Les bras m’en tombent

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Il y eut May, Verne, Klein, Vian, Genevoix, Stevenson et Druillet, Moebius, Corben... Puis Van Vogt, Wodehouse, Giono, Brown, Flaubert, Harrison, Steinbeck, Süskind, Maupassant, Renard, Gide ... [+]

Il était une fois deux frères jumeaux : Accro et Mollo. Jumeaux, enfin... c'est ce que l'on disait. Jamais deux êtres ne furent aussi dissemblables que ces deux là : Accro était aussi frêle, nerveux et plein de vie, à crocs, quoi, que Mollo était imposant, indolent et capitulard. Mol haut pour tout dire. Dans les échoppes et les chaumières, leurs différences si flagrantes faisaient douter les esprits dévots quant à leur paternité commune et certains allaient même jusqu'à évoquer la marque du Malin.
Malgré ces médisants, tout allait pour le mieux entre les deux frères quand le grand malheur arriva : on ne sait plus très bien ni pourquoi ni comment, mais Accro se retrouva privé de la jouissance de ses quatre membres. A une époque où ce mot n'existait pas encore, il devint tétraplégique. Les commères du bourg, elles, parlèrent de punition divine.

En ces temps cruels, Accro n'avait d'autre avenir que la mendicité, mais c'était compter sans son caractère énergique. Bien décidé à surmonter son infirmité, il se fit faire un harnais pour que Mollo le prenne sur son dos, comme l'aurait fait une bête de somme d'un sac de grain. Las ! Accro avait beau être léger comme une volaille et son frère puissant comme un bœuf, l'effort épuisait Mollo, sans parler des soubresauts incessants dus à chaque enjambée, ni de la vue limitée par la nuque épaisse et rougeaude de la monture.
Jamais à court d'idées, l'infirme s'adressa au menuisier qui lui fit une sorte de fauteuil avec un haut dossier muni de deux poignées, puis au charron qui l'équipa de deux petites roues orientables à l'avant et de deux grandes à l'arrière. Le bourrelier garnit l'assise et le dossier de sangles et de pièces de cuir rembourrées de grosse laine afin d'améliorer le confort d'un engin comme on n'en n'avait jamais vu. Mollo y installa Accro, l'attacha par les bras et les jambes et empoignant le chariot par l'arrière, le poussa dans les ruelles sinuant au pied des remparts. Surpris, les manants ébahis regardèrent passer ce singulier équipage en se signant, tandis qu'à sa vue, les poules affolées s'enfuirent en piaillant tout en battant des ailes. L'événement arriva aux oreilles du seigneur qui les convoqua. Par une voie fort escarpée, ils montèrent péniblement à son château où l'œuvre de Accro, à sa grande fierté, fut reconnue comme particulièrement ingénieuse. Mollo, lui, en ressentit une grosse fatigue, encore accentuée par la perspective d'une descente non moins éprouvante.

Dès son enfance, Accro eut une âme de chef, et fort du succès de son invention, se sentit omnipotent, mieux, intouchable. Mollo devint une extension de lui même, poussant et tirant le fauteuil partout où son bon gré le commandait. Son allant jouxta la tyrannie :

– Si on éCluzait une chope de cervoise à la taverne ?
– Non, c'est trop loin, soupira Mollo.
– Sy !
– Pffou... mais je suis claqué !
– Claqué ? J't'en mettrais bien une, de claque, moi !

A ce moment du récit, le lecteur attentif n'aura pas oublié que Accro a perdu l'usage de ses membres supérieurs. Ainsi donc :

Pas de bras, pas de choc au las...
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Gilles Pascual · il y a
Bravo Sire ! Vous me fîtes rire !
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Napoléon Turc · il y a
Marquis, votre billet m'est exquis !
Serviteur.

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Dolotarasse · il y a
Toujours le mot pour rire à la fin !
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Napoléon Turc · il y a
C'est pas beau de se moquer des faibles !
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Utilisateur désactivé · il y a
Et farceur avec ça le Napoléon !!
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Napoléon Turc · il y a
Ça me coupe les pattes ! Merci de votre visite.