Les folles

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Image de Été 2018
A  7 heures tapantes, le son strident de l’alarme retentit ; Julienne se réveilla en sursaut   comme tous les matins. D’un bond, elle sortit  de son lit douillet pour aller se préparer vite fait pour son travail qui démarrait  dans une heure de temps.

 

Apres  15 minutes, elle alluma le moteur de sa voiture et prit  la direction du 15eme  arrondissement de Paris où se situait le siège social de Blue Finance Corporation  qui gérait  un fond souverain de 10 milliard d’euros .Pendant son trajet, elle pensa aux vacances  qui  arrivaient sous peu. Cet été à venir  , elle et ses deux amies du boulot avec lesquelles elle passait tout son temps à faire des commérages sur tout le monde , avaient prévu de se la  couler douce sur les belles plages de Coppa Cabana.

 

 Elles ignoraient que le conseil d’administration allait bientôt procéder à une réduction de personnel pour réduire la masse salariale exigée par les actionnaires. Elles furent touchées de plein fouet par cette vague de licenciement. C’était un mardi glacial où la neige des derniers jours  laissait penser  que ce décor de désolation avait été mis en place par la nature pour augmenter la gravité de la situation qui sévissait. La désolation s’amplifia sur le visage de tous les licenciés dans un tel décor.

 

Ne sachant pas la cause de cette tristesse  qui contraste tellement avec le climat joyeux qui fut pensé et mis en place pour que  les employés  soient dans les meilleures dispositions pour remplir leurs taches. Aussitôt qu’elle apprît qu’elle et les autres étaient licenciés. Elle adopta la même attitude sans toutefois verser des larmes comme eux  car elle était convaincue de sa capacité de se faire embaucher rapidement.

 

Deux semaines passèrent sans une interview, trois mois, six mois passèrent. Elle commençait  à perdre confiance en elle. Elle sentait que sa santé mentale se dégradait  au point où tout commençait à l’énerver. Elle qui sortait beaucoup autrefois avec ses deux camarades du boulot, Jessica et Julie,  devenait très casanière.

Elle s’empiffrait de pilules prescrit par son médecin traitant mais  rien ne se produisait .son état de santé se dégradait de plus en plus. Un matin, à l’aube, elle se décida à aller faire une promenade  dans le parc de son quartier. Des qu’elle y pénétra, elle vit  des amoureux d’origine africaine assis à la place où elle s’asseyait à chaque fois qu’elle y venait autrefois  pour produire les rapports financiers pour lesquels  elle était  très respectée. Elle se dirigea vers eux pour leur sommer de se déplacer.  Voyant que ses sommations étaient  sans résultats, elle piqua une colère qui  se manifesta sur différentes formes : injures, propos raciste. Sur un ton hautain et dédaigneux, elle fit une description de la laideur qui caractérisa la femme au bras de son chéri. Cette dernière ne pouvant supporter ces paroles blessantes prît la fuite suivie de son chéri  qui ne manqua pas de maudire cette folle qui venait de gâcher leur doux moment d’intimité.

 

Julienne fut étonnée de ressentir alors une joie intense que les médicaments qu’elle prenait  jusqu’alors  n’arrivait plus à lui procurer.  Du coup, elle se dit  à quoi bon dépenser autant d’argent pour des médicaments sans résultats probants. En plus, elle avait  du mal à se les procurer en raison de la faible allocation chômage qu’elle recevait depuis qu’elle était au chômage. Dorénavant, elle décida d’opter pour le traitement qu’elle venait fortuitement de découvrir  dès qu’elle se sentait très mal. C’est ainsi qu’elle fut transformée en une personne désagréable qui prenait  pour cible tous les faibles de son quartier mais elle faisait attention car elle savait qu’elle était dans un pays de droit.

Tous les matins, il fallait qu’elle trouve une proie pour se sentir bien. Sa cible de prédilection était les étrangers de couleur, les gens pauvres, les musulmans. Un matin, elle tomba sur une noire de son immeuble dans l’ascenseur, elle sourît de voir que le destin avait mis  sur son chemin son médicament matinal.  Elle lui expliqua que cet immeuble ne devrait pas héberger des gens de son espèce. Aussitôt qu’elle  eut finit  de déverser ses propos haineux sur sa voisine ; elle remonta  chez elle au troisième étage pour savourer le plaisir que cela lui procurait. Elle riait à gorge déployé, elle sautait comme un kangourou. Elle se mettait à chanter.  Sa joie était tellement intense qu’elle en devenait totalement dépendante.  Au moindre signe de dépression, Julienne  se jeta sur un faible pour se sentir bien.

 

Elle apprit que Jessica et Julie  étaient elles aussi dèprimées  totalement déprimées. Elle les invita chez elle pour  partager sa découverte.   Une fois qu’elle termina de leur expliquer, elles passèrent à l’action pour corroborer ou infirmer les dire de Julienne sous son regard expert. Elles suivirent à la lettre les conseils de leur ami pour qu’elles  puissent tirer le maximum de plaisir et de bonheur de cette première tentative. Elles jetèrent un torrent d’invectives sur des gamins d’immigrés, sur tout ce qui était exotique.  En passant à côté  d’un malien, elles se moquèrent de son accent. Le malien prit la fuite car il se sentit mal. Elles rentrèrent quand elles furent fatiguées de critiquer des familles nombreuses, des gens qui parlaient mal français dans le métro, des blancs qui demandaient l’aumône. Elles disaient à ces blancs là qu’ils étaient  la honte de la France. Elles se moquaient de ceux qui s’habillaient mal, de ceux qui dépendaient totalement  des allocations de l’état, des handicapés.

 

Quand elles rentrèrent, Julienne fut élevée au statut de déesse. Jessica rappela aux autres filles que la dernière fois qu’elles  avaient ressenti autant de joie c’était  lors de leur dernier voyage en Russie. Ce que Julienne ignorait  est que les victimes de ses méchancetés  avaient  pris la résolution  d’aller vivre dans d’autres quartiers très éloignés d’elle et l’une d’entre-elles  filma julienne et ses amies en train de passer en dérision tout ce qui était faible. Cette vidéo fut partagée discrètement entre  toutes  les cibles de ces femmes.

Un bon matin de décembre, Julienne sortit pour prendre son médicament. Elle réalisa que ces cibles n’étaient pas aux endroits habituels. Elle y resta  des heures sans croiser aucune cible. Elle s’éloigna un  peu pour cracher son venin. A sa vue, les exotiques, les africains fuyaient. A une intersection, elle crut qu’elle allait pouvoir finalement avaler son maudit médicament car il y avait deux femmes complètement voilées. Une des femmes aperçût la méchante, elles disparurent derrière un camion qui y était stationné à la vitesse de l’éclair. Julienne  rentra chez elle bredouille sans avoir pu tirer de la joie en invectivant et en critiquant son entourage. Elle alla frapper à la porte d’une blanche qui était d’un rang supérieur socialement. Cette personne lui expliqua que les africains, les arabes et les gens misérables avaient déserté le quartier à cause d’elle. Au moment où la voisine parla, julienne  sentit la dépression  qui commença à  prendre le dessus.

 

Elle alla se coucher en pensant qu’au réveil, elle irait mieux. Dès son réveil, son corps dont le cerveau était dépourvu de raisons depuis longtemps fut dominé par la folie. Une folie assoiffée  de haine sur les faibles prenait le contrôle de ses  sens. Elle se mit  à pousser des cris aigus, à casser tout sur son passage. Un cachet tomba sur le sol, elle l’avala en espérant que cela pouvait calmer ses délires. Elle prit son téléphone pour demander à ses amies si elles avaient des faibles autour d’elles. Elles étaient aussi en proie aux mêmes délires car tous les soi-disant faibles avaient pris la fuite.  Julienne reprocha  aux  autres d’avoir manqué de digressions . Elles se sentirent responsables de la montée de leur délire.

 

 Jessica eu une  idée brillante.  Elle proposa aux deux filles d’aller manifester devant la mairie pour exiger l’interdiction aux faibles de changer de domicile car ils jouaient un rôle primordial dans les quartiers, le rôle de cure pour tous les gens qui  étaient au bord de la folie ou du moins ils  permettaient aux autochtones d’oublier leurs défauts, leurs faiblesses, leurs problèmes. Julia affirma que leur présence, leur pauvreté  étaient la panacée  à tous les problèmes de notre société, il suffît de les pointer du doigt pour qu’on décline toutes responsabilités. Elles se rejoignirent devant la mairie de Nanterre pour  faire passer leur message. Un camion de police débarqua et les emmena  dans le centre psychiatrique de Cergy où elles furent contentes d’y rester  à cause d’une forte présence d’étrangers  parmi le personnel  et de patients blancs handicapés. Cette fois,  Elles exprimèrent leur moquerie, leur haine en leur absence parce qu’elles avaient peur qu’ils disparaissent une deuxième fois.

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