Les secrets t'errent

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Toute ma vie a été bercée par la littérature, la poésie, et le théâtre. J'ai pris la plume très tôt, et bien que légère elle donna du poids à mes mots, qui devinrent des récits, des  [+]

Les secrets t'errent

Ce matin là, Nancy et Julie, les deux secrétaires de monsieur Badler, croulaient sous le travail.

— Qu'est-ce qu'il est nul le patron!
— Tu parles ! à qui le dis-tu ? Pesta Julie. La dernière fois, il m'a fait recommencer cinq fois la même lettre. Tu entends, cinq fois! Il hésitait entre Monsieur et Madame...
— Et alors ?
— Alors, à la fin, il n'a plus hésité, il a jeté la lettre au panier !
— Qu'est-ce qu'il est nul, alors, mais qu'est-ce qu'il est nul le patron ! En plus, il aurait pu te demander de taper tout l'alphabet au lieu de te faire recommencer cinq fois la même lettre.
— Ben oui, ça aurait été plus vite et tellement plus simple !
— Qu'est-ce qu'il est nul, alors, mais qu'est-ce qu'il est nul le patron ! Se lamentèrent les deux secrétaires.
— Tiens, et à moi alors, tu sais ce qu'il m'a fait?
— Non, vas-y, raconte !
— L'autre jour, hier ou avant-hier, je lui demandé si je pouvais avoir cinq minutes pour me repoudrer le nez...
— Et alors ?
— Et alors, il me dit : " Oh, mais mademoiselle Nancy, n'exagérez pas à la fin! Vous êtes assez fardée comme ça, même qu'on dirait une façade en trompe-l'oeil. Faut pas forcer sur le maquillage, surtout que je n'aime pas les pots de peinture ni les tire-au-flanc! " Alors je lui dis : " mais non, je ne parlais de me remettre de la poudre sur le nez que pour... disons que... je suis légèrement indisposée." " Fallait rester à la maison ! " qu'il me dit. " Mais non, vous comprenez rien, que je lui fais, j'ai un problème, c'est avec mes tampons. " " Qu'est-ce qu'ils ont vos tampons? qu'il me demande, ils n'impriment plus? Il n'y a pas d'encre dans l'encrier ? " " Mais si, mais pas ceux-là, les tampons! Les tampons de femmes ! Ceux que l'on s'enfile comme des suppositoires lorsqu'on a ses règles ! " " Ah! vous avez vos règles ? " qu'il me demande. " Ben oui !" " Fallait le dire tout de suite! De toute façon, j'avais bien vu que vous aviez les traits tirés ! " Tu te rends compte un peu le lourd que c'est ?
— Qu'est-ce qu'il est nul alors, mais qu'est-ce qu'il est nul le patron ! Marmonnèrent-elles de concert.
— Attends, attends, je t'ai pas tout dit !
— Non, mais je veux tout savoir!
— Il y a trois jours, il me demande: " Quand est-ce que vous avez eu vos derniers rapports sur le bureau ? " Je lui fais : " pardon ? " " Oui, mademoiselle Julie, et ne faites pas semblant de ne pas comprendre ! Je vous demande quand est-ce que vous avez eu vos rapports sur le bureau pour la dernière fois, car il fallait se les taper ! " Je lui dis : " Non mais, ça ne vous regarde pas les rapports que je me tape ! Et puis d'abord, ça ne se passe jamais sur le bureau, mais toujours chez moi ! " " Ah, parce que vous emmenez du travail à la maison maintenant ? " " Ben oui, tous les soirs, c'est pour aller plus vite ! " " Ben alors, celle-là, vous me la recopiera i! " " Ben attendez, que je lui dis, je ne me suis même pas encore tapé les premiers rapports ! " " Mais qu'est-ce que vous attendez, alors? " qu'il me demande. " " Ben que vous me laissiez travailler dans l'intimité de mon bureau ! "
— Qu'est-ce qu'il est nul alors, mais qu'est-ce qu'il est nul le patron!

Soudain, le téléphone se mit à sonner. Julie décrocha aussitôt :

— Allo ? Oui... bonjour, Monsieur le directeur ! Oui, oui, c'est ça. Oui... Non, oh non, non ! On n'est pas en train de papoter, Nancy et moi, pendant les heures de bureau, monsieur le directeur ! Ah non, ah ça, jamais de la vie ! D'ailleurs, si j'étais en train de parler avec elle, je ne pourrais pas parler au téléphone avec vous en ce moment même ! Si je vous prends pour ?... Mais non, jamais de la vie !... Que je vous la passe ?... Oui, tout de suite, bien sûr monsieur le directeur, oui... merci... vous aussi... ne quittez pas ! Nancy ! C'est le directeur, pour toi, je le passe... active le haut-parleur !
— Allo? oui, bonjour monsieur le directeur !
— Active le haut-parleur, je te dis, j'entends rien !
— Chut!... Heu ! Non, pas à vous, monsieur le directeur ! Oui, une mouche qui... oui... c'est ça, oui!... Comment ? Vous parlez sérieusement ? Oui, bien sûr, je sais que vous êtes sérieux, je veux dire que c'est trop beau... oui, mais que c'est vrai oui, bien sûr monsieur le directeur...
— Qu'est-ce qu'il dit, qu'est-ce qu'il y a ?!
— Attends, tu ne vois pas que je suis en ligne... et en forme, oui monsieur le directeur, je disais que cette nouvelle me mettait très en forme! Ben oui, mais... une seule augmentation ??
— Quoi ??! S'exclama Julie.
— À celle de nous deux qui aura le meilleur rendement ! Ah, la lutte va être rude, vous savez ! On se donne tellement de mal, Julie et moi, surtout pour se taper les rapports, oui, il y en a plein le bureau, mais il n'y en a pas pour longtemps, on va tous se les taper ! Oui, vous pouvez compter sur nous, monsieur le directeur, oui, on se met au travail ben... à l'instant, tout de suite, dès que notre entretien téléphonique aura pris fin... Allo? Allo?? Allo??? Oh, le rustre, le goujat !
— Vas-tu me dire ce qu'il y a enfin? Qu'est-ce qu'il se passe ? C'est pour qui cette augmentation?
— Hé bien, c'est pour l'une d'entre nous seulement ! Celle qui aura été la plus performante, qui aura fourni le meilleur rendement, bref, le meilleur rapport qualité-prix, par exemple !
—Oui, par exemple, et surtout aussi pour celle qui aura été la moins vache au sujet de Monsieur le directeur, qui aura été la moins médisante à son sujet...
— Ah, parce que tu l'appelles : " Monsieur le directeur " maintenant ?
— Ben oui, comment veux-tu que je l'appelles, par exemple ?
— Ben le nul par exemple !
— Pourquoi ça, il n'a jamais été nul, Monsieur le directeur, au contraire, il a même été très bon!
— Voyez-vous ça ?
— Ben oui, ce n'est un secret pour personne... que tu te moques de lui à tout bout de champ, comme s'il n'était qu'un vulgaire employeur mal intentionné à notre égard...
— Oh ! Comment oses-tu ?
— Comment ça comment j'ose ? Après tout le mal que tu as dit sur lui, tu ne vas quand même pas nier les faits ?
— Mais toi aussi tu en as dit ?
— C'est faux!
— Mais enfin Nancy, on était copines, toi et moi!
— Oui, mais c'était avant l'augmentation. Maintenant, c'est de l'histoire ancienne. C'est chacune pour soi et l'augmentation pour moi !
— Mais enfin, Nancy, reprends-toi! Pour l'instant, il n'y a aucune augmentation. Il faut que l'une d'entre nous fasse de l'excellent travail pour cela, et c'est loin d'être le cas ! On ne fait que des bourdes et des bêtises à longueur de journée.
— Hi ! Hi ! Allo, oui, ici l'asile de folles !
— Ha ! ha ! ha ! rirent-t-elles.
— Tu sais quoi ? Je te préfère mieux comme ça ! renchérit Julie.
— Mais comment on va faire pour s'en sortir et ne pas se faire jeter ? Tu sais très bien que toi et moi, on n'est pas pour ainsi dire deux grosses bosseuses !
— Hé bien, on travaillera du mieux que l'on pourra toutes les deux, tu te feras augmenter, je me reposerai donc un peu plus que toi, j'arriverai un peu en retard, je partirai un peu en avance, et on partage l'augmentation fifty fifty, et on inverse les rôles un jour sur deux, je bosse plus, et tu m'aides. Ça marche ?
— OK ! Oh, je t'adore Julie ! Toi alors, t'as toujours de bonnes idées ! On commence quand ?
— Demain! Aujourd'hui... on se repose ! Mais chut, c'est le secret des secrétaires !
— Qu'est-ce qu'il est nul alors, mais qu'est-ce qu'il est nul le patron !



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