Les bons économistes sont rares

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Le dimanche 21 mars 2015, à 20h25, Jérome Laqueue se fit remettre la clé de la chambre 234 de l'hôtel Le Terminus près de la gare de Lyon. « Il fourre, il fourre le curé », sifflota-t-il doucement tandis que l'ascenseur montait les sept étages menant à son couloir. Dans le règne d'un silence impeccable, il introduisit la clé dans la serrure puis referma la porte derrière lui.
A 23h35, après avoir honteusement végété, il éteignit tout et s'endormit plein d'enthousiasme à l'idée de la journée à venir.
Son rêve se peupla rapidement de soupirs. Son rêve ? Il ouvrit les yeux. Les plaintes se prolongeaient dans la pénombre. Revenu à lui, il se redressa légèrement et tendit l'oreille. Cela provenait de l'autre côté du mur. Il s'agenouilla sur le lit. Ce qui apparaissait comme un léger trot devint rapidement une cavalcade accompagnée de gémissements intempestifs. Il se leva et s'approcha du mur contre lequel venait désormais taper bruyamment le montant du lit de l'autre chambre. L'affaire dura quelques minutes et, sitôt terminée, reprit aussitôt. Mais cette fois-ci les bruits provenaient du mur opposé. Il s'approcha du bureau pour entendre distinctement les râles d'un homme qui alternaient avec ceux d'une femme. Jérôme entrouvrit la porte de sa chambre et passa la tête dans le couloir. En face, il entendit des petits bruits secs. « Continue, j'ai été méchante », disait une voix de femme chargée d'émotion. Il avança, pieds nus sur la moquette du couloir prêtant l'oreille à gauche, à droite. Chaque porte semblait s'être refermée sur un couple affairé. Des soupirs, des cris, des ahanements faisaient vivre cette enfilade de chambres dans une interminable plainte collective. L'hôtel entier semblait consacré au plaisir. Le Terminus n'avait probablement jamais aussi bien porté son nom.
Il regagnât sa chambre, les tempes en feu, avala un verre d'eau puis alluma la télévision. Deux corps nus entrelacés apparurent aussitôt, forçant leurs expressions dans un film érotique bruyant.
Le lendemain matin, Jérôme Laqueue, la mine défaite, les pensées au ralenti, se rendit à sa réunion, une rue plus loin. On lui remit un badge et il alla s'installer au dernier rang de l'auditorium.
Il se cala dans le fauteuil de velours rouge, versa la tête en arrière et put enfin s'endormir tandis que s'ouvrait la première assemblée générale de l'association « Reviens Dominique Strauss Kahn ! ».

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