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LES DAMNÉS DE TERRA MATER. Chapitre 4

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Chapitre quatre

Les six pattes articulées du vaisseau étaient venues se positionner sur le sol, à l’ombre d’une colline de basalte, au cœur d’un massif tectonique tertiaire. Les faisceaux fouilleurs de l’astronef et les rayons de l’astre Centauri avaient fait apparaître des roches sédimentaires qui rappelaient à Allan ses treks dans le Chott El-Djérid de la planète Mars. Les détecteurs avaient fini par découvrir une tache verdâtre au milieu de ce désert de cendre volcanique. Avant de sélectionner la zone d’atterrissage, ils avaient survolé à basse altitude un lac couleur turquoise cerné de roseaux et de conifères rabougris. Le grylle avait fait la même observation que l’ordicortex du bord, l’eau était imbuvable en raison de sa teneur excessive en sel-gemme. Toutefois, l’emplacement pouvait être acceptable pour servir de refuge à une base arrière. Ce n’était pas forcément l’endroit idéal, mais les gens qui attendent des solutions sur mesure ne se lancent pas dans l’aventure intersidérale.
En accord avec le grylle, Astrée et Allan avaient débarqué en toute confiance le matériel de prospection. Leurs premiers pas sur ce sol planétaire stable avaient été cause d’une intense émotion, puis, en professionnels, ils s’étaient mis au travail. Dans un premier sondage méthodique, ils avaient détecté et analysé une surface riche en coltan et en divers minéraux comme de l’apatite-phosphatique de Kracol, objet de leur mission.
C’était à l’approche du crépuscule qu’Allan avait reçu une onde-pensée empreinte d’inquiétude, comme une sensation de mise en garde. La main sur son soufflant thermique, il avait levé la tête et scruté l’horizon. D’un lent regard circulaire il avait balayé l’immense étendue désertique. Ici et là un amas de noires obsidiennes tranchait avec la rocaille de la croûte sableuse du sol.
Après toutes ces années à explorer de nouveaux mondes, il avait développé une sorte de sixième sens à moins que ce ne soit son grylle qui ait dressé l’oreille. Enfin, si l’on peut dire, sachant que ces êtres exceptionnels sont démunis de cet organe. Il était monté sur un petit monticule en bordure d’une ravine, au loin, un reflet avait attiré son attention. Peut-être un mirage ou un éclat de verre volcanique, le sol était jonché d’obsidiennes.
La visière de son casque à radiodétection avait zoomé sur l’endroit. Un nuage de poussière scintillait et s’approchait à grande vitesse... Ils étaient quatre !

― Attention Astrée, nous avons de la visite.
Dans un dérapage spectaculaire, soulevant un nuage de cendre, quatre aéroglisseurs à propulsion atomique frappés du sigle « Sirius District » avaient cerné le couple de prospecteurs. Sur le premier véhicule flottait une oriflamme aux armes de l’ânkh, symbole de l’empire siriusien.
Une voix sèche, métallique, avait lancé un ordre tranchant alors qu’un canon à désintégration laser les avait mis en joug.

― Police fédérale, mains sur la tête, ne touchez pas à vos armes !
Vous avez pénétré sans autorisation sur le territoire colonial siriusien. Vous êtes inculpés pour acte de piraterie spatiale ; appropriation d’un vaisseau de l’empire ; assassinat de son équipage. Vous devez garder le silence jusqu’au jour de votre comparution en jugement.
Les deux astronautes étaient interloqués, déconcertés par ces accusations. Le grylle s’était recroquevillé. Lui qui déjà n’était pas plus gros qu’une orangine de Cancri, il tentait de lancer un message. Ce message n’était composé que de deux lettres K et A... Ka ?

― NOOON ! Ka, pas toi !
Dans un grand cri de douleur Allan s’était précipité vers l’astronef. Tu ne peux nous avoir fait ça ? Nous trahir... nous dénoncer injustement... pas toi !
À deux pas devant lui, un rayon vitrifiant avait labouré le sol en le stoppant net dans son élan. Manifestement, pour un pas de plus, les fédéraux étaient décidés à l’abattre. Derrière un hublot de l’appareil, le regard profond de Ka était chargé d’une infinie tristesse puis elle avait baissé la tête pour cacher ses grands yeux humides entre ses mains. Comment pouvait-elle lui faire comprendre qu’elle ne s’appartenait pas ? Que son être meurtri devait obéissance à ses maîtres. Que finalement ce n’était qu’une androïde captive en proie à une immense peine.

Astrée, raide dans ses bottes antigravitation, le visage fermé à toute expression ne semblait pas autrement étonnée. Elle connaissait l’étrange fascination que pouvait exercer une femme sur un homme avant de minutieusement préparer une attaque aussi sournoise que mortelle.

Casque noir, la visière teintée sombre, combinaison plaquante en cuir de griffard tanné à l’ancienne, un homme ou peut-être un robot, avait émergé à mi-corps de la tourelle de son aéroglisseur. L’ânkh siriusien ornait son épaule droite, l’insigne indiquait qu’il s’agissait d’un officier de la garde noire, probablement un décurion de première classe. Son désintégrateur laser menaçant à la main, fumait encore.
Une porte de l’engin s’était lentement abaissée.

― Déposez vos armes sur le sol et entrez mains sur la tête ! Avait-il ordonné.
― C’est une erreur, nos papiers sont en règle, nous avons une concession et un permis de prospecter en bonne et due forme, quant au vaisseau Siriu...
― MONTEZ ! avait-il coupé sèchement. Si vous dites vrai, la justice du Grand Prophète sera clémente, sinon, ce sera le gibet.
― Où nous emmenez-vous ?
Devant une telle ignorance le décurion n’avait plus estimé nécessaire de cacher son mépris.
― En Abydopolis, bien sûr !
Quatre gardes noirs avaient surgi des engins pour convaincre les deux prospecteurs d’obtempérer dans les plus brefs délais. Ils les avaient entourés, se contentant, dans un premier temps, de les tenir sous la menace de leurs armes mais manifestement prêts à les forcer manu militari à s’exécuter.
― Enchaînez le mâle et la femelle ensemble, avait ordonné le décurion dans un claquement de voix.
À ces mots Allan avait crispé ses mâchoires pour retenir toutes répliques cinglantes. Les termes « mâle » et « femelle » indiquaient bien le niveau d’estime et de respect dans lesquels ils allaient être traités. Connaissant le caractère chatouilleux de sa compagne, il avait pensé nécessaire de la tranquilliser.
― Ne crains rien, on va s’en sortir, lui avait-il soufflé, ne tente rien, ne les agresse pas. Surtout, ne cherche pas à t’échapper, tu ne risques rien, après tout tu es une femme.
Pour toute réponse, Astrée, silencieuse lui avait jeté son regard le plus noir.
― TAISEZ-VOUS ! avait hurlé le décurion en giflant violemment Allan du revers de sa main gantée de cuir clouté.
Chancelant, le prisonnier avait relevé la tête. Il goûtait au sang de sa lèvre fendue. Regard tueur, air bravache, il s’était pourtant efforcé de ne pas répliquer.

* * * * *

Les rayons d’Alpha Centauri avaient fini par absorber les dernières brumes matinales lorsque les prisonniers étaient arrivés en vue de la métropole. Au loin, les nombreuses tours du palais du Grand Prophète surmontaient les autres constructions de près de cent équamètres. Sur le monumental portail du mur d’enceinte se profilait une immense croix ansée. Abydopolis ressemblait à une énorme et dangereuse fleur carnivore comme il en pousse encore dans les jungles interdites de Minoris.
Astrée s’était blottie dans les bras d’Allan qui pensait à haute voix.
― Abydopolis... ne me demande pas pourquoi cette ville possède un nom aussi ronflant. Je crois me souvenir que les premiers explorateurs venus de Terra Mater l’avaient baptisée du nom d’un savant de l’ancienne époque. Lovecraft, Isaac Asimov ou Jules Verne, enfin il me semble que c’étaient des scientifiques, je ne sais même plus lequel des trois. Quand les siriusiens ont colonisé cette planète ils ont choisi des appellations plus familières pour eux, c’est comme ça que...
― Je ne t’ai rien demandé et si tu savais comme je m’en fous ! l’avait-elle interrompu sur un ton irrité. À toi de nous sortir de là, « Monsieur le grand commandant » !

Les hautes murailles de la ville s’étaient dressées devant eux. Ses redoutables et rébarbatifs remparts cachaient pourtant de fines constructions ; tours, mausolées de marbre jaspé, riches demeures à la facture parfaite.
Après avoir franchi la poterne principale, ils étaient passés sous un gibet d’où pendaient trois ou quatre corps mutilés de suppliciés. Des crocs de boucher leur perforaient les poignets laissant leur tête dodeliner piteusement sur leur poitrine défoncée.
Quelques instants plus tard, à grande vitesse, leur aéroglisseur avait franchi un vaste parvis. La place était ceinte d’édifices aux façades sculptées de personnages en pierre, vêtus de l’antique toge siriusienne. Puis ils avaient rapidement parcouru une allée flanquée de part et d’autre de hautes propriétés aux portes dotées de lions protecteurs recouverts d’une fine pellicule d’or fin. Le véhicule avait ensuite longé une esplanade baignée par la lumière implacable de l’astre du jour où se tenait un marché aux esclaves. Juchés sur des estrades, femmes et jeunes éphèbes nus, tremblaient de tous leurs membres...non pas de froid mais de frayeur.
Les vendeurs, avec faconde et force boniments, vantaient publiquement la qualité de leur marchandise humaine.

Le couple captif avait ensuite été conduit à la citadelle et jeté dans un cul de basse fosse creusé dans le sol rocailleux. La cellule carrée ne dépassait pas les quatre enjambées de côté. Le seul éclairage venait d’une faible lueur de torche qui se glissait par les interstices de la trappe les surplombant. Aucun bruit ne filtrait. Y avait-il des geôles voisines occupées ?
Adossés à un mur suintant d’humidité, ils ruminaient. Même allongés sur leur paillasse de feuilles moisies, les prisonniers n’avaient pu se reposer. C’est en vain qu’Allan avait essayé de retrouver son esprit combatif d’aventurier de l’espace. Il était accablé, découragé, cassé. À l’évidence, toute tentative d’évasion était vouée à l’échec.
Ce ne fut que le lendemain matin qu’un panier de nourriture avait été descendu dans la cellule et cela leur parut long. Aussi long que l’éternité pour peu que l’on soit affamé. Des boules de maïs synthétique et des œufs de poissons transgéniques composaient le repas. Affamés, ils s’étaient littéralement jetés sur les aliments qu’ils avaient âprement disputés à une escouade de rats faméliques.

― Que le Grand inconnu me distorde... Le grylle ! s’exclama Allan.
Le grylle devenu brun terne, s’étiolait, lui qui se nourrissait exclusivement de molécules oxygéniques et de particules d’énergie lumineuse, en ce lieu sombre et insalubre, il allait mourir !

* * * * *

Trois jours qu’ils croupissaient au fond de cette oubliette sans pouvoir distinguer le jour de la nuit, les pieds dans la boue, à manger de faibles portions de salade d’algues au maïs et des œufs de poisson faisandés lorsque le visage d’un geôlier s’était penché sur la fosse.
Ils s’étaient entendus interpeller par leur nom.
― ASTRÉE, ALLAN ! ordre est de comparaître immédiatement devant le Grand Inquisiteur pour être soumis à la question.
Résignés, les deux prévenus avaient échangé un triste sourire avant de gravir péniblement les barreaux de l’échelle de corde qui avait été jetée jusqu’au sol de leur cachot.

Serrés de près par quatre gardes noirs, les mains liées derrière le dos, ils avaient été conduits dans une salle souterraine de la forteresse.
Là, derrière une table de bois massif, dominait un vieillard vêtu d’une tenue d’official rouge et noir à l’épitoge herminée. Tête nue, sourire moqueur aux lèvres, il caressait machinalement sa courte barbe. Une diabolique autorité se dégageait du personnage. De chaque côté, recouvert d’une tunique immaculée, siégeait un assesseur au regard transparent. Dans l’ombre, à quelque distance derrière eux, se tenait debout une dizaine de personnages en robe de bure. Mains dans les manches, cette communauté de clercs, baissaient leur tête encapuchonnée afin de dissimuler leur visage.
D’un geste brusque de la main, le Grand Inquisiteur avait congédié les gardes.
Avant de prononcer son réquisitoire, ses yeux d’oiseau de proie avaient longuement sondé les prévenus. Pas un instant il n’avait détourné son regard.

― Savez-vous qui est cet humain venu des confins de la voie lactée et qui comparait aujourd’hui devant nous ? demanda-t-il sans s’adresser à personne en particulier. C’est Allan de Kepler, navigant-prospecteur, ancien explorateur galactique de classe 2, rayé des cadres pour corruption active. Actuellement recherché par la police fédérale de Kepler 11 pour complément d’enquête concernant une affaire de désertion. Compagne notoire : hum... Astrée, une femme pratiquant le commerce du sexe.
Le Grand Inquisiteur parlait d’une voix monocorde, sèche, aussi glaciale qu’un geyser d’azote liquide de Neptune.
― Dois-je continuer ? Un long silence oppressant s’en était suivi.

Agacé par l’apparente équanimité des prisonniers, le Grand Inquisiteur avait poursuivi, hautain :
― Je sais tout de toi en détail depuis le jour de ta naissance. Ton passé n’est pas ordinaire, tu n’es qu’un aventurier cupide et ta réputation ne saurait plaider en ta faveur. Allan de Kepler, avec ta complice Astrée tu es accusé de piraterie spatiale. Après avoir analysé l’ordicortex et interrogé les androïdes de l’aviso intergalactique, il apparaît que vous avez usé de sortilèges pour vous approprier le code d’accès audit vaisseau. Le but avéré de votre mission était bien de piller Alpha Centauri de ses ressources minières, et ce, au nom d’une compagnie commerciale bannie de l’empire siriusien. Peu importe vos aveux, ce crime ne supporte qu’un seul châtiment pour les deux... la mort !

La Galactic Wilde Company, une entreprise interdite ?
Allan était abasourdi, il voulait répondre mais sa gorge était aussi sèche que s’il avait avalé une poignée de sable. Voilà une information que le Fondé de Pouvoir de la compagnie avait omis de lui communiquer avant de l’embaucher.
Il tenta d’avaler sa salive et finalement, réussit à dire d’une voix cassée :
― Monseigneur nous avons des documents officiels de la Confédération Intergalactique nous autorisant à effectuer une prospection et une exploitation sur cette planète.
― Voyons voir, où sont-ils ?
― Bien... Je crains malheureusement qu’ils ne soient restés à bord de notre vaisseau satellisé autour de la Lune Bleue.
Le grand inquisiteur souriait, le regard triomphant, il continuait de lisser méticuleusement sa barbiche.
― Mon cher Allan, si tu savais combien de fois j’ai rencontré des gens à l’esprit tortueux, avait-il ironisé. Tant de canailles qui tentent de me mentir, tant de fieffés coquins qui me cachent la vérité en croyant me berner, mais toi, il m’aurait plu de penser que tu n’étais pas l’un d’entre eux... souriait-il, l’œil sarcastique. Pour le châtiment, j’avoue hésiter entre deux ou trois jours d’atroces souffrances cloué sur le tau, te faire écorcher vif pendu par les pouces ou une possibilité de rachat dans l’arène des braves. Mon sens de la miséricorde me pousse à t’accorder des circonstances atténuantes, alors, avec ta complice, préparez-vous à combattre. Les prochains jeux du cirque auront lieu dans un décajour en l’honneur de l’anniversaire d’Ânkh, notre Grand Prophète bien aimé. Que le Grand Inconnu le protège.
Vous affronterez un scorpiosaure géant !
Allan avait sursauté alors qu’Astrée n’avait pu réprimer un long frissonnement d’effroi.
L’animal diabolique était certainement le plus dangereux des mondes connus ; pire même que la gigantesque mygalocéros et Dieu sait pourtant combien cette dernière créature est venimeuse.

― Un quoi ? Un scorpiosaure ? Mais... mais... avait-il bredouillé. Il s’agit d’un redoutable prédateur, une engeance sortie des enfers... et en duo avec Astrée ?
Monseigneur vous n’y songez pas ! Le combat serait par trop inégal, attribuez-moi plutôt un gladiateur expérimenté. Je vous en prie... votre spectacle n’en sera que meilleur !
Le Grand Inquisiteur et ses deux assesseurs avaient éclaté d’un rire tonitruant que les parois de la salle voûtée avaient longuement répercuté.
― Voyons mon cher Allan, tu manques singulièrement de confiance en toi et en plus tu contestes ma décision. Quelle impudence ! Alors, en représailles, durant le combat, vous serez enchaînés l’un à l’autre par une cheville. Je suis curieux de découvrir comment tu vas te sortir de cette nouvelle situation.
Ensuite, il s’était levé de son fauteuil et droit comme la justice siriusienne, il avait déclaré :
― Au nom de notre Grand Prophète Ânskh et du peuple centaurien, aucun témoin à décharge ne s’étant présenté, l’affaire est entendue ; close en dernier ressort. Ainsi prononcé en présence de toute curie centaurienne ; in cauda venenum ; l’audience est levée.
GARDES ! Qu’on les conduise en salle d’entraînement. Qu’ils ne soient pas maltraités, il me les faut en excellente forme pour le plaisir du peuple et de notre vénéré Prophète.

Les condamnés avaient été emmenés dans une cellule presque confortable, si ce n’était sans les relents désagréables dus au trou d’aisance bouché, à la colonie de blattes qui occupait l’endroit, à l’absence d’eau courante et aux bat-flancs qui hébergeaient des punaises de lit. Les chaînes qui reliaient leur cou à un anneau scellé dans le mur n’étaient pas pour faciliter la décontraction des apprentis gladiateurs. Mais qui donc avait inventé ces ignobles jeux du cirque ?
Ce genre de distractions étaient très populaires dans toutes les constellations connues, il n’y avait guère que dans le système solaire et sur les satellites de Kepler que cette pratique jugée barbare, était interdite.
Dans la salle d’entraînement le couple avait fait la connaissance d’Abdul Al-Razed, le Maître des combats, un homme à la forte corpulence et aux bras capables d’étouffer un minotaure. Ce gaillard prognathe avait le visage barré par une affreuse cicatrice violacée, souvenir d’une joute qui avait failli bien mal se terminer pour lui. Finalement, le personnage s’était révélé assez bonhomme, leur prodiguant conseils et astuces indispensables à leur survie. Ils avaient également appris que beaucoup de prospecteurs et mineurs de la Galactic Wilde Company avaient fini sur le gibet ou dans l’arène. Ces informations n’avaient pas été diffusées, elles auraient gêné les affaires. Allan se demandait combien de pauvres types comme lui avaient été abusés. Très peu de vaisseaux-minéraliers clandestins chargés d’apatite de kracol arrivaient à passer la grande barrière magnétique entourant Alpha Centauri. C’était probablement la raison du prix exorbitant de cette matière première.

* * * * *

Sous son épaule gauche il avait senti frémir cette petite boule à peine plus grosse que le poing d’un enfant de 6 ans, le grylle reprenait vie. Ces êtres étaient incontrôlables, s’ils n’aimaient pas l’humain qui les accueillait, ils s’en allaient et c’était tout. Finalement, Allan était ému et rassuré, il avait fini par s’y attacher, ce n’était pas qu’un grylle, c’était SON grylle !
Soudainement taciturne, Astrée s’était blottie dans un coin du cachot. Le Maître des combats lui avait fait la description d’un scorpiosaure. Un arthropode de deux équamètres de haut et quatre de long, pourvu d’une paire de pinces acérées et d’une queue extrêmement agile terminée par un croc mortel. Même ses pattes étaient pourvues de crochets venimeux.
Assise sur sa paillasse, ses longues jambes croisées bien haut sous son menton, elle avait demandé :
― Pourquoi as-tu fait cette tête lorsque le Grand Inquisiteur t’a dit que nous allions faire équipe ensemble ?
― Pour tenter de te protéger. Je t’en prie, ne va pas chercher une quelconque connotation misogyne dans mon intervention.
― Arrête de te foutre de moi, vous n’êtes tous que de vulgaires machos, faut-il encore que je te démontre que mes talents ne s’arrêtent pas aux dimensions d’un lit ? Sa voix était aussi glaciale qu’une bourrasque de vent balayant Pluton. Allan avait été agacé par cette remarque, néanmoins, il devait lui proposer une stratégie commune de combat, la vie de chacun en dépendait. Après tout, les ressources d’un être humain pour sa survie ne se révèlent réellement qu’au moment de l’épreuve finale, pensa-t-il.
Abdul Al-Razed, le Maître des combats leur avait accordé l’autorisation d’utiliser la salle de simulation en 4D. Sur dix combats fictifs contre un scorpiosaure de taille moyenne, ils n’avaient triomphé que deux fois. Rien n’était joué, il fallait améliorer ce score pour avoir une chance de conserver la vie. La difficulté était de coordonner ses mouvements par rapport à son coéquipier sachant qu’une lourde chaîne de trois équamètres les reliait l’un à l’autre. Un faux pas de l’un et c’était la mort pour le couple.
Le sable de l’enclos d’entraînement avait la couleur triste des scories volcaniques de la planète, une teinte grisâtre, mortelle. Le duo devait combattre en hoplomaque c'est-à-dire que chacun était équipé d’un trident et d’un petit bouclier rond fait d’une résine transparente, résistante aux jets d’acide venimeux. Hérissé d’une pointe de fer, il était également capable de dévier les coups les plus mortels. Par chance, ils avaient obtenu de conserver leur combinaison auto-respirante en peau de griffard. Durant les derniers jours d’entraînement, leurs performances ne s’étaient pas améliorées de manière très significative. Ils avaient juste réussi à augmenter la durée des combats. Piètre consolation. Finalement, Allan s’était dit qu’il aurait pu tomber plus mal, si Astrée n’avait pas sa force, elle possédait souplesse et rapidité ce qui pouvait être son complément.
Durant sa vie d’aventurier intergalactique, Allan avait maintes fois constaté que toute polémique inutile pouvait être rapidement réglée par celui qui possédait le meilleur soufflant thermique.
Combien cet objet allait lui manquer dans l’arène...

Et puis ce fut le dernier soir avant le grand jour, une veillée d’armes dans ce cul de basse-fosse aux murs gluants de salpêtre. Allan avait soudainement perdu le contrôle de lui-même, il avait tiré en tous sens et de toutes ses forces sur la chaîne qui le reliait au mur. Il s’était débattu en jurant par tous les dieux de l’univers connu et même au-delà avant de sombrer dans une semi-léthargie, le cou affreusement meurtri.
― Inutile, avait soupiré sa compagne. Penses-tu que notre combat ne peut aboutir qu’à notre trépas ?
― Possible mon Astrée, notre destin est en marche depuis le jour de notre naissance mais qu’importe, nous devons rester unis dans ce combat comme nous le sommes lorsque nous faisons l’amour.

Je me bats ! Je me bats ! Je me bats !
Oui, vous m'arrachez tout, le laurier et la rose
Arrachez ! Il y a malgré vous quelque chose
Que j'emporte, et ce soir, quand j'entrerai chez Dieu,
Mon salut balaiera largement le seuil bleu,
Quelque chose que sans un pli, sans une tache,
J'emporte malgré vous, et c'est... Le Panache !

― Hum... Tu vois beauté, je ne sais quel poète antique a écrit cela mais son propos reste toujours valable et je m’y attache. Impossible, avait-il spéculé, impossible que nous soyons venus de si loin après avoir tant défié le sort pour finir ainsi.
Puis il avait retiré son collier protecteur Amma-Dogon que lui avait donné le siriusien, premier propriétaire du grylle. Après l’avoir longuement étreint et avec mille précautions, il l’avait ensuite placé autour du cou d’Astrée.

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GIGIdu41 · il y a
Évidemment, il a fallu qu'il y ait l'accroc police !...
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Brocéliande · il y a
Vite la suite ...vite un film ...vite les héros sauvés ..;tu ne peux pas les abandonner ainsi ...j'ai adoré ...Mille bravos et jolie fête de fin d'année à toi dans les plaisirs délicieux de l'imagination ..et dans les réalités cosmiques intersidérales et toujours surprenantes ..pensées -plume de la forêt
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Alain de La Roche · il y a
Vite la suite…
Manque pas d’air la sorcière de la forêt bretonne !
Il lui a fallu 2 semaines pour venir lire le chapitre 4 et elle réclame la suite « rápidamente la continuación ».

Ma chère Brocéliande, je suis encore un peu dans le coltard car ce matin j’ai déposé ma motoneige « Lynx » à Kirkenes au nord du nord de la Norvège puis j’ai sauté dans un avion pour Oslo, un autre pour Paris CDG puis un taxi...

C’est incroyable. Ce matin je glissais sur la mer de Barents et ce soir je suis confortablement installé dans mon bureau parisien pour te répondre.

Et c’est moi qui fais de la fiction…

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Brocéliande · il y a
Mon Cher Alain des voyages suspendus des terres oubliées ou inconnues, oui, je suis pas en avance pour te répondre et j'en suis toute honteuse mais dans la forêt lointaine, il y a des elfes des poulpiquets des amis des poulpiquets des fées miniatures et des géants gourmands amateurs de frigos bien remplis ...alors entre les copies pas finies les conseils de classes et la vie quotidienne, j'ai mille et un arguments empoisonnés pour te dire que JE regrette mon retard ...j'aime trop et je ne devrais pas rater une once, un gramme, un grain de ton récit ...je l'aime et VITE oui VITE la suite ...allez ...t'es revenu de voyage ...viens sur les pages ...repose toi et prends le temps des heures qui s'en vont de 2017.....en 2018 tes héros sont attendus ...j'espère que tu m'en veux pas trop ..petit baiser léger de mon coin de fougère et à très vite ...très trés vite ...oui ? !!!!
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Alain de La Roche · il y a
Tu es tout excusée amie lectrice.
Figure-toi que je pense avoir percé le mystère des Korrigans.
En fait, ce sont des Trolls émigrés par la mer (sans papier donc en situation irrégulière).

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Brocéliande · il y a
Ce n'est pas un mystère Alain, je le savais ...ils viennent chaque fois réveillonner chez nous...ils sont très gourmands ...mandragore et chocolat , un vrai dessert !...Merci et belle journée larmeuse de pluie verlainienne !
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Flore · il y a
Ce ne peut se terminer là...sinon quelle frustration, et en périodes de fêtes...c'est pas le top.
L'histoire se complique, ce qui la rend encore plus attachante. Bravo...A quand la suite...

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Alain de La Roche · il y a
Effectivement Flore, ça ne peut se terminer ainsi mais devant le peu d’enthousiasme des lecteurs, je te propose de t’envoyer la suite en privé.

Laisse-moi le temps de me remettre d’un périple en motoneige au sud du Spitzberg par -25 degrés (de retour à Paris depuis 1 heure). ;-)

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Pierre Lecroart · il y a
encore et toujours une fin qui demande une suite... passionnante en tout cas... bonne continuation
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André Page · il y a
Eh bien ils sont loin d'être tirés d'affaire apparemment et parfois les apparences ne sont pas trompeuses, en tout cas un grand bravo pour cette histoire plus que prenante, Alain. :)
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Laurence Blondon · il y a
J'ai hâte de voir ( de lire ) le combat et la suite ! Toujours aussi prenant ! Bravo !
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Alain de La Roche · il y a
Non Lolo, le chapitre cinq est trop brutal et même cruel pour une âme aussi sensible que la tienne. Malheureusement, je ne vais pas pouvoir le publier.
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Margue · il y a
ben, tu dois avoir un peu plus d'imagination, il me semble! si tu les fais mourir, tu écris fin ... et je ne suis pas la seule à vouloir LA SUITE ! rires
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Alain de La Roche · il y a
Ma chère Margue,
Le chapitre cinq de mon roman est immonde, horrible, insupportable. Ne souhaitant pas être à l’origine de votre arrêt cardiaque définitif, il ne me semble pas opportun de le publier.

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Margue · il y a
oh ! tu crois vraiment ! je dois inventer la fin... voila que tu me fais aimer la SF et ...
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Margue · il y a
bon super palpitant, mais ils DOIVENT s'en sortir ! vite rassures-moi !
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Alain de La Roche · il y a
Ma pauvre Margue, quand un auteur ne sait pas comment se sortir d’une situation inextricable dans un texte, il fait mourir ses personnages et le tour est joué.
:-((

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Arlo · il y a
Même en payant, je prends le prochain épisode. Je veux la suite.
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Alain de La Roche · il y a
Pour avoir votre visite, je suis prêt à tous les sacrifices.
Vous ouvrir une ligne de crédit, par exemple. ☺

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Patricia Burny-Deleau · il y a
Laisser le lecteur dans l'angoisse !! Quelle cruauté !! Heureusement que les héros d'une saga meurent rarement avant le clap de fin :-)
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