Le vieil homme et le poisson

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Voici le temps où le futur risque de sombrer corps et biens dans l'immensité du passé. Mais l'écriture est là, bouée précieuse à conserver. Espérance !  [+]

Cette période de confinement, et par extension de solitude amplifiée, a permis au vieil homme, une réflexion approfondie, sur un sujet tout à fait particulier, qu’il n’avait jamais abordé auparavant. Il s’agit de sa relation avec son poisson, compagnon silencieux de son confinement.
Voilà quelques temps déjà, depuis la mort de son chat, exactement, le vieil homme réfléchissait sur l’opportunité, d’avoir à nouveau un animal de compagnie. Après beaucoup d’hésitations, et de réflexions, il avait choisi le principe d’installer un aquarium dans sa cuisine, et de ce fait, la possibilité de mettre un ou des poissons dedans.

Là le problème s’avéra difficile à résoudre. Que choisir comme type de poisson ? Evidemment, il suffisait de se rendre dans une jardinerie, et là de choisir dans la multitude de poissons d’agrément que l’on y trouve, celui qui lui plairait. Oui mais le vieil homme avait une autre idée derrière la tête. Dans un passé pas si lointain que cela, il avait beaucoup pratiqué la pêche à la ligne, un peu partout dans les environs. Cette activité l’avait grandement passionné, et quelque part dans son subconscient, peut-être, voulait-il faire en quelque sorte, revivre cette époque ?

Et par quel moyen si ce n’est en reproduisant ce qu’il avait fait à ce moment-là ? Souvent au cours de ses sorties pêche, lui arrivait-il d’attraper par mégarde des perches soleil. Comme ce sont des nuisibles il fallait impérativement les détruire. Action qu’il rechignait à accomplir. Alors discrètement car cela était, et est interdit, il ramenait ces poissons à la maison et les plaçait dans le bassin dans la cour. Ils n’y restaient pas bien longtemps, car les pies du voisinage se chargeaient de les pécher, pour les déguster. Il fut alors obligé de confectionner un capot de protection en grillage à mailles fines, au-dessus du bassin, pour protéger ses poissons. Et puis l’hiver, un autre problème est apparu, le gel.

C’est à ce moment-là que l’histoire commence. Le vieil homme fit l’acquisition d’un aquarium de 25 litres, qu’il installa dans son garage, et il y transféra les poisons. Mais, nouvelle découverte, les perches soleil étants des prédateurs, même pour leur propre espèce, ils s’entredévorèrent allègrement. Bientôt il ne resta plus dans l’aquarium que la plus robuste. Toutes les autres périrent sous ses coups de boutoir. Le vieil homme avait observé la scène avec stupéfaction. La perche soleil la plus robuste, attaquait inlassablement ses congénères en les frappant à l’aide de son museau, au niveau des ouïes, jusqu’à ce que mort s’ensuive ! Alors la survivante s’acclimata parfaitement, mais toute seule, à son nouvel habitat, et y vécu 6 longues années. Puis un jour le vieil homme oublia de changer l’eau de l’aquarium, ce que la perche soleil ne supporta pas, et mourut. D’autres préoccupations survinrent, à cette époque, ce qui empêcha le vieil homme d’aller à nouveau pêcher une nouvelle perche soleil, et l’aquarium resta vide.

C’est cet aquarium que le vieil homme décida d’installer dans sa cuisine, sur son support adapté, un matin après le petit déjeuner. Installation que se déroula sans anicroche d’aucune sorte. Pour rendre l’environnement plus convivial il plaça une plante verte, un basilic, qui était sur la fenêtre, sur la seconde tablette du support. Voilà tout était prêt pour recevoir dignement le futur occupant de l’aquarium. Mais fallait-il encore trouver le moyen d’obtenir cet occupant. Aller le pécher lui-même, il n’en était plus tellement question. Trouver un pécheur qui accepte, voilà le problème à résoudre pour le vieil homme.

La solution se présenta un après-midi de présence conviviale. Le mari de l’auxiliaire de vie qui assurait cette présence était lui aussi un pécheur averti. De là à demander son aide à ce pécheur, il n’y avait qu’un pas, qui fut vite franchit. C’est ainsi qu’à quelque temps de là, un après midi, l’auxiliaire de vie arriva avec à la main un récipient contenant une jolie petite perche soleil, toute frétillante. Cette dernière avait été péchée par la fille de 6ans, du pécheur, qui accompagnait son papa ce jour-là.

Le transfert dans l’aquarium se déroula sans problème, et c’est ainsi qu’une nouvelle présence pleine de vie se retrouva dans la cuisine du vieil homme. Tout d’abord assez sauvage à l’approche d’un humain, la petite perche soleil compris très vite que le vieil humain à lunette, n’était pas dangereux, bien au contraire, c’était lui qui lui apportait son casse-croute quotidien. C’est pour cela que maintenant dès qu’il approche de l’aquarium, la petite perche entame moultes cabrioles, voulant certainement lui faire comprendre qu’elle a faim. Le problème c’est qu’elle parait avoir toujours faim ! Le risque étant qu’à trop manger, elle grossisse trop, et que l’aquarium s’avère trop petit pour elle. Alors régime obligatoire, car comme le dit si bien la publicité pour des repas équilibrés : pour ne pas grossir il faut manger que l’équivalent de ce que l’on dépense !! Et comme dans 25 litres d’eau, son activité n’est pas débordante, vaut mieux agir avant

Peut-être qu’après toutes ces explications, le vieil homme va-t-il aborder enfin le sujet de sa réflexion, à savoir sa relation avec son poisson. Peut-on parler de relation entre un humain et un poisson ? Tout d’abord, ils vivent chacun dans un élément différent. L’humain dans l’air, le poisson dans l’eau, il ne leur reste que la vue pour communiquer. Or il se trouve des articles sérieux qui relatent la communication entre des hommes et des dauphins. On constate aussi quelque fois des dauphins qui semblent accompagner des bateaux, en pleine mer. Et il est dans le cas qui nous préoccupe un constat très précis : le petite perche soleil réagit par des cabrioles quand elle voit le vieil homme, et pas du tout semble-t-il pour un autre humain. On a vu que c’est le vieil homme qui la nourrit, donc elle le reconnait, puisqu’elle ne s’agite pas de la même façon pour un autre humain. Mais si elle le reconnait, c’est qu’une relation s’est établie entre eux. C’est Dieu qui créa les poissons, et avant les humains, d’après la genèse.

Les poissons comme les humains sont dans le plan de Dieu, ils n’ont qu’un sens pour éventuellement communiquer, la vue. Et une simple petite expérience montre que lorsque l’on approche une petite lampe allumée de la paroi de l’aquarium, la petite perche dans un premier temps, fuit, ensuite elle semble venir voir. Mais c’est le vieil homme qui tient la petite lampe. Bien entendu le vieil homme s’imagine peut-être des choses. Dans sa solitude il lui arrive de parler à son petit poisson, mais ne vaut-il pas mieux parler à un être vivant, plutôt qu’à un meuble, par exemple ? Et puis ce petit être vivant c’est aussi une présence, une étincelle de vie. Cependant le vieil homme s’interroge, son petit poisson est-il heureux dans son aquarium ? Il est confiné à longueur de vie, cela est certain, mais aussi en sécurité, et il a tous les jours à manger. Dans la nature il serait à la merci d’un prédateur, et la nourriture il devrait se la chercher. De son enfance le vieil homme se souvient des perruches en cage de la mémé il voulait toujours les libérer. Même si elle lui avait expliqué qu’en liberté les petites perruches mourraient car incapable de se nourrir, et aussi, qu’elles auraient froid. Mais faut-il juger la situation d’un poisson à la mesure d’un humain ? Il a été constaté que les poissons se reproduisaient en aquarium, alors, que peut-on en déduire ? Sont-ils à leur aise, ou leur reproduction est-elle instinctive ?

Une autre constatation que le vieil homme à faite. Lorsque pour respecter les conditions d’hygiène recommandées, il laisse grandement ouverte, la fenêtre de la cuisine, la petite perche soleil disparait tout au fond de son aquarium. Est-ce le froid généré par l’ouverture de la fenêtre, ou la vue du ciel sans barrière, qui la fait fuir ainsi ? Se mettre à l’abris de prédateurs éventuels, peut-être ? Comme les pies par exemple, qui peuvent se trouver perchées dans le sapin tout proche ? La question reste posée, d’autres observations suivront, car le vieil homme a le temps, et la patience nécessaire. Cela va lui donner une occupation intéressante : la connaissance de la vie des poissons.

Pour terminer cette réflexion, une petite description de la perche soleil apportera un élément complémentaire.
Lépomis gibbossus, communément appelé perche japonaise, crapet soleil ou perche soleil est une espèce de poisson nord-américain de la famille des Centrarchidaés, qui porte de nombreux autres noms en Français. C’est un poisson migrateur potamodrome, c’est-à-dire qu’il migre, mais uniquement en eau douce, sans courant.
A partir de l’Amérique du nord, l’espèce a été introduite dans de nombreux pays du monde, où elle peut alors se montrer localement invasive.
Le mâle est sensiblement plus coloré, et porte une tache rouge à l’arrière des ouïs. La croissance varie selon les conditions du milieu. Taille moyenne de 10 à 15 cm. Très vorace, omnivore, aime presque tout, même les aliments pour poissons que l’on trouve en jardineries. Peu vivre une dizaine d’années. En France il est classé nuisible et doit être détruit.
En aquarium il faut 30 litres d’eau pour un poisson.

Voilà la nouvelle présence vivante, que le vieil homme tente d’acclimater dans sa cuisine. Souhaitons longue vie, à cette perche soleil. Mais en respectant bien son régime alimentaire pour quelle ne grossisse pas trop vite et se contente toujours du volume actuel de l’aquarium.

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Vrac · il y a
J'aime bien cette démarche, toute d'observation et de méditation. Et perche soleil, quel joli nom !
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Daniel Grygiel Swistak · il y a
Merci pour votre lecture !