5
min

Les entrailles d’un géant.

Image de Gérard Sanchez

Gérard Sanchez

19 lectures

2

Louis quitte le Sud-Ouest, siège de l’entreprise qui l’emploie. Celle-ci a obtenu un marché sur des ouvrages d’EDF dans les Alpes du Nord.
Prenant la route avec une équipe restreinte, il roule en direction du département de la Savoie et plus précisément la vallée de la Tarentaise. Ils sont attendus demain matin à la centrale hydroélectrique de Bourg saint Maurice au départ de la route de la station des ARCS.
L’hiver recouvre de son manteau blanc cette vallée, l’entreprise a retenu sur les conseils de leur interlocuteur des chambres dans un établissement hôtelier sur la commune de SEEZ. Les voilà à l’entrée de cette commune apercevant le panneau indicateur, l’œil de Louis est attiré par cette petite usine de tissage blottie au creux d’un virage, sur la façade un nom et une date : « ARPIN-1817 ». Il viendra faire un petit tour dans ce local, par nostalgie des métiers à tisser.
Se garant devant la porte de l’hôtel, il trouve là une pension de famille, comme à leurs habitudes. Ils sont pressés de découvrir leur lieu de résidence... 3 mois de travaux au programme de ce nouveau chantier. Louis espère bien glaner quelques opérations de maintenance pour compléter le menu et faire grossir un peu son équipe dans cette région.
La patronne les accueille avec un large sourire, ici c’est la vie de famille qui régit cette pension. Il est déjà 17h00 quand l’équipe pose ses affaires, ici ce sera chacun sa chambre. Les repas sont pris dans la salle de restaurant. Demain matin, exceptionnellement le petit déjeuner sera pris à 7h30. Le rendez-vous étant fixé à 8h30 avec le responsable des sites d’EDF pour la vallée.
Tignes, le barrage du Chevril cet ouvrage a été construit dans les années 50 et mis en eaux en 1953 engloutissant le village de Tignes. Sa hauteur, de 180,00 m, impressionne lorsque l’on vient à ses pieds à l’arrière de l’usine hydroélectrique des Brévières.
Hercule, le Géant de Tignes a pris la pose l’Eté précédent sous la houlette de Jean-Pierre PIERRET. Par sa force, il retient les deux versants servant d’appui pour ce colosse. Nous allons travailler sur cet ouvrage, le client présente cette structure de béton. Nous allons à présent à la rencontre des zones de travaux.
Le véhicule se gare sur le petit parking d’entrée dans les installations. Nous descendons nos équipements de travail... aujourd’hui c’est la journée de repérage et de prise de connaissance avec cet ouvrage. Deux possibilités pour circuler dans ce monstre de béton. Nous optons par une descente avec l’ascenseur de service, il est dissimulé derrière le couronnement du barrage sur la face amont. Cet accès à la plateforme d’accès donne une vue exceptionnelle sur l’étendue de la retenue et en ce début d’hiver la vue est enjolivée par les couloirs de neige qui viennent caresser cette surface limpide. L’équipement nous permet de rejoindre en quelques minutes le pied du barrage. Nous débutons la visite des galeries techniques dans lesquelles nous allons œuvrer pour réaliser les nettoyages des piézomètres. Ces installations permettent aux équipes techniques d’EDF de contrôler les variations de l’ouvrage dans le temps. Nous avons plusieurs piézos à nettoyer du calcaire qui se fige sur leurs parois métalliques et qui se répartissent dans différentes galeries sur plusieurs niveaux.
La remontée est plus exigeante, elle va se faire par les escaliers qui relient l’ensemble des galeries techniques. Spécificité de ces ouvrages, une inclinaison à 45°, leur ascension impose le port d’un harnais de sécurité avec les longes et un stop chute. C’est parti pour 180,00 m de dénivelé, belle mise en jambe pour une 1ère. Heureusement les compagnons sont rodés à ce genre d’exercice, ils ont passé l’Eté et l’Automne sur des ouvrages dans le massif central* et là nous avions aussi au fil des jours accumulés les mètres de dénivelé.
Angel, Pedro et Louis rejoignent l’air libre, plus de deux heures dans les entrailles du géant de Tignes. Un chantier sous terre et un minimum de 40 min pour rejoindre la tête de couronnement de l’ouvrage pour voir le jour. Les journées seront éclairées par les frontales et les spots sur les zones de travaux.
Demain matin, les véhicules arrivent avec le matériel, l’approvisionnement va se faire autant que possible par l’ascenseur de l’ouvrage, quelques pièces plus lourdes et surtout plus volumineuses seront descendues aux différents niveaux par l’escalier. C’est après-midi, ils vont préparer et installer les cordes et points fixes pour permettre d’approvisionner en toute sécurité.
La fin de la journée approche, l’équipe rejoint l’hôtel... une bonne journée de mise en jambe. Il va falloir tenir le rythme, 3 mois sont prévus pour traiter cette opération.
- Angel, Pedro ! le camion arrive dans une heure au barrage
- Ok Louis, on remonte répond Angel.
- On met un tableau avec des croix pour noter le nombre de montées et de descentes dans la journée.
- Si tu veux, mais pas de pari.
- Ok !
- ...
- Vous foutiez quoi ça fait presque 1h00 que je vous ai appelés !
- On arrive... putain ce n’est pas du gâteau cette remontée en plus c’est un peu humide.
- Et Pedro, il a trop bouffé ce matin, il n’avance pas.
- ...
- Bon Ok, le camion ne va pas tarder, il faut bloquer le parking et la route quand il est là.
Soudain un coup de klaxon, c’est TITI qui arrive, tout feu toute flamme comme à son habitude, il vient garer son camion le long du mur de soutènement avant de surgir de sa cabine et venir nous saluer.
- Waouh ! superbe la vue, on crèche où ce soir ;
- En bas avant Bourg Saint Maurice ;
- Dommage j’aurais bien passé la nuit au bord du lac.
L’équipe s’affaire pour décharger le camion, la neige commence à voleter au-dessus du barrage, Titi s’inquiète pour la descente. Allez Go ! C’est parti, on rejoint l’hôtel, la journée a été bien remplie, le matériel est à l’abri pour la nuit. Demain on approvisionne le 1er piézo.
La nuit fût longue et réparatrice, ce matin au réveil une couche de plumes recouvre toute la vallée, les engins de déneigement ont tourné toute la nuit ; notre hôte nous informe qu’une fermeture de la route est prévue dans ½ heure pour des déclenchements préventifs d’avalanches. C’est habituel en cette saison, nous attendons le feu vert des services des routes et de gendarmerie de montagne avant de prendre la route. Un bon casse-croûte pour midi, si la météo ne change pas, nous resterons dans les galeries pour la pause déjeuner.
Travaux de forçats, l’équipe se répartit dans la descente pour assurer l’amenée du matériel dans les galeries. 1er poste de travail en place en milieu de matinée... 1er curage dans un piézo qui recrache petit à petit le dépôt de calcite formé au fil des ans. Deux mètres par deux mètres, les tringles plongent dans les profondeurs. Une 1ère passe permet d’atteindre 20,00 m, les dépôts refluent. L’équipe baigne dans l’eau glacée du barrage qui suinte aux travers des pores du béton. L’humidité de l’air ambiant enserre les corps dans un étau. Trois heures que l’équipe œuvre dans les entrailles, une pause est la bienvenue, malgré les 40 min pour rejoindre la surface par les escaliers, ils accrochent le fil d’Ariane et escaladent les marches une à une vers la lumière. En sueur, les voilà dans la lumière, dehors c’est le déluge la neige n’a pas cessé de tomber depuis ce matin et quelques centimètres recouvrent le véhicule de chantier.
C’est sur la route menant à Tignes le Lac ou à Val d’Isère que se trouve le spectacle. Des touristes errent autour de leurs véhicules, tournant et retournant les chaines à neige lisant tant bien que mal la notice qui sous l’effet de la neige se déchire d’humidité. Les engins de déneigement réalisent des prouesses pour cheminer au travers de cet enchevêtrement de véhicules. Pedro, en habitué et pro des chaines à neige, sort et va aider quelques automobilistes, ces deux compagnons le suivent... allez c’est bon pour le bénévolat, mais ils ont suffisamment à faire dans l’ouvrage.
Les jours et les semaines s’écoulent déjà un mois que l’équipe travaille sur le site. Ce vendredi matin, c’est départ vers Toulouse pour un repos bien mérité. L’équipe reviendra en milieu de semaine prochaine.

• (voir : De Rhue en Rhue)
2

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,
Image de Flore
Flore · il y a
Une nouvelle intéressante qui fait découvrir la région et les difficultés du travail en montagne. Certains passages m'ont fait penser à ce que nous a raconté un ami pilote d'hélico chez ERDF, et qui a travaillé pendant plusieurs mois dans les Pyrénées...des similitudes. Merci pour ce moment de lecture et bon WE.
·
Image de Gérard Sanchez
Gérard Sanchez · il y a
merci...
la prochaine nouvelle dans quelques jours.

·

Vous aimerez aussi !

Du même auteur

Du même thème

NOUVELLES

— Papa, regarde ce que j’ai trouvé ! Elle était dans le vieux livre que tu m’as donné.Antoine surgit dans le salon. Il tient dans sa main une petite photo en noir et blanc. ...