Lettre à David Bowie

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Parcourt depuis des années le grand océan des Lettres. Fréquentes sautes de vent. Journaliste aussi. Quoi qu'il advienne, amour inoxydable pour la langue française  [+]

Image de Automne 2016
À Monsieur David Bowie,
constellation du Dauphin (juste à gauche après Altaïr).

Cher David,

Y aurait-il une lueur d’espoir après votre départ pour l’autre monde ? L’espoir que vous ne soyez pas totalement parti, par exemple ? Je brûle d’envie de vous poser la question. Pendant des années et des années j’aurais tant voulu vous écrire, et n’ai jamais osé. Aujourd’hui, je trempe ma plume dans un océan d’amertume, car cela ne sert plus à rien : vous êtes mort depuis plus de quatre mois, déjà. Et cependant, la résignation n’a jamais vraiment été votre devise et, à votre suite, la mienne non plus. Alors, que croire, que faire ?

Je vous ai découvert, cher David, quand vous avez sorti The Rise and Fall of Ziggy Stardust and the Spiders from Mars (« L’Ascension et la Chute de Ziggy Stardust et des araignées de Mars »). C’était en 1972. Cette année-là, la sonde Mariner 9 avait atteint la planète rouge depuis trois mois et transmettait ses premières images vers la Terre. Mars avait à peu près 4,6 milliards d’années, vous, 25 ans, et moi, 12.
Sur la pochette, vous aviez un visage angélique, des cheveux courts. Dans une tenue bleue échancrée, campé sur une jambe sous un réverbère, la guitare au côté, vous nous regardiez d’un œil incisif. Sur la pochette suivante, vos cheveux étaient devenus roux, et votre visage zébré de bleu et d’écarlate. En violet, en rouge, en vert, en smoking blanc, costume trois-pièces ou cuir noir, cigarette aux lèvres, vous étiez le leader théâtral et intrépide du glam rock. Esthétisme et énergie. J’étais sous le charme. Moi aussi, en dépit de mes lunettes et de mon uniforme bleu marine de l’école, je voulus devenir cette Rebel Rebel, ce Jean Genie dont vous proclamiez les qualités. Et vite !
Vous chantiez aussi les nombreuses aventures d’un astronaute dérivant dans l’espace. Et celles d’un extraterrestre venu apporter un message aux Terriens.
Honnêtement, mon cher David, je ne veux pas vous mentir, jamais : il n’y a pas d’araignées sur Mars. La structure de son sol, imprégné de dioxyde de soufre, découragerait même une amibe de s’installer là. Alors l’araignée, avec son ingénierie complexe, elle ne survivrait pas une seconde. Mais ce n’est pas grave. En 1972, c’était rudement bien de votre part de vous poser déjà la question.
Ah, les étoiles ! Ma mère venait à peine de m’emmener à une conférence sur le Système solaire au Palais de la découverte, où une petite dame habillée d’une tenue multicolore, elle aussi, avait expliqué les forces qui maintiennent les galaxies les unes avec les autres dans une mystérieuse et éternelle harmonie. Je l’avais écoutée, bouche bée, et tout de suite j’avais voulu en savoir plus sur les planètes, beaucoup plus. Et peut-être même qu’un jour découvrirais-je si des extraterrestres aussi séduisants que vous habitaient l’une de ces lointaines galaxies ?

Hélas ! Dès cette minute les ennuis commencèrent : j’avais un léger syndrome de dyslexie, je n’aurais jamais dû rêver si haut. J’étais la plus assidue des cours de maths et de sciences naturelles, mais lire un paragraphe me prenait un temps infini. Déchiffrer des équations complexes, un peu plus du double, alors qu’à l’oral, j’étais excellente quand il s’agissait de les résoudre. J’ouvrais des livres… et toutes les lettres se mettaient à s’inverser les unes avec les autres. Parfois, un mot surgissait en trois dimensions ou j’oubliais la ligne que je venais de lire. Chauffeur, faucheur, le palier, du papier, un cri, la cire… Je n’y comprenais rien. Je ralentissais tout le monde, et l’on me traitait d’attardée mentale.
De votre côté, les nouvelles étaient moins bonnes qu’avant, vous viviez apparemment à Los Angeles dans un vaste nuage de cocaïne. Mais la douceur triste de Wild is the Wind que vous me murmuriez dans la radio me consolait de tout… et je décollais vite vers un autre monde où les despotes méprisants de l’orthographe n’existaient pas.
Bientôt, je fus la dernière de la classe, et les professeurs essayèrent de convaincre mes parents que je ferais mieux de changer d’orientation. Selon eux, il ne fallait guère espérer que je puisse jamais faire de hautes études. Il y avait, disaient-ils, de brillantes carrières dans d’autres domaines, vous savez… les métiers manuels… l’éducation physique, par exemple.
Peut-être aurais-je dû partir pour les États-Unis à ce moment-là ? Les accords joyeux, le saxophone entraînant de Young Americans, me poussaient sans ambages dans cette direction. Mais j’étais trop jeune et, certains soirs, dans son lit, la rebelle vaincue pleurait de fatigue et de découragement sous votre poster silencieux. J’étais seule devant une armée de mots ennemis, abandonnée à des rêves insensés. Famille, maîtres, amies… Personne ne pouvait rien pour moi.
Personne ? Pas tout à fait. Peut-être étais-je prête à plus de Ch-Ch-Changes que je ne le croyais, et vous, David, étiez là encore pour voler à ma rescousse. Nous étions en 1977, sur l’album Low, vous apparaissiez de profil, bien droit dans un manteau sombre, les cheveux blonds coiffés en arrière, et d’après les gazettes, vous viviez maintenant à Berlin.
Un beau matin, les ondes se mirent à diffuser en boucle une chanson inconnue. C’était l’heure du chocolat chaud quand, pour la première fois, elle retentit dans notre modeste cuisine. Il y avait une basse nerveuse, une guitare à la limpidité magique, une mélopée à la fois ferme et incantatoire, votre voix chaude qui commençait dans des tons profonds puis montait graduellement vers les aigus comme pour l’affirmation d’une victoire. Cela s’appelait Heroes, vous y promettiez que, moi aussi, je pourrais être reine d’un jour… « Queen for one day ». Et au fond, vous aviez bien raison. Oui, la Nature m’avait joué un mauvais tour, oui, la bataille serait ardue, mais si mes problèmes étaient « invaincus, ils n’étaient pas invincibles ». Il fallait juste que, moi aussi, je me branche sur un amplificateur.
Aussi, mes parents, ma fratrie – lesquels, j’avais fini par m’en apercevoir, se faisaient beaucoup de soucis devant mon visage dépressif –, furent fantastiques. Mon père, employé de banque, se mit à rentrer plus tôt le soir pour me faire lire avec la patience requise, et ma mère, professeur de yoga, recruta parmi ses élèves une orthophoniste à la retraite qui vint me donner des cours particuliers trois fois par semaine.
Jamais, jamais aucun d’entre eux ne baissa les bras. Sans compter mes frères qui m’emmenèrent assister à l’un de vos concerts à Paris… Mon premier concert de rock et la première fois que je pus vous apercevoir… Une soirée inoubliable.
C’est étonnant, quand on y réfléchit, le pouvoir qu’ont certaines chansons de se mêler à votre vie pour l’éclairer, la comprendre ou vous consoler de ses aléas. Je suppose que, jadis, les déprimés qui écoutaient un concert de Beethoven où l’on chantait l’Hymne à la joie repartaient tout contents. Mêmes conclusions pour certains opéras de Mozart.
Pour notre quotidien, ce sont des chansons que les esprits forts qualifient de populaires qui me réjouissent le plus. J’aime beaucoup de chansons, et elles sont toutes comme une cour princière valsant autour du trône de Heroes, autour du trône du roi David. Combien de fois devant l’un de mes cahiers sales, devant un paragraphe où les mots se bousculaient dans l’anarchie, devant l’incapacité parfois de signer sans fautes même mon propre nom, je remettais Heroes dans mon Walkman et écoutais cette voix élégante m’entraîner en avant.
« Queen for one day. » Qu’est-ce que tout cela fait de moi, en fait ? Une sémillante midinette ? Ou une ardente sentinelle, l’oreille aiguisée à écouter les échos de son époque ? Je crois que je ne le saurai jamais. En tout cas, à force de vénérer mon roi d’un jour et de me prendre pour une reine, je le fus un jour, ce fameux jour où je parvins à lire deux pages d’affilée à la vitesse minimale, deux cents mots à la minute. Puis le jour d’après, puis la semaine d’après. Deux cent cinquante mots par minute. Jours qui devinrent une semaine puis des mois. Quatre cents mots par minute, le niveau des lecteurs dits rapides.
Le jour où je décrochai mon baccalauréat S avec mention, nous scintillions tous littéralement comme des étoiles ! Mes parents, de fierté, et moi de triomphe. Let’s Dance !

Par la suite, j’entrai comme chercheuse dans un département de physique près de Paris, où je suis enfin devenue ce que je rêvais d’être, une astrogéologue. Quelle est la composition du sol des planètes et des exoplanètes ? Pourquoi Titan, satellite de Saturne, a-t-il des volcans qui rejettent de la glace, et pourquoi Io, dans la banlieue de Jupiter, en a-t-il aussi, mais qui crachent du feu ? Quel monde pourrait abriter la vie humaine ? Avec mes collègues, c’est tout l’objet de nos études.
J’aime ma vie, elle est passionnante. Golden Years, l’âge d’or, comme vous l’avez chanté aussi.
Quelle émotion de la vie n’aurez-vous pas explorée et exprimée, en fait ? L’étude du sol planétaire a été rendue possible par la constante exploration de l’univers que nous avons entreprise depuis trente ans grâce à de vaillantes petites sondes comme Viking ou Magellan, qui nous envoient un flot continu d’images. L’étude sur photo infrarouge est un travail de fourmis, de patientes matheuses, mais qui ne résistent jamais à ce rayon de soleil qu’est l’imagination. À mes collègues, cependant, je n’ai jamais mentionné votre nom ni révélé l’étendue de mes soucis de dyslexique. À quoi cela servirait-il ? C’est mon secret, mon énergie noire à moi.

Ah, mon cher David, le seul moment où, quand même, nous avons failli nous fâcher, c’est quand j’ai appris que vous alliez vous marier. J’en ai lâché mon gobelet de café à côté de la machine, et tous mes collègues se sont inquiétés de me voir si furieuse. Je ne pouvais décemment pas leur dire que la cause majeure de ma sidération était que vous alliez vous établir, comme on dit. Oui, oui, vous établir. Comme un bourgeois ! Certes, moi, entre-temps, j’étais devenue la reine d’un certain Victor, avec qui je coulais des jours passablement heureux, en compagnie des quatre enfants gambadant dans nos couloirs depuis qu’ils avaient surgi de notre collision.
Mais que moi, je le fasse, c’est une chose ; vous, c’en est une autre. Tout allait bien tant que vous restiez célibataire. Célibataire… Façon de parler quand on compte toutes les comètes qui ont traversé vos nuits. Mais bon… Célibataire quand même. Et non seulement, vous vous mariiez, mais en plus vous le faisiez avec l’une des plus belles femmes du monde entier. Des jambes qui s’étendent jusqu’à l’infini, une peau de cuivre, un cou de gazelle. Elle en a les yeux aussi…
Je me regarde dans une glace : snif, avec mon mètre soixante-sept, je ne suis pas de taille. Sans compter les 6 kilos à perdre, dommages collatéraux des longues heures passées devant un microscope et un ordinateur.
Je vous avouerais sans détour que j’ai pensé mettre au point un algorithme qui calculerait tout ce que je devrais entreprendre pour ressembler un jour à Iman l’Impressionnante. Mais j’ai baissé les bras ; il est des algorithmes que l’on ne peut dompter.
Avec le temps, si cher à Einstein, j’ai fini par signer la paix avec cette affaire de jalousie : le plus beau prend la plus belle, c’est logique. Et pendant que je regarde Titan cracher de la glace, je me dis qu’il est magnifique, mais qu’il est bien seul, aussi. Et me prends à rêver, une fois de plus… Comment ça se passe chez les Bowie, le soir ? Vous ouvrez le Frigidaire pour attraper un glaçon, et dites, avec un accent british :
— Chérie, qu’est-ce qu’il y a pour le dîner ?
Trottinement de gazelle… Iman entre :
— Oh, Dave, pourquoi ce glaçon ? Je croyais que tu ne buvais plus !
Vous :
— Mais je ne bois plus ! Mais j’ai quand même faim.
Elle rit et chuchote :
— Du poulet.
Vous l’enlacez. Et précisez :
— Si j’ai pris ce glaçon, c’est pour sentir le froid sur ma main. Tu sais, j’ai lu quelque part qu’il y a un satellite de Jupiter qui fabrique de la glace. Ça doit être pratique pour les barmen galactiques, tu ne crois pas ?…
Ah, peut-être qu’un jour il viendra me voir au laboratoire, qui sait ?

Tout allait bien, donc, quand, en janvier dernier, par un grisailleux lundi de janvier… Je me souviens fort bien de ce que je faisais ce jour-là. Le télescope Hubble venait d’envoyer toute une série de photos magnifiques d’étoiles en formation dans la Voie lactée, devant lesquelles nous étions en extase. Esthétisme et énergie, nous y revoilà ! Quand soudain la nouvelle apparut sur Internet. Mort, mon roi David, mort ? Impossible. Cette voix chaude et élégante, on ne l’entendrait plus, du moins plus « en vrai » ? Impensable. Ce maître du style et de la réinvention ne se réinventerait plus jamais ? Moi qui espérais encore tirer toutes les ficelles pour essayer de vous rencontrer. Et voilà… Tout était fini. Sans retour. On ne verrait plus votre silhouette longiligne, vos cheveux d’or, vos yeux de couleur dépareillée.
Et pourquoi m’avez-vous caché que vous étiez malade ? Pourquoi l’avoir caché à tous ? Vous étiez fou ? On n’a pas idée de se dissimuler à ce point-là ! Je serais venue, nous serions tous venus. Nous aurions écrit une lettre, envoyé des chocolats, des marrons glacés ! Du fromage, de la crème fraîche, que sais-je encore ? Ce n’est pas parce que l’on a composé Heroes qu’il faut se comporter avec un tel stoïcisme, quand même ! Et laisser tout le monde dans l’ignorance pour finir par nous abandonner sans un mot.

Les jours se sont traînés sans joie les uns derrière les autres par la suite ; la tristesse, l’indignation ne me quittaient guère. Au point que Victor finit par me pousser à partir pour une conférence d’astrophysique au MIT de Boston.
Le froid polaire qui règne en hiver dans le Massachusetts s’accordait parfaitement avec mon humeur, et il est vrai que cette conférence avait de sérieuses raisons d’être. Juste un mois après votre mort, un centre de recherches américain avait annoncé la confirmation officielle de l’existence des ondes gravitationnelles, prévues dans une théorie d’Einstein en 1916. Une révolution fondamentale pour notre communauté, dont il est difficile de prévoir toute l’ampleur, car les ondes gravitationnelles, frémissements de l’espace-temps, vont nous permettre entre autres de mieux mesurer la géométrie de l’univers et de localiser des corps invisibles, ceux qui ne peuvent émettre d’ondes lumineuses.
Mais dans ma tristesse, que m’importait vraiment tout cela qui n’est guère relié à mon domaine, même si j’en ai à peu près compris les implications ? J’opinais donc benoîtement avec l’assistance aux discours des orateurs… quand subitement, la lumière, avec ses ondes bien actives, pénétra dans mon esprit. Je me redressai, je soupesai, évaluai, réfléchis vite, vite… Les ondes gravitationnelles… Phénomènes récurrents du cosmos… Produits d’événements cataclysmiques… Un mois après votre mort… Eurêka !!
La compréhension, la chaleur, un sourire secret, tout me revint d’un coup. Car que pouvaient bien signifier ces profondes et subites contractions de l’espace et du temps, si ce n’est que l’univers se préparait à vous conférer d’autorité ce à quoi nous aspirons tous et toutes : l’éternelle jeunesse ? Roi pour un jour, roi pour toujours.

Merci, David, d’être resté soixante-neuf ans avec nous,
Sincèrement vôtre,
Cyrielle.

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Hermann Sboniek · il y a
Bonjour Ariane
Quel bel hommage !
Je suis comme vous sous le charme de cet immense artiste, j'ai commencé à l'apprécier tardivement, mais avec beaucoup de plaisir.
Je lui ai rendu hommage à ma façon dans un épisode de mon feuilleton "Hermann est mort". C'est sur Short Edition, c'est hors concours et le titre est "Space Oddity" :-)
Merci

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Guilhaine Chambon · il y a
Alors là, chapeau . J'ai été emportée . Je vous invite à découvrir Au fait qui est en finale et pour faire plus ample connaissance visiter ma page . Bonne journée
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Arlo G · il y a
À L'AIR DU TEMPS d'Arlo est en finale du grand prix été poésie. Je vous invite à voyager à travers sa lecture et à le soutenir si vous l'appréciez. Merci à vous et bon après-midi.Cordialement, Arlo
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Jonathan Carcone · il y a
Salut Ariane ! Je viens de découvrir ton texte dans le recueil short 18 que j'ai reçu (je suis aussi dedans :)) et wouaou !! Un texte super, captivant, qui mêle vraiment habillement l'histoire d'une vie avec celle d'un "héros", d'une sorte d'idole. C'est très bien écrit, très touchant, et très bien amené... Bref, j'ai adoré.
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Zaza des montagnes · il y a
Bouleversant et tellement réel ! C'est si réconfortant de penser que nos idoles n'ont pas complètement disparu. Bravo et merci pour ce moment.
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Utilisateur désactivé · il y a
Belle introspection des affres du temps.
Sandrine.

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Philshycat · il y a
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Arlo G · il y a
Très bel hommage à David qui a peut-être une petite étoile dans le firmament. Bien argumenté. Vous avez le vote d'Arlo qui vous invite à découvrir son TTC le petit voyeur explorateur et son poème Découverte de l'immensité dans le cadre de la matinale en cavale 2016. Bonne journée à vous
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Ariane · il y a
Merci!
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Emily · il y a
je comprends ce grand nombre de votes, bravo!
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Lammari Hafida · il y a
Félicitations !

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