Les cartes de mon voyage...

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Peintre du dimanche, scribouillard de petits textes 1,2 maxi 4 pages, drôle en société, ai beaucoup aimé R.Lamoureux puis le grand Coluche, aime la lecture SF, Thriller ainsi que des plus anciens  [+]

Un soir je me sentais l'âme d'un Lavarède sans ces 5 sous, alors ne parlons pas
de petits voyages de-ci, de là, mais d'un voyage en moins de 100 jours et sans la
gêne de pas de sous, ma cagnotte aura grandement suffi, car les petits voyages
me font pitié, et oui, j'ai fait un long voyage comme un Ulysse, le tour du monde...
Oui mes petits lecteurs, un tour du monde...
C'était juste après mon service militaire, je remontais dans mon petit chez moi,
rue de Crimée, réfléchissant sur mon avenir en regardant les devantures des
boutiques, j'ai toujours été curieux et là, mon regard se posa sur une affiche
qui vantait une compagnie maritime pour un voyage autour du monde à des
conditions exceptionnelles de bon marché....
Sur un cargo. Eh oui un voyage sympa avec plein de surprise s'il en est...
Un voyage qui me mènerait selon l'affiche du Brésil à Suez en passant par le
Cap Horn, l'Océanie, la Chine, les Indes, Suez donc et enfin retour maison...
Pour ce voyage, cabine et nourriture il me fallait compter 2000 euros, une
misère, une véritable occasion de voir du pays à peu de frais, le vendeur prit
mon chèque, me remit mon billet ainsi que la date d'embarquement, il me
fallait faire fissa, car je n'avais plus qu'un jour et demi pour rejoindre le port
de départ de mon bateau dans la nuit du lendemain, vite la gare, vite un billet
de train, vite ma chambre, vite une valise, vite quelques vêtements et hop !!!
Une dernière nuit dans mon lit et le lendemain matin le train direction le
Havre...
Avant de quitter le studio, prêté par Mireille, une amie d'enfance, un petit
coup de téléphone pour la prévenir que je laissais les clés à la gardienne en la
remerciant du dépannage, elle me demanda étonnée le pourquoi de ce départ
si rapide du studio...
_ Voyage, voyage... lui répondis-je.
Une fois au Havre, pas le temps de visiter, avec une arrivée en début d'après-
midi, chercher les infos pour connaître le quai où mon cargo était amarré et
son nom: le « Axel Bauer » pour un départ de nuit, sympa la coïncidence.
Un quai sans trop de lumières, un temps brumeux qui faisait plus penser à un
film de série noir qu'au départ du Titanic de Southampton pour les Amériques.
Je vous donne le nom du Capitaine du cargo: Allan Thomson, un nom qui ne
vous rappel personne ? Si si voyons, je vous aide...le « Ramona », non toujours
rien, mais si bien sur une histoire de Tintin, je vous laisse en retrouver le titre...
Je vous passe les détails de ma première nuit à bord ainsi que la première
journée, car il faut que le corps accepte un tangage que vous n'avez pas sur un
transatlantique (malade le narrateur), enfin le corps s'étant habitué, le premier
repas pris dans la salle ou nous nous retrouvions tous, marins et passagers, nous
n'étions que deux, un monsieur, charmant, sympathique avec qui nous nous
sommes découvert des goûts identiques que sont: la lecture, la peinture,le
sport et l'écriture...
Première escale de notre voyage, Rio de Janeiro, une belle ville que je n'ai que
peu vue, escale trop courte, mais lorsque l'on vient du Havre, on n'a
effectivement pas besoin de visiter Rio, car tous les ports se ressemblent, des
quais, des bateaux des marins et en plus ça sent le goudron chaud, c'est ce que
j'ai dit à mon covoyageur...je lui ai donc proposé de rester à bord et de faire une
petite partie de cartes tranquille...Le temps, mauvais et bon, crachin glaçant et
rayons de soleil nous fit entrer et sortir de la cabine comme les petits personnages
de la pendule suisse de la salle à manger chez ma grand-mère, ou le bonhomme
sortait avec son parapluie et la petite bonne femme en costume joyeux pour le
soleil...drôle de cliché.
Puis vint le Cap Horn, ou nous ne fûmes pas en reste l'un envers l'autre .
C'est beau le Cap Horn, mais ça bouge, le tumulte et les rochers, la mer qui
déchainé se fracasse avec des bruits de tonnerre, et il y fait un froid avec ce
vent qui vous glace les os et vous donne l'impression que si l'on vous touche
vous allez vous casser, alors pas assez fou pour aller au-dehors humer les
embruns, et puis se geler à la terre de feu sous prétexte de voir la Patagonie,
les Patagons, non merci, bien mieux au chaud dans nos cabines à attendre une
mer plus calme...
Par contre dans mon périple, l'Océanie m'a laissé un très bon souvenir, les
îles de la Société et des Marquises...
Puis le port de Sydney et son opéra, magnifique, mais comme me le fit
remarquer mon nouvel ami, un port même comme celui de Sydney, n'est
toujours qu'un port comme les autres, c'est exact et effrayant en même temps,
ce que l'on peut voir comme port lors d'un voyage au long court !
Et cela finit par en être fatiguant...
Nous avons donc, continué nos parties de cartes que nous avons agrémentés
pour corser le jeu de petites sommes d'argent, mais là, je crois que ceux qui
ont représentés la fortune sur une roue ont eu bien raison, pour ce qui est des
petites sommes d'argent, ma cagnotte baisse et la sienne augmente au fur et à
mesure des miles parcourus par notre cargo et des milles laissés au pot par
votre narrateur, je ne suis pas un bon joueur, par contre, lui ?? visage à la Corte
Maltese, chevelure noir de geai.. (un doute s'installa en moi).
J'aurais dû me méfier de nos parties de cartes jusqu'à plus d'heure dans une
cabine qui au fil du temps ressemblait de plus en plus à un tripot enfumé du
Bronx, cendriers pleins, odeurs froides de cendre de cigare, alcool...manquait
juste les entraineuses...
Donc, au lieu d'un bel actif, je me retrouvais avec un passif assez important en
arrivant dans les eaux de la mer de Chine, la Chine, un pays curieux ou les
gens ne vous captent pas, vous êtes là, sans y être, les rues de canton sont
pour cela assez stupéfiante, si bien que sur trois jours à quai, je n'y redescendis
plus, il faut dire que je me souciais peu des chinois et ne pensais qu'à une chose,
me refaire la cerise avant de perdre mon pantalon...
Il y a loin de Canton à Bombay, heureusement, car pendant ce temps la chance
tourna en ma faveur et mon ami de débauche Bernard (ce qui n'était pas son
véritable prénom, mais Emile) me rendit en quelques coups bien jouer, mon
pécule...Ouf !!
Il en fut tout marri, j'eux pitié et lui offris une bouteille de rhum que nous bûmes
de concert et la nuit sur le pont, un concert...nous, complétement ivre et
chantant à la lune..
Le lendemain soir, car la journée fut utilisée à nous enlever les joueurs de
steel-drum qui jouait dans notre tête, nous quittâmes Bombay et reprîmes
par la même occasion nos folles parties de cartes...je me remis à perdre...
A Suez il me restait encore du cash au fond des poches, mais qu'y a-t-il à
Suez à part le canal, et celui-ci vaut-il le cout de descendre à terre pour lui ?
Moi, des canaux j'en ai plein sur Paris, canal de l'Ourcq, Saint Martin et
hop en les longeants je suis à Bastille au bassin de l'Arsenal, un super voyage
non ?
Alors nous jouâmes avec de plus en plus d'acharnement, le matin juste après une
toilette de chat, dans la journée et le soir, nous faisions juste une petite pose pour
une bouffée d'air frais sur le pont et hop !... Les cartes, les cartes...
J'étais de plus en plus addict au jeu, nous nous faisions même servir nos repas
sur la table de jeu pour ne pas perdre, non pas une bouchée, mais un temps
précieux...
Il perdait et je voulais en profiter, il luttait avec force et conviction, j'avais en
face de moi un triumvirat redoutable, il regagnait petit à petit du terrain, nous
luttions comme deux boxeurs sur un ring et à l'approche du port du Havre, il
ne me devait plus que 43 euros et 20 cts, une misère...
Eh bien amis lecteurs, vous ne le croirez jamais, mais lorsque notre cargo
accosta, et après avoir fait le tour du monde, nous étions mon ami Bernard/Emile
et moi à égalité, manche à manche, rien à rien, balance à zéro le match fut un
match nul, et cela en était profondément ridicule ne trouvez-vous pas, 100
jours à faire les cakes, sans profiter du voyage, nous étions effectivement des
hommes ridicules, nous aurions poussé le bouchon à une dernière partie, mais
le Capitaine Thomson ne nous le permit pas...
Il paraît que notre brave cargo le « Axel Bauer » était vieux et qu'il venait
d'accomplir son ultime voyage, il allait maintenant être envoyé au bassin des
invalides de la marine.
Nous descendîmes mon ami et moi, sans plus de dîmes dans nos poches qu'à
notre départ...
Nous nous saluâmes...
Je regrette aujourd'hui une chose, c'est de ne pas lui avoir demandé son nom.
Mais que voulez-vous, je n'en ai jamais eu le temps !
Voyage, voyage... ( Désireless )
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