L'élixir de Notre-Dame

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Image de Été 2021
Laurent raccrocha d'avec sa mère. Trop déprimant, le coup de fil du matin.
— Mon chéri, c'est formidable Vatsappe. Je te montre : ma première récolte de radis, là des roses trémières qui sortent, et là les pois gourmands sur les tuteurs qui poussent à vue d'œil.
— Merci Maman. Moi j'ai un deux-pièces parisien sans ascenseur, orienté au nord, pas de balcon, un chat qui déprime et une orchidée qui se meurt. Ton fils est en chômage « partiel », c'est-à-dire à temps complet, et la salle est fermée depuis un mois.
— Mon grand, tu vas trouver des solutions. Et puis peut-être que tu vas enfin lire un ou deux vrais livres.

Elle est gentille, dans sa campagne normande. Laurent se massa les muscles de l'avant-bras, pronateur, fléchisseurs, extenseurs, supinateur, un réflexe qui lui venait quand il était nerveux, et il l'était de plus en plus : anxiété, irritabilité, tristesse, il était en manque, voilà. Certes, il se levait toujours à cinq heures, et attaquait deux heures d'exercices, comme avant, et une heure le soir, comme avant, mais ce n'était pas pareil. Il s'était concocté un programme de substitution à la maison : pompes, gainage, jumping jack, squats, burpees, corde à sauter, bouteilles d'eau en guise d'haltères, montées et descentes des six étages d'escalier. Et sur internet, il avait suivi les e-coaches de Body Challenges et autres Hercule ou AZ-Body. Mais les bonnes sensations de congestion, d'afflux de sang dans les muscles, de gonflement, voire de brûlure à la suite des exercices, le bien-être lié à la production d'endorphines, les discussions et comparaisons avec les autres bodybuilders, et buildeuses, les odeurs, tout ça lui manque. C'est son alcool profond, son squelette mental.

Il se mit devant son miroir, se regarda. Cette fois, c'est sûr : il a moins de muscles. Ses biceps ont rétréci. Ses pectoraux gonflent moins. Sans parler des trapèzes et des abdos, des ischio-jambiers et des adducteurs. Il perd de la masse. Pourtant à la balance, toujours quatre-vingt-quinze kilos pour un mètre quatre-vingt-cinq. Mais l'IMC s'est dégradé.

Laurent fit le point sur sa pharmacie. Il lui restait du Dianabol, de la Nandrolone, Somatropine, Clenbutrol, un flacon de Testrogain, Hygiénamine, Ventoline, de la bonne whey... Devait-il continuer de prendre tout ça sans le travail qui va avec ? Pour calmer son énervement, il avala un cachet de Bisoprolol, autant que ça serve. Il passerait un message au gérant de la salle. Pourtant Laurent ne se pensait pas dépendant, encore moins bigorexe.

Il décida de faire dix allers-retours d'escalier. Sur son palier, la porte d'en face lui parut bizarre. Laurent s'approcha : la porte était entrouverte, et dégondée. Il toqua doucement, puis plus fort :
— Il y a quelqu'un ?
— Che cosa è ? Perché torni a casa ?
Il découvrit, dans la pénombre du logement aux volets restés fermés, une très vieille dame, allongée dans un grand fauteuil de relaxation, les cheveux parfaitement blancs en pétard, la tenue un peu débraillée, peignoir en satin sur une robe froissée. Le plus grand désordre régnait dans ce séjour.
— Je suis votre voisin, je suis venu voir si tout allait bien.
— Ma non hai un maschera, fit-elle en mimant le geste de ses cacher le visage
Laurent n'avait pas de masque, elle non plus, personne n'avait de masque de toute façon, ils disaient que c'était dommage, mais que ça ne servait à rien.
— Alors Madame, comment vous vous sentez ? Vous savez que votre porte est déboitée ?
Elle ne sembla pas comprendre. Un petit bruit de moteur, et le fauteuil se releva avec une dame soudain très combative.
— Il y a quelqu'un qui peut venir voir ça ?
— Qualcuno ? Nessuno. Personne. Va fiori da casa mia !
Ne parlant pas italien, Laurent comprit néanmoins le sens général. Il ressortit, en tirant la porte qui resta de travers.

Il descendit au cinquième étage. Deux portes se faisaient face, l'une avec un paillasson imprimé de « Essuyez vos pieds », l'autre « Keep calm and drink Champagne ».  Sur le sien, il y avait un petit culturiste légendé « Très résistant ». Bon, sans hésitation, il sonna à la deuxième porte.
Sans qu'il ait entendu un pas, la porte s'ouvrit sur une jeune femme format crevette, un mètre cinquante-cinq au plus, cinquante kilos les jours d'orage, cheveux roux tirés en queue de cheval, et d'énormes lunettes qui lui mangeaient le visage. Tunique indienne, pantalon sarouel, tongs, la tenue de la confinée.
— Excusez-moi, je suis votre voisin du dessus. Vous parlez italien ?
Elle le dévisagea, de bas en haut, et de droite à gauche. Chez Laurent, il y avait une grande surface à découvrir.
— Et bien, oui, un peu, pourquoi ?
— Il y a une vieille dame au sixième, qui a besoin d'aide et qui ne parle que ça apparemment.
— Je ne sais même pas qui habite en face de chez moi, alors c'est bien possible. Donc c'est votre voisine de palier. Allons voir ça.
Ce côté décidé plut à Laurent. Ils regagnèrent l'appartement en cause. Laurent ouvrit la porte malade avec précaution, et ils s'introduisirent dans le séjour.
— Cos'è ancora ?
— Ciao signora, la tua porta ha un problema.
— Che problema ?
— Non si chiude più
— Beh, l'uomo qui lo risolverà, vero ?
La jeune femme se tourna vers Laurent, avec un grand sourire :
— Il semblerait que vous êtes commis d'office pour réparer la porte. La dame, elle, m'a l'air d'aller très bien. Au fait, vous vous appelez comment ?
— Laurent, et vous ?
— Solveig. On ne serre pas la main. Vous y allez ? Je vais me renseigner sur la situation.

Solveig. Pas mal. Mais un format bien éloigné des superbes nanas aux beaux muscles longs bien dessinés et tenues fluos qui fréquentent la salle, avec leur peau hâlée aux UV et délicatement moirée de transpiration. Bon, un des gonds est arraché, il va falloir le refixer. Laurent repassa chez lui, sortit sa caisse à outils, et revint avec pinces, scie à métaux, perceuse sans fil, WD40 et un assortiment de chevilles Molly. Pendant qu'il s'activait, il regarda les deux femmes. Solveig avait redressé la vieille femme, lui apportait un verre de lait, et papotait avec elle dans cette langue chantante que Laurent ne maîtrisait pas.
Le gond fut refixé, la porte remise en place, lubrifiée. Laurent l'ouvrit et la ferma plusieurs fois, puis lança sans se retourner :
— Il faudra faire venir un serrurier. Le pêne joue trop, et la petite dame pourrait avoir d'autres surprises.
Solveig vint vérifier le travail :
— Bien. Vous savez bricoler. Je m'en souviendrai à l'occasion.
— À vot' service M'dame. Alors, quelle est la situation ?
— Madame Ricci est bien italienne. Elle a quatre-vingt-huit ans et vit seule dans ce deux pièces. Ses enfants habitent en Seine-et-Marne. D'habitude, ils viennent une fois par semaine, mais avec le confinement, elle ne les a pas vus depuis un mois. Ils téléphonent normalement le dimanche. Il y a une infirmière qui passe chaque semaine alimenter le pilulier, et qui est venue hier, mais sans rien lui laisser ; elle n'a donc plus de médicaments. Quant à l'aide-soignante et à la femme de ménage, plus de signal du tout.
— Bigre. Et elle se souvient de comment la porte s'est déglinguée ?
— Lors de la dernière visite de l'infirmière, elles ont eu des mots, elle n'est pas facile, vous vous en êtes rendu compte, et l'infirmière a claqué la porte. C'est sans doute ça.
— Et sinon, elle a de quoi manger ?
— J'ai compris qu'une association apportait des repas, mais eux ne sont pas venus depuis plus d'une semaine.

Laurent trouva la cuisine et ouvrit le frigidaire : trois barquettes de salade russe et de poisson pané, un litre de lait entamé, un avocat en décomposition, c'était tout. Dans les placards : une boîte de riz incollable, deux de pâté, huile, vinaigre, un paquet entamé de café Illy... presque rien.
Il se risqua dans la chambre : le lit était défait, les vêtements éparpillés dessus, les placards ouverts, et des papiers divers jonchaient le sol. Il retourna voir Solveig :
— C'est vraiment le bazar ici, dans toutes les pièces. On dirait que la dame a cherché quelque chose.
Solveig se tourna vers la maîtresse des lieux :
— Vous avez perdu quelque chose, c'est vous qui avez avez fouillé partout, hai cercato dappertuto ?
— No, no, è l'infirmière, elle a dit qu'elle ne trouvait plus l'ordonnance, mais celle de d'habitude elle l'a avec elle.
— Ce n'était pas l'habituelle ?
— No, c'était une sostituzione, une remplaçante. Elle n'était pas contente, elle m'a crié dessus, elle m'a fait mal au bras. En plus, elle n'a pas mis les médicaments.
De fait, Madame Ricci présentait un beau bleu sur le bras.
— Drôle d'infirmière. Du coup, vous n'avez pas d'ordonnance ?
— Non, je vous l'ai dit, c'est l'infirmière.
Laurent se montra soucieux :
— Donc une fausse infirmière n'a pas trouvé ce qu'elle cherchait, elle va revenir, et sans doute pas seule. Avec cette porte qui ferme mal...

Il se tourna vers les deux femmes :
— Voilà ce que je propose : je vais faire des courses de première nécessité et vous, essayez de joindre la famille. Je vais aussi tenter de trouver la pharmacie où elle prend ses médicaments.

Après un tour rapide dans la salle de bain et les toilettes, oui il manquait aussi des choses de ce côté, il attrapa chez lui un grand sac de courses et descendit, muni de son auto-autorisation de sortie de la veille sur laquelle il avait corrigé la date et l'heure. Il prit à la supérette, et au jugé, de quoi remplir le sac qui pesa bientôt autant qu'une bonne paire de gros haltères : papier toilette, savon liquide, shampoing, liquide vaisselle, gel hydroalcoolique (un arrivage exceptionnel), pâtes, riz, lait, conserves de légumes, sauce tomate, flocons de pommes de terre, poivrons, quelques fruits frais, tablettes de chocolat, compotes, yaourts, et une bouteille de chianti...
Côté pharmacie, aucune de celles du quartier n'avait enregistré de Madame Ricci ; l'infirmière devait se fournir ailleurs. Et la carte Vitale n'était pas dotée du DMP.

De retour au cinquième étage, un peu essoufflé, il découvrit Solveig en train de passer l'aspirateur. Elle lui sourit :
— Longtemps que rien n'a été nettoyé ici !
— Vous avez eu la famille ?
— Elle n'avait que deux numéros : sa fille et un neveu. Tous sur répondeur. J'espère qu'ils vont rappeler. Mais j'ai réussi à joindre le médecin, qui a promis de passer après-demain ; miracle !

Laurent rangea ses courses, garda pour lui le ticket de caisse.
Il remarqua les chevilles enflées de la vieille dame :
— En attendant, je vais lui trouver un diurétique, et un calmant : j'ai du Furosémide, et il me reste du Bisoprolol.
— Ce n'est pas dangereux ?
— Pas à petites doses. Sinon, on doit appeler le SAMU. On attend demain ; je passerai la nuit chez elle. Avec un peu de cocaïne, je devrais pouvoir veiller.
Solveig se récria :
— C'est de la provoc ». Écoutez, il y a trop de sujets à traiter. Je vous propose un pow-wow, pour faire le point.
— Chez vous ou chez moi ?

Ils se retrouvèrent chez Laurent, pour garder un œil sur l'appartement.
S'asseyant dans le canapé, Solveig trouva un flacon coincé contre l'accoudoir :
— Clomifène, qu'est-ce que c'est ?
— Donnez ! Euh, c'est pour éviter d'avoir des seins.
— Ah, je n'avais pas remarqué. Trop drôle.
— Je suis directeur adjoint d'un magasin BricolTout, en chômage partiel. Et amateur de crossfit en chômage total. Et oui je prends quelques produits, pour faire de la masse, comme tout le monde. Et vous, vous faites quoi ?
— Je finis un mémoire de Master 2 de psycho du travail sur l'insertion professionnelle des personnes en situation de handicap psychique.
— Les gens dans les ESAT, les trisomiques.
— Non, justement, les personnes avec handicap psychique n'ont pas de déficience mentale, mais des problèmes avec l'entourage, et l'enjeu c'est qu'elles puissent intégrer le milieu ordinaire du travail. On parle des bipolaires, des borderlines, des psychotiques, et aussi des TSA, des Tocs, des troubles Dys etc... Et au fait, j'ai fait une année d'Erasmus à Bologne, d'où l'italien.
Laurent soupira :
— Les problèmes avec l'entourage, on en a tous en ce moment.
Un plan de bataille fut rapidement établi.

À dix-neuf heures, Laurent et Solveig vinrent sonner à la porte, avec un repas de fête pour trois : pâtes au basilic et parmesan, et un sabayon, le tout concocté par Laurent : « Et oui, un culturiste doit s'intéresser à la nourriture, alors autant se faire plaisir. »
— E aperto.
Madame Ricci apparut toute guillerette, dans un tailleur vieux rose en satin brillant, pomponnée et maquillée, le rouge à lèvres débordant un peu.
—Prego, entra, entrez, come in. Siediti qui, asseyez-vous. Quel joli couple vous faites !
— Merci, merci. N'allons pas trop vite.
— J'ai un cadeau pour vous, vous avez été si gentile con me. Regardez, une icône qui est dans ma famille depuis je ne sais plus quand. Ma fille n'en a pas voulu.
Elle leur apporta une petite peinture sur bois sur fond vieil or, d'environ trente centimètres sur vingt, avec le portrait de profil d'une jeune femme aux cheveux torsadés, blond vénitien, et des couleurs passées, bleu, gris, beige. D'une main, elle portait un flacon de parfum, de l'autre, elle pointait du doigt le bord du tableau.
— Elle était dans la cuisine quand j'avais ma maison, alors peut-être un peu de poussière s'est déposée dessus.
Laurent dit tout bas :
— Ou de graisse.
— Chut ! C'est surprenant ; ce n'est pas une icône : le personnage est de profil, et le fond est doré, mais il n'y a pas d'auréole.
S'adressant à la vieille femme :
— Et ici vous l'aviez mise où ?
— Ah, je ne l'ai pas accrochée, pas de place, trop sombre, alors elle était dans une valise.
— Elle est magnifique, et sans doute très ancienne. Je crois que c'est ça que cherchait votre soi-disant infirmière.



Après le dîner, ils réussirent à convaincre la vieille femme de laisser Laurent veiller sur l'appartement. Il secoua ses larges épaules :
— Un peu de combat rapproché ne me fera pas de mal. Je vais rester chez vous cette nuit.
Solveig positionna un smartphone face à la porte d'entrée, en mode caméra faible lumière :
— Voilà, je verrai tout depuis chez moi, et ce sera enregistré.
Laurent s'allongea sur le fauteuil relax qu'il avait déplacé hors de vue de la porte d'entrée.
— Bonsoir le bogoss au bois dormant !
Solveig emporta le tableau chez elle, elle le nettoya superficiellement avec des bouts d'intissé, et l'examina avec une lampe puissante. Puis elle le cacha au fond d'un placard.

À deux heures du matin, le pêne s'ouvrit sans bruit. Une femme et un homme, cagoulés, entrèrent dans l'appartement en s'éclairant avec une lampe torche. Laurent se redressa, s'approcha d'eux par-derrière et les attrapa par le cou, avec l'intention de cogner les deux caboches comme des cabosses. Un des deux intrus lui échappa, semblant tomber au sol et, se retournant avec une rapidité de serpent, lui envoya dans le visage un jet de gaz froid. Laurent se sentit perdre conscience ; il se jeta sur eux en hurlant, puis s'abattit au sol.

Quand il revint à lui, il avait la tête sur les genoux de Solveig qui lui nettoyait les yeux avec de la San Pellegrino, les bulles aidant à chasser les restes de produit. Elle lui sourit :
— On a bien dormi ? Tsss... C'est bien la peine d'avoir tous ces muscles.
— Ils m'ont pris en traître. Ils avaient l'intention d'endormir Madame Ricci pour fouiller tranquillement. En tous cas, ça confirme nos soupçons.
— D'après la vidéo, ils sont repartis tout de suite.
 
Plus tard, Solveig leur montra le tableau :
— Regardez, j'ai un peu nettoyé. La femme porte un flacon, ce qui est intéressant : c'est un attribut fréquent de Marie-Madeleine, avec de la myrrhe pour l'embaumement du Christ. D'après la forme du côté droit, ce panneau devait faire partie d'un diptyque, d'où le doigt pointé sur le bord. Et au dos, il y a une phrase gravée, mais pour la voir il faut une lumière rasante : « Nella Signora di Francia farò la mia offerta », ce qui signifie : « En la dame de France, je ferai mon offrande ». Et une date : MCCCL, soit 1350.
— « À » la dame de France, vous voulez dire.
— Non, « Nella » c'est plutôt « dans ».
— Et le tableau n'est pas signé ?
— J'ai cru lire « Giottino » en bas, mais je ne suis pas sûre.

Madame Ricci leur dit :
— Cè une leggenda : quand la peste noire est arrivée par la Sicile, un savant de Naples aurait trouvé un remède grâce à un songe où lui apparaissait Marie-Madeleine. Ce remède aurait été conservé dans une statue représentant ce personnage, mais la statue, on ne l'a jamais retrouvée. On dit que c'était un élixir de longue vie, à base d'or et de cinabre, le cinabre qui est un poison en fait.

Les jeunes gens se regardèrent, surpris. Décidément, les gens ont tous des mystères, des épaisseurs qu'on ne voit pas quand la vie quotidienne nous réduit à notre seule fonction dans le regard des autres.

Solveig pianotait déjà sur son MacBook :
— Naples, la dame de France, Marie-Madeleine... À Naples, il y a une église Santa Maria Maddalena de' Pazzi, une autre Marie-Madeleine. Il y a bien un tableau qui représente notre Marie-Madeleine, mais pas de statue. Et, voyons voir, oui, dans le chœur sud de Notre-Dame, un panneau en bois sculpté représente Marie-Madeleine devant Jésus en jardinier ; elle tient le même flacon ! C'est elle, c'est Marie-Madeleine ! Donc, dans le flacon que tient le personnage à Notre-Dame, il y a le fameux remède miracle. C'est ça que cherchent nos fouineurs. Imaginez, en pleine épidémie de Coronavirus, proposer un remède universel, il y a de quoi perdre tout bon sens. Il y a des millions à se faire !
— Il n'y a qu'à aller voir.
— Laurent, je vous rappelle que Notre-Dame a brûlé, que l'accès est interdit, et que c'est dangereux là-dedans.
— Bah, j'ai un copain fana d'urbex ; ça va le brancher, il pourra m'aider.
— Non, non, je te l'interdis.
— On se tutoie maintenant ?

Le soir même, Laurent et son ami Sylvain pénétraient par la Porte rouge, côté nord de Notre-Dame, non sans avoir dû escalader un grillage. La lueur de la lune passant par la voûte effondrée éclairait faiblement le désastre. Grâce à leurs lampes frontales, ils se dirigèrent vers le chœur en enjambant des monceaux de ferrailles, de poutres, de bancs calcinés, de gravats.
Ils aperçurent le grand autel de bronze écrasé par la charpente et la flèche, et arrivèrent bientôt devant une enfilade de panneaux sculptés en bois, à environ deux mètres de haut. Ils semblaient intacts. Le premier panneau à gauche était le bon. Laurent et Sylvain récupérèrent un banc, le dressèrent à la verticale et Laurent grimpa dessus. Marie-Madeleine était là, un genou à terre, vêtue d'une cape bleue parsemée d'étoiles. Dans sa main droite, elle tenait un flacon de bois. Laurent toucha le flacon, tenta de le faire bouger, de le tourner. Soudain, un déclic et le flacon se détacha de la main du personnage.
Laurent redescendit avec précaution, et tendit l'objet en bois à Sylvain. Après quelques essais, il réussit à dévisser le haut du flacon. À la lueur de leurs lampes, ils virent une cavité doublée de cuivre dans laquelle était un étui cylindrique en cuir.
Soudain, un bruit venant de la nef les fit sursauter.
— On prend l'étui, on remet tout en place, et on se tire !
Aussitôt fait, le banc remit à terre sans bruit, les deux amis se retrouvèrent bientôt dans la rue du Cloître, puis de là rue d'Arcole, où ils se séparèrent. Sylvain dit :
— Belle expédition ! J'ai tout filmé. Tu me diras ce que nous avons trouvé, et quand je peux diffuser. Salut.

De retour dans l'appartement, Laurent laissa Solveig ouvrir avec délicatesse l'étui, d'où elle sortit un petit parchemin qu'elle déroula avec une règle en bois. Quelques lignes étaient tracées dans une encre d'un rouge brun passé. Elle lut :
« Non cercare, quello non c'è più
Ad ogni pestilenza il suo rimedio.
Ama et vivrai »
— Tu comprends le sens, je suppose.

Solveig sourit à Laurent, et cela valait tous les élixirs.
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