Les Successeurs

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"Rideau après rideau, la terre ouvrait son théâtre pour les jeux du jour et du monde", Joseph Kessel  [+]

Image de Harry Potter 2018
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Sean Jerkins revenait des Midlands de l'Est dont il avait goûté le repos et les étendues verdoyantes jusqu'à son arrivée à King's Cross. Pour cela, il détestait le 1er Septembre et cette année, il fut pire encore. Plusieurs groupes d'enfants bizarrement accoutrés couraient avec des chariots surchargés de valises et d'animaux étranges. L'un d'eux serrait dans sa main un bâton de bois qui produisait des étincelles.

— James, tu vas nous faire remarquer ! Pour toute réponse, James fit un tour de poignet qui laissa une trainée lumineuse sur l'iris de Jerkins, avant de traverser un mur sans jamais en ressortir. Stupéfait, Jerkins posa sa main sur les briques brunâtres, et entendit un mot inconnu susurré à son oreille : Obliviate.

Ce jour-là, de nombreux voyageurs virent Sean Jerkins errer dans la gare, un sourire étrange accroché à son visage tandis qu'il marchait d'un mur à l'autre, posait sa main dessus, et se détournait dans un grand éclat de rire.

***

— James Sirius Potter ! Tu sais très bien que tu as interdiction d'utiliser la magie en dehors de Poudlard ! A cause de tes farces j'ai dû oblivier un Moldu ! C'était la voix de Harry Potter, le directeur du Département de la justice magique, le plus célèbre des sorciers et également, le père de James. C'est ta dernière année à Poudlard. Je t'ai fait confiance jusqu'à maintenant, montre-moi que je n'ai pas eu tort. Ne sachant s'il devait ou non embrasser son fils adolescent, Harry le prit dans les bras, à moitié. James, morose, prit place dans le train tandis que Lily Potter et Hugo Weasley écoutaient très attentivement Ted Lupin. Le jeune morphomage fils de Nymphadora Tonks et de Remus Lupin, était le filleul de Harry.

— Les enfants, c'est un moment spécial que la première rentrée, mais vous verrez que la vie merveilleuse de Poudlard comporte aussi sa part d'ombre. Les cheveux de Ted, un instant avant d'un blond éclatant, avaient pris une teinte rouge sang. Son visage s'était fermé et ses pupilles, rétrécies. Sa voix avait pris le ton de la confidence. N'oubliez jamais que c'est le passé qui éclaire le présent, et non l'inverse. Lily et Hugo se regardèrent, surpris par ces mots si sombres. Quand Harry s'approcha, les cheveux de son filleul retrouvèrent leur blond naturel et ses yeux, leur éclat rieur. Harry embrassa sa fille avec émotion ; la petite dernière partait.  Le Poudlard Express s'ébranla sous les au revoir des familles.

Ted et Victoire furent les derniers à quitter le quai 9 ¾.

— Teddy, tu es sûr que c'était une bonne idée de dire ça aux enfants ? Ted ne répondit pas et serra sa femme un peu plus fort contre lui avant de transplaner chez eux.

***

— Blanpic ! Une jeune fille blonde au visage rond fit irruption dans le compartiment occupé par Lily, Hugo et un autre jeune sorcier  occupé à résoudre des casse-têtes.

— Vous n'auriez pas vu une mimbatulus blanche ?

Tous trois secouèrent la tête avec étonnement, seul l'autre sorcier répondit.

— Une mimba… quoi ?

— Une mimbatulus, c'est une espèce créée par mon père, dit-elle avec fierté. Dans une démonstration de métamorphose, il a croisé une chauve-souris avec un Mimbulus Mimbletonia, sa plante préférée… la chauve-souris n'a jamais retrouvé sa forme normale. Réalisant que l'anecdote était au fond peu flatteuse, la jeune sorcière s'empressa d'ajouter qu'il s'agissait du professeur de botanique de Poudlard.

— Neville Londubat ? Tu dois être Alicia ! Mes parents m'ont beaucoup parlé de toi, je suis Lily Potter  et voici Hugo Weasley.

— On dirait que l'histoire se répète, ajouta ce dernier.

— Enchantée ! Et toi qui es-tu ?

Le troisième sorcier était un grand garçon mince, au regard vif.

— Jerkins. Augustus Jerkins. Ne cherchez pas, je ne connais personne d'autre de ce nom et il n'y a aucun sorcier dans ma famille : j'ai grandi avec ma grand-mère.

Une voix familière à tout étudiant de Poudlard interrompit les présentations.

— Les premières années ! Suivez-moi !

***

— A présent, merci de saluer le professeur de Runes, Morgal Slyhead. Les premières années écoutaient distraitement la directrice de Poudlard, McGonagall, pressés de connaître leur maison d'accueil : la cérémonie du Choixpeau allait commencer.

—Hugo Weasley… Encore un de la nouvelle génération… Bon sang ne saurait mentir : GRYFFONDOR ! Une clameur accueillit le fils de Ron et Hermione. Il rassura sa cousine d'un regard tandis qu'elle s'avançait à son tour vers le chapeau magique.

Tiens, la fille du grand Harry Potter… Lily Potter… le prénom de sa mère aussi… la loyauté, toujours au cœur de vos qualités… mais je décèle une autre force, oui, une patience que je n'avais jamais aperçue chez les Potter… ce sera donc : POUFSOUFFLE ! Un tonnerre éclata dans la Grande Salle, tous les Poufsouffle lancèrent leurs chapeaux pour accueillir Lily Potter. « Une Potter chez  Poufsouffle ! », « c'est incroyable ! ». Personne ne vit le regard déçu de Lily vers son cousin.

 Alicia Londubat… un père à Gryffondor, une mère à Poufsouffle, mais pour toi ce sera : SERDAIGLE !

Augustus Jerkins… tiens, tiens, tiens, ce nom ne m'est pas inconnu… c'est un souvenir bien trouble mais cette détermination trouvera de quoi faire ses preuves à SERPENTARD !

Sitôt entrés à Poudlard, et déjà les quatre amis étaient séparés. Un jeune garçon assis à côté d'Alicia hurla soudain.

— Une chauve-souris cactus ! Au secours !

— C'est une mimbatulus blanche, imbécile. Viens là, Blanpic. Alicia en profita pour faire signe à ses amis de la retrouver après le discours de la directrice qui s'avançait vers le pupitre. Sa conclusion fut surprenante :

« De nombreux sorciers et sorcières ont donné leur vie ici-même pour que perdure cette école

Qui vous accueille tels que vous êtes, et vous aide à devenir qui vous devez devenir

Sans choisir pour vous le chemin qui vous convient

Albus Dumbledore croyait que chaque élève devait ainsi trouver sa voie

Acceptant lui aussi tout ce que cela pouvait signifier. » 

Les quatre amis se retrouvèrent comme convenu à l'issue du buffet pantagruélique apparu après le claquement de mains de Mc Gonagall, qui avait emprunté ce geste comme de nombreux autres à son illustre prédécesseur.

— Morve de troll, chacun dans une maison différente, pesta Hugo.

— On pourrait se retrouver dans le parc, proposa Lily.

— Non, c'est impossible d'y être au calme, répondit Augustus.

— J'ai une idée mais je dois être sûre que c'est possible. Je vous envoie Blanpic demain, dit Alicia.

— Quoi qu'il en soit, c'était un drôle de chapeau, et un drôle de discours.

Ils se séparèrent sur ces mots d'Augustus. Lily prit le chemin des cuisines, Hugo rejoignit le portrait de la Grosse Dame, Alicia se dirigea vers le sommet de la tour Serdaigle et Augustus s'enfonça dans les cachots de Poudlard.

***

— Hermione, tu sais bien que je ne te dérangerais pas sans raison !

— Tu n'es pas censé me déranger tout court Ted. Être le filleul d'Harry ne te donne pas tous les droits, encore moins celui de pénétrer dans mon bureau sans même un hibou pour me prévenir. Harry, venu faire le point sur les nouveaux dispositifs d'Azkaban, intervint pour soutenir la Ministre de la magie.

— Ted, j'ai toujours soutenu ta soif de vérité. Mais là, tu vas trop loin. Je ne sais pas si c'est par envie d'aventure…

— Par Dumbledore, bien sûr que non !

— … mais c'est inutile de chercher l'aventure où elle n'est pas. Delphi emprisonnée, le danger a été écarté.

— Ce n'est pas d'elle que vient le danger ! Les deux amis ne l'écoutaient déjà plus. Harry prit Ted par l'épaule pour le raccompagner.

— Je vous dis que j'ai trouvé une piste ! Il était question d'une liste et d'une clé mais je ne sais pas où elles se trouvent ! Poudlard est en danger !

— Poudlard est le lieu le plus sûr pour tout sorcier. Alors qu'il avait passé le pas de la porte, Ted Lupin ajouta un dernier mot.

— Sachez que c'est le passé qui éclaire le présent, et non l'inverse.

Sitôt hors du Ministère, le morphomage déguisa son visage par une mutation rapide pour assurer son anonymat dans ce quartier qu'il fréquentait régulièrement. Il faut pourtant bien que je les prévienne. Il décida donc d'envoyer un hibou aux enfants.

***

Il était vingt-deux heures. Alicia, Hugo et Augustus attendaient Lily. Chacun avait rusé à sa façon pour quitter la Salle commune hors des heures autorisées. La palme revenait à Augustus.

— Je suis sorti et j'ai marché.

— Tu n'as croisé personne ?

— On ne t'a pas posé de question ?

— Non.

Alicia et Hugo étaient incrédules devant tant d'aplomb et de chance.

— Et si tu avais été surpris ?

— J'aurais dit que je ne retrouvais plus ma salle commune.

Lily arriva à ce moment en courant.

— J'ai reçu… une lettre… de Ted… vite…

— Suivez-moi, dit Alicia. Elle les mena face à un mur.

***

Quand tous les quatre lui firent face, elle se mit à parler très rapidement.

Il est aisé de répondre à une question, il est plus intéressant de trouver la question à une réponse. Quand on n'a aucune des deux, il suffit de chercher. Les briques du mur devinrent transparentes, laissant entrevoir derrière elles un escalier en colimaçon.

— Venez ! Les quatre amis traversèrent le mur qui reprit sa forme habituelle juste après leur passage. Fred et Georges Weasley comptent parmi les meilleurs Chercheurs de l'école. Mais ils n'ont pas suffisamment parlé aux autres maisons : chacune a ses secrets. Sur ces mots, ils se retrouvèrent coincés par une trappe. Alicia s'adressa à elle comme elle l'avait fait avec le mur. Le savoir, c'est ce qui reste quand on a tout oublié.

La trappe s'ouvrit sur la bibliothèque  de Poudlard en un long grincement.

— Blanpic, garde l'entrée ! La chauve-souris prit son poste.

— Diarmund Straithout, un sorcier dont on disait qu'il avait « un savoir infini », créa ce chemin dérobé pour que les élèves de Serdaigle en recherche de réponse puissent toujours avoir accès aux livres de Poudlard. Les énigmes se transmettent dans notre maison de génération en génération.

— Mais maintenant nous les connaissons, remarqua Hugo. Alicia se tourna vers lui en souriant.

— Et bien vas-y, je t'en prie.

Hugo ne parvint pas à proférer un seul son.

— Tu penses bien que Diarmund avait pensé à tout : il y a mêlé un sortilège de Confusion qui touche tout sorcier d'une autre maison. D'ailleurs, sans moi, vous ne pourriez même pas retrouver le mur.

— Lily, coupa Augustus, et la lettre de Ted ? Ses trois amis se tournèrent vers lui.

— Venez par ici, souffla Alicia.

— Mais… c'est la Réserve ! Lily était indécise mais comme ses amis ne montraient aucune hésitation, elle s'engouffra avec eux derrière le cordon de la section interdite.

— Ted est le filleul de mon père. Il nous a mis en garde, Hugo et moi, sur le quai en disant que c'est le passé qui éclaire le présent, et non l'inverse. Puis elle révéla la lettre portée par son hibou, un grand volatile au plumage blanc et or :

Il est une clé qui n'ouvre pas de porte

Une liste disparue

Quand le mal sonne à la porte

Un seul… La dernière ligne est illisible.

— Ca ne veut rien dire, gémit Hugo.

— Dans ma famille moldue, on adore les énigmes, dit Augustus. Devant l'expression des autres il ajouta : Je voulais devenir détective. Bon, si la clé n'ouvre pas de porte, c'est que ce n'est pas une clé.

— Ca n'a pas de sens Augustus, souffla Lily.

— Mais si, c'est qu'il s'agit d'un sens figuré. Et s'il est question d'une liste disparue juste après, c'est probablement que cette non-clé donne accès à une liste de la plus haute importance.

— Sûrement pas la listàfaire de maman, dit Hugo en ricanant, avant de se reprendre face à la consternation des autres.

— Une liste qui aurait à voir avec le mal… avec Voldemort ?

Alicia tenta de prolonger son raisonnement.

— Oui c'est possible, mais Voldemort est bien mort, sa fille est emprisonnée, seule dans une nouvelle cellule d'Azkaban, les Mangemorts ont été dissous. C'est une impasse.

— Peut-être que la dernière phrase peut nous aider, suggéra Lily.

— Un seul. Les amis demeurèrent plongés dans leur réflexion de longues minutes. Puis Hugo s'écria :

— Qui est le seul sorcier jamais craint par Voldemort, le plus puissant de tous les temps ?

— Mais oui… Dumbledore !

— Dumbledore est mort depuis longtemps.

— C'est vrai, dit Alicia. Rita Skeeter a écrit « Vie et mensonges d'Albus Dumbledore », peut-être que nous pourrions y trouver des indices ?

— Tous les exemplaires ou presque ont été rappelés par le Ministère quand Tante Hermione a été élue, dit Lily.

— Dîtes, qu'est-ce qu'on trouve dans la Réserve exactement ? demanda Augustus après avoir regardé autour de lui. Il reçut pour réponse un grand sourire des trois autres.

— Mais oui ! Poudlard ayant retrouvé son indépendance totale vis-à-vis du Ministère, il pourrait y avoir un exemplaire !

— Vite, cherchons mais attention, il y a des objets remplis de magie noire ici.

***

L'horloge de la bibliothèque sonnait minuit et chacun des quatre complices furetait encore dans les rayons de la Réserve. Soudain, la voix d'Augustus s'éleva :

— Il y a bien le livre dont vous parliez, mais il y en a aussi un autre, de la même Rita Skeeter…

Tous se précipitèrent autour du jeune Serpentard.

— « Dumbledore, premier portrait pour la Gazette du Sorcier, par Rita Skeeter, », déchiffra Alicia.

— Mon père dit toujours qu'elle écrit des tissus de mensonges, dit Lily.

— On aura peut-être plus de chance avec son premier portrait qu'avec sa biographie à succès, nota Hugo.

— Emportons-le, dit Augustus.

— Mais Madame Pince va s'apercevoir qu'il manque un livre, répondit Alicia.

Hugo sortit sa baguette et murmura : Holophoto !

Une brève explosion de lumière eut lieu, après quoi il orienta sa baguette vers l'emplacement du livre dans la bibliothèque. Il était à sa place mais Augustus le tenait toujours en main. Hugo expliqua, avec une pointe de fausse modestie.

— C'est le seul sortilège que Maman m'ait appris, pour que je puisse prendre des photosouvenirs de nos anniversaires et de nos réunions de famille.

— Bravo ! Reste à savoir pourquoi le portrait du plus grand sorcier de tous les temps par la plus mauvaise journaliste de tous les temps se trouve dans la Réserve, souligna Lily.

— Raison de plus pour le prendre, dit Augustus. Soudain, un cri strident retentit, suivi d'un battement d'ailes. C'était le signal de Blanpic, quelqu'un approchait.

— Vite, tous à la trappe !

Alors que la trappe se refermait, Rusard entra dans la Réserve en parlant à Miss Teigne.

— Toi aussi tu as cru entendre quelqu'un ? Si seulement la directrice m'autorisait à installer mes pièges, on ne verrait plus des élèves désobéir impunément…

Sa voix s'éloigna. Les quatre amis se séparèrent au troisième étage où ils se retrouveraient de nouveau le lendemain.

***

— C'est presque trop facile. Augustus avait lu et relu le portrait de Dumbledore une dizaine de fois le jour suivant.

— C'était comme si ce livre devait être trouvé, comme s'il était seulement la première étape de quelque chose d'autre.

— Qu'est-ce que tu as trouvé ?

— Rien de particulier, Albus Dumbledore était directeur de Poudlard depuis plus de dix ans, Voldemort était à son apogée et Rita Skeeter s'apprêtait à conclure sa dernière année de scolarité à Poudlard. Dumbledore avait l'air d'être un homme d'exception. A ces mots, son visage se transforma.

— Vous vous souvenez du discours de McGonagall ? Ses deux dernières phrases étaient :

« Albus Dumbledore croyait que chaque élève devait ainsi trouver sa voie
Acceptant lui aussi tout ce que cela pouvait signifier.»


Je ne savais rien de lui et en entendant ces mots, j'ai cru qu'il avait quelque chose à se reprocher. Or, dans le livre, j'ai relevé cet échange :

« - Monsieur le directeur, en plus d'être le sorcier le plus puissant, le seul que craigne Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom, comment vous définiriez-vous ?

— Je suis le fruit de la honte et de l'espoir.

— C'est-à-dire ?

— C'est le cas avant et après chaque repas. » Le fruit de la honte et de l'espoir, je n'arrive pas à croire que ce soit une simple boutade, mais plutôt une confession qui lui a échappé et qu'il a camouflée.

— Qu'est-ce que ça peut vouloir dire ? Lily se saisit du livre et approcha son nez jusqu'à le coller à la page. Mais à sa grande surprise, elle n'y parvint jamais. Hugo, Augustus et Alicia essayèrent à leur tour, sans succès.

— Dumbledore, quel est votre secret ?

Il suffisait de le demander. Une voix avait jailli du livre alors que la phrase mystérieuse s'était envolée en un filament luminescent et flottait à présent dans les airs. Les pages étaient devenues totalement lisses, comme du marbre blanc. Lorsque les quatre amis se penchèrent au-dessus, le filament plongea dans le livre et les entraîna à sa suite.

***

Ils se tenaient à présent tous les quatre dans la chambre d'un dortoir. Ils reconnurent Albus Dumbledore, en vie et beaucoup plus jeune que sur son effigie de Chocogrenouille. Il s'entretenait avec un jeune garçon au visage sévère.

La même voix qui les avait accompagnés résonna de nouveau.

« Qui que vous soyez,

Ne jugez  pas celui qui ne savait pas

Ne voulait pas savoir

Et préférait l'espoir. »

— L'espoir ! S'exclama Augustus. Les trois autres lui intimèrent le silence mais force était de constater que ni Dumbledore ni le garçon ne s'émouvaient de leur apparition.

— Le livre est une Pensine, dit Alicia, nous sommes dans un souvenir de Dumbledore !

— Pourquoi la honte ? Et en réfléchissant il se tourna vers le garçon : peut-être que lui le sait, vous savez qui c'est ? Augustus se retourna vers ses amis et découvrit leurs visages mortifiés. Lily lui répondit, d'une voix blanche : c'est Voldemort.

La scène s'étira, se mélangea et se reforma autrement. Voldemort, à présent un jeune homme, s'adressait à Dumbledore et lui demandait le poste de professeur de Défense contre les forces du mal. Dumbledore refusait.

Une nouvelle scène attrapa les quatre amis : Voldemort avait un peu vieilli. Il se glissait alors dans l'arrière-salle d'une boutique.

— C'est Barjow et Beurk, dit Hugo, une boutique obscure sur le chemin de Traverse. Mes parents m'ont même interdit de la regarder…

Une lumière verte envahit la pièce. Voldemort partit en courant. Une voix hurla un prénom : « HEPZIBAH ! ». La scène disparut de nouveau. Chaque fragment était plus court et plus percutant que le précédent.

Voldemort était à présent dans le bureau de Dumbledore, une dizaine d'années plus tard.

— Où étais-tu passé Tom ?

— J'avais besoin de rassembler mes souvenirs pour me préparer à l'avenir.

— C'est une sage décision, surtout après le tragique incident de Barjow et Beurk.

— Tragique, en effet.

Un lourd silence s'installa entre les deux hommes.

— Tom, tu n'es pas fait pour ce poste.

— QU'EN SAVEZ-VOUS SI VOUS NE ME LAISSEZ PAS UNE CHANCE !

Dumbledore répondit d'un regard froid.

— Quel dommage, avec moi vous auriez eu un professeur durable.

Voldemort s'en fut sur ces mots.

Le bureau de Dumbledore rétrécit, s'envola puis atterrit, transformé entre temps en la volière de Poudlard. McGonagall discutait avec le directeur.

— Êtes-vous sûr ?

— C'est la seule solution. Tom… Voldemort est devenu trop puissant. Même à Poudlard les élèves ne sont plus en sécurité. Je crains qu'il ne faille faire confiance à l'avenir Minerva.

— Nous venons d'obtenir la liste ! Nous pourrions traquer les Mangemorts jusqu'au dernier, l'Ordre…

— N'est pas assez puissant ni assez nombreux pour trancher toutes les têtes de l'Hydre. Qu'il en reste une, et nous sommes perdus.

— Tout ce travail, ces morts…

— Une aide sera toujours apportée à Poudlard à qui la demandera. Aujourd'hui, nous demandons de l'aide à l'avenir.

— Et Sean ?

— Il n'en saura rien, c'est plus prudent. Nous seuls nous souviendrons.

Albus Dumbledore leva sa baguette à l'heure dite, en même temps que tous les membres de l'Ordre pour réaliser le sortilège commun.

— Au revoir, Sean, murmura McGonagall.

— OBLIVIATE MAXIMA !

***

Ted Lupin avait reçu le message de Blanpic. Dumbledore et Voldemort, dans une histoire toujours inachevée, s'ajoutaient à sa dernière découverte dans ce puzzle inextricable. Morgal Slyhead, professeur d'étude des Runes de Poudlard, était le seul sorcier à avoir associé les termes « liste » et « clé » dans le portrait réalisé par Rita Skeeter pour son arrivée à l'école, juste après la Bataille de Poudlard : « Les Runes sont à la fois la liste et la clé du monde, trop délaissées pour leur complexité par les sorciers paresseux ».

Mû par une intuition, Ted décida de retourner à Godric's Hollow, lieu de la première disparition de Voldemort après l'assassinat manqué du jeune Harry Potter. Une fois sur place, il pénétra dans les ruines de la maison Potter et en scruta les moindres recoins, sans succès. Il s'assit face à l'entrée, au milieu des décombres, et aperçut un graffiti presque effacé au-dessus du chambranle. Il parvint à déchiffrer les lettres et symboles qui, assemblés, créaient la forme d'un serpent à plusieurs têtes : « le Seigneur a mille têtes, elles boivent le sang vainqueur par qui l'ombre mourut ».

Ted Lupin rassembla ses esprits et prit sa décision : s'il ne pouvait avoir l'oreille d'Harry ou d'Hermione, il devait secourir leurs enfants. Le jour déclinait sur le 31 octobre. Il prit l'apparence de Sean Jerkins, l'inconnu oblivié par Harry près de deux mois plus tôt, certain de son anonymat absolu, et transplana jusqu'à l'entrée de Poudlard.

***

Lily se hâtait vers la Grande Salle, désertée pour cause de match de Quidditch et choisie par les quatre amis pour se réunir. Augustus avait réalisé une avancée de taille, partagée avec les autres par un morceau de parchemin glissé dans leurs poches : Il revient.

— Lily Potter ?

La jeune sorcière fit face à Morgal Slyhead, son professeur d'étude des Runes, une matière pour laquelle elle avait obtenu une dérogation.

— Vous n'êtes pas au match… moi non plus, j'ai horreur du Quidditch. Votre première analyse était d'une grande qualité et j'ai pensé utile de vous présenter les étapes pour devenir Cherchrune. Suivez-moi. Lily s'était passionnée pour cet enseignement et suivit le professeur avec joie. Elle rejoindrait les autres plus tard.

Alohomora ! La porte du bureau de Slyhead s'ouvrit et il fit signe à Liy d'entrer. La pièce était plongée dans la pénombre.

— Professeur, pourriez-vous allumer la lumière ?

— Bien sûr. LUMOS ! Immobilis totalis ! En un éclair la lumière jaillit et Lily se trouva pétrifiée. Vanisheo ! La serrure disparut de la porte, à présent condamnée. Voilà qui est mieux. Bienvenue mademoiselle Potter. Ne perdez pas vos manières et saluez donc notre ami.

Face à Lily, Sean Jerkins était figé dans un bloc de glace épaisse. Ses yeux hagards cherchaient une issue.

— Jeune fille, tu vas avoir l'honneur de participer à ce que le monde attend depuis plus de vingt ans : le retour du Seigneur des Ténèbres.

***

Ted Lupin / Sean Jerkins était parvenu jusqu'au bureau de McGonagall. Son idée était de se faire passer pour un membre de la commission d'Education du Ministère de la Magie. La gargouille qui gardait l'entrée était d'une laideur telle que Ted avait du mal à la regarder dans les yeux. La directrice de Poudlard arriva dans son dos.

— Qui êtes…

Elle s'interrompit quand Lupin / Jerkins se retourna et devint blême.

Piertotum locomotor, dit-elle à l'attention de la gargouille qui s'écarta pour leur laisser le passage. Sitôt arrivés dans son bureau, elle lui demanda d'une voix angoissée :

— Comment êtes-vous revenu ?

Surpris, Ted demanda à la directrice si elle le connaissait.

— Bien sûr, vous avez oublié. Mais je n'ai pas le temps de vous expliquer cela, nous devons vous faire sortir d'ici.

— Est-ce que cela a un lien avec Obliviate Maxima ? La stupeur blême de McGonagall lui revint.

— Comment… ? Ted Lupin reprit son apparence.

— Je suis désolé, c'était le seul moyen pour vous avertir. Les enfants courent un grand danger. Morgal Slyhead…

— Notre professeur de Runes ?

— Celui-là même. Savez-vous, Madame la directrice, ce que représentaient les Runes pour un sorcier comme Vol… Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom ?

— Je ne crois pas qu'il ait jamais suivi cet enseignement ici.

— Non, c'est vrai, il a été prudent. Mais un de ces camarades partageait avec lui tous les cours et manuels. Et ce camarade, c'était…

— Morgal Slyhead ?

— Pour eux deux, les sorciers, par leurs « compromissions » avec les Moldus et les Sang-mêlés avaient perverti le monde magique. Ils souhaitaient revenir à la source la plus pure de la magie, celle des premiers temps, et donc, des premières écritures. Si vous reprenez la liste de tous les étudiants qui ont suivi les cours d'étude des Runes, vous verrez un grand nombre de résidents actuels d'Azkaban. J'ai trouvé une phrase entière sur le chambranle des Potter, à la fois un point de ralliement, un mode d'emploi et une prophétie, pour que Voldemort ne meure jamais. Il a laissé derrière lui tous ses souvenirs, consignés dans des objets ou des endroits divers ; la très faible intensité de cette magie les préservait de toute détection. Et il avait constitué une liste, cryptée en Runes, des Mangemorts détenant ses souvenirs. Mais le jour du meurtre des Potter, quelqu'un a volé cette liste. Sans elle, impossible de réunir les souvenirs et donc, de rappeler Voldemort. J'ai suivi de nombreux indices avec les enfants, mais nous n'avons trouvé ni la clé, ni la liste…

— Je crains qu'il n'ait trouvé les deux : si vous avez pris la forme de Sean Jerkins, c'est que vous l'avez aperçu et donc que les Mangemorts dormants aussi. Accio Carte du Maraudeur ! La carte atterrit dans les mains de McGonagall. Elle prononça la formule d'usage et une myriade d'étiquettes nominatives apparut.

— J'ai vu le professeur Slyhead en compagnie de Lily Potter pendant le match de Quidditch, dit Ted.

Elle pointa du doigt l'emplacement de son bureau.

— Ils y sont toujours. Et… SEAN JERKINS est avec eux !

***

Morgal Slyhead brandit sa baguette et l'orienta vers Sean Jerkins.

— Livre-moi ta liste, petite clé. Combien d'années j'ai perdues à te chercher. Maintenant, tu es à moi : LEGILIMENS !

Tous les noms des Mangemorts et des disciples de Voldemort, connus ou cachés, apparurent sous la forme des premières Runes sur les murs. Les souvenirs des Mangemorts défunts et capturés avaient été sauvés.

— Et maintenant, le sang victorieux, le sang de Harry Potter, va couler au milieu des souvenirs du Seigneur ! D'un trait de baguette il entailla l'avant-bras de Lily qui commença à saigner abondamment. Les noms s'effaçaient derrière des silhouettes voilées de noir et masquées d'argent.

— Bienvenue mes amis ! Le Seigneur des Ténèbres remerciera votre loyauté ! Certaines des silhouettes avaient pris pied dans la pièce, l'une d'entre elle releva sa manche, laissant apparaître la Marque des Ténèbres.

— ATTENDS IMBECILE ! Il faut que tous les porteurs de souvenirs soient réunis. Puis, se tournant vers Lily :

— Tes grands-parents, ton père, ton frère, le destin de ta famille est d'essayer d'empêcher le retour du Seigneur, et d'échouer chaque fois plus près du but. Merci à ton crétin de frère et à son arrogance qui nous a menés à Sean Jerkins, merci à Harry, Ron et Hermione, trop aveuglés par leur victoire sur Delphi pour déceler nos années de préparation, et merci au plus grand des faibles, Albus Dumbledore, pour son espoir de vieux fou ! Notre Seigneur n'a même pas eu besoin d'utiliser l'Imperium, chaque fois la compassion de Dumbledore l'a laissé libre, compassion, le mot des faibles pour dire lâcheté !             

Tous les noms s'étaient matérialisés dans le bureau, les Mangemorts formaient une cohorte de spectres, lévitant au-dessus des victimes de Slyhead, injuriant la fille de Harry Potter, ricanant aux éclats. Morgal Slyhead releva sa manche. Voldemort, enfin, allait revenir.

— REDUCTO !

La porte sans verrou explosa sous l'incantation. Blanpic virevolta dans la salle pour heurter de son dos la marque des Ténèbres de Slyhead. Sous la douleur, celui-ci lâcha sa baguette et vit son bras enfler et rougir. Des flammes s'élevèrent de la marque. Tous les Mangemorts présents ressentaient la même douleur.

— IMMOBILIS MAXIMA ! McGonagall en avait profité pour les coincer sur place. Ted Lupin, les cheveux rouges et or, courut délivrer Lily et Sean.

— Incantata finita !

— NON !

Slyhead hurlait sous l'effet de la douleur et se tordait à terre. Blanpic avait rejoint l'épaule d'Alicia qui le félicitait tandis que Hugo et Augustus prenaient leur amie Lily dans les bras.

— La compassion ouvre de nombreuses portes, y compris celle de la perfidie et de l'ignominie quand on fait le mauvais choix. Albus Dumbledore croyait en la capacité de chacun et chacune à prendre le bon chemin et se laissait guider par sa compassion. Severus Rogue avait raison, la compassion seule ne suffit pas. De même que le courage, la clairvoyance ou la ruse seuls ne suffisent pas. Mais réunies, ces qualités forment un bouclier invincible qui peut venir à bout de tout. C'est pour cela que Poudlard a été créé. C'est ce que ces quatre jeunes gens viennent de nous rappeler. Les maisons de Poudlard doivent exister, co-exister pour se compléter dans une force collective, capable de bien plus qu'aucun sorcier isolé. La vraie puissance, c'est les autres.

De sa baguette, la directrice de Poudlard convoqua les nouveaux gardiens d'Azkaban. Des mains gantées d'argent se saisirent de tous les Mangemorts, à l'exception de Morgal Slyhead. Ils disparurent les uns après les autres. A ce moment, Harry, Ginny, Ron et Hermione sortirent de la cheminée et Neville Londubat et Hannah Abbott firent irruption.

— Alicia !

— Madame la Ministre, Monsieur le directeur de la Justice magique, on dirait que la relève est assurée, dit McGonagall avec un sourire espiègle. Les enfants embrassèrent leurs parents. Les larmes de peur et de soulagement se confondaient.

Harry et Hermione s'avancèrent vers Ted.

— Ted Lupin, tes parents auraient été fiers de toi, au moins autant que nous sommes désolés de ne pas t'avoir écouté.

— Harry essaie de te dire merci. McGonagall les rejoignit.

— Ted, que diriez-vous de poursuivre vos recherches en tant que professeur de Runes ?

Les yeux de Ted s'illuminèrent.

— J'accepte ! Mais j'aimerais intituler ce cours : « Runes et arcanes, les nouvelles clés ».

McGonagall sourit et s'approcha de Sean Jerkins. Il venait de croiser le regard d'Augustus.

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Joëlle Brethes · il y a
Très joli récit dont la longueur m'a autrefois découragée ! Apparemment vous ne présentez pas souvent de textes sur le site, mais ils sont de qualité ! :)
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AP3 · il y a
Je comprends, c'est pour cela que je m'en tiens souvent aux plus courts formats ! Je vous remercie pour votre soutien... peut-être vais-je m'habituer à participer !
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Philippe Larue · il y a
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Adlyne Bonhomme · il y a
Belle découverte, j'ai beaucoup aimé ce texte si bien écrit qui sait arracher des morceaux de frissons.

Au passage je vous saurais gré de voter mon poème finaliste.
https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/je-tresse-lodeur

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Marie Amina B · il y a
Désolée, j'arrive trop tard pour les votes qui comptent...en fait, j'ai déconnecté de SE pendant quelques semaines.
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AP3 · il y a
C'est bien de déconnecter !
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Alain Adam · il y a
Mon revote Mais l'ensemble malgré ses qualités n'est il pas un peu long (SHORT edition)
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Virgo34 · il y a
Coucou, Alain ! En Short, il y a les TTC très courts et les nouvelles plus longues.
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Alain Adam · il y a
Tout s'explique BRAVO A bientôt (Je suis sur facebook )
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Virgo34 · il y a
Quel rapport, lol ?
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AP3 · il y a
Merci beaucoup ! Je comprends mais il est dans les limites prescrites !
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Virgo34 · il y a
Bonne finale !
Je suis en finale dans le prix "faites sourire" avec un conte de fée "marin" que je vous invite à lire et à soutenir si tel est votre désir. Merci.
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/a-labordage-2/votes

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AP3 · il y a
Merci ! Je passerai, bonne finale à vous !
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Virgo34 · il y a
merci à vous.
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Barbara Reibel · il y a
Toutes mes voix pour vous ! Vous pouvez me soutenir si vous le souhaitez, je concours pour le Prix Faites Sourire avec une nouvelle très très courte L'inconnu du Starbucks : https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/l-inconnu-du-starbucks. Bonne chance à vous !
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AP3 · il y a
Merci Barbara et bonne finale !
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Violaine Biaux · il y a
Bravo pour ce texte et bonne chance pour la finale ! Si vous avez envie de me lire, c'est par ici https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/lettre-a-maman-2
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AP3 · il y a
Merci ! Je viens vous lire bientôt !
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Alizée Le Pocher · il y a
Mes voix à nouveau !

Je participe à la finale du concours Fanart Harry Potter, si ça t'intéresse de jeter un œil ;)
https://short-edition.com/fr/oeuvre/strips/cetait-un-poil-de-chat-7

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AP3 · il y a
Merci beaucoup ! Je passe bien sûr :)
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Domitille Charpine · il y a
Je t'attribue à nouveau toutes mes voix avec grand plaisir !! Bravo et bonne chance =)
J'ai moi même été sélectionné du côté fanart : https://short-edition.com/fr/oeuvre/strips/magic-world-of-harry-potter
Si tu souhaites venir jeter un petit coup d’œil à mon dessin =)

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AP3 · il y a
Merci encore Domitille ! Je viens avec plaisir ;)