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Les aventures éthyliques d'un prince chassé de chez lui

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Kaimeng

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Il était une fois un Prince qui avait une particularité étonnante et dont tout le royaume était au courant : il était tout le temps ivre.
Dès le matin à son réveil il engloutissait une bouteille de vin avant de prendre son petit-déjeuner. Il allait ensuite dans ce qu’il appelait sa bibliothèque à boissons, une salle qu’il s’était installé dans une des tours du château et dont les étagères croulaient non pas sous des livres, mais bien des bouteilles de toutes sortes. Il s’en était fait venir de tout le royaume, parfois au prix de la vie de centaines de soldats.
Il passait une partie de la journée dans sa bibliothèque puis il allait se promener sur les fortifications du château, criant, chantant, alpaguant les jeunes filles qu’il voyait. Lorsque la nuit tombait, il retournait dans sa chambre et se couchait, encore accompagné de quelques bouteilles.
Ses parents, le Roi et la Reine, ne savaient plus quoi faire de ce fils qui jetait la honte sur sa famille et le royaume. Ils avaient bien tenté maintes fois de discuter avec lui mais cela n’avait rien changé. Ils avaient dû apprendre à vivre avec.
Jusqu’au jour où le Prince, lors de sa promenade quotidienne, a manqué de se tuer. Il a trébuché et a failli basculer du mur. Il n’a été sauvé d’une mort certaine que par l’intervention d’un garde qui passait par là. Le soir de ce même jour, ses parents ont décidé qu’ils en avaient assez. Ils ont convoqué leur fils, qui est arrivé des heures en retard, à quatre pattes tellement il avait bu, et lui ont fait savoir qu’il était banni du château tant qu’il continuerait à boire comme il le faisait. Le Prince a commencé par rire parce qu’il croyait que ses parents lui faisaient une mauvaise blague, mais il a vite compris que ce n’était pas le cas.
Il a imploré le pardon de ses parents. Il a pleuré, crié, chanté, rigolé, il est devenu incontrôlable. Mais la décision du Roi et de la Reine était irrévocable.
Le lendemain matin, le Prince a pris de maigres bagages, puis il est passé dans sa bibliothèque dire au revoir longuement à ses bouteilles, les embrassant, les câlinant. Il en a mis quelques-unes dans son sac. Il est ensuite passé voir ses parents mais ne leur a pas décroché un seul mot. Puis il est parti.
Bien qu’elle soit facile à repérer, il a mis du temps avant d’arriver à la grande porte d’entrée du château. Il est sorti et s’est retrouvé hors de l’enceinte pour la première fois depuis bien longtemps. Il s’est mis en route, bien décidé à trouver un remède contre son alcoolisme.


Les premiers jours furent difficiles. Il marchait dans la forêt, s’arrêtant de temps en temps pour boire quelques lampées. Il se sentait seul, pire, sa réserve commençait à se vider et il savait que le sevrage serait terrible.
Au troisième jour de sa quête, il est arrivé dans une clairière, au milieu de la laquelle se trouvait une petite maison toute simple. Un peu de fumée sortait de la cheminée, indiquant que la maison était habitée. Il y avait un puits, de petits champs, tout ce qui permettait à quelqu’un de vivre en indépendance.
Épuisé, à moitié ivre et à moitié en gueule de bois, le Prince s’est approché de la porte, sur laquelle il a toqué.
Un petit homme étrange a ouvert la porte.
– Qui êtes-vous, a demandé la Prince
– Je suis Le Sage, a répondu Le Sage
– Vous êtes un sage ?
– Non, pas UN Sage, LE Sage.
– Le Sage de quoi ?
– De rien du tout, juste Le Sage.
– Vous faîtes quoi dans la vie ?
– Je partage ma sagesse.
– Votre sagesse ?
– Oui ma sagesse, j’en ai beaucoup, je suis très sage.
– Vous êtes Très Sage ? Je croyais que vous étiez Le Sage.
–... Veuillez entrer...
Le Prince a suivi le petit homme à l’intérieur. Il avait un peu de mal à marcher droit et s’allongea péniblement sur un canapé noir, en face de l’hôte de la maison. Ils se trouvaient dans un petit salon austère aux murs blancs, avec seulement quelques meubles en bois dans un coin de la pièce. Le Sage se trouvait assis sur un fauteuil et le regardait.
– Que me vaut le plaisir de cette visite ?
– J’ai un problème, je suis alcoolique.
– D’accord.
– Et donc ?
– Je ne peux pas vous aider.
Le Prince s’est relevé, énervé.
– C’était bien utile...
Le petit homme a réfléchit quelques secondes.
– Mais je connais quelqu’un qui pourra vous aider.
– Ah oui ?
– Il existe une histoire à propos d’un alchimiste qui aurait inventé un remède contre l’alcoolisme. La légende raconte qu’il habite très loin et que son repère est bien caché, que des centaines de braves aventuriers sont morts en tentant de le trouver. Il est dit qu’il faut affronter de nombreux dangers, combattre des monstres féroces, résoudre des énigmes plus difficiles les unes que les autres, tout en sachant que les chances d’arriver au bout sont infimes.
– C’est vrai ?
– Non, il ne faut jamais croire les légendes. Il y a son adresse dans le journal. Vous prenez le carrosse n°23 jusqu’à l’arrêt Vallée des Nains, et là vous prenez le n°87, vous descendez à l’arrêt Centre-ville, vous marchez quelques mètres et vous y êtes. C’est facile, il suffit de repérer la grande enseigne orange.
Le Prince, dans son esprit embrumé réalise la chance qu’il a eue de tomber sur ce petit homme bizarre.
– Merci beaucoup, monsieur Le Sage.
– Nous sommes amis à présent, appelez-moi juste Sage.
Le Prince se lève du canapé, tombe, se relève, retombe, se relève à nouveau, retombe à nouveau, arrive enfin à se stabiliser et fait mine de partir lorsque Sage le stoppe de la main.
– Mes services ne sont pas gratuits. Je vais vous prendre vingt pièces d’or.


Malgré les instructions très claires du Sage, le Prince, dû à son état d’ébriété, a pris le carrosse d’une mauvaise ligne, et dans le mauvais sens. Il s’est trompé à de nombreuses reprises. Le trajet qui aurait dû prendre une heure lui a finalement pris cinq heures. Ce qui lui a laissé le temps de décuver.
Pour la première fois depuis bien longtemps il s’est retrouvé sans bouteille à portée de main, car il avait fini sa dernière. Et cela lui faisait peur. Il était pressé d’arriver chez cet étrange alchimiste pour voir si ce remède était vraiment efficace.
Après ces pérégrinations, il est enfin arrivé à l’arrêt Centre-Ville. La nuit était déjà tombée depuis quelque temps.
Toute les lumières de la ville étaient allumés. Quelques échoppes dans la rue continuaient à vendre de la nourriture. En face de lui il pouvait voir l’entrée d’une taverne dont la musique parvenait jusqu’à ses oreilles. Il a d’abord été attiré par cet endroit, et la possibilité d’y trouver de l’alcool, mais il s’est finalement mis en route, lorsqu’il a repéré la grosse enseigne orange un peu plus loin dans la rue.
Il est ensuite tranquillement entré dans ce qui semblait être un magasin.
A l’autre bout de la pièce se trouvait la caisse, derrière celle-ci un homme, et derrière celui-ci plein de petites boîtes sur des étagères. Le Prince s’est approché.
– C’est vous l’Alchimiste ?
– De quoi ?
– Etes-vous l’Alchimiste ?
– Mais qu’est-ce que vous racontez ?
– Je suis alcoolique.
– Pas besoin de me le dire, j’avais remarqué.
Les deux hommes se sont regardés, l’un attendant que l’autre réagisse, ou dise simplement quelque chose. L’Alchimiste n’y tenant plus, s’est décidé à reprendre.
– Qu’est-ce que vous voulez que ça me fasse ?
– J’ai besoin d’un remède, et l’on m’a dit que je le trouverais chez vous.
– Mais je n’ai pas de remède moi, vous cherchez sûrement la pharmacie. Elle est juste à côté, suivez la grande enseigne verte.
– On m’a dit de suivre une enseigne orange, et non pas verte.
L’alchimiste a réfléchi, le Prince a manqué de tomber par terre.
– Vite, je suis en manque. J’ai besoin d’un remède. Qu’est-ce qu’il y a sur les étagères derrière vous, je vais prendre ça, car ça m’a l’air d’être ce que vous vendez de plus important.
– Mais je ne suis pas sûr...
– Arrêtez de discuter et donnez-moi ce que je vous demande.
– D’accord, mais vous aurez besoin de ça aussi, lui dit l’alchimiste en montrant un petit objet en métal près de la caisse.
– D’accord...
Après avoir fait ses achats, et être sorti du magasin, le Prince s’est assis sur le trottoir. Il a pris la boite et l’a ouverte. Une odeur étrange en est sortie.
À l’intérieur se trouvait des petits bâtonnets blanc et orange. L’Alchimiste lui a expliqué comment prendre ce médicament, et le Prince a donc scrupuleusement suivi ses instructions. Au début, il a beaucoup toussé car il n’était pas habitué. Mais petit à petit, il a moins souffert, il a même commencé à ressentir du plaisir. Son envie d’alcool s’estompait. Le remède miraculeux existait vraiment.
Il s’est levé, bien décidé à rentrer chez lui, tout en pensant au fait qu’il allait devoir faire venir des dizaines de ces boîtes au château.


Au début, le Roi et la Reine ont été plus que ravis de voir leur fils rentrer et d’apprendre qui il avait réussi à guérir son alcoolisme. La bibliothèque à boisson a été vidée, remplacée par des étagères remplie de ces étranges petites boîtes.
La vie a repris son cours, tranquillement. Il a même été décidé qu’il fallait désormais trouver une femme au Prince.
Il y avait néanmoins un petit problème.
Le Roi et la Reine ont commencé à en avoir marre de la fumée qui se trouvait partout dans le château, causée par le remède de leur fils. Elle s’infiltrait partout, laissant une odeur désagréable sur les rideaux, les lits, les vêtements, dans l’air. La fumée était parfois tellement forte qu’on ne pouvait plus y voir clair.
Mais le Roi et la Reine avaient décidé de prendre sur eux, ils ont compris qu’ils allaient devoir apprendre à vivre avec.
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