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Les aventures du jeune Jules

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Yannick Pagnoux

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Nantes était une ville qui convenait parfaitement au caractère impétueux du petit Jules. La mer à portée des yeux, et l’envie du grand large lui permettaient de rêver au jour où lui aussi arpenterait l’océan. L’océan. Toujours, il l’avait appelé et plus que tout, il l’aimait. Alors quand il voulait oublier les « difficultés » d’une vie d’enfant quelques minutes, il venait s’évader sur le port. De là, il regardait ces grands voiliers quitter l’estuaire de la Loire et se diriger vers ce large qu’il s’imaginait tant. Dans ces moments particuliers, il pensait à son oncle Prudent, maire de Brains, chez qui il passait ses vacances. Un marin qui avait fait plusieurs fois le tour du monde et racontait comme personne l’exotisme de ces terres lointaines. Le petit Jules aimait entendre le vieux bourlingueur retracer ses exploits autour d’une partie de jeu de l’oie. Les pirates, les tempêtes, la vie en mer. La seule vie possible pour le garçonnet. Des instants uniques qu’il grava en mémoire, et qui lui permirent de s’échapper de la rigueur monastique du collège. Saint-Stanislas, ses codes, son règlement, sa morale. Tout ce que détestait vraiment le petit Jules. Cependant, l’enfant n’en était pas moins studieux et il était devenu lumière parmi les lumières en étant l’élève le plus brillant parmi tous ses camarades. On le reconnut même comme un des meilleurs élèves ayant foulé le carrelage des lieux.

Mais un jour, l’appel prit le pas sur la raison. Le petit Jules était amoureux. Tout commença à l’été 1839. Les premières chaleurs venaient de faire leur apparition alors que les vacances débutaient. À la différence de beaucoup d’enfants partant aux champs réaliser leurs corvées estivales, lui se rendait à Chantenay où son père avait acheté une maison au 29 bis, rue des Réformés. Le début des congés était un moment de plaisir pour le petit Jules qui adorait passer du temps avec sa cousine, la délicieuse Caroline. Les deux enfants étaient inséparables. Ils parlaient sans cesse de leurs doux rêves, lui évoquant son avenir en mer, elle lui racontant son désir de voir des horizons lointains. Et en particulier les Indes. Elle lui parla alors d’un collier fait d’une pierre qu’on trouvait sous la mer et qui était en réalité un animal. Le corail. Une roche dont les couleurs auraient fait rêver plus d’un peintre, disait-elle. Alors ni une ni deux, le garçonnet lui promit de lui en ramener un et ce dès le lendemain. Bien entendu, la petite fille lui rit au nez. Néanmoins, il ne se démonta pas. L’amour donne des ailes disait-on, mais pour Jules l’amour prenait forme dans le vent qui soufflerait dans les voiles l’emmenant vers d’autres eaux. Il promit de partir de la ville voisine, Paimbœuf, et de voyager vers les Indes. Ainsi, le soir même, il préparait son baluchon.

Le soleil n’était pas encore levé, qu’il volait deux sous d’argent et laissait sur la table de l’entrée un mot pour son père, dans lequel il expliquait sa décision de partir sur un voilier. Il alla ensuite voir le maréchal-ferrant du coin, lui demandant de le conduire à Paimbœuf contre un des sous dérobés. L’homme accepta, bien trop heureux de l’aubaine. Ils arrivèrent au port vers midi. Heure où tous les marins s’activaient comme des forçats sur les ponts des bateaux. Jules était émerveillé devant ce spectacle. Marin, voilà vraiment le métier qu’il voulait faire plus grand. Sans vergogne, il grimpa à bord d’une goélette qui devait embarquer le soir même direction Pondichéry. Les hommes d’équipage le regardèrent en riant, mais avec un aplomb déconcertant pour son âge, il fit le tour du bastingage de la proue à la poupe, allant même jusqu’à faire tourner le gouvernail sous les yeux ébahis du capitaine. Le vieil homme n’en était pas à son premier voyage en mer, mais c’était la première fois qu’il voyait un gamin faire preuve d’une telle audace. Néanmoins, à ses yeux, là n’était pas la place d’un gamin. Un enfant ne pouvait point supporter la vie en mer. Surtout si celui-ci était issu d’une bonne famille. Et l’enfant qu’il avait sous les yeux en présentait toutes les apparences. Il se décida donc à le chasser, mais l’enfant résista. Le jeune éhonté lui proposa son dernier sou d’argent, contre la promesse d’être engagé comme mousse. Le vieil homme éclata de rire devant une telle assurance et finit par accepter, espérant secrètement qu’un de ses parents viendrait vite le chercher avant que le navire ne lève l’ancre. Et grâce à Dieu, comme il avait souhaité, c’est ce qui arriva.
Le père de Jules alerté par le courrier de son fils avait rejoint le port dans la foulée de sa lecture. Renseignement pris, il aperçut son fils à bord du voilier qui devait embarquer le soir-même. Il y monta à son tour, et le tança rudement. Celui-ci lui expliqua alors la raison de son départ. Ramener un collier. Un aveu d’enfant amoureux qui calma la colère paternelle. L’homme demanda alors à son fils de lui faire une promesse. Tant qu’il serait en vie, jamais, il ne chercherait à redevenir marin, et continuerait de rêver aux océans seulement dans sa tête. En échange de quoi, son père lui garantissait de faire en sorte qu’on lui rapporte ce fameux collier. Le garçon accepta la proposition et son père donna donc au capitaine de goélette six sous d’argent, comme il l’avait dit à son fils. Et le collier arriva un jour, sans qu’il y pense. Alors le jeune Jules tint sa promesse et ne devint pas marin. Du moins jusqu’à la mort de son père. Peu après, il acquit son premier bateau, le Saint-Michel, une chaloupe de pêche aménagée, et embarquait vers l’Angleterre. Son premier voyage. Des années durant, il parcourut ces océans, ces mers lointaines auxquelles il avait tant pensé, les décrivant par la suite avec la plus grande justesse. Car de ses rêves d’enfant, le petit Jules devenu grand en a laissé les plus beaux témoignages, en les relatant dans ses écrits. Écrits qui auront alimentés les songes de milliers d’autres gamins. Dont les miens. Alors juste un grand merci pour m’avoir fait rêver, monsieur Verne.

PRIX

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Clément Dousset · il y a
Nantes , Paimboeuf, cela me fait toujours plaisir de voir évoqués par la littérature ces lieux voisins de celui où je suis né. Cette brève évocation de l'enfance et des rêves marins de Jules Verne a beaucoup de charme.
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Eva Dayer · il y a
L'appel du grand large , le souffle de l'aventure , les premiers émois amoureux ... et Jules Verne . Je vote !
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Mone Dompnier · il y a
J'ai bien aimé votre récit, donc une voix pour le petit Jules...
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