduite, de fidélité et de respect.
Quelle déception ! Une expérience qui foire dès le début. Et comment rattraper le coup ?
Bien sûr, j’ai eu le plaisir de voir arriver Seth dans le couple. Adam avait quand même déjà 130 ans. Je sais qu’on vivait vieux à cette époque. Pour ce premier couple, Seth était le remplaçant d’Abel. Il en fallait bien un pour contrebalancer l’existence désastreuse de Caïn dont je n’étais pas très fier. Heureusement, il eut une descendance dans laquelle on reconnaîtra Noé à qui j’ai demandé de sauver un maximum d’espèces d’animaux au moment du déluge. Il faut dire qu’à l’époque, on ne parlait pas de protection de l’environnement ni de préservation de la faune. En quelque sorte, j’étais un avant-gardiste.
Mais la descendance de Caïn n’a cessé de m’inquiéter. C’est pour cela que j’ai déclenché cet énorme tsunami où normalement seul Noé, quelques-uns de ses proches et cette fameuse ménagerie devaient seuls subsister. A observer les comportements humains postérieurs, je pense que certains descendants de Caïn ont dû passer à travers les averses du déluge. Manifestement, quelques paramètres de mon expérience n’ont pas été suffisamment maîtrisés.

Puis, que dire aussi de ma décision lors de la construction de la tour de Babel ? Les humains voulaient se rapprocher du ciel et de ma personne. Et moi, bêtement, j’ai pris peur ! Peur qu’ils commencent à me ressembler ? C’est fou ! Si on revient quelques pas en arrière : mon objectif était que les humains soient fidèles à mon image. Bons, généreux, aimants, respectueux, humbles... toutes ces qualités qui donnent plaisir à côtoyer des semblables, à vivre en harmonie, à se comprendre, à échanger. C’était noble de leur part d’agir dans ce but, de construire cette tour. C’était un projet commun. Tout le monde agissait vers le même idéal. Et moi, j’ai fait en sorte de détruire cette tour, je les ai contraints à parler des langues différentes, et pour être sûr d’éviter la récidive, je les ai dispersés sur la terre !
Mais que diable (voilà que j’invoque maintenant mon ennemi !) ai-je eu dans le crâne à ce moment pour prendre une telle décision ? Peut-être le résultat d’un burn-out ? Pourquoi pas ? Il faut se rappeler que mon boulot est de suivre tout le monde (on dit bien que Dieu voit tout). C’est une tâche immense. Mettez-vous à ma place. En seriez-vous capable ? C’est une tâche surhumaine, mais je ne suis pas un humain. Il m’aurait peut-être fallu un adjoint. Cela aurait probablement évité cette bévue de Babel ; et alors, tout le monde parlerait la même langue. Laquelle ? Peu importe, mais cela aurait été tellement plus simple. Bien sûr, j’aurais supprimé plus tard des emplois de traducteurs, de professeurs de langues étrangères, ou de créateurs de logiciels de traduction. Mais comme la vie aurait été plus facile pour tous les humains !
Mais cette situation, complétée par les incompréhensions entre les tribus d’Abraham, a aussi généré un autre problème : toutes ces religions qui ne se comprennent pas, se tolèrent très difficilement, et dont le prosélytisme conduit parfois à des exactions et des souhaits d’hégémonisme avec des guerres de religion.
Bon, dans ma prochaine expérience, promis, j’utiliserai un adjoint (ou plusieurs) pour éviter ces erreurs.

Alors, vous comprenez, comme tout expérimentateur, j’ai tenté de modifier mon prototype. Par exemple, j’ai mis en place des plaies en Egypte. Cela peut vous paraître bizarre : moi, le parfait, malgré mon erreur de Babel, je décide encore de pénaliser des humains. J’avais aussi proposé à Abraham de tuer son fils Isaac, mais c’était juste pour le mettre à l’épreuve. Et c’est fou, Abraham allait le tuer ! Il a fallu que je l’arrête en lui faisant comprendre qu’il ne s’agissait que d’un jeu de rôle ! Mais là, en Egypte, je l’ai carrément fait, jusqu’à faire mourir des enfants en bas âge ! Vous vous rendez compte ? Moi, Dieu, j’ai décidé ces atrocités, tout cela pour qu’une partie de la population qui m’était restée fidèle puisse s’évader d’Egypte ! Et plus tard, lorsque Moïse et sa caravane longe le Sinaï, je le convoque sur les sommets pour lui dicter les tables de la loi dans lesquelles je demande de ne pas tuer son prochain !!! Exactement l’inverse de mon action égyptienne.
Encore une fois, j’ai déliré. Un autre burn-out ? Et je ne comprends pas que malgré tout cela certains restent encore attachés à mon concept !

Après tous ces épisodes incohérents, je devais me racheter de toutes ces imbécilités.

Alors, j’ai fait venir mon dernier atout : Jésus. Là, j’ai usé de toutes les astuces possibles. A commencer par sa mère, Marie, qui a enfanté tout en étant vierge. Je sais, c’est incompréhensible. Mais cela a fonctionné ! Je veux dire, nombreux sont ceux qui y ont cru. D’ailleurs, je ne dirai pas si cela est vrai ou s’il s’agit d’une supercherie. J’attends que quelqu’un trouve la solution.
Et puis, concernant Jésus, j’ai fait en sorte qu’il exerce des pouvoirs qui pourraient s’apparenter à des tours de magie : transformer l’eau en vin, marcher sur l’eau, guérir un paralytique.... Là aussi, comme le cas de Marie, bien malin celui qui prouvera qu’il s’agit de véritables pouvoirs ou de prestidigitation.
Mon plus beau moment, c’est quand je l’ai fait livrer à ses ennemis pour le faire crucifier. Je savais que j’avais le pouvoir de le ressusciter. Pour une fois, c’était un faux assassinat. Pas comme en Egypte avec les nouveaux nés...
Là enfin, dans cet épisode de Jésus, que tout le monde considère comme mon fils spirituel, je n’ai tué personne. Et vous ne trouverez que des bienfaits pour ceux qui se sont trouvés sur son chemin. Néanmoins encore une fois, je ne vous dévoilerai pas mes astuces.
Ma plus belle fierté, c’est le slogan que j’ai mis dans sa bouche : « aimez-vous les uns les autres ». Je comptais sur l’exemple de la vie et des exploits de mon protégé, jusqu’à l’idée de son sacrifice suprême pour faire valoir cet adage.

Je croyais que cela allait prendre. Malheureusement, la mayonnaise a mal tourné, à mon grand désarroi ! Je m’explique :
Ce n’est pas simple d’introduire un concept opposé aux habitudes, même s’il est beau. Avec Jésus, je me suis attaqué à de nombreux intérêts. Ses apôtres et leurs successeurs ont eu beaucoup de peine pour la mise en place de cette nouvelle idée portée par mon slogan. Nombreux sont ceux qui ont souffert jusqu’à la perte de leur vie. Malgré tout, mon concept s’est progressivement implanté. Mais pour lui apporter des espoirs de pérennité, des personnages institués en patrons religieux ont malheureusement décidé des règles de fonctionnement et de comportement qui ont pris le dessus sur mon concept originel. Ce dernier s’est ainsi retrouvé noyé dans un magma de dogmes obscurs facilitant la gestion de la religion en s’appuyant sur la crédulité des membres.
Et là, je n’avais plus la main. Vous comprenez bien que si j’en avais eu encore une quelconque maîtrise, j’aurais instruit les membres au lieu de les maintenir dans une nécessité de croyance sans réflexion personnelle. J’aurais aussi évité cette emprise abusive de l’église sur les croyants. Je n’aurais pas accepté de contenir les croyants par l’idée du péché. Pourquoi leur faire si peur et les rendre aussi peu créatifs par la même occasion ? Je leur aurais apporté des capacités de discernement pour qu’ils aient une liberté personnelle de pensée, une capacité à se faire leur propre opinion, décider par eux-mêmes. Ils n’auraient pas été autant en état de dépendance des règles absurdes. Cela aurait généré une plus grande exigence auprès de leurs chefs religieux et évité des crédules qui gobent tous les enfantillages émis par ces référents prétentieux. Peut-être que cela aurait aussi évité tous ces nationalismes stupides. J’aurais cru immédiatement en Copernic et Galilée qui apportaient un éclairage savant sur le monde que j’avais créé. Ils avaient compris une partie de mon œuvre, eux.
Dire que tous ces chefs exercent leur activité en mon nom !

Heureusement, certains ne s’y sont pas laissés prendre. Luther et Calvin, par exemple, ont cherché à s’extraire de ces règles néfastes.

Alors, finalement, que vous considériez tout ce que l’on a dit de moi comme une farce ne me surprendrait pas, et comme je vous comprendrais !


Il reste une question abordée au début : ferai-je d’autres expériences ? Eh bien, je ne sais pas encore. Tous ces insuccès me font peur. Je m’aperçois qu’il ne faut pas lâcher la bride aux hommes au risque que certains se permettent des dérives si néfastes aux humains.
Alors, si je recommençais, je crois que je choisirais une autre planète où ne régnerait qu’une seule langue, où l’homme serait aussi un animal plus intelligent que les autres, mais respectueux du monde vivant et de son environnement pour y vivre une harmonie durable. Alors, je pourrais contempler mon œuvre enfin réussie, tout en jetant un regard régulier pour éviter ou corriger toute dérive néfaste au plaisir pérenne de l’homme.
Comme l’horloger qui maîtrise son horloge...
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