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Les miroirs

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PHIL

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Nous sommes le 25 avril 1986 ; Il est huit heures du matin,
Le réveil vient de sonner..... Mon dieu.... Quel rêve !
....................Quel temps fait il ce matin ?

J’habite dans une petite maison sur la colline ; d’ici, on voit le village d’en bas.... Le village, parlons en du village....et de ses habitants.
Parmi ceux-ci, il y en a un qui s’appelle Dimitri. Dans le village, on le connait bien Dimitri. Les enfants l’appellent Saturnin...Peut être à cause de son supposé retard de développement mental. Il avait du travailler dans les mines de plomb du Lac Baïkal. Oui, sa petite silhouette frêle était bien connue des habitants de Prypiat. Cela fait 50 ans qu’il en arpente les rues. Tout le monde l’a croisé au moins une fois, un léger sourire au coin des lèvres, laissant deviner un petit esprit malicieux. Tout le monde le connaissait, oui, mais que faisait il exactement ? Car, le soir venu, quand le village s’endort, que les lumières s’éteignent, Saturnin commence ses activités.

C’était un petit homme aux cheveux poivre et sel, d’un calme olympien. Toute sa vie, on l’avait vu sillonner les alentours avec sa camionnette, que les enfants avaient surnommée la voiture aux éclairs. Il rentrait chez lui chaque soir pour ne réapparaitre que le lendemain. Seule la petite cheminée fumant dans le lointain laissait deviner qu’il y avait de la vie à l’intérieur, et quelle vie ! Personne ne venait chez lui, il n’y a que le vent qui osait s’engouffrer dans cette bicoque, que seuls les araignées et autres mulots semblaient côtoyer.
Un jour, mon père, homme de fière allure, n’ayant peur de rien, décida de percer ce mystère. Que pouvait- il bien se passer dans cette maison ? Papa avait fait l’Afghanistan, mais il ne savait plus trop à laquelle de 6 guerres il avait participé tellement sa mémoire était floue, depuis la disparition de maman ; moi je savais que c’était la première. Il était revenu décoré, balafré, mais vivant. J’étais fier de mon papa, et j’étais aussi courageux que lui, mais quand il m’annonça que l’on allait chez Saturnin, ma gorge se serra et je me mis à trembler de tous mes membres. » Si ta mère était encore parmi nous, elle m’approuverait  », murmura t’il....
Saturnin.....Mes copains parlaient de lui comme d’un canard, et cette histoire allait justement casser plus de 4 pattes à ce fameux gallinacé. J’eu beau essayer de l’en dissuader, il était fin décidé, et me fit part de sa stratégie... Quelle expédition !
Du haut de mes 16 ans, j’avais encore peine à croire de ce que l’on allait faire. Beaucoup de bruits courraient sur ce cher Saturnin... Tantôt mangeurs d’enfants, tantôt côtoyant elfes et autres farfadets. Il faut dire aussi que ses parents avaient disparu mystérieusement une nuit, et à cette époque, cela n’avait ému personne. Dans ma petite tête d’adolescent, qui a tendance à faire des raccourcis, je me disais qu’en attendant un peu, Saturnin disparaitrait aussi, et ne valait il pas mieux attendre ce moment là pour tenter cette aventure en toute tranquillité ? Mon père mis fin à mes délires d’enfant par un : Allez fiston.... On y va !

La nuit venait de tomber ; au loin les chiens hurlaient et une légère brume avait envahi la plaine et tout mon être par la même occasion. Mon père me dit : « Fiston, ce que nous allons faire te servira pour le reste de ta vie, percer un mystère est pour l’homme la preuve d’un grand courage. » Ca m’a rappelé la citation célèbre : un petit pas pour l’homme, un grand pour l’humanité.... L’Afghanistan ne nous l’avait pas arrangé notre pauvre papa...Et du courage, il en fallu... Jugez plutôt...A la lueur d’une faible chandelle, nous nous frayions un chemin dans les hautes herbes pour ne pas attirer l’attention de ce bonhomme, qui tout à coup me paraissait plus grand encore que Sultan Kösen*. Je me donnai de la force en me disant que lorsque je raconterai cette histoire aux copains, je serai le caïd des cours de récré.... Nos pas nous emmenaient tout droit vers une aventure que je ne suis pas prêt d’oublier....

Ca y est, nous y étions ! Une pluie battante avait remplacé depuis peu le léger brouillard, J’avais vu récemment Laureen Bacall dans « Le port de l’angoisse »... Nous aussi on y était. Mon père me prit alors sur ses épaules afin de me hisser à la hauteur de la petite lucarne par laquelle je verrai enfin plein de choses. Au moment même où mes yeux purent apercevoir l’intérieur, la pluie cessa et les étoiles se mirent à scintiller... Ce que je voyais était plus qu’étrange : j’arrivais à reconnaitre la frêle silhouette de Saturnin, mais ce n’était pas le vieillard à l’allure fébrile que tout le monde connaissait.... C’était Saturnin avec 30 ans de moins ! Comment était ce possible ? Mon père à son tour était parvenu à se hisser au niveau de la lucarne. Il me dit d’une voix blanche, la voix qu’ont les gens devant un fait inexpliqué : « C’est Igor, le fils de Saturnin », Je ne voyais pas où était le problème.... Quand mon père me donna l’explication, le sol se déroba sous mes jambes : « Igor, vois tu mon garçon, est mort il y a 10 ans, et je me souviens même du jour, car ta maman nous a quitté à la même date, un 26 avril, mais une autre année ». Un hasard surement....

Ce que nous n’avions pas remarqué depuis le début, tellement notre échafaudage était précaire et le hublot poussiéreux, c’et que la pièce dans laquelle nos regards allaient et venaient étaient tapissée de miroirs gigantesques. Je demandais à mon père qu’il me donne une explication sur ce qu’on voyait, car là, on était en plein cauchemar. Mon père ne répondit pas... Il regardait stupéfait, quelqu’un décharger d’autres miroirs de la camionnette... C’était Saturnin... On savait donc maintenant ce qu’il transportait depuis des années dans son tacot et pourquoi les enfants appelaient sa camionnette, la voiture aux éclairs.. Nous avions maintenant nettoyé le hublot avec nos manches, et maintenant, on voyait très distinctement.
Ce que nos regards ébahis avaient vu au début était encore loin de la réalité.... Saturnin regardait maintenant un miroir bien particulier dans lequel se reflétait l’image de son fils Igor, ce que nous avions cru être Igor lui-même  !
« Papa, on s’en va », lui dis-je d’une voix misérable, indigne du grand combattant que je voulais être. Il me répondit solennellement que nous étions venus pour percer un mystère et que nous le percerions ! A ces mots, je compris que nous ne pouvions plus reculer. La porte était ouverte aux hypothèses les plus folles....
Tout à coup, Saturnin s’approcha du miroir et en un éclair, disparu dedans....Il était maintenant aux alentours de minuit, et la tension était au maximum. La lune éclairait le sommet des collines environnantes, on se serait cru dans le tournage d’un film... dont nous étions bien évidemment les acteurs ; et qui dit acteur, dit action... Sans réfléchir, nous nous introduisions dans la salle aux miroirs....
Nous étions dans l’antre de cet étrange Saturnin. Tout était délabré chez lui à part la pièce dans laquelle nous nous trouvions. La salle aux miroirs ! Il y en avait des dizaines... Au dessus de chaque miroir figurait une année. Saturnin s’était dématérialisé dans celui de l’année 1976.... L’année de la disparition de son fils !
On venait de comprendre... toutes ces miroirs, un par année... la disparition de Saturnin dans l’un d’eux....C’était clair : Saturnin voyageait dans le temps ! C’était la seule explication. C’était de la folie. Nous étions assis sur le sol, incapables de parler. Saturnin pouvait aller non pas ou il voulait, mais ‘quand’ il voulait... Expression que l’on n’utilise pas tant elle ne veut rien dire ; aujourd’hui ces mots avaient un sens....
J’avais lu des tas d’ouvrages sur le voyage dans le temps, et un paramètre récurrent dans ce type de voyage était : comment produire assez d’énergie pour parvenir à ce petit exploit. D’où Saturnin tirait cette énergie ? Du nucléaire ? Et surtout comment revenait-il ? C’était le mystère.... Puis je dis à mon père : Papa tu sais que la date d’aujourd’hui est le 26 avril...La date de la disparition d’Igor et de maman ! Nous étions pétrifiés. J’avais vu dans le film « retour vers le futur » de Robert Zemekis sorti six mois auparavant qu’il y avait des failles dans le continuum espace temps et que certaines dates étaient des rotules de cet espace... enfin je ne sais plus très bien, mais quand je sors ça à mes copains, ça les épate.
Je dis alors à mon père : Papa, et si on allait retrouver maman ? Papa ne put retenir ses larmes. Il n’avait jamais pensé que ces quelques mots sortis de la bouche de son petit bonhomme l’anéantiraient à ce point. Il me dit alors : « Tu sais fiston, nous ne savons pas ce que nous allons trouver derrière ce miroir ; tu risques d’être déçu, maman est morte, tu le sais bien, pourquoi se donner de fausses illusions ? « 
Vous savez comment sont les garçons.... On était maintenant devant le miroir de l’année de maman. Eh oui, on n’avait pas pu résister.... Et là, je n’en croyais pas mes yeux... Ma maman, ma maman chérie, je la voyais ! Elle était vivante et elle se consacrait à ses taches quotidiennes. Elle ne m’avait jamais paru aussi belle, une douce lumière l’entourait... Jamais moment de ma vie ne m’avait paru aussi doux. Seulement un écriteau au dessus de chaque miroir nous mettait en garde ; Un seul voyage à la fois.... Il est probable que l’énergie absorbée par deux miroirs fasse défaillir le système et provoquer le pire... Mais quoi... D’où venait cette fabuleuse énergie ? Et pourquoi s’en inquiéter ? Au pire ça ne marcherait pas... Nous décidions de faire le grand saut tout comme Saturnin auparavant et tant pis pour ce qui arriverait. Nous sautions tous les deux dans le miroir pour rejoindre Maman... Il était une heure vingt trois du matin du 26 avril 1986.... La centrale de Tchernobyl explosa...

Le réveil vient de sonner..... Mon dieu.... Quel rêve !....................Quel temps fait il ce matin ?
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