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Lettre à mon fils

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Julien Rose

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La vie est drôlement faite.
Mon plus grand bonheur aujourd’hui, mesure dans les 62 cms, pèse presque 7kg, pue la pisse, fait caca 3 fois par jour et crie dans mes oreilles quand il a faim.
A croire que je deviens sadomasochiste, il y a encore quelques années en arrière, pour être heureux il me fallait un 90C, un peu d’huile et une capote à la fraise.
C’était donc toi la rencontre qui allait changer ma vie. Pendant des mois j’ai préparé ton arrivée sereinement, dans le plus grand des calmes, sans aucune pression. On me parlait de moment d’extase, de sensation indescriptible. Dans ma tête, je me sentais prêt à ça, j’avais était formaté à vivre dans l’exaltation. Dans tous les domaines.
J’ai rencontré et côtoyé, dans mon métier, des mannequins, acteurs célèbres, sportifs de hauts niveaux et j’en passe. J’ai froissé les draps de grands palaces avec des filles que certains n’ont croisé que dans leur fil d’actualité. Toutes les drogues que j’ai pu essayer m’ont fait connaître le nirvâna et l’euphorie. Mais tous ces cas de figure, aussi différent qu’il soit, ne sont rien à côté de toi. J’ai pris la claque de ma vie, un uppercut en plein dans la gueule. Et c’est toi qui me l'a mit. A la seconde où tu as pris ta première respiration, j’ai compris que ma vie ne serait plus jamais la même. Moi, l’égoïste narcissique, j’allais devoir m’inquiéter de quelqu’un d’autre. Pas pour une nuit, mais pour une vie. D’ailleurs, de quelqu’un d’autre au pluriel, car ta mère, à mes yeux, n’était plus uniquement ma femme, elle est devenue la femme de ma vie, la mère de mon fils.
Tiens puisque l’on parle d’elle, j ai menti quelques lignes au dessus quand j’ai parlé de gérer ton arrivée dans le plus grand des calmes. Il a fallu la canaliser elle, pendant sa grossesse, et ça, c’est certainement l’une des tâches les plus dures que j’ai eu à accomplir dans cette vie. Je pourrais l’appeler le 13ème travail d’Astérix. Entre sanglots, vomis et sautes d’humeur, elle m'a fait passer par toutes les humeurs. La légende des hormones féminines pendant une grossesse a été minimisée depuis notre tendre enfance, ça devrait être un cas d’école, une préparation mentale pour l’homme. Chercher de la glace en pleine nuit d’hiver un dimanche soir, la voir assise par terre à pleurer pour un pot de confiture, m’entendre dire qu’elle ne m’aime plus, que je l’ai rendue grosse et vaseuse. J’en oublie tellement mais j’ai pris 9 mois de crochets dans le visage. Jusqu'au petit matin de ton arrivée, je n’étais qu’un pestiféré à ses yeux. Et puis tu montres le bout de ton nez. Mon cœur s’est emballé, j’ai eu un trou de quelques secondes où j’ai vu ma vie défiler, et puis d’un coup, un reset, une nouvelle vie qui commence. Une fraction de regard pour toi et mes yeux se sont alors posés sur ta mère. Elle ne sera plus jamais là, même pour moi, son statut est devenu intouchable. Elle n’était plus ma simple petite amie, elle était la femme qui avait donné un sens à ma vie. Jusqu'à mon dernier souffle plus personne ne pourra lui faire du mal, je serai lié à elle jusqu'à l’éternité. Je ne dis pas qu'elle sera mienne jusqu’à la fin de mes jours, elle m’aura sûrement quitté dans 10 ans à cause de mes conneries. Mais elle a atteint un statut que plus personne ne pourra lui voler. Elle m'a offert un petit garçon, le premier. Même si je garderai l’envie de la tuer au moins une fois par trimestre, ma mission aujourd'hui sera toujours de la protéger. Elle m a donné un enfant, elle a pas arrêté d’être emmerdeuse. Ne soyons pas hypocrite, il y a des moments où je continuerai à vouloir lui scotcher la bouche. En vieillissant elle deviendra même détachiante, elle me calculera plus à part pour me faire des réflexions sur l’éducation que je te donne. Car oui, le petit garçon est à la maman ce que le pain est au nutella (j’aurais pu prendre en référence le pain au chocolat, mais je craignais la politique, et devoir faire une deuxième version de ce texte avec la chocolatine). Parfois, je ne suis qu’un poster à la maison. Il n’y en a que pour toi. Mais je ne lui en veux pas. Je suis dans le même cas. Par moment, je ne vois que par toi, et j’oublie tout autour de moi. Même si je n’ai à faire qu’à un ingrat. Oui, car c’est ce que tu es bonhomme! Tu n’as aucune reconnaissance pour ton pauvre père. Me lever en pleine nuit, te changer les fesses, me faire baver dessus, ou prendre un jet d’urine sur le t-shirt. Tu peux passer des heures à t’amuser et t’esclaffer devant ton père, quand ta mère rentre du travail, je ne deviens que le remplaçant. Aucune rancoeur, même à distance de mes bras, tu restes mon moteur. Toute ma vie nous aurons peur pour toi, tu es ce que j’ai de plus précieux sur Terre. Je ne veux plus te voir grandir, le temps devrait s’arrêter, aujourd'hui, plus que de voler, c’est ça mon plus grand souhait. Le meilleur reste à venir mais ça va beaucoup trop vite. Aujourd’hui tu commences à faire tes premiers grands sourires, j ai l’impression que hier, tu tenais dans le creux de ma main. J’ose à peine imaginer que demain, je te regarderai rentrer à l’école et la semaine d’après, quitter le cocon familial. Je vais savourer chaque instant, garder un par un tous ces moments qui me sont offerts, et puis, quand je serai un vieux con, je raconterai à qui veut bien l’entendre ta douce et perturbante adolescence. J’ai vécu des années sans toi, mais aujourd’hui je ne pourrais continuer à vivre sans. C’est Pascal qui avait raison, tu es mon millésime, ma plus belle année! J’ai découvert le plus beau des amours, et changer de regard sur celle qui t'a donné la vie. Elle peut dormir tranquille, à vous deux, il ne pourra plus jamais rien vous arriver. J’ai toujours eu du mal à conjuguer à deux, j’ai sauté l’étape, dorénavant, je dois penser à trois. Ma plus grande fierté, une vie réussie, une vie accomplie grâce à vous deux. Garde bien ce texte pour le futur, car tu le découvriras avec les années, papa ne sait pas vraiment dire "je t’aime". Mais toi, tu n’auras pas besoin de l’entendre, je t’étoufferai d’amour, mes actes suffiront à te le faire comprendre. Je ne le dirai pas souvent, mais à travers ces quelques lignes, de ta naissance à la fin de ma vie, mon fils, je t’aime.
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