1
min

Les petits métiers de l'amour. Maximilien Hannet.

Image de Ozerjacques

Ozerjacques

33 lectures

8

MAXIMILIEN HANNET


Il soulève un peu son genou. Ce sont des douleurs qui prennent au mollet, qui s’élèvent le long de la jambe, qui montent et puis qui se perdent.

Un mal de vieux. Un mal venu au fil des heures passées dans la prière, courbé, fléchi, les os posés sur le bois dur d’un banc ou d’une chaise. Un mal qui fait craquer les coudes et craquer les genoux.

Il essaie de bouger un peu. Le dos aussi est douloureux. Serré dans la petite maison de chêne, sans air, sans lumière, avec juste la clarté d’un vitrail, avec juste l’image du grand crucifix. Et puis, celle, ténue, d’une dame âgée dont les larmes font des étoiles brillantes sur la peau couverte de plis.
- Madame...

Il voudrait prendre sa main, mettre son doigt sur ses paupières, passer un peu dans ses cheveux.
- Madame...
Dieu vous aime.
Il n’a pas de haine, il n’a en lui que le pardon.

Ces mots peuvent-ils suffire? Dieu peut-il vraiment faire oublier le malheur aux hommes?

C’est cela qui fait souffrir Maximilien Hannet. C’est cela. L’absence de mots, l’absence de gestes, l’absence de recettes pour aider la souffrance. Les larmes ne peuvent se satisfaire d’images abstraites. Dieu est bien peu de chose.

Souvent, Maximilien parle avec le silence. Il n’a pas d’autres réponses que le bruit d’un nez qui se mouche, que le raclement d’une gorge, que la pluie, que le vent.
- Madame...
Vous m’entendez...?

Ils entendent tous mais ils ne comprennent pas. Y a-t-il seulement quelque chose à comprendre? Maximilien voudrait tendre les bras. Il voudrait serrer contre lui les misères les plus noires, les nuits qui se déchirent, les jours, les semaines, les années. Il voudrait mourir à la place des morts, il voudrait marcher jusqu’au bout du plus long chemin.
- Dieu est amour.
Ecoutez...
Chaque fleur qui s’ouvre est un acte d’amour.

Oui. Et chaque fleur qui se fane? Et chaque bouton qui ne fleurit jamais? Dans les propres mots qu’il prononce, Maximilien trouve des limites à l’espérance.

La dame ne dit plus rien, toujours rien. Maximilien devine le carré de drap blanc qu’elle frotte sur son visage. Il devine qu’elle va se lever, partir. Sans un mot, sans un signe. Maximilien devine que l’amour est un échec. Il trace une croix et sa main tremble un peu.
8

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,
Image de Ozerjacques
Ozerjacques · il y a
Un grand merci pour si beau commentaire. Cela me touche beaucoup.
·
Image de Silvie
Silvie · il y a
Comment avez-vous fait? Vous m'avez profondément émue avec cette histoire si belle dans sa simplicité. L'écriture doit être pour vous un acte d'amour. Oui, ça doit être ça.
·
Image de Keith Simmonds
Keith Simmonds · il y a
Une histoire bien écrite et émouvante ! Bravo ! Bonsoir Vous avez voté une première fois
pour “Sombraville” qui est maintenant en Finale ! Merci de revenir confirmer votre soutien
si vous l’aimez toujours ! Bonne soirée !
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/sombraville

·
Image de Ginette Vijaya
Ginette Vijaya · il y a
Que c'est triste et comme il faut très peu pour se sentir aimé !
·
Image de Cétacé
Cétacé · il y a
Ma voix, si vous ne pouvez l'entendre vous pouvez la voir! Bravo. Cé.
·
Image de Guy Richart
Guy Richart · il y a
une belle œuvre très profonde, bravo.
·
Image de Ozerjacques
Ozerjacques · il y a
Un grand merci pour cet élogieux commentaire.
·