Le vizir et la lune

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La mer... Cette chanson, c'est tout moi... https://www.youtube.com/watch?v=4EhQqZ6UsjA C'est justement face à la mer que j'écris en ce moment. Qu'elle est belle, mon île ! Pour mieux la ... [+]

Au Moyen-Orient, il y a très longtemps, les sultans vivaient dans de somptueux palais et y menaient grande vie. Une foule de serviteurs leur obéissait et leur domaine était administré par un homme très important, le vizir. C'était un sage choisi parmi les nobles du pays pour son intelligence et son dévouement. Quand le vizir était très âgé, son maître lui aménageait une résidence pour y finir ses jours le plus agréablement possible. Il y séjournait avec sa famille et le sultan venait le consulter pour des questions très importantes.

Le vizir Ali Al-Oumar avait servi le sultan El-Ramaoui pendant de très longues années. Lorsque son maître avait estimé que son heure était venue de prendre un repos bien mérité, il avait refusé les ors d'une habitation luxueuse et avait préféré se retirer dans une modeste maison à la campagne, dans un village calme construit près d'un lac. Ses occupations consistaient en promenades sur les bords du plan d'eau quand son jardin ne l'accaparait pas. Son épouse étant décédée, il vivait seul.

Ali Al-Oumar était désormais un vieux vizir à la retraite. Il passait le plus clair de son temps à admirer la nature. Il aimait simplement tout ce qui en faisait la douceur et avait un penchant particulier pour la lune qui était devenue sa confidente. Pendant la journée, il s'affairait à son jardin et attendait avec impatience le soir pour se confier à son amie et lui raconter ses joies et ses peines.

Ses journées se déroulaient d'une manière très banale mais il savait jouir de toutes les beautés que lui offrait la vie. Son jardin était un exemple de paradis et il n'était pas rare de voir des promeneurs s'arrêter pour le contempler. Ali avait un don extraordinaire pour organiser ses plantations et les entretenir. Son jardin multicolore reprenait vie au printemps et des senteurs envoûtantes lui conféraient un attrait particulier. Il savait choisir et soigner les rosiers qui lui donnaient des fleurs aux couleurs magnifiques. Dans un coin du jardin, un jasmin offrait l'été de quoi parfumer délicieusement l'ensemble.

Une nuit que Ali Al-Oumar ne pouvait pas dormir, il sortit dans le village et se dirigea vers le lac qui était longé par un petit sentier arboré. Quelques pas le calmeraient et il pourrait ensuite rejoindre son lit, satisfait et tranquillisé. Chemin faisant, son regard se porta vers l'étendue d'eau qui semblait paisible. Il y vit le reflet de la lune en sa surface et se demanda ce qu'elle y faisait. Une vive émotion s'empara de lui. Comment était-elle parvenue là, elle d'ordinaire si prudente, qui ne quittait jamais la tendre atmosphère ouatée des nuages ? Plaçant ses mains en porte-voix, il lui cria : "Tiens bon ! Je te promets de te sortir de là !"

N'écoutant que son courage et son affection pour l'astre lumineux, il se déshabilla rapidement, déposa sa djellaba et son sarouel au pied d'un arbre et sauta dans l'eau où son amie se débattait en frissons qui ridaient la surface aqueuse. Son plongeon l'entraîna dans les profondeurs du lac où s'ébattaient poissons et sirènes. L'une d'elles, particulièrement jolie, attira son attention. Son visage arborait un sourire qui invitait à la suivre. Il se dit que la lune, au contact de l'eau, s'était métamorphosée en femme-poisson.

Ali fit signe à la sirène de le suivre. Il ne lui restait plus qu'à entraîner son amie hors de l'eau. Il se disait que, au contact de l'atmosphère, la lune ressusciterait et réintégrerait son univers favori. Il fallait qu'il réussisse pour garder cette amie qui l'aidait à supporter sa solitude. Mais c'était un petit bonhomme sec et peu habitué à des exercices physiques. Il devait surmonter son angoisse.

Il saisit une nageoire de la sirène et, d'un coup de reins énergique, il fendit, dans une éclaboussure mousseuse, la couverture végétale du lac. Il se retrouva assis sur la berge à un endroit confortable où de la pelouse formait un épais coussin. Un peu étourdi par son exploit, il poussa un ouf ! de soulagement et son premier regard fut pour le ciel. Emu et heureux, il contempla une nouvelle fois son amie la lune qui brillait de mille feux dans un cocon de nuages. Il lui fit un signe amical de la main. Son sourire fut la preuve de sa satisfaction d'avoir sauvé la lune de la noyade et surtout d'avoir tenu sa promesse. Cette aventure lui avait en outre permis se tester sa vaillance et de se prouver qu'il avait gardé la forme physique de sa jeunesse.
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Les Histoires de RAC · il y a
Qui n'est pas vaillant sur terre peut l'être dans l'eau ☺ Un joli conte ♫
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Virgo34 · il y a
Merci pour ta lecture.
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Phil Bottle · il y a
Charmant petit conte digne d'’Émile.
D'Émile et lune nuit.

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