Les chips

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Je fais court car je n'aime pas trop me dévoiler. Je préfère que mes textes parlent pour moi  [+]

Tout est calme. Le robinet goutte comme toujours, on devine le soleil qui tente de traverser mes persiennes. Je ne suis pas prête à me lever, ni même à ouvrir les yeux. Je suis si bien au fond de mon lit. Surtout que pour la première fois depuis longtemps, je n’y suis plus seule.

Vendredi soir, hier donc, j’étais invitée à une fête chez des amis. Ou plutôt des collègues. Je suis secrétaire dans un bureau d’architecture et Lara, la très blonde assistante du patron, organisait sa pendaison de crémaillère. On dit parfois que ce sont les cordonniers les plus mal chaussés. On ne peut pas dire que ce soit les architectes les plus mal logés. Son appart est vraiment grandiose. En fait, c’est plus qu’un appart, c’est un duplex au troisième et dernier étage d’une ancienne meunerie reconvertie en habitations de luxe.

Tout le toit de l’immeuble est aménagé en terrasse digne de Babylone avec du vrai gazon, des plantes en pot, un plancher en bankiraï et même une balancelle aux coussins tellement moelleux que si tu essaies de t’asseoir dedans, on ne te retrouve plus jamais.

J’étais crevée après une longue semaine de travail mais j’y suis allée quand même car les absents ont toujours tort et surtout, je ne voulais pas rater l’occasion de voir cela de mes propres yeux. Depuis le temps que Lara nous bassine au bureau avec son superbe appart. De fait, je n’ai pas été déçue : c’était Hollywood en mieux.

A part pour les petits fours. Aucun n’était au saumon. « C’est ringard, le saumon », m’a dit Lara. « Essaie plutôt ce petit toast à la quinoa et au wasabi jaune. Un dé-li-ce ! ».

Houston, on a un problème ! Je déteste tout ce qui est piquant, vinaigré ou amer. Et là, il n’y a que des trucs aux olives, au pamplemousse ou à la moutarde japonaise ! C’est un gros souci car je n’ai pas eu le temps de manger à midi pour finir la préparation des factures et là, tout de suite, j’ai vraiment une faim de loup ! Je vais être obligée de boire sans manger, ma tête va tourner, je vais dire des âneries et rigoler pour un oui ou un non. Elle va être belle, ma réputation au bureau lundi..., pensais-je en avalant une gorgée de champagne, le nez dans ma flûte en cristal Svarowski.

C’est à ce moment-là que mon champ de vision capta une merveilleuse petite chose appétissante qui arrivait par la droite et créa immédiatement le désir en moi.
Une chips ondulée au sel, toute simple, presque nature, parfaitement dorée et croquante se baladait devant moi, tenue par de solides mains d’homme. Comme un cobra hypnotisé par un joueur de flûte, la chips dansait devant mes yeux ébahis.

Au bout de la main, se tenait un homme grand, visiblement sportif à en croire les courbes rebondies et fermes sous son t-shirt rétro, noir et vert pixellisé Space invaders et surtout – c’est ce qui m’a le plus frappé -, il était roux. Un joli roux foncé, presque cuivré, pas un de ces roux qui tirent vers le blond fadasse. Une vraie tête de guerrier des Highlands, pur et dur. Au cœur tendre ? C’est ce que j’allais découvrir.

-« Est-ce que ça te dit un peu de vraie nourriture ? », me lance t-il, en agitant la chips sous mon nez. Il me tutoie dès le départ. Bon. J’aurais aimé qu’il y mette un peu plus les formes pour faire son entrée en matière mais j’ai tellement faim que je ne m’en formalise pas plus que cela. D’ailleurs, l’alcool aidant, je ne prends même pas la peine de lui répondre.

Je le regarde droit dans les yeux qui – ô miracle, c’est trop beau, j’y crois pas – sont verts. Il paraît que seul 2% de la population mondiale a les yeux verts et j’ai là, devant moi, un authentique spécimen qui s’intéresse à ma petite personne.

J’arrête le mouvement de sa main avec la mienne et la guide lentement jusqu’à ma bouche où je croque avec délice dans la fine rondelle de pomme de terre frite. Qui aurait cru qu’une patate pouvait être aussi sexy ?

Je vous ai dit que j’aimais les roux ? Non, je n’aime pas les roux, je les a-do-re. Ils me font vraiment craquer. Je n’ai jamais aimé autre chose qu’un roux. Déjà toute petite, j’adorais Boule et Bill et Spirou. C’est dire...Mon premier petit copain était Ecossais et s’appelait Liam MacGowan. On s’est connus alors que j’étais en voyage scolaire à Glasgow. Nous étions logés dans des familles d’accueil et j’ai atterri dans celle de Liam. J’étais sous le charme et j’ai beaucoup, beaucoup progressé en langue étrangère... Le quitter fut un déchirement.

Est-ce pour ça que depuis, je ne jure que par les roux ? Sans doute. Je cherche à retrouver un peu de ce bonheur pur dans chaque rencontre rouquine que je fais depuis.

Nathan, le joli roux de la soirée, me regarde amusé, un sourire jusqu’aux oreilles. Je m’aperçois, un peu tard, que Lara et le patron nous observent, éberlués. Je sens que je rougis mais ne sais plus trop si c’est à cause de ma timidité ou des effets du champagne sur mon organisme. Un peu des deux, sans doute.

Nathan me souffle « Si tu en veux d’autres, je sais où Lara les planque. Elle fait croire qu’elle aime tous ces machins sophistiqués mais c’est juste du bluff pour épater les gens ». Etonnée par cette confidence audacieuse, j’apprends que Nathan est le frère de Lara. Je le suis jusque dans la cuisine, comme s’il m’emmenait voir la caverne d’Ali Baba en vrai. C’est mieux : il m’emmène jusqu’au placard de Lara où je trouve enfin de décents biscuits au fromage et autres chips paprika parmi une multitude d’autres merveilles à grignoter. Quelle cachottière cette Lara ! Quand je pense qu’au bureau, Miss ne jure que par les petites salades au boulgour ou les tartines de fromage blanc 0% et voilà que je trouve dans son placard de quoi faire exploser la dose journalière de calories d’une femelle T-rex en gestation...

Maintenant, elle n’arrivera plus à me culpabiliser quand je mangerai mon sandwich fromage/mayo à midi ou le reste des pâtes Carbonara de la veille. Elle est jalouse, en fait. Qui l’eût cru ?

Tout à ma contemplation des jolis sachets colorés du placard, je finis par m’apercevoir que Nathan est en train de me fixer avec attention. Décidément, quelle soirée ! J’allais de surprise en surprise. Lara est une grignoteuse compulsive et son super canon de frère s’intéresse à ma petite personne. J’ai bien fait de venir finalement. La bouche pleine de chips « mozzarella/pesto », j’ai tenté de lui rendre du mieux que je pouvais le doux sourire qu’il me faisait.

Le reste de la soirée se passa comme dans une comédie romantique : le Dj engagé par Lara joua une de mes chansons préférées et Nathan m’invita à danser. La chanson suivante, géniale aussi. On a continué à danser. La troisième était un vieux slow qui datait de mon année de naissance, un tube interplanétaire sur un hôtel en Californie. Les choses devenaient plus sérieuses mais avant que je n’aie eu le temps de me défiler, Nathan me prit par la main et me serra contre lui en ondulant du bassin en rythme avec le solo de guitare. Là, je fondis littéralement.

Heureusement qu’il me tenait parce que je me sentais tellement bien que j’avais l’impression que j’allais me liquéfier de bonheur. En même temps, je débordais d’énergie alors qu’à peine une heure plus tôt, je baillais à m’en décrocher la mâchoire et ne pensais qu’à retrouver mon lit.

Pour être honnête, là aussi je pensais à retrouver mon lit mais pas pour la même raison. Visiblement, je n’étais pas la seule à y penser. A la fin du slow, Nathan m’entraîna un peu à l’écart sur la terrasse. Docile, je le suivis sans poser de question. Je m’appuyais sur la rambarde du balcon pour profiter un peu de la vue impressionnante qu’on avait sur la vieille ville, puis je me retournai, intriguée par le silence soudain de mon partenaire de danse. Avant que je n’aie pu dire quoi que ce soit, il posa doucement ses lèvres sur les miennes. S’ensuivit une série de petits baisers tendres et sautillants tout autour de ma bouche, sur mon nez, derrière l’oreille, à la base du cou,.. Quand je sentis le contact de sa langue chaude sur ma peau, je sus que j’étais perdue. Avant qu’il n’aille plus loin et qu’on se fasse arrêter pour outrage aux bonnes mœurs, je retrouvai un semblant d’esprit et arrivai à lui susurrer « Viens chez moi ! ». Ce qu’il fit.

Et c’est ainsi que je suis réveillée ce matin dans les bras d’un magnifique prince de conte de fées, roux et musclé. En plus, c’est le week-end. On a tout le temps pour en profiter et pour se découvrir et se redécouvrir autant de fois qu’on voudra.

Un impressionnant gargouillis interrompt ma rêverie. C’est le ventre de Nathan qui réclame sa pitance. C’est normal, l’effort, ça creuse. Il est près de midi quand même...

-« Ne bouge pas, j’apporte le petit déj’ », lui dis-je, béate, tout en enfilant mon peignoir en polar rose à côté du lit.
-« Merci, j’en profite pour prendre une douche, si tu veux bien », me répond-il en se levant et ramassant chaussettes et slip au passage.
Un homme ordonné en plus ? Waouh, je rêve. C’est trop beau pour être vrai.

Tout en m’affairant dans la cuisine, je repense aux dernières heures qui viennent de s’écouler. Comment suis-je passé de l’état de célibataire désespérée à femme en couple épanouie en si peu de temps ? Il est magnifique, il est gentil, on a plein de points communs, il veut un chien et moi aussi, pas pressé d’avoir des enfants et moi non plus, on vit sur la même planète, dans le même pays, dans la même ville et il est fan des séries fantastiques. C’est fantastique ! Est-ce que je le demande en mariage tout de suite ou est-ce que j’attends un peu ?

J’entends l’eau de la douche qui s’arrête de couler. Je m’active pour finir le tartinage de la brioche et la préparation du chocolat chaud à la lavande. Mon petit truc à moi. Je suis sûre qu’il va adorer. Je soulève les tasses remplies à rabord de chocolat brûlant pour les poser sur un plateau quand je lève les yeux vers Nathan et...Nooooon !

Mais qu’est-ce que... ? Comment est-ce possible ? Ses beaux cheveux roux cuivrés sont devenus blonds. Aussi blonds que ceux de Lara ! Je suis tellement surprise que j’en lâche les mugs qui s’éclatent au sol et repeignent tous les meubles de ma cuisine en chocolat bleu pâle.

-« C’est quoi ces cheveux ? Tu...tu es blond ? », balbutie-je, choquée.
Nathan m’explique alors que de temps en temps, il fait des castings pour tourner des pubs. La veille, ils cherchaient un acteur roux pour une marque d’alcool du pays des kilts. Il s’était teint les cheveux pour avoir une chance d’être pris. Cela avait fonctionné d’ailleurs. « Ils se sont tous fait avoir », dit-il en souriant.
Moi aussi, je me suis fait avoir. Je suis sortie avec un...blond. J’ai passé la nuit avec un blond. J’ai même envisagé un avenir avec un blond. Tous mes repères sont perdus. Je suis perdue. Comment ai-je pu faire ça. J’ai brisé mon propre code d’honneur : ne sortir qu’avec des roux.

Jusqu’ici, j’avais réussi à garder le cap, malgré quelques tentations brunes ou blond foncé. Mais là, cela ne va pas du tout. C’est n’importe quoi ! Qu’est-ce que je vais faire ?

Tétanisée, je me prends la tête à deux mains, les pieds nus baignant dans le lait chocolaté qui refroidit sur le carrelage de ma cuisine.
« Sors d’ici ! Va t-en ! Tu t’es moqué de moi. ». Je crie si fort que j’en ai mal aux cordes vocales. Nathan me regarde, éberlué. Il ne comprend pas ce qui m’arrive. On s’entendait bien, on était très complices et tout à coup, je le fous à la porte. Je dois avoir l’air d’une folle mais tant pis. Je ne peux plus le voir pour l’instant, je veux qu’il parte, qu’il me laisse tranquille. Je suis bouleversée.
Il tente de me prendre la main, me dit de me calmer, qu’on va en discuter, qu’il ne voit pas pourquoi la couleur des cheveux est un tel problème mais je n’écoute pas, je n’entends pas. Tout ce que j’entends, c’est la voix dans ma tête qui dit « J’ai brisé le code, j’ai brisé le code » et une grande panique s’empare de moi.

Nathan semble se faire une raison. Il prend le reste de ses vêtements et s’en va en fermant doucement la porte.
Lundi matin, à la première heure, j’appelle le bureau pour signaler que je ne viendrai pas cette semaine. « Une urgence familiale. Je dois partir à l’étranger. ». On ne me pose pas de question. Personne ne m’en pose jamais. Qui s’intéresse à la vie privée de la secrétaire ? De toute façon, j’ai des jours à prendre alors pourquoi pas maintenant ?
Je réserve le premier vol pour Glasgow à la recherche de la famille MacGowan et plus particulièrement, de Liam. C’est lui mon premier amour, lui qui m’a donné cette attirance extrême pour les roux. Si je le revois, si j’en parle avec lui, peut-être que tout s’expliquera et que ma « malédiction » s’arrêtera.

J’ai passé un dimanche horrible, à pleurer plus qu’une Madeleine et une Bridget Jones réunies. J’avais l’homme de vie devant moi et je l’ai fait fuir. En même temps, il m’a menti. Je croyais qu’il était roux et il ne l’était pas. Je ne sais plus très bien où j’en suis et n’ai personne à qui demander conseil. Pas de meilleure amie à qui je confie tous mes secrets – la dernière m’ayant piqué mon mec – pas de frère, ni de sœur et pas de collègue assez proche que pour lui parler de ma vie privée.
Je suis toute seule sur ce coup-là. Comme toujours.

J’ai profité de ma solitude pour tenter de retrouver l’adresse de la famille MacGowan. Ils habitaient un peu à l’écart de Glasgow, à Paisley, non loin de l’hôtel de ville. D’après l’annuaire, il y a toujours une famille MacGowan à Paisley. Même si ce n’est que les parents de Liam, c’est déjà un début de piste.

En descendant de l’avion, je ne perds pas de temps, je hèle un taxi. Le chauffeur est roux. Est-ce un signe ? En même temps, ici, être roux n’a rien d’exceptionnel. Je lui donne l’adresse que j’ai trouvée dans les White Pages Scotland. Il connaît bien. Sa sœur habite Paisley. On papote un peu, de tout, de rien. On en est en octobre. C’est bientôt le changement d’heure et il m’explique à quel point il trouve cela stupide. Je lui dis que c’est pareil chez nous. En même temps, je m’en moque un peu. Pour le moment, je n’ai qu’une chose en tête : retrouver Liam.
Après quelques minutes, le taxi s’arrête dans Orchard Street devant une petite maison en pierre à deux étages. Au rez-de-chaussée, un centre de bronzage et de modelage d’ongles qui ne donne pas très envie d’entrer. Plus haut, des appartements. Maintenant que j’y suis, je me rappelle. Oui, c’est bien là que vivait la famille de Liam. Dans mon souvenir, tout était plus grand, plus beau. Ce n’était pas un salon de bronzage mais une mercerie tenue par une gentille grand-mère un peu coincée. Elle voulait toujours nous inviter à prendre le thé mais nous étions bien trop occupés à flirter pour cela à l’époque. Je paie le taxi et note son numéro pour plus tard. J’aurai encore certainement besoin de ses services.
Je prends mon petit bagage à roulettes dans le coffre de la voiture et me dirige, un peu fébrile devant la porte du n°3. La sonnette indique MacGowan-O’Brien. C’est bien ici. Je sonne immédiatement avant d’avoir trop peur pour le faire et j’attends qu’on vienne m’ouvrir. Je n’avais jamais remarqué que des secondes pouvaient être si longues. Quelle agonie...Enfin, j’entends un bruit de clef qu’on tourne dans la serrure, la porte s’ouvre sur une Mme MacGowan aux cheveux grisonnants. Je suis surprise mais je ne devrais pas. C’est logique après tout. Elle, elle me reconnaît tout de suite.

-« It’s you ! Unbelievable ! How arrre you ? Why arrre you herrre. It’s been soooo long » , she says. Heu.. dit-elle.
Elle me fait entrer dans le salon et je manque de m’enfoncer à jamais dans la masse de coussins en tartan qui garnissent le canapé familial. Je tente de lui expliquer la raison de ma venue. C’est un peu gênant de rentrer dans les détails avec mon ex-belle-mère idéale mais j’ai eu le temps de trouver un prétexte dans l’avion. Je lui raconte que je passe quelques jours à Glasgow pour le travail et que je ne voulais pas manquer l’occasion de venir saluer ma famille écossaise préférée. Elle rit de bon cœur et me fait un clin d’œil. Je la vois prendre un bloc-notes quadrillé et commencer à écrire avec application. Elle me tend le papier. C’est l’adresse de Liam.

-« Go see him. He will be pleased.  », me dit-elle. Je me sens rougir jusqu’aux oreilles et j’ai les joues en feu, comme quand j’étais gamine.
Je suis pressée de retrouver Liam je ne veux pas me montrer impolie et accepte la tasse de Earl Grey fumante et les shortbreads à la confiture que me propose mon hôte. Un parfum de nostalgie m’envahit. Dire que dans quelques minutes, je vais revoir Liam, mon premier amour. Le seul, l’unique, celui que j’aimerais toujours. Notre relation s’est terminée dans les larmes à la fin de mon séjour linguistique. J’étais dévastée de chagrin.. Et puis, le temps est passé. L’année du bac arrivait, pas le temps de rêvasser à mon amoureux en kilt. Ensuite, j’ai rencontré Eric lors d’un job d’été. Liam restait dans mon cœur mais s’éloignait peu à peu dans ma tête.

Finalement, après avoir donné un rapide résumé ma vie à Mme MacGowan, je prends congé d’elle et rappelle mon taximan roux.
La maison de Liam n’est pas bien loin de celle de ses parents mais à pied, avec mon sens de l’orientation désastreux, je n’aurai jamais pu la trouver avant la tombée de la nuit. Il est près de six heures du soir. Liam doit être rentré à cette heure. Sa mère m’a dit qu’il était devenu prof de français. A cause de moi ? J’aimerais le croire.
Je m’approche de la porte d’entrée et appuie sur la sonnette, encore plus stressée que tout à l’heure. Quand la porte s’ouvre, je n’en crois pas mes yeux. J’ai devant moi Liam, tel que je l’ai connu il y a vingt ans. Il n’a presque pas changé. Il me regarde tout étonné et ne semble pas me reconnaître.
-« Liam MacGowan ? », demande-je.
-« Dad, someone for you !  », crie t-il dans le hall d’entrée.
Dad ? Papa ? Oh non, ce n’est pas Liam, c’est son fils. Liam est marié, bien sûr. Et il a des enfants ! Comment n’y ai-je pas pensé ? Quelle cruche !
Qu’est-ce que je vais lui dire ? Tout à coup, le doute m’envahit. J’entends des pas dans l’escalier. Un homme descend rapidement les marches et approche de la porte où je suis toujours en attente, paralysée par le trac, réalisant l’ampleur de la bêtise que j’ai faite. Nathan ! Comment ai-je pu le laisser partir ? Pire, comment ai-je pu le jeter ainsi à cause d’une couleur de cheveux ?

Aussitôt, je fais volte-face et remonte dans le taxi qui était encore garé devant la maison. Je veux appeler Nathan mais je m’aperçois que je ne connais même pas son numéro. Il n’y a pas trente-six solutions, j’appelle Lara. J’ai un peu honte mais tant pis.
Lara refuse de me donner le numéro de son frère.
-« J’ai mieux. Attends... », minaude t-elle.

A l’autre bout du fil, j’entends soudain la voix rocailleuse de Nathan qui me demande si les chips écossaises sont meilleures que les siennes. Je suis tellement émue que je sens une larme chaude couler le long de ma joue.

Il n’est peut-être pas trop tard pour le bonheur après tout.

FIN
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Mickaël Gasnier · il y a
Tout d'abord pour paraitre jeune, je vous adresserais un LOL concernant le commentaire ci-dessous, visiblement une chasse aux votes... Bref, passons vous n'avez rien en compétition et c'est tant mieux.
Concernant votre oeuvre que dire en 524 mots : ( ne vous prenez pas la tête à les compter, c'est déjà fait ;-) !
Moi je n'aime que les blondes à forte poitrine ! Non, j'déconne... Pourquoi tomber amoureuse d'un roux quand on peut tomber amoureuse d'un blond ? Pourquoi tomber amoureuse d'un Écossais plutôt que d'un Français ? Tant de questions qui ne se posent pas !
Lara, la simili végétarienne qui cache l'aliment clé du récit qui va permettre de le développer ( Une chips ) ( Là je ne spolie pas c'est dans le titre ) Plus qu'une belle histoire d'amour, c'est une réflexion qui émane de votre ( chef ) d'oeuvre aux touches d'humour ( juste ce qu'il faut, je ferme la parenthèse ) Voilà qui est fait ! Une réflexion donc sur, qui peut prédire à part Dieu, qui nous correspond ?
Je suis chauve et j'ai peut être toutes mes chances avec une femme qui aime les hommes aux cheveux longs !!! Qui sait ? Célibataire ayant également emballé, une amie avec laquelle j'ai ensuite partagé 7 années de ma vie, sur le tube des Eagles !
Mais je m'égare, j'ai beaucoup aimé vous découvrir à travers cette fiction. N'est-ce pas ?
Et me suis abonné, il me reste cinq mots à écrire et le compte sera bon !
Ainsi : Aléa jacta...

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SEKOUBA DOUKOURE · il y a
Bravo ' pour ce beau texte ! Vous avez mes voix. ET merci de passer faire un tour chez moi et soutenir mon texte si vous avez le temps. 🙏🙏
*Le lien du vote*..'
👇👇👇👇.
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/le-village-doukourela

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Les Histoires de RAC · il y a
Vraiment très sympa cette nouvelle et l'Ecosse, quel pays magnifique ! Merci pour ce joli voyage ♫ (vous aimerez peut-être CRAC chez moi dans un genre un peu similaire)
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Véronique Goossens · il y a
Merci beaucoup. Je n'ai malheureusement encore jamais été en Ecosse mais j'aimerais beaucoup. Ces grandes étendues herbeuses et caillouteuses...
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Les Histoires de RAC · il y a
C'est vraiment magnifique, on en prend plein les mirettes, les gens sont sympas, vraiment je vous le recommande... et le whisky est fameux !

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