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LES DAMNÉS DE TERRA MATER. Chapitre 5

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Chapitre cinq

Le cirque était immense, plus de 200 000 places, on y donnait aussi bien de simples mises à mort de dissidents que de grandioses scènes de naumachies. L’édifice était la fierté de tout le système Alpha Centauri. Les amateurs de grands spectacles sanguinaires faisaient même le déplacement depuis la constellation du Grand Chien.
Derrière la monumentale porte d’accès où se tenaient les combattants, la foule s’impatientait.
Livide, mal rasé, sueur froide perlant de son front, une frayeur sournoise labourait les entrailles d’Allan. Il avait jeté un regard en coin à sa compagne et observé sa figure terreuse. Ses lèvres exsangues et son visage fermé indiquaient l’extrême concentration dans laquelle elle se trouvait. Sa combinaison auto-respirante moulait parfaitement son harmonieux corps. Allan avait été pris d’une soudaine envie de lui faire l’amour, là, sur le champ. Peut-être était-ce dû à cette infâme mixture que le Maître des combats leur avait fait ingurgiter voilà peu de temps. « Pour vous donner du cœur au ventre », avait-il dit en leur jetant un regard égrillard.
Les deux condamnés aux jeux de l’arène avaient refusé de porter le casque de mirmillon surmonté de l’œil d’Horus. Ils avaient choisi de se raser le crâne pour ne donner aucune prise à ce monstrueux animal. Allan était gaucher, c’était une chance. Sur l’avant-bras droit était fixé son solide bouclier sphérique, la main gauche maintenait fermement un trident. Pour Astrée, c’était l’inverse. Malgré la chaîne qui allait les relier l’un à l’autre par l’une de leurs chevilles, ils avaient pu combiner une attaque circulaire dite en « corne de buffle ».
Et puis, fébriles, ils avaient attendu leur tour.

Une ardente rumeur montait de la foule. Ne dit-on pas que le bas peuple est une hydre assoiffée de sang ? Une joute était en cours. Par une ouverture dans l’oppidum, Allan avait risqué un rapide coup d’œil sur l’aire de combat.
Ce qu’il avait vu l’avait glacé jusqu’au fond de son âme. En plein centre de l’arène, une jeune femme terrorisée, vêtue d’une aube blanche déchirée et maculée de sang, était ligotée à un poteau. Un sein mutilé émergeait de son vêtement. Son fin visage tourné vers le ciel était battu par ses longs cheveux emmêlés sur le front. Elle priait et implorait à haute voix une hypothétique miséricorde divine.
En protection se tenaient deux hommes. L’un au lourd équipement de mirmillon avait une blessure sanglante à la tête. Il s’appuyait sur son trident comme s’il risquait de s’effondrer à tout instant. L’autre, plus jeune, un bestiaire, faisait face à un serpentosaure capturé dans les jungles aquatiques de Sirius C. Du museau jusqu’à la queue, l’animal mesurait au bas mot, une dizaine d’équamètres. Il dressait son long cou surmonté d’une énorme gueule aux crocs acérés au-dessus de la suppliciée. Les spectateurs des premiers rangs suffoquaient en raison des remugles ardents qui jaillissaient de ses naseaux. Une immonde puanteur de cadavres sourdait de chaque pore caché sous les écailles épaisses de sa carapace.
Par des attaques désordonnées les deux gladiateurs résistaient tant bien que mal. Le serpentosaure, visiblement irrité, ondoyait furtivement autour du mirmillon le plus âgé, le plus lent, le plus vulnérable des deux hommes. Sa gueule s’était ouverte toute grande révélant des crocs chargés d’écume jaunâtre. Un instant il avait balancé sa tête de droite et de gauche avant de frapper dans un élan furieux. Les puissantes mâchoires avaient claqué en se refermant sur la gorge du malheureux. L’attaque lui avaient arraché son crâne casqué, laissant une partie de l’œsophage pendre de son cou mutilé. Debout, le corps titubant était agité de spasmes nerveux. Il s’était finalement écroulé dans un flot de sang jaillissant de sa plaie au rythme des derniers battements de son cœur.
Surmontant les hurlements hystériques de la foule, le Maître des combats, Abdul Al-Razed avait crié pour se faire entendre d’Allan :
― C’est le père et le frère de la suppliciée, des amateurs sans expérience. Aucune chance avait-il déclaré, fataliste, dans un haussement de ses larges épaules de lutteur.
― Heureusement ! avait ajouté un laniste avec une mimique de professionnel averti. Un splendide animal ce serpentosaure, il serait dommage de le perdre.

Allan s’était détourné, il était pris de nausées. Ne pouvant supporter plus longtemps cet infâme spectacle indigne d’une civilisation humaine, il était allé rejoindre Astrée assise sur le sol du couloir qui menait à l’arène. Finalement, pensa-t-il, en telle situation, l’exploit n’était pas de n’éprouver aucune peur mais plutôt de réussir à maîtriser ses terreurs.
Sans le moindre mot, un ferronnier était venu leur marteler une chaîne reliant chacune de leur cheville.
Ils attendaient leur tour, ils attendaient que l’on débarrasse l’arène des débris humains, ils attendaient que le sable ait absorbé les dernières flaques de sang, ils attendaient que la populace se soit calmée, ils attendaient... ils attendaient la confrontation à la mort.
Et puis, enfin, comme un soulagement, le grand écran plasma du cirque avait annoncé :

ALLAN-ASTREE CONTRE SCORPIOSAURE !
ALLAN-ASTREE CONTRE SCORPIOSAURE !
ALLAN-ASTREE CONTRE SCORPIOSAURE !

Des sonneries de trompes au son chargé de malfaisances avaient retenti pour annoncer leur entrée en lice. Pendant un court moment les spectateurs étaient restés silencieux puis ce fut un déferlement de grands cris barbares.

― Bordel galactique ! avait juré Allan, les lettres multicolores clignotent comme celles du fast-food au rez-de-chaussée de chez moi sur Kepler 11.

Les gradins étaient combles, les couples de combattants mixtes étaient rares et donc appréciés du public. Dans le tumulte le grylle avait doucement serré le pectoral gauche d’Allan, c’était sa façon de lui souhaiter bonne chance.
Rageurs, bondissant les armes à la main, les deux gladiateurs avaient surgi d’une allée bordée de statues d’animaux couchés. Ils n’avaient jeté aucun regard vers cette douzaine de sphinx à tête de bélier, magnifiquement ouvragés dans le plus fin granit rose de Glièse.
Astrée serrait les dents en balayant la foule de son regard d’acier, le regard d’une femme tenace qui avait décidé de ne pas mourir aujourd’hui. Les nouveaux combattants n’avaient pas estimé indispensable de saluer la foule comme le protocole l’exigeait. Ils s’étaient retrouvés face à une monumentale tribune d’honneur où se tenait Ânkh, le Grand Prophète. Assis sur son trône d’ivoire délicatement ouvragé de pierres précieuses, nez busqué, lèvres minces, petits yeux cruels, son visage était émacié comme celui d’un mort-vivant. Le front ceint de sa couronne à croix ansée, enrobé de sa cotte de satin noir, il se délectait du spectacle. Avant de prendre la parole il s’était dressé de son siège et avait levé sa main en toisant la foule de son regard impitoyable. Il se tenait si droit qu’il paraissait gigantesque. En quelques secondes le cirque avait été plongé dans un silence nécropolien.

― Peuple d’Abydopolis,... mes chers enfants ! À présent nous allons accueillir de valeureux gladiateurs venus de Kepler 11. Ne doutons pas que le spectacle qu’ils vont nous offrir soit de haute qualité. Que le grand Inconnu en soit remercié.
À sa droite, l’œil torve, sourire narquois, drapé dans sa robe écarlate de prélat, paradait le Grand Inquisiteur.
Forçant sa voix, Allan avait cru bon de hurler : « QUE LE GRAND INCONNU VOUS SODO... », mais la fin de sa phrase avait été couverte par les clameurs de la foule.
Sur ces derniers mots étouffés, les imposantes portes de la ménagerie avaient promptement été ouvertes. Majestueusement, le scorpiosaure était entré dans l’arène. L’air détaché, de sa langue bifide il avait humé l’ambiance. Lentement, il faisait le tour de l’enceinte, semblant ignorer la présence des deux humains.
Des hurlements de joie saluaient son apparition. Il était magnifique, trapu, la foule admirait sa puissance et réclamait du sang et de la souffrance. Le spectacle était diffusé en cosmovision holographique pour les malchanceux qui n’avaient pas pu obtenir de place dans les gradins.
Finalement, de près, c’est beau un scorpiosaure, avait songé Allan, avant que la bête, dans un mouvement rapide et brutal ait projeté l’une de ses pinces tranchantes dans sa direction. Déstabilisé sous le choc, il avait malgré tout pu parer de son bouclier alors que le trident d’Astrée, ratant sa cible, avait pourfendu l’air. L’animal avait longuement jaugé ses adversaires. De sa longue queue, il balayait furieusement le sol, projetant des paquets de sable de toutes parts. Il prenait tout son temps malgré son insatiable gloutonnerie. Comme tous les plus habiles prédateurs, il pratiquait un round d’observation en début de combat.
Des clameurs de mécontentement fusaient de la foule qui réclamait plus de spectacle, plus d’action, plus de combativité.
La redoutable queue armée de piquants venimeux fouettait violemment l’air. À chaque fois que les gladiateurs faisaient un mouvement, la bête devenait de plus en plus menaçante.
Un ordre impératif avait résonné dans la tête d’Allan « COUCHEZ-VOUS ! ».
En se précipitant au sol, il avait immédiatement tiré sur sa chaîne pour faire tomber Astrée. C’est à cet instant précis que le monstre avait décidé, pinces en avant, de leur sectionner le cou. Il avait littéralement survolé le couple découvrant ainsi son abdomen. Les redoutables pinces claquaient dans le vide. Recroquevillée au sol, Astrée avait paré la mortelle queue et de son trident, frappait le ventre mou du prédateur. À cet instant précis Allan faisait de même. Dans un rugissement léonin, l’animal blessé avait manifesté sa désapprobation.
Les spectateurs, eux, étaient ravis. Enfin une belle passe. Des acclamations délirantes rendaient hommage aux combattants humains.
Debout, les dames de la haute bourgeoisie abydossienne leur jetaient des roses transgéniques multicolores après y avoir déposé un doux baiser.
Le courageux duo n’avait d’autres choix que de reculer en esquivant jusqu’à ce qu’il comprenne que bientôt il serait acculé dos au mur de l’enceinte. Allan avait regardé son binôme. Muscles tendus, prête à bondir, elle tenait fermement son trident, son regard pailleté d’or ne reflétait plus la douceur qu’il avait connue en des circonstances, disons... plus intimes.
Comme à l’entraînement, ils maintenaient tendue entre eux l’attache qui les unissait afin d’offrir le moins de possibilités d’être tués ensemble sur un seul assaut de l’adversaire.
Changeant de tactique, la chaîne en arc de cercle, ils avançaient lentement face à l’adversaire.
« Attention parade et attaque ! » Un ordre avait une nouvelle fois résonné dans la tête du képlérien.
― Parade et attaque ! avait-il crié à l’attention de sa coéquipière de misère.
Vicieusement, avec une rage renouvelée, le scorpiosaure avait chargé de biais. De ses deux pinces il attaquait Allan qui avait lancé son trident en direction de son œil tandis que l’animal, de sa queue cinglante, avait arraché le bouclier d’Astrée, lui fendant au passage sa combinaison au niveau de la poitrine. Elle avait poussé un hurlement de douleur. Le coup était mortel, la combinaison d’astronaute avait bien résisté, cependant, quelques gouttes de sang perlaient de son sein droit. La blessure empoisonnée pouvait être foudroyante, elle devait être soignée dans l’heure qui venait.
Le monstre paradait tranquillement, un trident fiché dans l’un de ses yeux et sa blessure au ventre ne semblait pas le gêner outre mesure. À ce qu’il parait, les arthropodes, dénués de système nerveux, ne connaissent pas la douleur. Pour les stopper il faut les frapper à un endroit vital. On ne peut les tuer d’une simple blessure à l’œil, le cerveau étant situé bien trop loin à l’arrière du crâne.
À chaque tentative d’approche, le scorpiosaure esquivait en se plaçant de côté pour observer ses proies de son œil valide. Son instinct bestial lui disait que sans arme et épuisé, le couple serait à sa merci alors que lui ne présentait aucun signe de faiblesse. Cette fois, il semblait bien que la chance devait abandonner les deux valeureux gladiateurs. Manifestement l’animal n’en était pas à son premier combat. Qui sait combien d’humains il avait étripé avant de les dévorer ?

― Astrée, il faut en finir, nous perdons nos forces, donne-moi ton arme et prends mon bouclier. Feins l’épuisement lorsque cette charogne te percutera, je tenterai le tout pour le tout.
Lui faisant confiance, elle n’avait rien objecté au plan de la dernière chance.
À la vue d’Astrée chancelante, l’arthropode s’était élancé. Elle s’était faite toute petite recroquevillée sous le bouclier, qui, sous le choc, avait éclaté en morceaux. Dans un ultime sursaut d’adrénaline, Allan en avait profité pour bondir et arracher du sol ses quatre-vingt-dix kilos de puissance musculaire. Il avait grimpé le long d’une des pattes velues, et, à plusieurs reprises, avait profondément plongé son trident à la jointure de la tête et du corps du scorpiosaure.
Malheureusement, l’une des griffes venimeuses avait entaillé son épaule de trois estafilades. Il titubait, s’était écroulé dans le sable et avait rampé jusqu’aux pieds de sa compagne. À demi conscient, le souffle coupé, il était resté un moment allongé sur le sol pour recouvrer quelques forces.
L’animal, bien que sérieusement touché, semblait toujours aussi combatif. Un horrible hurlement d’arachnide avait, un instant, couvert le vacarme des spectateurs.
La foule était en délire, le spectacle était au niveau du prix du billet d’entrée. Des gerbes de fleurs jaillissaient des tribunes de notables, des loges réservées aux femmes et même de l’avant-scène du Grand Prophète. La fin du combat était proche et promettait d’atteindre l’apogée du sublime.
À genoux au-dessus de lui, Astrée lui caressait doucement le visage, ses yeux viraient dans la zone blanche, sa tête tombait sur sa poitrine, elle allait défaillir...

― Non mon ange, non ma rebelle... je t’en prie, lève-toi... n’offre pas à tous ces voyeurs le plaisir d’un évanouissement. Aide-moi, nous devons mourir debout, main dans la main, lui avait-il murmuré d’une voix à peine audible.
Et puis ce fut la petite voix qui avait à nouveau résonné dans sa tête... « LE BOUQUET ! Prendre... aller chercher gros bouquet de roses noires ».
Sans la moindre réflexion, Allan avait exécuté l’ordre du Grylle. Ses forces le trahissant, il avait pourtant réussi à se traîner jusqu’à atteindre la gerbe de fleurs couleur de ténèbres.
Ses doigts y avaient palpé quelque chose, quelque chose de rigide, un objet métallique à la forme connue... C’est alors que tout avait très vite basculé.

― Que le Grand Inconnu me distorde ! Le bouquet dissimulait une arme. Le fulgurant thermique d’Allan et le ceinturon à champ de force repoussant d’Astrée !
Dans un ultime effort il avait jeté la ceinture en direction d’Astrée. De son arme, il avait visé le scorpiosaure qui accourait pour exécuter le coup de grâce et se repaître de chair humaine. C’était son droit, celui du vainqueur.
Allan n’avait pas eu le temps d’avoir peur ni de viser correctement. Son premier tir laser avait stoppé l’animal... net. Il s’était cabré sur ses pattes arrière. Désordonnées, ses pinces battaient l’air comme pour happer un ennemi invisible. De sa blessure jaillissait une giclée de sang verdâtre chargée d’éclats d’os. Le second tir l’avait proprement coupé en deux. La bête s’était abattue dans un énorme tourbillon de poussière et de plaies grésillantes. Une puanteur suffocante de chair brûlée n’avait pas tardé à envahir l’enceinte du combat.

Le cirque avait subitement été plongé dans un silence impressionnant. Plus d’acclamation, plus d’applaudissement, plus de jet de fleurs. Le temps semblait suspendu. Debout, le peuple pétrifié ne comprenait pas la situation. Ou plutôt, il réalisait peu à peu qu’il y avait eu tricherie. Les spectateurs se sentaient soudainement spoliés d’un beau final...
D’où sortait cette arme prohibée dans les arènes d’Alpha Centauri ?
Des yeux, Allan fouillait les gradins des officielles pour découvrir son sauveur jeteur de fleurs providentielles. Croisant son regard, une jeune femme vêtue d’un boléro brodé de perles, cachait son visage derrière une fine mousseline. Puis, brusquement, elle avait tourné le dos et s’était enfuie à pas pressés. Un bref instant il avait cru reconnaître cette silhouette... Non, ce n’était pas possible... Ce ne pouvait être Ka ?
Allez savoir... le cerveau artificiel des robots, comme celui des humains était et reste un continent en grande partie inexploré dans lequel toutes les réactions sont possibles.

Des gradins populaires, plusieurs bouquets de roses avaient de nouveau été jetés avec force en direction du centre de l’arène. Dans l’instant ils avaient explosé, libérant une abondante et épaisse fumée. Ces fumigènes d’un noir d’encre créaient un écran impénétrable !
Un vent de folle panique soufflait parmi les spectateurs. La foule retrouvait sa voix et poussait des rugissements d’effroi. Le couple de suppliciés devait en profiter pour se noyer dans la ruée et fuir.
La visibilité était nulle. De la main Allan suivait la chaîne qui le reliait à sa compagne pour la retrouver alors qu’elle n’était qu’à deux équamètres de lui. Elle gisait sur le sol, inanimée. Le venin tuait en moins d’une heure en commençant par paralyser peu à peu les centres nerveux de la victime.
« Fuir ! Fuir ! », insistait le grylle dans un appel alarmant...
Il en avait de bonnes l’avorton ! Fuir, d’accord mais où ?
De puissantes mains s’étaient saisi des malheureux blessés pour les transporter vers les vomitoires de la basse ville. Dans l’obscurité, Allan avait pu reconnaître quatre ou cinq gladiateurs avec lesquels il s’était entraîné et une demi-douzaine de bourreaux attachés au cirque. Armes à la main, ils s’étaient déployés en cercle protecteur autour du couple blessé. Il semblait bien qu’ils étaient dirigés par le Maître des combats. Abdul Al-Razed criait quelque chose.
Trop tard... incompréhensible... le venin du scorpiosaure faisait déjà son effet. Allan basculait dans le néant... il se mourait. Bof, sa vie n’avait pas été aussi inutile que ça.
Quelques instants plus tard, dans une semi-conscience, il avait senti qu’on le traînait et le transportait à dos d’homme puis il avait entendu un bruit de forge, on le libérait de sa chaîne avant de l’étendre sur une couche de cuir tendu. Des linges imprégnés d’un liquide apaisant étaient appliqués sur ses chairs meurtries et son front fiévreux.

― Astrée ? avait-il prononcé en tentant de se redressant sur un coude avec l’impression d’avoir avalé une dune de sable.
― Elle est près de toi citoyen, avait répondu une voix inconnue.
― Qu’allez-vous faire de nous ?
― Vous soigner, ne t’inquiète pas, tu es chez des amis.
Son corps n’était que douleurs atroces comme torturé par des tenailles chauffées à blanc. Après plusieurs micros syncopes, au bout d’un temps difficile à évaluer, le baume mystérieux appliqué sur ses plaies avait commencé à faire son effet. Les blessures infligées par le redoutable scorpiosaure s’estompaient progressivement.
― C’est l’antidote du poison, avait précisé une voix lointaine.
Ensuite, on lui avait fait boire une potion qui l’avait plongé dans un profond sommeil agité. Durant plusieurs heures il avait flotté partout et nulle part à la fois dans une impression de légèreté et de totale liberté. Il s’était également senti comme dans le douillet confort d’un berceau, balancé par une gigantesque main maternelle.
Peu à peu, il avait repris connaissance dans une chambre inconnue, sans fenêtre. La ouate qui avait embrumé son esprit commençait à se dissiper. Le grylle lui mordillait l’aisselle gauche pour le réveiller en le bombardant d’émissions mentales. Les maux de tête supportés par Allan brouillaient leur réception.

Il s’était tourné vers la couche d’Astrée. Elle était là, étendue sur le ventre, nue. La quasi perfection de son corps la rendait une nouvelle fois désirable. Son côté callipyge n’était pas pour lui déplaire, bien au contraire, assis sur son lit, il la contemplait, incapable de réfléchir sereinement. Il avait fini par se détourner de crainte de lui révéler son émoi dû à un profond sommeil réparateur. C’est alors qu’un corps chaud et deux bras serrés autour de son cou l’avaient enlacé. Deux tétons turgescents étaient venus s’écraser dans son dos. Allan sentait une exquise chaleur prendre progressivement possession de son être et réveiller en lui le délicieux aiguillon du désir. C’était inévitable avec le doux corps d’une femme experte pressé contre le sien, il n’avait plus la volonté ni la force nécessaire pour lutter vaillamment contre le désir.
― Tu veux ? Avait-elle dit simplement.
Les amants avaient besoin de ne penser qu’à eux, conjurer leur peur, chasser les démons des ténèbres qui les entouraient.
Quoi de plus naturel ? Chacun d’entre nous a connu ce besoin intense de faire l’amour après avoir échappé à la mort.
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Jarrié · il y a
Eh bien Alain quel voyage dans le temps tu nous proposé, et à son terme un délicieux dessert !
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DUCIMETIERE · il y a
Bravo ! Tu nous plonges au cœur d'un univers fantastique. Tu as réussi à transporter avec succès les Romains et leurs jeux du cirque à des années-lumière de Rome. Le combat est prenant et d'un réalisme surprenant. Vivement la suite. Et je te le redemande : à quand le livre....
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Alain de La Roche · il y a
Tu es bien trop généreux Ducimetière. J'ai arrêté de publier en raison du manque de lecteurs (et de votes).
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André Page · il y a
Superbe épisode, j'ai relu la deuxième moitié du précédent pour reprendre le fil de l'histoire, très visuelle, c'est comme si on y était, donc palpitant, bravo encore pour cette idée du Grylle qui donne un intérêt supplémentaire depuis le début au récit, Alain. :)
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Alain de La Roche · il y a
Bof... Je serai peut-être reconnu comme un scénariste de génie après ma mort. 😥
Va savoir... 😜

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André Page · il y a
Il vaut mieux viser plus près , en cas, demain matin à 6 h par exemple, enfin moi je dormirai :)
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MCV · il y a
"Que le Grand Inconnu me distorde" rien que pour ça (qui me rappelle Desproges) et pour le style, la vivacité, l'imagination, la drôlerie, merci! Malheureusement j'ai un peu de mal avec ce genre de récit (SF?) pour être autre chose qu'une lectrice qui picore. Dommage, n'est-ce pas.
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Laurence Blondon · il y a
Bravo Alain ! Enfin eu le temps de lire le chapitre 5 de ce roman . Toujours aussi formidable ! J'attend la suite avec impatience ! Merci pour ce bon moment !
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Alain de La Roche · il y a
Merci Laurence, tu es trop indulgente.
Le peu de personne qui m’a demandé de poursuivre ne m’a pas incité à publier la suite.
;-)

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Pierre Lecroart · il y a
je le lis avec quelques mois de retard, mais le voilà enfin ce chapitre 5. S'il est vrai que les lecteurs diminuent, les inconditionnels, ceux qui veulent la fin de l'histoire, sont toujours là. Je ne serai pas d'accord avec sakimaromane (qu'elle ne m'en veuille pas :-) ), continuez dans votre prose, faites languir, comme vous le faites jusqu'à présent.. j'aime vous lire et je prend le temps...
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Alain de La Roche · il y a
Merci Pierre,
Avec des amis nous avions le dessein de réaliser ce chapitre 5 sous forme de réalité virtuelle pour casque 3D.
Hum… aujourd’hui ce projet est bien compromis.

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SakimaRomane · il y a
j'en ai raté trop ( faute de temps) pour pouvoir rattraper :( Faites du plus court SVP Alain, j'aime tellement vous lire :)
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Alain de La Roche · il y a
Chère amie, impossible de faire des chapitres plus courts, il s’agit d’un roman de 180 pages.
Je sais, mes textes ne correspondent pas aux critères imposés par S.E. c’est pourquoi j’en reste là.
Merci pour votre passage, je ne manque jamais de vous lire.

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Arlette Hélène Godefroy · il y a
Eh bien... J'en ai raté des chapitres...
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Alain de La Roche · il y a
C'est vrai que tu m'as beaucoup raté.
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Arlette Hélène Godefroy · il y a
Rattrapé !
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GIGIdu41 · il y a
Si des râles sont entendus, c'est donc qu'il y a encore quelques survivants !
Mais que les choses soient bien claires, ne compte pas sur moi pour dire à un percepteur des impôts que j'attends "l'heureux tiers" !...

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GIGIdu41 · il y a
Ah, les jeux de l'arène !... Ce que nous, terriens, appelons les jeux de Dames (... qui ne se joue pas avec seulement six pions, comme disait l'Africain !). Un combat de glagladiateurs qui fait froid dans le dos, et qui va aussi laisser des thraces ! Mais arrive le bouquet final, et l'amour explose alors, sans artifice.
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Alain de La Roche · il y a
Très joli. Flocal peut s’accrocher. ;-)
Toi qui te tiens à des années-lumière de ce genre d’écriture ; toi pour qui la SF est nébuleuse, tu as réussi à lyre les 5 chapitres ? Tu me sidères.

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