les trottoirs du rejet

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Au pied d’une porte cochère une femme sans âme, sans âge, aux traits défaits, à genoux sur le trottoir, mendie. Le visage émacié est grave. En signe d’une soumission revendiquée, comme un paria, comme un rebus de la société, elle baisse les yeux.
Elle tient entre les mains, un bout de carton sur lequel est griffonné quelques mots malhabiles où il est question d’enfants qui ont faim. Si personne n'est dupe, cette humilité affectée et cette soumission affichée, heurtent les consciences et suscitent la compassion.
Certains qualifieront ces « sans avenir » de sous-hommes inutiles, résolument connectés sur la générosité des autres, en se prêtant à une mise en scène théâtrale, convenue, affectée. 
D’autres verront dans cette situation, une faiblesse dégradante, dérangeante, voir humiliante, tant pour le solliciteur que le sollicité.
Quelques-uns, seront émus et compatissants par tant de détresse.
La plupart, génée par sa propre incapacité à prendre en compte "toute la misère du monde", s’abritera derrière une cécité soudaine ou un intérêt marqué pour la pointe de ses chaussures.
Ce comportement scénique et pathétique, en tous cas, parfaitement réglé, suscite-t-il mépris, compassion ou indifférence ?
Le pire est qu’il ne nous insupporte plus de côtoyer ces acteurs de rue improvisés. Nous nous nous sommes résignés à les voir. Nous les croisons tous les jours devant notre porte, nous contraignant, bien malgré nous, à faire un pas de côté, comme on évite une déjection animale.
Combien donne ? Qui donne ? Pourquoi donne-t-on ? Autant de questions qui resteront probablement sans réponse, tant elles se nourrissent de convictions intimes et le plus souvent, d’aprioris justifiés ou au contraire, éculés. En effet, quoi de plus banal que de voir, ici et là, un laissé pour compte, été comme hiver, assis sur une couverture douteuse, qui, sans trop de convictions, demande au passant, de lui donner une ou deux pièces.
Des esprits forts et affirmés diront que ce n’est qu’une mise en scène. Que derrière cela, il y a des réseaux organisés qui, par le biais de femmes et d’enfants en guenilles, exploitent le filon inépuisable de la crédulité de ceux qui font de la solidarité et de la charité, un préalable à leur vie.
Quoi qu'il en soit, nous passons devant tous les jours. Et avec le temps et la prolifération de « ces empêcheurs de tourner heureux », si leur présence reste dérangeante, elle fait partie désormais de notre périmètre immédiat.

Qui a tort qui a raison, qui le sait ? ! Hormis le positionnement de chacun, face aux profondeurs abyssales qui déterminent les clivages sociaux et hormis la prédation naturelle (qui n’est pas l’apanage de l'animal), il ne peut être inscrit dans les gênes de l’homme, de voir se prostrer un autre homme, devant son semblable, au motif qu'il est sans toit, ni nourriture.
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