Le village

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Cet endroit semblait sorti tout droit d’un souvenir, de ceux qui jaunissent avec le temps. C’est une véritable carte postale qui s’étalait devant ses yeux. Le village s’étendait sur une colline qui semblait bien trop pointue pour en porter le nom. Les divers habitants et petits commerces fleurissaient tel un bouquet de roses de mille et une couleurs. Cet environnement avait un charme indéniable mais un charme d’antan, il avait pris le temps de murir au gré des saisons. Il ne faisait ni trop ni trop froid et le ciel était d’une douceur orangée.
Elle ne savait pas comment elle était arrivée ici, ni même pourquoi d’ailleurs. Tout ce qu’elle pouvait entendre, c’était son estomac qui grognait telle une bête assoiffée de sang. Elle grimaça à ce son car il emplit tout son esprit. Elle tâtât son estomac et le sentit se tordre de douleurs. Elle ne se souvenait pas de son dernier repas. En fait, elle ne se souvenait de rien. Son estomac émit un nouveau cri. Elle se figea en un instant, craignant avoir attiré l’attention, mais la rue était déserte. Toute l’animation se concentrait dans les rues plus au nord.
Poussée par une faim insatiable, elle entreprit de trouver de quoi se rassasier. Elle parvint à une allée plus bruyante avec de petites étales. Un marché s’organisait au fur et à mesure avec de petits attroupements de villageois deci delà. Ils semblaient tous en vive discussion mais personne ne riait, ni ne souriait, tous chuchotaient, tous murmuraient. Elle parcourut la rue sans même les écouter, aucunes des étales ne trouvaient grâce à ses yeux. Elles n’offraient que fleurs, tissus et bric à brac sans intérêt.
Elle parcourut ainsi une quinzaine de rues accélérant à chaque déception. Lorsqu’enfin elle le vit, un petit restaurant, elle ne savait pas sa spécialité et cela lui importait peu. Tout ce qui comptait, c’était cette odeur environnante de plat chaud qui emplissait ses narines. Devant la porte, sa main tremblait presque lorsqu’elle tentât d’actionner la clinche de la porte, mais rien. Elle tambourina à la porte car elle pouvait les entendre : les rires, la chaleur et la convivialité. Elle commença à supplier mais en vain. Elle se sentait pitoyable, mais à quoi bon feindre une estime de soi que nous ne possédons plus. Une larme unique dévala le visage de la jeune fille, une larme de douleur et d’envie.
Elle contourna l’établissement et se mit sur la pointe des pieds pour observer l’intérieur depuis une fenêtre encrassée, mais tout ce qu’elle aperçut était un homme svelte au visage creusé qui écrivait sur un cahier à l’aide d’un stylo à plume sans prêter attention au vacarme qui l’entourait. Elle frappa à la vitre, mais aucun son ne fut émis. Elle fit quelques pas en arrière, elle perdit l’équilibre mais elle se ressaisit, se plia en deux sous la douleur avant de se soutenir à un poteau. Si il y a un restaurant, il doit y en avoir d’autres. Ni une, ni deux, elle dévala l’ensemble de la colline, balayant la moindre parcelle du village, mais à chaque restaurant la situation était identique à celle du premier.
Arrivée au 4e restaurant, elle se mit à genoux devant la porte avant de la gratter frénétiquement. Elle ne savait pas pourquoi mais elle voulait montrer au monde sa colère. Il lui fallut de longues minutes avant de trouver le courage de se relever. Elle regarda de manière naïve et empreint de curiosité derrière la même fenêtre crasseuse qu’elle avait vu 1e restaurant. C’est alors qu’elle fit un pas en arrière pour observer la rue, un air de terreur peint sur le visage. Ce n’était pas possible. Là juste au comptoir, l’homme en train d’écrire, il était là. C’est impossible, il était au 1e établissement, il n’avait pas pu la précéder et pourtant il était là identique.
Même si la faim la tiraillait toujours, celle-ci commençait à se transformer en une douce angoisse. Elle prit ses jambes à son cou, peu importe ce qu’elle avait vu, elle courut à perdre haleine. Lorsqu’elle arriva devant un énième restaurant. Ses jambes tremblaient alors qu’elle avançait vers la petite fenêtre. Elle désirait plus que tout se tromper, elle ne voulait pas voir cet homme, mais ses yeux ne pouvaient pas la tromper. Des larmes dévalaient son visage alors qu’elle titubait, le regard perdu dans le vide, c’est d’ailleurs ainsi qu’elle percutât un homme qui se trouvait dans son dos.
Entre deux sanglots, elle s’apprêtait à s’excuser avant de le voir, lui, l’homme aux joues creusées. Une grimace d’effroi se dessinait sur son visage alors qu’elle faisait quelques pas. Aucun mot ne sortit de sa bouche, ses lèvres tremblaient et son regard ne pouvait se détacher de ce grand homme. Il lui lança un sourire carnassier.
« Je vois que tu as enfin compris. Lui dit-il d’une voix claire et charismatique. Tu ne pourras jamais te nourrir, tu es condamnée à rester avec cette faim qui te dévore les entrailles. C’est ton châtiment pour tous les méfaits que tu as accompli. Même si tu parvenais à te nourrir, cette faim serait toujours là, te torturant jusqu’à l’os, car ce n’est pas de pain ou de viande dont tu as envie. Tu as faim de vie. »
Le visage déformé, elle hocha la tête sans quitter l’homme des yeux.
« Non, non, non, je ne suis pas... murmura-t-elle. »
Elle détourna son regard de l’homme pour le plonger dans le vide. Elle repensa à chaque instant de cette journée. Elle regarda ensuite ses mains chaque détail, elle observa chaque mécanisme. Puis elle laissa retomber ses bras le long de son corps. Un hurlement s’extirpa de sa gorge alors qu’elle se laissa tomber le dos contre le mur. Ses mains sur son visage, elle secouait la tête frénétiquement, un grand sourire apparut sur son visage et un rire dysphorique des plus terrifiant lui fit écho.
« Des mensonges... Se ne sont que des mensonges ! Cria-t-elle avant de partir en courant. »
Elle cria ces mêmes mots à qui voulait l’entendre en n’arrêtant à aucun instant sa course folle. L’homme aux joues creusées la regarda s’enfuir sans bouger. Il sortir son cahier, y inscrivit quelques mots avant de murmurer « les humains sont pathétiques. ».
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