Le trésor de barbe noire

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L’atmosphère était pesante. La chaleur faisait perler des gouttes de sueur sur les joues et le front des curieux qui s’étaient réunis sur la place centrale. Sur le visage de chacun d’entre eux, on pouvait facilement lire l’inquiétude et l’appréhension qui gagnaient leurs poitrines à mesure que l’heure avançait. En temps normal personne n’aurait osé mettre le pied dehors par une pareille canicule pourtant une foule gigantesque s’amassait toujours plus autour de l’immense échafaud qui trônait sinistrement au milieu de la place. Tous attendaient péniblement sous le soleil le cœur serré.
Un mouvement de foule vint séparer la place en deux. Les soldats munis de leurs célèbres tuniques rouge s’étaient mis à s’agiter. Rapidement un long couloir vide entouré d’une rangé de soldats de chaque côté se forma au milieu de la foule déboulant ainsi sur le grand échafaud. L’heure allait bientôt sonner. Les cœurs se mirent à bondir et les prières qui jusque-là étaient restées comme un faible murmure en arrière-fond se firent plus intenses. On aurait dit que le diable en personne allait apparaître sur la place principale.
Soudain venant de la bordure de la place, une émotion profonde qui refoule le sang au cœur et décolore le front et les joues se propagea parmi la foule faisant s’élever les voix et serrer les gorges. Au milieu du couloir, un homme enchaîné s’avançait d’un pas lourd vers l’échafaud. Son visage était en piteuse état ; Ses vêtements étaient en lambeau et sa manche déchirée indiquait qu’il venait de sortir d’une bataille si terrible qu’il s’en était vu arracher le bras droit. Pourtant nul ne se trompa sur l’expression de sa physionomie : Ses traits avaient tout de ceux d’un homme fière et digne.
C’était pour voir ce pirate si illustre que tous les Londoniens avaient fait le déplacement. Ses exploits sur les mers l’avait fait connaître du monde entier et après une cavale qui avait semblé durer une éternité, il avait fini par être arrêté une semaine au paravent au court d’une bataille qui avait fait trembler le monde entier tant par sa férocité que par ses conséquences. La nouvelle de son arrestation en avait choqué plus d’un et aujourd’hui, sous le poids de tous les regards, il marchait fièrement vers sa propre mort.
Ses traits ne portaient ni l’empreinte du teint livide ni les gouttes de sueur âcres qui tombent habituellement des joues des condamnés à mort. Ses jambes solidement attachées par des maillons de fer n’étaient agitées d’aucun frisson ; Son œil était calme. Il monta triomphalement sur l’échafaud comme s’il eut été Alexandre le Grand et s’installa sur les planches de bois. Au milieu d’un profond silence, les soldats prirent place. Un orateur, objet nouveau de l’attention, se plaça au milieu en hauteur et commença à lire l’acte d’accusation devant la foule attentive.
«— Edward Teach. Aussi appelé barbe noire, terreur des mers, calamité du siècle, fléau de la couronne. La cours déclare le sujet ici présent condamné à mort pour avoir sciemment perpétrer des crimes contre la couronne et ses loyaux sujets. Lesdits crimes étant divers et nombreux et des plus sinistres natures. Piraterie, Contrebande, Pillage, Dépravation, Trouble à l’ordre public, Crime con... contre l’humanité ? »
L’orateur n’arrivait plus à trouver ses mots. Un spectacle aussi étonnant qu’incroyable se déroulait sous ses yeux. Un petit moineaux était descendu d’un toit alentour et tournait joyeusement autour du pirate qui paraissait pourtant si terrible. Ce dernier tendit le doigt de la main qui lui restait et l’oiseau se posa dessus en poussant des petits piaillements. Un léger sourire apparu l’espace d’un instant sur le visage du vieux capitaine qui regardait l’animal d’une tendresse qui aurait pu désarmer le plus féroce des soldats. Ses yeux parcoururent le plumage de l’animal avant de se perdre au fond des siens. Comme une attente venant des spectateurs, sa voix puissante mais sans animosité vint briser le silence qui venait de s’installer sur la place.
«— Terreur.
Calamité.
Fléau.
Est-ce là les seuls mots que vous inspirent les pirates ? »
Les soldats, surpris, regardèrent leurs supérieurs qui eux-mêmes regardèrent le pirate. Une grande surprise venait de se manifester dans toute la place. Mais le condamné ne parut aucunement s’en émouvoir.
«— Loin sur les océans se joue une bataille dont vous n’avez aucune idée, reprit-il. Ceux que l’on appelle pirate ont fait le choix de se défaire des chaînes qui les retenaient prisonnier et voguent désormais sur les mers. Ne suivant que leurs passions et leurs rêves, ils sillonnent le monde à la recherche d’un immense trésor caché quelque part. Un trésor qui a une bien plus grande valeur que toutes les pièces d’or du monde réunis où toutes les pierres précieuses cachées bien profondément sous la tour de Londres ! »
L’oiseau commença à battre des ailes sur le doigt d’Edward qui n’avait pas changé d’expression du tout margé la tournure de la situation. Sa voix brisa le silence une seconde fois.
«— Pour ma part ce trésor je l’ai déjà trouvé. »
La simplicité et la sincérité des mots qui sortaient de sa bouche ainsi que le feu de son regard produisirent sur la foule un effet inexprimable. Chacune des personnes présentes étaient attachés à ses mots comme des enfants apercevant dans la nuit étincelante de leur imagination, plus d’étoiles qu’ils n’en peuvent compter. Soudain, porté par la fièvre de la richesse qui nous fait oublier toute peur, des voix dispersées commencèrent à se faire entendre :
«— Ce trésor ! Où est-ce qu’il est ?
— Oui ! Dis-nous ce que c’est ! »
Edward se mit à sourire.
« — Le trésor dont je parle n’est pas un trésor qui peut se trouver avec une carte ou une boussole. Il se trouve avec le cœur. Prenez la mer et vous le trouverez peut-être comme moi je l’ai trouvé. Au-delà des océans il est là quelque part à attendre. Caché par des siècles d’histoire, il a suivi l’Humanité depuis son commencement mais ne s’est montré qu’aux personnes avec assez de bravoure et de conviction pour défier ce monde dans un combat. »
Barbe noire qui avait vogué sur toutes les mers était devenu le plus étourdissant de tous les pirates mais jamais il ne l’avait était autant qu’à cette instant. Les souvenirs de ses camarades et de ses aventures lui redonnaient toujours le sourire. Pas un sourire cruelle que l’on imagine habituellement sur le coin de la bouche des forbans et criminelles qui nous glace le sang mais un sourire tendre comme ceux que l’on peut voir sur n’importe quel vieil homme qui se rappelle ses belles années. Au crépuscule de sa vie, il cria ces derniers mots pour répondre à ceux qui le regardaient fixement, les oreilles attachées à chacun de ses mots :
«— Un trésors qui va au-delà de votre imagination !

LE PLUS GRAND TRÉSOR PIRATE !!! »

L’explosion, si longtemps contenue par respect pour barbe noire se fit jour, comme un tonnerre, du fond de toutes les poitrines ; Les soldats n’arrivaient presque plus à contenir ce mouvement de la multitude qui pressait de tous les côtés. Des questions et des insultes adressées à Edward Teach, qui restait impassible, fusaient de partout. Le petit moineau qui l’avait accompagné jusque-là s’était envolé. Au milieu de tout ce bruit certaines voix s’élevaient encore :
«— Qu’est-ce que tu racontes vieux sénile ? Dis-nous où est ce trésor !
— Ouais on veut savoir ! »
Les soldats courraient de partout, certains essayant de contrôler l’agitation de la foule et d’autres donnant des ordres en agitant les bras. Tout cela durait depuis quelques minutes déjà et ne semblait pas s’atténuer. Le tumulte avait tourné la figure d’Edward Teach vers la foule. Porté par tous ces regards, son visage sembla s’illuminer et ses yeux scintiller. Pour calmer la tempête qui s’était emparé de la place, l’ordre de l’exécution avait finalement était donné.
C’était la fin. Au fond de lui Barbe noire se rappelait ses souvenirs en fermant paisiblement les yeux. Le monde autour de lui s’effaça petit à petit jusqu’à ce qu’il ne devienne plus qu’un point noir sur une page blanche et la brouhaha sur la place un simple bruit sourd dans le silence le plus profond. Quelle merveilleuse vie j’ai mené se disait-il au fond de lui. Si j’avais vécu plus longtemps j’aurais juste eu le temps d’avoir des regrets.
Haut dans le ciel au-dessus de lui, le moineau volait entre les nuage en direction du soleil. Étendant grand ses ails pour se laisser porter doucement au gré du vent et emportant avec lui le fameux trésors que Teach avait trouvé sur les océans et qu’il chérissait plus que tout au monde : La liberté.
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