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LES PRISONNIERS (d’après Maupassant)

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Charles Dubruel

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Devant sa maison forestière,
Une jeune femme buvait une bière.
De l’intérieur, une voix
Cria : -Nous sommes seules ce soir,
Léa, faut rentrer. Y a p’t-être bien
Des loups et des Prussiens
Qui rodent par ici.
-Me v’là, maman, j’ai fini.
-J’aime pas quand ton père est dehors.
Deux femmes seules, ça n’est pas fort. »
Léa lui répondit : -Oh ! j’ tuerais bien
Un loup ou un Prussien !
Et de l’œil, Léa montra le revolver
Qu’elle avait acheté à la Noël
Et suspendu au mur par un crochet de fer,

La ville voisine, Rethel,
Résistait aux Prussiens.
Quand le bûcheron
Devait s’y rendre, par crainte des loups,
Il emmenait ses deux gros chiens
Aux gueules de lion.

Même sans ces cerbères,
Léa n’avait peur de rien du tout.
Mais par contre sa mère
Répétait sans cesse : -Ça finira mal,
Tu verras, tout ça finira mal...
Sais-tu à quelle heure doit rentrer ton père ?
-Quand il va à Rethel, il ne rentre guère
Avant dix heures. On frappa à la porte
Soudain :-Oufrez, ou che gasse la borte !
-Qui êtes-vous ?
-Che suis un tétachement allemand.
-Que voulez-vous ?
-Che suis berdu avec mon tétachement.
La jeune femme ouvrit et vit les huit soldats
Que, la veille, elle avait aperçus.
Elle prononça d’un ton résolu :
-Que faites-vous ici à cette heure-là ?
-Ché regonnu fotre maison dans le noir.
On n’a rien manché tepuis ce matin.
-Mais... je suis seule avec maman, ce soir.
-Za ne fait rien. Nous afons faim,
Fous nous tonnerez pien un peu de pain.
Léa recula d’un pas :
-Entrez. Exténués, les soldats
Posèrent leurs casques et leurs armements.
-Asseyez-vous et servez-vous.
Dit Léa qui referma rapidement
La porte et les deux verrous
Puis alla soulever la dalle de pierre
Recouvrant l’accès du petit escalier
Qui mène à la cave et descendit tirer
Trois cruches de bière.

Les femmes, après avoir fait diner les soldats,
Montèrent se coucher, et patientèrent
Jusqu’à ce qu’ils s’assoupissent. Alors Léa
Tira deux coups de revolver
Aussitôt les huit Prussiens se dressèrent.
Alors, l’air faussement angoissé, Léa
Et sa mère lancèrent :
-V’là les français, ils sont au moins deux cents
S’ils vous trouvent là,
Ils vont vous tuer et nous également.
Retirez-vous dans la cave. -Che feux pien.
Par où tescendre ? –Par là.
Et ne faites pas de bruit. Les Prussiens
Descendus, Léa rabattit et boucla
La dalle, et murmura :
-En rentrant, il s’ra fatigué papa
Je vais lui couper un peu de jambon

Un Prussien hurla : -Oufrez, zinon... !
Imitant l’accent allemand, Léa cria :
-Che n’oufre bas !
-Che gasse la vermedure si fous refuzez.
Elle répondit: -« Casse,
Mon bonhomme, casse !

Quand son père est arrivé,
Léa l’avertit :
-J’ai enfermé Huit Prussiens dans la cave
Il demanda, surpris :
-Des Prussiens dans notre cave ?
-« Mange vite ta soupe, papa,
et après, va quérir la milice.
Une heure et demie après,
Vingt-cinq miliciens
Menottaient les huit Prussiens.

Le forestier fut décoré.
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Dolotarasse · il y a
Rusée la fille ;-).
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