Les rudbeckias

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Bonjour à toi lecteur ou lectrice arrivé.e ici par curiosité ou par hasard, je te propose de jeter un coup d’œil par le trou de la serrure afin de découvrir mon univers.

C'était une station thermale de toute beauté. Le soleil filtrait par les voilages des grandes baies vitrées du hall d'entrée de l'hôtel et venait éclairer le sol de marbre rose. Un immense lustre baroque était suspendu au plafond donnant à la pièce un style royal. Au centre sur une grande table ronde trônait un bouquet de rudbeckias. Les lobby boys étaient vêtus d'uniformes bordeaux rappelant les hôtels d'un autre temps. La jeune femme avait été employée pour toute la durée du séjour dans le but de veiller sur les enfants pendant que le couple se reposerait. Madame était malade. Un lobby boy vint accueillir la famille afin de les mener à leurs suites respectives. Le voyage avait été long et épuisant, la jeune femme profita de cet instant de répit pour s'isoler et aller se rafraichir aux toilettes.
Au fond de la pièce se trouvaient de grandes vasques d'un blanc immaculé. La jeune femme passa sa main sur le rebord arrondi de celles-ci et se disant que ce serait bien la première fois qu'elle pourrait se laver dans tant de volupté. C'est pensive qu'elle commença à s'ébrouer, c'est alors que l'eau, plutôt que de s'échapper comme elle aurait du, commença à monter dans le lavabo pour enfin déborder et inonder le marbre. Prise de stupeur et de honte, la jeune femme se précipita pour saisir une des serviettes duveteuse qui était posé à côte du robinet et la jeta par terre pour nettoyer les dégâts. Elle était à genoux dans l'eau essayant d'essuyer toute cette eau mais rien ne semblait y faire.
"- Ne vous embêtez pas à cela."
La voix la fit sursauter, c'était le maitre d'hôtel, sur le pas de la porte qui l'observait d'un air bienveillant.
"- Je suis désolée, bredouilla-t-elle, c'est ma faute.
"- Laissez ça, ce n'est pas votre rôle ici, vous êtes attendue en bas."
La baby-sitter hocha la tête puis se releva. Sa robe blanche était mouillée mais elle n'y prêta guère attention et fila répondre à l'appel de ses employeurs.

Le chemin qu'ils empruntaient était bordé de rudbeckias aux couleurs éblouissantes. Il faisait chaud et la robe blanche de la jeune femme agitée par le vent avait été séché par les rayons du soleil.
Ils marchaient au bord de la piscine extérieure. Monsieur marchait devant, sa femme à son bras. La jeune femme les suivait quelque mètres plus loin en poussant la poussette.
Madame portait une longue robe bleu marine très élégante. Elle était grande, mais son dos était vouté. Elle avait la peau terne et le visage ridée. La maladie l'avait fait vieillir prématurément, et à cet instant précis elle semblait si décharnée que ses mains ressemblaient à des griffes acérées agrippant le bras de monsieur.
Soudain madame se retourna pour lancer un regard vide vers la jeune femme. La baby-sitter détourna le regard en rougissant, gênée de ses propres pensées.
"- Vous ne pourrez pas les suivre où ils vont."
La jeune femme tressailli, elle releva les yeux pour découvrir à côté d'elle le maitre d'hôtel souriant, de petites lunettes rondes posées sur son nez lui donnant un air sérieux.
"- Je vous demande pardon ? demanda-t-elle.
- Ils sont partis."
Elle se retourna en direction de ses employeurs mais il n'y avait plus personne. Ils avaient disparu.

Il était là à regarder la mer sous le ciel étoilé. La mer était noire comme de l'encre, le va et vient des vagues jouant une musique pleine de mélancolie. Il se dégageait de ce paysage une tristesse infinie qui serra le cœur de la baby-sitter. Une jeune femme en robe blanche s'approcha et lui sourit sans dire mot. Monsieur lui rendit son sourire et lui pris la main pour l'inviter à danser.
Il n'y avait pas de musique mais ils valsaient en silence en se regardant dans les yeux sans dire un mot, car il n'y avait pas besoin de mot.
"- Pourquoi est-il avec cette jeune femme et pas avec son épouse ? "
La jeune nourrice qui observait la scène sursauta. C'était le maitre d'hôtel qui était arrivé de nul part. Il avait toujours ses drôles de lunettes sur le nez mais avait opté ce soir pour un élégant smoking blanc.
"-Trompe-t-il sa femme avec cette jeune femme ? "
La nourrice reporta son regard sur les danseurs.
"-Non, répondit elle, il ne l'a jamais touché.
- Comment pouvez-vous le savoir?
- Parce que cette jeune fille là bas c'est moi."

La jeune femme se réveilla en sursaut. Elle était allongé sur un transat au bord de la piscine, le ciel était sombre et il pleuvait. C'était la pluie qui l'avait réveillée. Elle ne se souvenait pas être aller s'allonger dehors, le jardin était vide, elle était complètement seule. Soudain elle s'aperçu que son téléphone était allumé, une voix en sortait mais elle ne comprenait pas les mots car un bruit d'eau les couvrait. Elle mis fin à l'appel, rangeât son téléphone et se leva. Elle marchait sur le chemin en direction de l'hôtel mais quelque chose la troubla. Les rudbeckias avaient disparu. Elle s'agenouilla et passa sa main sur la terre humide.
" - Que cherchez vous ?"
La jeune femme bondit en arrière. C'était encore le maitre d'hôtel.
"- Les rudbeckias, bredouilla-t-elle grelottante dans sa robe blanche détrempée, où sont passé les rudbeckias ? Il n'y a plus rien.
- Madame, vous devez vous souvenir !
- Laissez-moi, répondit-elle, je dois retourner à l'hôtel.
- Souvenez-vous ! cria-t-il."

Quand la jeune femme ouvrit les yeux elle fut ébloui par la blancheur des murs qui l'entouraient.
"- La séance est terminée Madame."
Elle se tourna vers la personne qui s'était adressé à elle. C'était la voix du maitre d'hôtel, non, c'était un homme portant une blouse blanche et de petites lunettes rondes. Un médecin.
"- Madame, vous souvenez-vous? demanda le médecin."
"-Je suis à l'hôpital?
-Oui madame, c'est bien. Vous rappelez-vous pourquoi?
- Je... Je dois retourner à l'hôtel... Monsieur m'attend...
-Non madame, votre mari est décédé, cela fait trois ans que vous êtes ici, rappelez vous."
Alors soudain tout refit surface. Elle se souvint qu'ils s'étaient mariés et étaient partis en bateau pour passer leur lune de miel dans cet hôtel. Elle se souvint qu'ils n'étaient jamais arrivés à l'hôtel. Elle se souvint de la tempête qui s'était abattu sur le bateau, et comment celui-ci avait sombré. Elle se souvint du bouquet de rudbeckias qu'elle avait posé sur la tombe jour de l'enterrement.
La mort s'était agrippée au bras de son aimé et l'avait entraîné au fond de l'eau.
Alors la jeune femme se mit à pleurer, pleurer jusqu'à inonder sa tunique blanche. Le docteur posa sa main sur son épaule.
"- C'est bien madame, les séances d'hypnose thérapeutique commencent à porter leurs fruits. il faut vous accrocher à la réalité.

La jeune femme se leva de la banquette en simili cuir sans dire un mot. Le docteur s'était assis derrière son bureau et lui parlait mais elle n'entendait plus les mots, elle n'entendait que le bruit de l'eau. Elle se dirigeât vers la porte du bureau et posa sa main sur la poignée. La réalité. Elle prit une grande inspiration et ouvrit la porte qui semblait peser une tonne.
Elle avança doucement et laissa la porte claquer derrière elle. La jeune femme marchait sur le marbre rose, le lustre baroque diffusant une lumière chaude. Elle ne portait plus de tunique mais une belle robe de mousseline blanche. Elle était de retour et il était devant elle. Elle était à l'hôtel et monsieur l'attendait. Elle était de retour dans sa réalité et son aimé l'attendait un bouquet de rudbeckias à la main.
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