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L'enfant volée

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Nat Demouzkoz

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12 août 2018, San Gimignano, Piazza del Duomo, 10h12
Graziella rosit de ravissement. Ces tomates, pleines et charnues sous leur peau rouge foncé, emplissent l’air d’un effluve délicieux. Fermant les yeux, elle imagine déjà le goût de la chair délicate fondant sous ses dents.
— Un altro pomodoro, signora ? 
Prise au dépourvu par la question du marchand, elle rougit un peu sous les taches de rousseur qui dessinent son bronzage doré.
— No... grazie, sourit-elle.
Son panier est bien assez rempli.
Se détournant à regret de l’étal enchanteur, elle cherche instinctivement ses filles au milieu des touristes, nombreux sur la place principale malgré la chaleur accablante.
— Livia ? Sofia ? appelle-t-elle au hasard, survolant la foule du regard.
Pas de réponse, ni de mèches brunes volant autour de petites filles trop occupées à jouer.
— Les filles ? tente-t-elle d’une voix rendue plus aiguë par l’inquiétude qui pointe.
Graziella sent les battements de son cœur accélérer dans sa poitrine, et ses pas se faire plus pressants, désordonnés. Une voix puissante et chaleureuse la stoppe net.
— Grazi ? Chérie ! On est là ! entend-elle au moment où son homme surgit devant elle, regard franc et rassurant.
— Gianni ! Les filles sont avec toi ? Mon Dieu, j’ai eu peur ! souffle-t-elle de soulagement.
— Ne t’inquiète pas ma chérie ! Comme tu traînais, on s’est mis à l’ombre. Viens voir, il y a une super jolie place là-bas, avec une fontaine, elles s’amusent comme des folles.
Comme toujours, la force calme de son mari l’apaise immédiatement. Saisissant tendrement son bras pour gravir les larges marches de pierre grise que les pas des visiteurs depuis le Moyen-Âge ont rendues glissantes, elle lui lance un regard reconnaissant.
Ses deux trésors jouent effectivement autour d’une fontaine de pierre, dorée par le soleil, au cœur d’une place carrée, dissimulée aux regards par un petit passage d’ombre voûté. Quand elles aperçoivent leur mère, elles font la course pour se jeter à son cou. Naturellement, elles y arrivent en même temps.
— Mes chéries !
La chevelure dorée de Graziella se mêle aux mèches brunes de Livia et Sofia, qui étreignent leur mère dans un même élan d’amour, énergique ou plein de douceur, selon les bras qui l’agrippent.
— On continue, mes amours ? demande Gianni de sa voix grave et chaude, doucement, craignant de rompre le charme de ce tendre câlin mère-filles.

24 mars 1999, péage d’accès au Tunnel du Mont Blanc, côté français, 10h47
Bloquée dans la file immobile de véhicules attendant civilement leur tour pour franchir la barrière, la R25 bleue métallique des Salvi avait parcouru cinquante mètres en cinq minutes. Ses quatre occupants commençaient à s’agiter.
— Alors les filles, ça vous a plu la montagne ?
Un franc sourire lui barrant le visage, Agostina se retourne et s’installe, coude posé sur le revêtement en velours de son siège passager, menton en son creux, impatiente d’écouter les réponses à sa question. Ces vacances avaient été extraordinaires. La première fois qu’ils allaient aux sports d’hiver tous les quatre. Les filles portaient autour des yeux et loin sur le nez la large trace blanche laissée par le masque de ski. Cette vision l’attendrit.
— Moi, de toute façon, je préfère la mer ! lance sa fille cadette, neuf ans et deux couettes brunes épaisses retenues par des élastiques multicolores.
— N’importe quoi, tu faisais la belle avec tes chaussures de ski rose fluo... riposte l’aînée, onze ans, yeux au ciel rejoignant quasiment sa longue frange brune.
— T’en sais rien d’abord, je sais quand même mieux que toi !
— Bah, je dis ce que j’ai vu hein !
— Bon, ça suffit ! gronde Marcello.
— Merci les filles pour votre enthousiasme ! Je vois que les vacances vous ont revigorées en tout cas ! soupire Agostina en reprenant sa position initiale.
— De toute façon les tunnels, c’est nul !
— Bon, Magda, tu te calmes un peu s’il te plaît ?
— Moi je suis d’accord ! C’est long, c’est fermé, et c’est tout noir !
— Allez, courage, ça va bientôt être notre tour. Quand on sort, on est dans notre pays ! C’est rigolo non ?

12 août 2018, San Gimignano, Église Sant’Agostino, 10h38
Agenouillée à même le sol dans l’angle est de la chapelle centrale, cachée à la vue des touristes par l’immense autel principal, la vieille femme se recueille. Les célèbres fresques de Benozzo Gozzoli se dressent, immenses, face à elle. Elle cherche dans leurs couleurs pastel un apaisement de l’esprit.
— Sant’Agostino... Aide-moi s’il te plaît ! Toi dont je porte le nom, aie pitié de moi. Comment va ma petite fille ? Où est-elle ? Je voudrais tellement revoir son visage...

12 août 2018, Colle di Val d’Elsa, Réserve Naturelle de Sante Agnese, 11h12
— Maman ?
Fouillant frénétiquement la maison, Vera peste contre elle-même de s’être assoupie presque une heure, de n’avoir pas été plus vigilante. Depuis quelques mois, Agostina a de plus en plus d’absences, de trous de mémoire. Elle ne doit pas rester seule plus de quelques minutes, l’a alertée le médecin de famille, confirmant le diagnostic redouté de la maladie de l’oubli. Il avait ajouté, sur un ton triste empli de douceur, qu’il fallait s’attendre à ce que les souvenirs lointains reviennent à la surface, brutalement parfois, le passé venant se mêler au présent sans que la vieille femme ne puisse les différencier. La distance des années, réduite à néant, pouvait ainsi renvoyer violemment à l’esprit des sentiments oubliés, enfouis, cachés.
— Maman ?
Franchissant le seuil de la maison, Vera tend l’oreille. Seul le bruit d’une légère brise, caressant l’hectare de vignes en remontant la colline, lui répond. Rien dans le jardin.
En quelques semaines, son comportement a commencé à devenir étrange. On pouvait l’entendre rire sous cape d’un bon tour qu’elle croyait avoir joué à ses camarades, et cinq minutes plus tard, avoir envie de se boucher les oreilles aux hurlements de désespoir qui emplissaient le salon, la cuisine, l’air du jardin parfois.
Heureusement qu’elles sont isolées, pense Véra. Il y a au moins un avantage à être paumées, en haut de cette colline qui est la leur.
Elle exagère, elle le sait. Elle est fâchée, voilà tout. En temps normal, personne, davantage qu’elle, ne chérissait le panorama incroyable que leur offrait d’habiter la vieille bâtisse. Autour de la maison de pierres, des carrés, des rectangles, des triangles de pieds de vigne à perte de vue, parcelles entrecoupées les unes des autres par des oliviers disséminés, des rangées de petits chênes verts, des sous-bois arpentés par des familles nombreuses de sangliers.
Perdue entre ses pensées, son œil ne fait le point sur la vision proche qu’au bout de plusieurs secondes.
La voiture ! Disparue !
Cette fois, l’affaire est sérieuse, Agostina a carrément pris la fuite avec leur vieille Fiat Panda mini 4x4, premier et fidèle du nom.
— Bon, pas de panique.
Ouvrant le placard en lambris beige de l’entrée, Vera farfouille sous un tas de foulards, lainages, et autres accessoires, et finit par trouver ce qu’elle cherche. Des jumelles.

12 août 2018, San Gimignano, 11h40
Un gouffre vient de s’ouvrir devant eux. Leur fille, leur petite fille a disparu. Leur matinée de touristes romains fuyant la capitale pour visiter la Toscane, entre vieilles pierres, collines verdoyantes, douceur et sérénité, ou presque, s’est envolée d’un coup. Livia est introuvable depuis plus de trente minutes.
— Quel âge a-t-elle ? Comment est-elle habillée ? Où l’avez-vous vue pour la dernière fois ?
Assise sur un banc de pierre, à l’ombre d’un renfoncement de la place, Graziella est accablée par le choc. Ses jambes ne portent plus son poids. Ses mains sont noueuses, nouées comme ses nerfs, son cerveau, ses veines. Ses yeux regardent le vieux policier sans le voir. Elle perçoit des cheveux rendus gris foncé par un mélange de brun et de blanc, des cernes marqués de plusieurs étages, une épaisse moustache surplombée par un large nez. Malgré sa nervosité, il semble gentil. Elle se rappelle qu’il attend une réponse à ses questions. Comme une automate, elle parle.
— 8 ans... un short bleu... vif... un tee-shirt blanc à paillettes... en forme de sirène... des sandales rouges... Là, là-bas, dans l’église, elle nous attendait dehors.
— Madame. Je comprends que vous êtes en état de choc mais il faut vous ressaisir s’il vous plaît. Chaque seconde sera précieuse pour retrouver votre fille.
Cette injonction vigoureuse inattendue la recentre. D’un hochement de tête, Graziella montre qu’elle a compris. Rassemblant ses forces, elle sent l’énergie parcourir à nouveau ses membres, ses sens en éveil. Quelques mètres en aval, Gianni fait de grands gestes face à une équipe de cinq ou six policiers.
Elle commence à se relever quand la voix assurée de Sofia la fait tressaillir.
— De toute façon, c’est sûr qu’on va la retrouver ! Livia, c’est moi ! Et moi, c’est elle !
— Que veux-tu dire ma grande ? se penche doucement et difficilement, le policier.
— Ben quoi, à nous deux, on est une quoi !
En quelques enjambées, le mari les a rejoints.
— Elles sont jumelles. Vraies jumelles, complète Gianni, la voix grave, les traits crispés, le regard rétréci par l’inquiétude.
— Ok. On récapitule. Je m’appelle Ernesto Bianchi, je suis le policier en charge des recherches pour retrouver Livia. Chaque détail pourra être décisif. Nous allons continuer de vous interroger, puis chercher le moindre indice de son passage en quadrillant la ville.
Graziella remarque seulement à cet instant le bleu délavé de ses pupilles, passé à la machine à broyer de ceux qui en ont trop vu. Sa première impression avait été qu’il ne serait pas à la hauteur. Un flic usé, dépassé, en fin de parcours. Mais sa sincérité l’ébranle. Au-delà de la fatigue et du temps, quelque chose de solide émane de son imposante personne.

24 mars 1999, Tunnel du Mont Blanc, 11h40
Une vie s’engouffre dans le noir. Ma fille, ma petite fille a disparu. Nous avions pourtant presque réussi à sortir tous les quatre du tunnel, laissant la voiture sous cette montagne immense qui renferme désormais un couloir maudit, incandescent, fatal. Au sommet, les neiges éternelles, au creux, le pire brasier imaginable.
Une fois le péage passé, à notre tour nous avons pénétré dans l’antre spectaculaire de plus de onze kilomètres creusé sous la roche. Il y avait beaucoup de monde, aussi la vitesse était-elle ralentie. De plus en plus lente. Puis tout à fait nulle.
Peu encline à l’enfermement, je commençais à me dire que je n’aimais pas trop ça.
— ‘tain, si ça bouche déjà là, on n’est pas sortis, avait marmonné Marcello dans sa barbe brune aux reflets rendus argentés par la lueur des phares et son poil blanchissant.
Il n’a pas eu le temps de s’énerver. Une, puis deux, puis bientôt dix personnes quittaient leurs véhicules, l’air affolé.
— Sortez ! Vite ! Il y a de la fumée !
Marcello interloqué a saisi d’une main ferme le poignet d’un homme arrivant à la hauteur de sa vitre.
— Excusez-moi, il se passe quoi là ?
La quarantaine bien tassée, le petit homme joufflu a répondu par des bouts de phrase, sans regarder mon mari, jetant des œillades inquiètes derrière lui.
— On a entendu des gens... dire qu’il y avait de la fumée blanche... sur un camion... trois kilomètres plus loin. Je n’ai rien vu ! Mais tout est bouché... on est encore tout près de l’entrée... je vous conseille de partir !
Sortant brutalement de sa torpeur, il a arraché son poignet à la main qui le retenait, regardé intensément Marcello avant de détaler soudainement.
Marcello a bondi sur son siège, et d’une torsion aussi puissante que rapide, arraché d’un clic angoissé la ceinture de sécurité de Vera, d’un second celle de Magda.
— Ago, prends Magda et cours ! On se retrouve dehors ! a-t-il rugi en extrayant Vera de l’auto.
Devant mon air stressé par l’imminence d’un grave danger, mon mari a immobilisé mon menton dans sa large paume droite, qu’un voile de sueur commençait à couvrir, pour accrocher mon regard, me faire réagir à l’urgence.
— Ago ! Regarde-moi ! Je prends Vera ! a-t-il tonné. Magda sera moins lourde pour toi ! Vas-y, bouge ! Maintenant !
Attitude réflexe enclenchée, je suis sortie précipitamment de la voiture, et tout s’est enchaîné. J’ai ouvert la portière arrière, soulevé Magda du siège, couru entre la paroi du tunnel et la rangée de voitures immobiles dans cette agitation, concentrée sur mon objectif. Sortir. Une dizaine de mètres devant nous, j’apercevais Marcello, et Vera dans ses bras, telle une grande poupée de chiffons ballottée au rythme des enjambées puissantes et nerveuses de son père, qui se retournait régulièrement pour s’assurer que nous les suivions.

12 août 2018, route SR429, entre Poggibonsi et Cedda, 12h12
La Fiat Panda bondissait sur la route bossue, avalant le goudron abîmé de chaleur. Derrière les vitres, les bâtiments se faisaient de plus en plus rares sur les collines du Chianti, qui offraient un panorama magique d’arrondis verdoyants, chênes verts, vignes, oliviers, herbes folles.
Agostina affiche un sourire immense, épanoui par une joie profonde. Ses yeux rieurs ne l’avaient pas été depuis si longtemps, ils semblent regarder ailleurs, autrement. Gaiement, elle se tourne vers Livia qui la fixe, à la fois inquiète et touchée par cette vieille femme ahurissante.
— Ta sœur va être tellement contente !
— Mais pourquoi vous dites ça tout le temps ? Vous vous trompez de sœur. Ma sœur, elle va me retrouver, ça c’est sûr !
Les joues rougies par l’échauffement, réfléchissant à toute allure, Livia essaie de se persuader de cette affirmation. Comme d’habitude, elle a fait confiance, un peu trop rapidement. Cette femme est folle, elle en est certaine maintenant. Malade. Elle la prend pour sa fille, ce qui a l’air de décupler sa force physique et son excitation exaltée.
En sortant de l’imposante église aux couleurs terre de Sienne, une heure plus tôt, Agostina avait cru avoir une vision. Éblouie par le soleil, par le bleu claquant, insolent du ciel d’août, elle avait doucement levé ses yeux traînant par terre. Oubliant de cligner, ils s’étaient arrondis de stupeur, figeant avec eux tout son être dans l’instant. Sa petite fille se tenait là, juste devant elle. De profil dans l’escalier, elle jouait à monter et descendre en sautant sur les longues marches de pierre beige clair. Les reflets solaires traversaient ses mèches brunes abandonnées sur le côté du visage. La femme aux cheveux gris s’était approchée doucement, craignant de vivre un nouveau songe éveillé.
— Magda, avait-elle murmuré.
Un visage désarmant de naïveté, illuminé par le soleil et son propre soulagement, s’était tourné vers elle.
— Heu, bonjour ? Moi c’est Livia. Vous cherchez quelqu’un ?
— Magda, ma petite fille... Pardonne-moi ! Je t’ai cherchée partout... je te le promets !
— Vous avez perdu votre fille ? Elle était devant l’église ? Venez, je vais vous aider à la retrouver.
— Tu étais dans le tunnel ! Il fallait courir ! Je t’agrippais de toutes mes forces, tous les muscles de la main !
Livia avait été touchée par le désarroi total de cette vieille femme qui semblait perdue dans sa solitude. S’arrêtant de parler, Agostina l’avait soudain fixée, la tristesse voilant à nouveau ses pupilles.
Puis, dans un souffle, elle avait demandé :
— Excusez-moi jeune fille... Vous me rappelez tellement ma fille... Quel âge avez-vous ?
— 8 ans madame ! Je m’appelle Livia ! Et ma sœur s’appelle Sofia !
— Moi aussi j’ai deux filles. Enfin, j’avais... Je ne sais plus vraiment.
— Je peux faire quelque chose pour vous ?
Face à cette douce petite fille aux yeux clairs, qui la retenait par le bras et l’espoir, Agostina avait redressé doucement sa nuque courbée par la douleur accumulée depuis dix-neuf ans.
— Tu pourrais me ramener à ma voiture ? Il faut que je rentre maintenant.
Livia avait jeté un bref coup d’œil vers le portail de l’église, hésitant à prévenir ses parents à l’intérieur. Bof, j’ai déjà tout vu, renonça-t-elle. Pas envie d’y retourner. Et puis, le parking est tellement proche, il suffit de descendre une rue et quelques marches, ils ne s’apercevront même pas de mon départ.
— Avec plaisir, si cela vous rassure ! Au fait, vous vous appelez comment ?

12 août 2018, 12h40, San Gimignano, Piazza Pecori, 12h13
Cette petite Livia, il la retrouverait.
En une heure, Ernesto Bianchi avait tout fait pour être le plus efficace possible. Des enfants disparus, volés, jamais retrouvés, il en avait suivis à la trace, en trente-sept ans de carrière. Rattrapé certains, il ne savait pas dire combien. Pas question de partir à la retraite avec un fantôme de plus qui viendrait hanter ses nuits déjà envahies.
Après avoir criblé de questions les trois autres membres de la famille Castelli sur celui qui leur manquait, ils s’étaient donnés trente minutes pour sillonner le centre-ville, interroger les passants, photo de la petite à l’appui, prise dans la matinée avec le téléphone portable de son père.
Ils étaient venus à bout des quatorze tours. Vides de petite fille seule.
Puis s’étaient donné rendez-vous Piazza Pecori, au Musée d’art sacré, dont la petite cour abritée avait l’avantage d’être au calme, pour faire un point. Un barrage de police filtrait les deux sorties de la ville : au nord, sur les parkings situés au pied de l’église Sant’Agostino, au sud, sur la SP1 toujours, devant le Bastion San Francesco.
Six enquêteurs sur place, toutes les brigades de la province en alerte, un hélicoptère sillonnant le ciel de Sienne à Florence au-dessus de l’autoroute, la voie la plus fréquentée à proximité pour s’enfuir rapidement. Les parents avaient vite été mis hors de cause. La sœur, une petite futée celle-là, traînait des oreilles autour de lui, s’agitait le cerveau et les cinq sens à l’affût du moindre signe qui lui indiquerait où chercher sa jumelle.
Rien. Personne n’avait vu Livia, elle s’était comme envolée. Il était temps de se rendre à l’évidence, la fillette avait été kidnappée. Il fallait lancer l’alerte enlèvement sur les ondes, espérer gagner du temps.
Marchant droit sur lui, Sofia montre un regard dur et noir. Le sien accroche un petit objet jaune poussin qu’elle agrippe entre deux doigts.
— Ça ! C’est son élastique ! J’en suis sûre !
Ernesto plisse les yeux pour ne pas décourager la fillette.
— Écoute, Sofia, c’est gentil mais je ne crois pas...
— Tu ne crois rien du tout oui ! Moi je te dis que c’est à elle ! Regarde !
Agitée de convictions, Sofia dégage brusquement de ses cheveux un autre élastique, bicolore. Moitié rouge. Moitié jaune.
— On a fait une découpe ce matin ! On voulait toutes les deux le même, alors on a créé deux uniques avec la moitié de chacun !
Ernesto tressaille, ses réflexes se regroupant en une milliseconde.
— Ok, je te crois. Tu l’as trouvé où, cet élastique ?
— Sur le parking P2 ! À côté d’une place vide ! Je suis sûre qu’elle l’a enlevé pour que je le trouve !
Derrière Sofia, un jeune policier arrive à vive allure vers lui, haletant, un épi blond collé au front.
— Commissaire Bianchi ! On a trouvé des éclats de carrosserie sur un arbre du P2 ! Juste à côté de la place vide ! On était avec la petite tout à l’heure, expire-t-il en se tournant vers elle. La Police Scientifique envoie une équipe.
— Bien, mon petit, c’est bien, on avance, lâche Ernesto, se triturant la moustache d’un air pensif.
Sofia se rapproche, et lui lance doucement :
— Tu sais, ça fait vraiment vieux la moustache. En fait, t’es pas si vieux. On dirait, mais t’es juste super fatigué. Tu retrouves ma sœur et tu dors, ok ?
Comme transpercé par cet énoncé si concrètement clairvoyant, il fait brusquement volte-face et ordonne bruyamment :
— Je veux toutes les unités sur le secteur ! Deux hommes devant l’église Sant’Agostino, les brigades mobiles concentrent leurs recherches sur un véhicule de couleur heu...
— Vert, c’est vert olive !

12 août 2018, Colle di Val d’Elsa, Réserve Naturelle de Sante Agnese, 12h14
Elle fixe sans les voir les oliviers qui dansent dans la brise de chaleur. Frissonnant, Vera rabat les pans de son châle beige l’un sur l’autre, croisant les bras sur sa poitrine.
Elle avait vieilli trop vite. Grandi trop vite. Trop seule, trop sérieusement. Essayant vainement de bâtir sur du vide creusé par un tunnel.
Après la disparition de sa sœur, sa mère s’était pétrifiée. Son père avait arrêté de parler, s’était durci de l’intérieur. Il avait laissé la pierre l’envahir, jusqu’à le tuer, en quelques années. Sa mère s’abandonnait aux moments de détresse lors desquels l’absence lui était insupportable, enfoncée de culpabilité. Comme elle avait lâché sa fille, elle lâchait parfois le réel, la vie concrète. S’éloignait un peu plus de son autre fille.
Écrasée de chagrin d’avoir perdu sa sœur à jamais, sa complice de toujours, celle qu’elle protégeait – après tout c’était elle la grande – Vera n’avait pas trouvé d’espace pour l’exprimer. Elle aussi se sentait coupable. D’avoir survécu, de ne pas réussir non plus à faire revenir ses parents, qui étaient partis loin, à leur tour.
Elle avait voulu faire de cette douleur un rempart, un mur que rien ne saurait briser. Elle avait continué à vivre coûte que coûte. Endossé le rôle de ses deux parents à la fois. Entretenir la propriété, ramasser les olives, gérer l’exploitation du vin. S’occuper de sa mère, sans relâche et sans faille.
Aujourd’hui, elle avait failli. Sa mère était partie à son tour, s’était enfuie. Dans ses souvenirs, ses douleurs, ses délires. Un peu moins d’une heure auparavant, après avoir sondé de ses jumelles l’horizon dépourvu d’un petit bolide vert olive, elle avait donné le signalement d’Agostina à la police. Elle attend qu’elle revienne.
Vera soupire. Lentement, l’image d’une petite fille brune aux couettes retenues par des élastiques multicolores, riant aux éclats, s’invite dans son esprit. De surprise, elle tombe à genoux. Avec quelle netteté sa sœur lui revient-elle, telle qu’elle était juste avant sa disparition !
— Magda... Pardonne moi !
Écrasée par le poids de l’oubli qu’elle a imposé à son cœur, son corps et son cerveau, elle n’entend pas les crissements de cailloux se rapprocher peu à peu jusqu’à elle. Un claquement de portière la fait sursauter.
— Ma chérie ! Regarde qui j’ai retrouvé !

12 août 2018, Colle di Val d’Elsa, Réserve Naturelle de Sante Agnese, 12h17
De ses mains, Vera couvre sa bouche ahurie. Elle ne comprend pas. Sa carapace de douleur à peine fissurée a-t-elle ouvert une brèche aux visions, pour elle aussi ?
Une jolie brunette à couettes. Une image proche de la dernière qu’elle a de sa petite Magda, enfouie loin là-bas.
Mais les élastiques sont rouges et jaunes. Pas fluo. L’air espiègle n’est pas présent sur le visage de la fillette, plutôt une douce naïveté, qui vient d’être ébranlée. Brusquée. Des larmes perlent au bord des longs cils bruns.
— Madame, vous m’entendez ?
Livia a peur. Peur d’avoir laissé sa chance passer, que cette autre dame soit aussi dingue que la première. Qu’elles la retiennent à jamais pour voir grandir cette Magda qu’elles voient à travers elle, comme une expérience mystique trop bizarre.
Elle sait qu’elle est recherchée. Dans la voiture, elle a entendu l’alerte enlèvement entre deux tubes de l’été sur Radio Subasio.
Je ne suis pas si courageuse, réalise-t-elle. Je voulais juste aider cette vieille femme, et j’ai fini enfermée dans une voiture fonçant dans la campagne conduite par une furie. Qu’aurait fait Sofia ? Crié, tapé, couru, sauté de la voiture ? Certainement pas attendu les bras ballants qu’on vienne la sauver...
Vera se ressaisit rapidement. Cette enfant n’est pas sa sœur, elle le sait pertinemment. N’osant regarder sa mère qu’elle sent animée d’une excitation fébrile, elle s’agenouille devant la fillette apeurée et prend tendrement ses mains dans les siennes.
— Bonjour, je suis Vera. Et toi, qui es-tu ?
— Livia... Je peux téléphoner à mes parents s’il vous plaît ?

12 août 2018, Colle di Val d’Elsa, Réserve Naturelle de Sante Agnese, 12h47
Sur les marches de pierre grise, à l’entrée de la bâtisse plusieurs fois centenaire, les deux femmes sont assises en silence. Entre elles, Livia se tient sagement, soulagée. Vera a posé sur ses petites épaules rondes et bronzées le châle beige qui tenait, il y a une heure, sa propre peine au chaud. Elles attendent.
La brise qui caresse les oliviers se mêle imperceptiblement d’un bruit nouveau. Livia devine les sirènes de police qui grimpent, à leur tour, les quelques kilomètres de piste caillouteuse et abrupte pour venir jusqu’à elles. Jusqu’à elle. Sa sœur va venir la chercher.
Sa mère avait poussé un cri strident en entendant sa petite voix au téléphone.
— Maman, c’est moi. Viens me chercher s’il te plaît.
— Livia ! Livia ! Ma chérie ! Mon Dieu, mon Dieu, merci !
— Maman, je suis désolée, j’ai voulu aider une vieille dame et...
Ses yeux avaient rencontré la silhouette d’Agostina, figée devant la fenêtre.
— Dis-moi où tu es ! Je suis avec la police, on arrive tout de suite !
Elle avait passé le combiné à Vera qui avait expliqué d’une voix grave comment se rendre en haut de leur colline, au domaine sur lequel elle veillait si férocement depuis dix-neuf ans, avec le souvenir d’une petite fille.
Malgré le choc de son enlèvement, Livia était sensible à sa peine dissimulée. À l’histoire de cette famille déchirée en plein vol, de cette petite fille disparue, que l’on ne retrouverait pas. À cette mère que l’absence avait sortie d’elle-même, qui ne vivait plus que pour retrouver sa fille. Elle avait demandé, doucement, si elle pouvait voir une photo de Magda. C’est vrai qu’elle lui ressemblait beaucoup. Ou peut-être davantage à Sofia, son sourire espiègle, ses yeux rieurs, son air de grande qui ne se démonte pas.
Le crissement des pneus la fait tressaillir sous le châle. Elle se lève fébrilement.
Du véhicule encore en marche, elle voit sa mère se jeter à corps perdu vers elle. Elle n’a plus rien de son masque de douceur parsemé de taches rousses. Le rouge du stress pas encore retombé se mélange à celui de la fureur qui colore ses joues.
Elle sent son corps tendu et chaud qui l’entoure, la couvre, la protège, tout en se débattant de rage, aveuglée par les larmes, secouée par son prénom murmuré, spasmodiquement.
— Livia ! Oh ma chérie !
Elle devine le pas puissant de son père, le sautillement de sa sœur, qui courent à leur tour vers elle. La présence silencieuse, prête à bondir, d’une dizaine d’hommes. D’un chef un peu lourd, aux traits sincèrement soulagés, qui s’appuie d’une main sur le capot d’un véhicule de police, de l’autre s’essuie le front d’un mouchoir en tissu carrelé de rouge.
— Livia !
Sofia se faufile jusqu’à elle sous les bras paternels et la regarde, triomphante.
— J’ai trouvé ton élastique ! Avant que tu appelles, on avait trouvé ta piste hein !
Les derniers mots sont prononcés avec moins d’assurance que ne l’aurait voulu sa jumelle, elle le sent bien.
Vera ose à peine interrompre les retrouvailles de cette famille qui fait bloc, qui se tient à quatre les uns aux autres.
— Je suis sincèrement désolée...
Gianni et Graziella se relèvent brutalement. Agostina approche, toute petite dans ses vêtements noirs.
— Qu’avez-vous fait à ma fille ?
Vera voudrait expliquer. La disparition, l’envol, le choc, la peur, la souffrance, la douleur qui reste tapie malgré les saisons qui passent, puis son père dépassé, sa mère terrassée, elle-même cassée, qui s’efforce de tenir tout ça à bout de bras. Les mots ne sortent pas.
C’est Agostina qui rompt le silence chargé d’électricité.
— Livia. Je sais que tu t’appelles Livia.
Graziella s’interpose vivement.
— Ne lui parlez pas !
Livia et Vera tentent en même temps :
— Maman...
La vieille femme fixe Livia, et poursuit d’une voix douce, sur laquelle coulent deux lignes de larmes discrètes.
— Merci... Grâce à toi, je peux dire au revoir à Magda. Je l’ai revue une dernière fois.
Tendrement, Vera pose le châle protecteur et ses mains chaudes sur les épaules de sa mère.

Épilogue
14 août 2018, Autoroute A10, en direction de Gênes, 11h40
Ils ont décidé de poursuivre leurs vacances en Provence, comme c’était prévu. Une autre colline, au calme cette fois.
Dans l’habitacle silencieux, chacun semble absorbé par ses pensées, passant en boucle les événements des deux derniers jours. Le sourire naturel de Graziella s’est refermé, Gianni arbore un air grave. Hier, ils ont porté plainte contre Agostina. Livia a pleuré doucement. Après une nuit d’échanges agités, ils sont retournés voir Ernesto Bianchi. Enlever leur plainte. Ne pas ajouter ce poids au fardeau bien trop lourd. Ils sont partis un peu plus tard que prévu. Ils auront peut-être des bouchons, tant pis. Ernesto a pris les mains de Livia dans ses grosses paumes, et l’a remerciée. De ses louables intentions, d’être vivante. Pour l’espoir qu’elle lui offre à voir en cette fin de course professionnelle, au lieu de l’accablement si récurrent. À Sofia, il a tiré son chapeau, cligné de l’œil, donné une accolade émue. Ces jumelles lui brouillaient décidément la vue.
Sur la banquette arrière, les filles se tiennent la main en silence.
Un grondement sourd, d’abord lointain, semble se rapprocher dans l’air. Brutal, indécent. Devant eux, les voitures commencent à ralentir, freinent, puis pilent, s’arrêtent net.
— Qu’est-ce que c’est ? balbutie Livia.
Les traits de Graziella se figent d’ébahissement. La voix de Sofia se fait entendre, toute petite.
— Papa ?
Gianni ne comprend pas. Un séisme. Une bombe. Dont l’explosion se répercute comme une vague électrique qui file le long de la route, sous leurs roues. La voiture tremble. Il y a comme un flottement dans l’air, celui de l’incompréhension. Réagir sans comprendre.
— On sort ! Tout de suite ! tonitrue la voix de Gianni, qui se précipite hors du véhicule pour évacuer sa famille de ce qu’il sent être une immense catastrophe.
Au bout du pont, avant ces centaines de mètres et de tonnes de béton qui s’écroulent dans le lointain, Livia court. Avec sa sœur, sa mère, son père. Avec l’espoir.
Quelques heures plus tard, tremblant au milieu d’eux sous de chaudes couvertures, c’est l’image de Magda qui s’impose à elle. Elle murmure, si doucement qu’ils ne l’entendent pas.
— Magda Salvi, où es-tu ? Toi qui as été ravie à ta mère... Je crois qu’elle m’a sauvé la vie.

PRIX

Image de Hiver 2019
80

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Zouzou · il y a
un dur métier que d'être parents ! mes voix
en lice poésie avec ' Cataclysmal ' si vous aimez

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Lolanou · il y a
Histoire terrible de l'arrachement d'un être cher à ses proches ... mes 5 voix
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Nat Demouzkoz · il y a
Merci Lolanou pour votre commentaire et vos voix. Il y a aussi de l'espoir malgré tout dans cette histoire...
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Ghislaine Barthélémy · il y a
Les frissons, je les ai ressenti aussi grâce à vous car quoi de plus terrible que la perte de ce que l'on a de plus cher au monde... Une terrible histoire qui se termine mal pour les uns et bien pour les autres ! Bravo pour l'émotion qui se dégage de votre texte. + 5
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Nat Demouzkoz · il y a
Merci Ghislaine pour ce commentaire frissonnant! Ravie et touchée que l'émotion ait traversé les mots et certains lecteurs :-)
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Laurent Martin · il y a
La hantise de tous parents... J'ai eu des frissons dans le dos avec cette double histoire empreinte de drames qui ont marqué les mémoires...
Vous avez mes voix

Si la curiosité vous en dit, je vous invite à découvrir mon oeuvre en compétition des TTC
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/paillasson-le-herisson
Merci d'avance pour votre lecture
Laurent

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Nat Demouzkoz · il y a
Merci Laurent pour votre lecture attentive, vos voix et votre commentaire sympathique, je vais aller lire votre très très court avec plaisir!
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Laurent Martin · il y a
Merci Nat!
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Samia.mbodong · il y a
Ces deux familles aux destins croisées sont remarquablement dépeintes, avec leurs petites disputes d’enfants, ça sent le bonheur finalement, et vous mettez en face ces atroces catastrophes comme pour souligner l’horreur. Cette horreur à hélas eu lieu pour bien des gens. Votre récit est vraiment touchant, très bien construit.
Avec une atmophère italienne qui nous fait voyager.
Un immense moment d’émotions
Bravo et merci à vous

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Nat Demouzkoz · il y a
Mille mercis Samia pour ce commentaire! Je suis ravie que l'histoire de l'Enfant volée vous ait vraiment touchée et émue!
Très touchée à mon tour, merci à vous!

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Joëlle Brethes · il y a
Quel beau récit : vos protagonistes sont attachants et votre "scénario" est bien ficelé et bien développé : j'ai "apprécié" les allers-retours dans le temps et la chute qui nous ramène au drame initial avec une issue heureusement moins dramatique pour Graziella et sa famille… (Petite pensée au passage pour les victime des deux tragédies qui ouvrent puis ferment votre récit) Bravo !
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Nat Demouzkoz · il y a
Merci beaucoup Joëlle pour ces jolis compliments! Je suis ravie que cette histoire croisée des destins de deux familles vous ait plu, de même que sa construction. Je suis d'accord avec vous sur les personnages...je les aime bien moi aussi! :-)
Et toutes mes pensées évidemment aux victimes de ces deux tragédies.

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Plumette · il y a
Un beau texte émouvant mais qui se termine bien ! Mes voix.
Si le cœur vous en dit, je vous invite à lire mon texte "dans la peau d'une autre" en concours :
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/dans-la-peau-dune-autre

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Nat Demouzkoz · il y a
Merci beaucoup Plumette!
Je suis allée vous lire avec plaisir, et vous souhaite donc bon vent! :-)

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Caroline Mousset · il y a
Une belle histoire qui nous embarque le temps d’un trajet de RER.
Bravo l’artiste.

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Nat Demouzkoz · il y a
Merci ma copine!😊
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dud59 · il y a
grande et belle histoire à suspense je vote
si vous en avez envie, vous pouvez lire quelques-uns de mes textes sur mon profil https://short-edition.com/fr/auteur/dud59

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Nat Demouzkoz · il y a
Merci beaucoup dud59 pour votre commentaire et votre vote, j'irai vous lire effectivement!
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Keith Simmonds · il y a
Une belle plume pour histoire émouvante ! Mes voix ! Il ne nous reste que quelques heures pour accepter cette invitation à découvrir “Le Vortex” qui est en FINALE pour la Matinale en Cavale 2019! Merci d’avance et bonne journée! https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/le-vortex-1
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Nat Demouzkoz · il y a
Merci beaucoup Keith! Ravie que cette histoire vous ait ému!
J'irai lire votre nouvelle avec plaisir!

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Keith Simmonds · il y a
Un grand merci, Nat ! Et aussi, si vous avez le temps,
une invitation à découvrir “Gouttes de pluie” qui est
également en lice pour le Grand Prix Hiver 2019.
Merci d’avance et bonne soirée!
https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/gouttes-de-pluie-2

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