Les maudits mémoires

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Il neigeait toute la nuit. Il faisait très froid et Bertrand Lavigne, un des pauvres peintres du quartier ne pouvait plus s’endormir. Sa pièce, son petit atelier était tellement froid qu’il avait mal à la tête. Son ventre chantait d’inombrabres chansons cette nuit. Un faim de lou. Sa couverture ne pouvait plus le sauver du désespoir qui l’entourait . Il semblait que tout autour de lui était gelé - les pinceaux , papiers... Ça fait presque deux semaines qu’il dort dans le froid extrême. Pourchassé par un faim de lou, il devint enfin un vrai lu. Sortant de son atelier il commença bientôt sa chasse plongeant ainsi dans la folie complète. Paris, cette grande ville qui souffrait sous une grande quantité de neige tombée ces derniers jours offrait partout des proies idéales. Le lu trouva sa première victime très vite. C’était un vieillard, un ivrogne. Heureusement, l’étroite rue était déserte et calme. La neige tombait de nouveau. Elle devint rouge. Après le bruit de taverne l’ivrogne trouva la paix éternelle. Son cou était coupé et l’argent volé. Retournant dans sa petite pièce il commença à frémir sous le poids du crime commit cette nuit. Voyant ses doigts sanglants son corps se mit à trembler et sa conscience répétait sans cesse les mêmes phrases comme – tu tuas... tu assassinas l’homme innocent... tu es un monstre Bertrand... Le peintre suait. Il avait impression que l’artiste en lui est mort avec le meurtre qu’il commit. Étrangement, il n’avait plus ni froid ni faim. Tout était blanc... la neige dehors, la nuit , sa raison... Il semblait que cette nuit blanche n’avait ni fin ni pitié .
Mais l’aube arriva, puis le matin apportant un peu de calme dans son âme agité. Après avoir bu une tasse de café chez Gaston il se sentit mieux. L’aubergiste lui apporta le chaud petit déjeuner. Bertrand finit son repas avec un bon verre de vin. Il regardait par la fenêtre en sirotant son vin. Il y avait du brouillard et la rue était pleine du monde. Les gens et les fiacres passaient, les différentes voix en venaient. Bertrand était avant tout artiste. Malgré sa mauvaise situation matérielle il croyait fermement à l’imagination. C’était pour lui la seule chose qui puisse laisser en vie un artiste. Bien sûr, l’imagination dépendait souvent de l’inspiration. Mais il en manquait depuis longtemps. C’est ce qui le tourmentait le plus ! Sans l’inspiration et sans les sous pour le matériel nécessaire, il ressemblait plutôt à un vieux arbre séché dont les branches se balançaient au-dessus de la terre et des hommes... Le peintre sortit de sa poche tout son argent et quand il paye ce petit déjeuner et le loyer lui restera assez de sous pour quoi... ? Pour un grand Rien... s ’avoua – t - il décevant... Ainsi coincé entre la vie d’artiste et la mort il décida de se promener et en réfléchir. Pour la dernière fois. La voix d’aubergiste le tressauta :
- Oh, mon garçon, t’as entendu pour le vieux Débrinne ? On l’a trouvé la gorge coupé ! On l’a volé aussi, ce pauvre ivrogne ! Quelle tragédie ! dit Gaston secouant la tête. Un vrai bon homme . Il y venait tous les soirs. Un habitué ! On était comme des frères ! Tu le connaissais peut-être, mon jeune homme ?
- Non... pas du tout , répondit le peintre.
Cette réponse confondit pour le moment l’aubergiste, mais il reprit tout de suite la conversation fixant les deux messieurs qui discutaient vivement devant l’entrée de l’épicerie en face.
- Malheureusement l’assassin n’a laissé aucune trace. L’orage nocturne les a bien cachées et il n’y avait pas de témoins.
Soudainement l’aubergiste Gaston, ce chauve vieillard sortit le couteau qu’il cachait derrière son grand dos fichant le devant Bertrand. Sa face était maintenant très rougeâtre.
- Si je trouve ce chenapan ! cria – t –il.
Le peintre sursauta, puis il se mit debout jetant quelques pièces de monnaie sur la table qui tombèrent autour du couteau pointu.
- Monsieur, vous êtes fou ! , fît l’artiste sortant rapidement de son auberge.
Le vieux Gaston se mit sur la table fixant les sous jetés. Hier soir il n’a pas perdu seulement son habitué, mais aussi une grande somme d’argent que l’assassiné lui débitait.
Désespéré . Son désespoir intérieur augmentait de jour en jour et atteignit son summum en quittant cette taverne.
Sans imagination, argent et ambition il serait honnête d’avouer que toute sa vie était ratée. Il flânait toute la journée ressemblant à un fantôme oublié et laissé pour toujours de vivre avec son malheur. L’artiste attendait la nuit pour se jeter d’un des ponts pour finir avec sa vie malchanceuse. Personne ne le voulait, les autres collègues avaient plus d’offres, son existence n’intéressait personne. De plus, personne ne voulait acheter ses tableaux.
Le peintre en lui mourrait, l’homme aussi. Son corps n’existera plus bientôt. La rivière n’était pas loin , mais il décida de prolonger son suicide entrant dans une étroite, petite ruelle où il ne passait jamais. Bertrand sentit toute de suite la différence. Le calme succéda le bruit de la capitale. Il n’y avait point de trace sur cette rue, elle donnait l’impression que personne n’y habitait et que cette petite partie de la ville était depuis longtemps séparée du reste du monde et du temps contemporain. Il fît quelques pas devenant ainsi la seule personne qui y faisait du bruit. Cependant il ne fût bientôt le seul qui interrompit le silence de la rue. On entendit une porte ouvrir lentement. Bertrand approcha. Un vieillard voûté dont l’habit disait qu’il était d’origine juive sortit de sa petite boutique. C’était une librairie d’occasion. Il commença à nettoyer la neige devant sa boutique. Le peintre devait s’arrêter quelques instants pour que le vieux marchand lui laisse la place pour passer et en ce moment il jeta un coup d’œil vers la vitrine où étaient posés plusieurs livres. Leurs titres attirèrent toute son attention. Il leur approcha. Les deux bouquins étaient les biographies romancées de deux peintres d’Amsterdam. Malgré tout une petite curiosité naquit chez notre pauvre artiste et il entra dans la librairie d’occasion. Le marchand cessa de nettoyer l’entrée et le suivit.
- Vous cherchez quelque chose particulier ? dit-il sèchement.
- Je voudrais feuilleter ces deux biographies des peintres flamands. Moi, je suis peintre aussi, répondit Bertrand.
- Alors, n’hésitez pas monsieur... vous y trouveriez peut-être quelque chose intéressant pour votre métier...
L’artiste feuilleta ces livres essayant de comparer sa vie et les vies de ces fameux peintres. Il voulait trouver cette nuance, ces détails qui ont fait si grande différence. Bertrand voulait aussi apprendre s’ils avaient des périodes très difficiles comme lui, s’ils souffraient beaucoup, comment ils deviennent si célèbres... Mais il fût très vite déçu.
Tous les deux avaient de riches mécènes qui leur trouvaient des clients pour de nouveaux portraits. Ils passèrent leur vie dans les meilleures conditions pour un artiste. Remettant dans la vitrine ces vieux bouquins il fît tomber un autre qui se trouvait sur une petite table. L’artiste se pencha pour le ramasser. C’étaient les mémoires d’un certain marquis de Crobillon. Le papier jaunâtre disait qu’ils avaient été édités il y a longtemps. Par habitude il ouvrit la premier page. Les mots du maquis commencèrent à couler et résonner dans sa tête. Le peintre ne pouvait plus s’arrêter à lire... il était tellement impressionné... Certains pages manquaient... Le style familier du marquis envahit toute sa personnalité. Les descriptions détaillées de ces exploits pervers lui plaisaient beaucoup et le jeune homme commença à lui admirer. Le degré de la souffrance de ses victimes était énorme et grâce aux phrases où le marquis convainquait le lecteur que ce n’était point répugnant , notre artiste désespéré pensa que le crime ne pouvait qu’apaiser une âme agitée produisant à la fois de grandes joies intérieures. Une demi - heure plus tard le vieux juif le demanda s’il voulait acheter ce livre. Le client hésitait. Encore un ronchon , pensa – t –il.
- Qui a publié ce livre monsieur ? demanda Bertrand. Il n’y a pas de nom d’éditeur.
- Vraiment bizarre, veuillez me le passer ?
Le vieillard contemplait son objet de vente un certain temps, puis prit un épais brouillard et se mit à feuilleter ses jaunes pages. Son index cherchait le titre et les numéros convenants, et après un certain temps il fût obligé de mettre les lunettes et allumer la bougie. Le jour mourrait lentement, la nuit arrivait jetant sa cape obscure sur toute la ville. Finalement il soupira hochant la tête deux fois.
- Voilà, enfin monsieur... c’est vraiment étonnant... dit –il.
- Quoi ?
- Ce livre a été acheté par mon père, et il l’avait acheté d’un certain Toussaint . Mon père était aussi antiquaire. Et ce vieux bouquin fût édité par l’auteur –même ! Donc, autoédité !
- Y- a – t –il quelque chose plus de lui ? demanda l’artiste.
- Bah, oui... mon père a noté qu ’il y avait eu une auction . Puisque son ami et négociant à gros n’avait eu ni de descendants ni de proches cousins, monsieur Toussaint était chargé de vendre toute sa propriété. Alors, il parait que ce livre appartenait à son ami.
- Certains pages manquent... je me demande... quand ce livre a été écrit... fît Bertrand.
- L’année de publication... ah, je vois... voilà ici une année notée... 1792 ! cria le vieillard. De plus , Toussaint était aussi négociant !
- Et le nom de son ami, est –il noté chez vous ? demanda le peintre.
- Gérard Bartier. C’est tout ce qui est noté dans mon relevé. Voulez – vous l’acheter ou non monsieur ?
L’artiste se renfrogna, puis le lui rendit expliquant qu’il n’avait pas à ce moment assez d’argent. Il viendra demain. Le vieil antiquaire prit le livre de sa main et lui tourna le dos s’éloignant pour le remettre à sa place. Le vieillard était en train de poser le bouquin sur la petite table quand les deux mains froides commencèrent à presser son cou. L’antiquaire râlait essayant d’amollir la pression sur son cou, mais il était très vieux, faible et peu bientôt le silence regagna la pièce. Il neigeait de nouveau. C’était déjà la nuit. Il gelait. Les jours étaient courts en ce période de l’année et il lui fallait allumer les bougies pour continuer sa lecture. Plus sa lecture avançait , plus ce marquis le ravissait. Son exaltation était telle qu’il commença à l’imaginer et enfin il décida de peindre son portrait suivant son histoire et les descriptions de son corps qu’il trouvait dans les mémoires. Il lui fallait presque deux mois. Bertrand peignait lentement, avec grand plaisir, faisant de nombreuses pauses où il relisait de différents passages de ses mémoires. Quand le portrait était finalement achevé le peintre l’admirait sans cesse. De temps en temps il tuait et sodomisait les jeunes prostitués, ses proies préférées. Il les demandait de venir chez lui être ses modèles offrant à la fois une somme d’argent. Si la victime accepte, elle serait assassinée ou évanouie et torturée d’ après les recettes du marquis de Crobillon. Une fois tuées, les victimes étaient les parfaites modèles pour ses tableaux. Pour éviter tout soupçon il changeait souvent des résidences. Plus il assommait, plus sa collection morbide grandissait. Les corps laissaient dans ses vieux logements cherchant de nouvelles adresses.
Le commissaire Bértot suivait vainement ses traces. Il était évident que l’assassin était une personne très intelligente et excellent connaisseur de déguisement. Regardant la nuit tomber par la fenêtre de son bureau, il ne lui restait que d’attendre sa première faute. Il faisait du vent et l’orage nocturne menaçait. Il était minuit et Bértot se pressa d’arranger les papiers éparpillés sur sa table et sortir de son bureau. Il tonna. Bértot était en train de passer près d’une vieille immeuble quand trois étages au- dessus de sa tête une faible lumière alluma la fenêtre. Un étrange bruit réveilla Bertrand. Ce n’était pas le tonnerre. Le son était plus sourd, plus bizarre. Le peintre alluma la bougie et sortit du lit. À première vue tout était à sa place. Mais il ne pouvait nullement étouffer son agitation. Retournant au lit il passa à côté du portrait du marquis dont il ne se séparait jamais. Tout d’un coup une grande stupeur l’envahit et il ne croyait pas ses yeux ! Le portrait n’y était plus ! Il ne voyait que la toile blanche... et quelques instants plus tard l’artiste entendit un toussotement vint de l’autre côté de la pièce ! Les mains de Bertrand commencèrent à trembler et la bougie tomba par terre. Il y n’avait plus de lumière dans sa chambre, seul les éclaires de foudres l’allumaient périodiquement. Il tonna de nouveau et le peintre le reconnut ! Il était debout, près de la fenêtre fixant le avec ses yeux bleus ! Le marquis ! Sa voix mélodique le calmait de plus en plus.
- Calme - toi, mon pauvre garçon et assieds-toi sur ton lit si tu veux apprendre la vérité ! Rallume ta bougie ! disait-il.
- Mais comment, comment... je ne crois pas..., oh je suis malade... ce n’est pas possible ! criait l’artiste.
- Oh , mon cher peintre, je suis venu pour te demander une petite service et... pour, si l’on peut dire ainsi... redresser un tort... Je suis sûr que mon livre te plait beaucoup. Tu l’as bien profité. Pour tes créations... artistiques...
- Oui, je vous écoute cher maquis... je vous dois pas mal de choses... répondit Bertrand.
Le marquis s’assit sur la plus proche chaise et commença son histoire avec un long soupir :
- Eh, c’était ainsi... pénible... vraiment pénible. À cette époque j’étais riche, je bien profitait ma vie d’aristocrate perdant mes jours dans toutes sortes de saletés que l’idée de les notées me vint à l’esprit. Je pris le papier et l’ancre coula... Tu sais bien que je violais des servantes, mutilait de pauvres paysannes, inventait de différentes duperies... en un mot j’étais la bête noire pour des gens qui se trouvaient près de moi. Quand mes mémoires furent achevés il ne me resta de les imprimer. Puisque le censeur royal ne m’avait pas donné son accord, naturellement, les éditeurs suivaient son ordre et personne ne les voulait. Alors, je décidai de les édités moi-même. Je dépensai presque toute ma fortune payant l’impression clandestine de mes mémoires. Après avoir les imprimés je me mis à les vendre et donner aux amis. Quand un exemplaire fût confisqué les autorités ne tardaient point d’ordonner mon arrestation. Bien que le nom de l’auteur ait été faux ils étaient sûrs que c’était moi. De plus, les mêmes meurtres que je décrivais en détail dans mes mémoires avaient vraiment lieu dans les environs de Paris ces mois – là. Malheureusement, je ne sais pas comment, mais ils découvrirent mon abri et détruisirent tous les exemplaires que je n’arrivai pas encore à vendre. Ces jours-là j’étais comme un gibier pourchassé. Heureusement je trouvai peu après le support et le nouvel abri chez une riche et inattendu mécène – madame de Porteradour. Elle, l’épouse d’un célèbre général disparu dans les colonies, vivait seule depuis longtemps. C’était elle qui m’a reconnu dans la rue, elle ne m’a pas dénoncé. Cette femme m’ acquit chaleureusement et dit qu’elle adorait le livre que j’avais écrit. La pauvre me cachait des poursuivants et c’était une belle vie. On s’amusait, discutait, faisait l’amour... Malheureusement cela ne dura pas longtemps. Tout commença quand une des bougies du chandelier est tombée sur le seul exemplaire de mes mémoires que l’on avait. Nous avons réussi d’éviter plus grand incendie grâce à une servante qui était très recueillie. Ma tristesse n’avait pas de fin... Demain elle me supplia de récrire mes mémoires. Déjà bien désespéré , j’acceptai de mauvais gré. J’étais sur le point de finir la rédaction de mes mémoires quand la révolution éclata ! La populace attaquait les maisons des aristocrates, guillotinait ces malheureux et confisquait leurs propriétés. Nous avions peur, mon cher garçon ! Mais la première vague de terreur passa. On était en train de préparer nos bagages pour se réfugier à la campagne quand cette nuit une groupe de révolutionnaires bien armée entra brusquement à la maison. Nous étions stupéfaits. Ils nous arrêtèrent aussitôt. La maison était confisquée et nous devions être guillotinés à l’aube !
- Et vous, vous êtes guillotinés, vous tous les deux ? demanda curieusement le peintre.
- Non ! Ils devaient nous emmener à la geôle où il fallait attendre l’aube pour nous décapiter. Son ex marie devait être vraiment mal aimé chez les citoyens quand sa femme est devenue l’objet de la plus rude vengeance politique. Ces sortes de vengeances étaient fréquentes à cette époque-là. Leur chef arrivé, elle pâlit, enleva les ses mains, prononça à mi-voix le mot << lui >>, et s’évanouit. Je profitai ce moment de confusion poussant le plus proche gardien et prenant immédiatement la fuite. Ces vermines se mirent à tirer essayant ainsi de me blesser ou tuer. Mais la nuit n’aida beaucoup, et bientôt je disparus dans ses ombres. Elle fût décapitée le matin suivant. Il ne me fallait trop de sagesse pour comprendre que le chef de ces révolutionnaires était son mari qui n’était pas évidemment mort et qui, j’y croyais fortement, avait survécu le naufrage de son bateau. Vu la situation changeant il avait surement changé son identité. Ainsi il voulait protéger sa propriété. Mourant de jalousie et de fureur il devait être en même temps triste et ravi voyant la tête de sa femme infidèle tomber par terre.
- Et puis, qu’avez – vous fait ? dit Bertrand.
- La nuit suivant j’approchai silencieusement sa maison et profitant l’obscurité de l’entrée je tuai silencieusement tous les deux rebelles qui la gardaient. Je fouillai avec précaution toutes les pièces. Il n’y avait personne à l’intérieur de la maison. Tout le mobilier était sa place. N’hésitant point je trouvai vite la table où j’écrivais mes mémoires et j’ouvris son tiroir. Après avoir pris mes papiers je pensais à incendier la maison, mais je renonçai car il était vraiment dangereux d’y rester plus encore. Je n’attendais pas le matin. Je me dirigeai la même nuit vers Bretagne où un de mes cousins avait le château quittant ainsi Paris pour toujours. J’y passai quelques années corrigeant mon œuvre et profitant de tout ce que la vie en province pourrait te donner. Hélas ! Je voulais lui demander de l’aide pour imprimer mes mémoires quand la pluie me surprit pendant une de mes longues promenades dans les environs de château et je fus mouillé jusqu’aux os ! Le soir même j’attrapai la pneumonie. Chaque jour ma santé s’aggravait de plus en plus et étant sûr que je n’attendrai pas le jour où je verrai mes mémoires imprimés, je priai mon cousin de le faire après ma mort.
- Monsieur le marquis j’ai ici vos mémoires. Il l’a fait , mais... de nombreuses pages sont déchirées. Ajouta l’artiste.
- Voilà, jeune homme... mais en vain, l’armée républicaine confisqua et brûla tous les exemplaires. Donc, je n’ai qu’une demande – Vas au village Saligny. Pas loin de là se trouvent le château et le cimetière. Tu trouveras la tombe où est érigé le nom de Jean de la Térbier, le marquis de Crobillon. Mes écritures complètes son là, enterrées avec mon pauvre corps.
- Mais, je n’ai pas assez de moyens pour imprimer vos mémoires ? dit le peintre.
- Mon cousin était malin. Une cassette remplie jusqu’au fond de louis est laissée près de moi. Sers –toi et tout ce qui te reste de cette fortune sera mon cadeau...
Tout d’un coup Bertrand fût aveuglé par la lumière que produisit un nouveau coup de foudre. Il sentit une brise légère passer par la pièce et sa bougie s’éteignit. L’obscurité et le silence regagnèrent la chambre. Il était encore seul.
L’artiste réfléchissait beaucoup du destin de marquis et trois jours plus tard il partit pour la Bretagne. Bertrand a trouvé facilement le village et dans l’auberge locale il a appris que le château n’existait plus. Il a été complètement détruit pendant la guerre de Vendée. Un vieillard lui a dit que tout le peuple n’oublierait jamais certain général Bartier, ce fils de satane qui avait terrorisé leur région anéantissant l’armée locale.
C’était la nuit et il y avait de la brume quand Bertand trouva la tombe de marquis. Maintenant il comprenait... Il était évident que Bartier, c’est –à-dire le mari de la comtesse, avait trouvé les mémoires imprimés gardant pour soi le dernier exemplaire ! Cela expliquait pourquoi certaines pages étaient déchirées. C’étaient les pages où le marquis mentionnait son épouse infidèle. Quand le peintre a ouvert le tombeau il a été surpris parce que le squelette du marquis était complètement coupé en pièces. Mais il y trouva la cassette dont le fantôme parlait. Ses écritures se trouvaient dans un simple sac de cuir.
Bertand découvrit dans la cassette une vraie fortune. Il rentra à Paris riche, vraiment très riche. Bertrand ne supporta pas longtemps le poids de la richesse. Peu après il plongea dans la débauche complète et la fortune inespérée disparut vite. Les mémoires restèrent inédits. Un matin où il a perdu au jeu les derniers sous qui lui restaient l’artiste s’arrêta sur un des ponts. La Seine coulait lentement et tranquillement. Il la regardait. Tout d’un coup il sentit la présence de quelqu’un. Il se tourna et vit le marquis qui approchait rapidement. Enfin il le prit par les mains secouant le sans cesse.
- Pourquoi nom de dieu ! Pourquoi tu fis cela ? Tu ne les imprimas pas ! Réponds – moi ! , répétait le marquis secouant le de plus en plus.
- Laisse – moi ! Toi, t’es un monstre... Au secours ! Je suis attaqué... cria – t – il, puis il perdit son aplomb et tomba dans la rivière.
Quand Bértot interrogeait les témoins , ils ont tous confié que le malheureux avait été tout seul sur le pont et qu’il semblait se battre contre quelqu’un avant son chute dans la rivière. Il se disputait avec quelqu’un que personne ne voyait à ce moment. Certains de ses nouveaux voisins reconnurent le corps et Bertot ne tarda point d’aller examiner son logement. Au moment où il trouva les mémoires du marquis et les tableaux il commença à compléter
la mosaïque lugubre. Quelques années plus tard un de ses amis aperçut les mémoires du marquis sur son bureau. Bértot les lui donna de mauvais gré et un des plus célèbres écrivains parisiens les utilisa comme matériel pour son nouveau roman.

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