4
min

les petites gens

Image de Gauthier

Gauthier

6 lectures

0

Les petites gens : ils sont cette foule anonyme qui pullule de partout et grouille autour de moi. Ils sont la garantie que rien ne change, se complaisent dans le pire en empêchant le meilleur.
Les petites gens sont sales et affreuses. Ils sont souvent trop gras, mal foutus, mal soignés. Ils se négligent comme ils négligent les autres et le monde qui les entoure, se manquent de respect, n’ont aucune estime d’eux même. Ils sont hautains, fiers d’être un peu moins miséreux que leur voisin, un peu moins malade. Ils s’abreuvent du malheur du monde pour se construire de pathétiques moments de bonheurs, éphémères et illusoires. L’avion qui s’écrasent les rassurent de ne jamais voyager, un peuple affamé leur donne des envies de Mac-Do et de mauvaises pizzas, les cancers de leurs voisins font de leur dernier AVC une futilité.
Les petits gens croient. Ils prient des Dieux tout puissant qui les placent au centre de toute chose, qui les rendent immortels et irresponsables, entre les mains desquels ils déposent leurs destins. Ils idolâtrent des figurines de plâtre qui font jolis sur la télé et leurs apportent l’arrogance d’être plus important qu’un cafard. C’est sûr, il n’y a pas de cancrelats au paradis.
Ils croient en Dieu, mais aussi en ce que la télé leur dit. Et la télé leur explique tout ce qui est bon pour eux, tout ce qui nécessaire, vital même.
Les petites gens sont bêtes, influençables, manipulables, faignantes, envieuses, irresponsables, méchantes, perverses... Ils se jalousent, se moquent, se trahissent, s’invectivent, se trompent et s’empoignent pour rien. Puis ils se réconcilient, s’embrassent, forniquent, boivent et mangent ensemble, puis recommencent à se disputer.
Rien n’intéresse plus les petites gens que leur petit confort égoïste. Ils se plaignent, ils rient, ils ne savent plus trop où ils en sont. Ils tournent en rond dans la cage de leur quotidien mais ne veulent surtout pas en sortir. Ils n’aiment pas vraiment leur vie, mais ils s’habituent, puis finissent par aimer leurs petites habitudes. Ça les rassure. Alors ils passent leur vie à se rassurer à coup de petites habitudes, et leur vie continue, une vie sans but ni raison, en rond dans une cage. Ils regardent par les fenêtres le monde dehors qui est souvent pire que dedans. Les nouvelles dans l’écran plat, les images dans celui de plasma les confortent dans leur immobilisme. Ils se moquent des rêveurs et des idéalistes qui veulent briser la cage. Ils ne les prennent pas au sérieux, ne veulent surtout pas croire à leur discours sur la liberté, les possibilités d’une vie meilleure. Ils ne veulent pas être contaminés. D’ailleurs, ils n’ont rien demandé.
Ils n’ont rien demandé d’autre que d’amasser un tas de choses inutiles qui remplissent leur cage. Amasser, c’est le pourvoir, le pouvoir d’achat.
Les petites gens ont peur de tout, des autres surtout, ceux qu’ils ne connaissent pas, qui ne leur ressemble pas, qu’ils ne comprennent pas.
Les petites gens rient et pleurent pour un rien. Ils vivent le moment présent sans trop se soucier du lendemain. Quand il s’en souci, il pense encore à eux, à leur vieux jours, ou à leur enfants peut-être, s’ils ne sont pas encore fâchés.
Les petites gens sont vantardes. Ils ne connaissent que le meilleur et le pire. Ce qui leur arrive est unique. Ce qu’ils font est exceptionnel. Ils travaillent plus dur que personne, triment courageusement des heures sans aucune reconnaissance. Et quand ils chôment, les souffrances qu’ils endurent sont incommensurables. Mais ils gardent la tête haute, ils sont tellement courageux. Et pour ne pas sombrer, ils chantent, ils dansent, ils organisent des fêtes de fous, de malades. Ils boivent plus que personne n’a jamais bu, mange comme des ogres. Les hommes ont les plus gros bras, les plus gros ventres, les plus grosses voiture. Ils rêvent de tout avoir plus gros. Les femmes ont les hommes les plus forts, les plus intelligents, les plus sensibles, les plus belles maisons, les plus beaux habits, et surtout, surtout, les plus beaux enfants du monde. Et elles y croient si fort.
Les petits de petites gens mangent bien. Ils sont tellement précieux, alors il faut les gaver. Ils ne doivent manquer de rien. Le manque est trop douloureux pour les petits de petites gens. Quand ils manquent, ils hurlent de douleur, des cris qui vous déchirent le cœur. Dès le départ ont les choient, ont les encensent, ont les surprotège, on les engraisse. On se précipite au moindre pleure, au moindre couinement, et on enfonce entre leurs gencives édentées des friandises sucrées et bariolées qui les calme un peu, on leur fiche dans le crâne des images rigolotes et colorés qui les occupent un moment. Ce sont des enfants rois devant lesquels on s’extasie, on tombe en pamoison. Puis les rois deviennent des tyrans que les sucreries n’arrivent plus à amadouer. Les petits rois réclament toujours plus, exigent ce que la télé leur promet et les petites gens n’en peuvent plus et se plaignent d’avoir les pires enfants du monde.

Les petites gens enferment chaque jour leurs petits dans des sanctuaires grillagés qu’ils appellent écoles. Là, d’autres petites gens spécialisées leurs enseignent dans un univers aseptisé de plastique et de caoutchouc à ne plus pouvoir se passer des produits qu’ils consommeront plus tard. Ils leurs apprennent aussi à compter un petit peu, et à écrire, pour en faire des consommateurs avertis, responsables.
Durant les pauses, les petits s’ébrouent sur du gazon synthétique pour ne plus s’écorcher les genoux. Il ne faut pas courir, il ne faut pas pousser, il ne faut pas jouer au ballon et respecter toutes les règles et les normes de sécurité très importantes pour leur épanouissement et leur bien-être. Il faut apprendre à obéir et à respecter les règles pour faire des enfants conditionnés et adaptés. Il faut apprendre à respecter les autres et leurs différences, mais il faut faire très attention de ne pas être soi-même trop diffèrent des autres.
A la cantine, on les nourrit de légumes lyophilisés, de blanc d’œuf en sachet, de viandes reconstitués et de fruits légèrement irradiés pour tuer toutes les méchantes bactéries.
Les petites gens sont des êtres très sociables qui communiquent beaucoup. Ils se parlent et échanges des images et des sons à travers de longs et complexes réseaux de fibres qui ficèlent la petite planète qu’ils habitent. Sous les mers et les océans, à travers les vallées et les montagnes, le longs des routes et des chemins de fer, partout sous terre ou en l’air, des câbles véhiculent des informations de toutes sortes, font le tour de la terre pour dire et montrer à ses voisins que les frites ont trop grillé à midi, que le chat à griffé le petit dernier.

Les petites gens passent leur temps à s’envoyer des milliards de messages d’amour et de sagesse sur des réseaux sociaux virtuel: Ils écrivent parfois des méchancetés sur le net et publient leurs œuvres, pensant qu'elles sont géniales.

Vraiment, les petites gens ne manquent pas d'air!!!
0

Vous aimerez aussi !

Du même thème

Du même thème

NOUVELLES

Bonjour, Je me présente. Mon nom est Deux Chevaux Citroën, mon prénom Charleston, mais mes amis m'appellent Deudeuche, Dodoche voire même Titine. Pour ce ...