14
min

Le test

Image de Jean Pierre Haga

Jean Pierre Haga

42 lectures

0

« Quel genre de femme êtes-vous ? »

C’est drôle, je sais d’avance que c’est le genre de test à la va que je te balance des questions idiotes, mais je m’y intéresse quand même.
« Roger, tu pourrais me passer le crayon sur la table, s’il te plaît ? »
Roger, c’est mon homme. Il est beau comme un camion. Un gros camion, certes, mais beau quand même. Et ce, malgré le fait qu’il ronfle comme un camion. Il saisit le crayon et me le lance d’un geste tellement précis que je n’ai aucun mal à l’attraper au vol.
« Merci !
- De rien, ma poule. »
Et il se replonge dans la lecture du journal « Le Turf ».
Le turf...
S’il y a un truc auquel je ne comprends rien à rien, c’est bien ces histoires de chevaux, de handicaps, de quinté, de tiercé... C’est d’un compliqué ! Un jour, j’ai essayé de comprendre et Roger, ravi, s’est proposé pour jouer au prof. Dès la première phrase, il m’a décrit un nageur. J’ai cru qu’il parlait de natation mais il paraît qu’un nageur, c’est un cheval à l’aise sur les terrains lourds et humides. Après ça a été les galops, les trots, les côtes, les placés... J’ai laissé tomber. Ca ne m’embête pas que Roger passe son temps au PMU mais moi, j’ai renoncé à comprendre. Etant donné les petites sommes qu’il joue, c’est un petit jeu qui ne risque pas de nous ruiner. N’empêche que je trouve ça tangent du point de vue moral parce que, paradoxalement, ce sont les plus démunis qui jouent avec assiduité. Le prix de l’espoir...

Je reprends mon test idiot. Encore que je doute qu’il le soit plus que le tiercé mais à chacun son truc hein ? Bon, alors, la première question :

1 : Vous avez des invités. L’un d’entre eux, éméché commence à chanter des chansons paillardes. Jouant votre rôle de maîtresse de maison :
A : vous riez et entonnez la chanson avec lui.
B : vous essayez de parlez plus fort afin que votre conversation couvre sa voix.
C : vous l’approchez et lui dites, gentiment de cesser de gêner les autres.

Voilà bien mon problème avec les tests : parfois aucune des réponses ne me convient. Faut voir que l’invité, moi, je l’aurais gentiment saisi par le col et je l’aurais gentiment mis sous la douche froide. Après, je lui aurais gentiment passé des vêtements secs. Avec ce traitement, c’est garanti, il cesse gentiment de chanter « La digue du cul ». Non mais !
Et puis d’abord, pourquoi, dès la première question, ils commencent par « vous avez des invités » et terminent par « vous êtes une maitresse de maison... » ? Je regarde en bas de page pour voir qui a conçu ce beau test : Sophie M.
Tiens, c’est une femme.
J’aurais parié que ce serait un homme, pourtant. Ben oui quoi, ce sont surtout les hommes qui ont cette fâcheuse tendance à ne considérer la femme que sous l’angle domestique. Vous êtes une femme donc, vous vous occupez des invités, c’est à vous de gérer. Bravo les mecs ! Mais là, c’est une femme qui le dit... J’aimerais bien voir à quoi elle ressemble cette Sophie.
Alors, qu’est ce que je réponds ?
Allez, je vais mettre A, c'est-à-dire que je chante avec mon invité au langage peu châtié. Pas de raisons qu’il soit le seul à s’amuser, après tout. Et puis, j’en connais un rayon sur les chansons paillardes. C’est grâce à Roger qui les connaît toutes sauf que lui, il est bien élevé et n’est pas du genre à aller chanter « La bite à Dudule » chez des gens.
Je continue mon test. Question suivante :

2 : Vous discutez entre copines. La conversation concerne les petits câlins au lit avec votre compagnon.
A : vous rougissez et refusez de parler de vos expériences.
B : enthousiaste, vous participez à la conversation.
C : vous dites à la copine qui a commencé la conversation que ce n’est pas discret du tout.

Je réfléchis. Est-ce que j’ai des copines qui parlent de sexe ?
Ben oui.
Mais la réponse au test est quand même compliquée parce que dans ces cas là, j’écoute enthousiaste les expériences des autres et je ne parle pas des miennes. D’ailleurs on ne me demande rien alors, ça m’arrange. Surtout que Roger et moi nous faisons des choses... brrr ! Rien que d’y penser, j’en ai des frissons dans l’échine.
Tiens, mais c’est vrai ça : on me confie tout, même si de mon côté, je ne livre rien. Je ne suis qu’oreilles. Voilà. Les copines ont des petites peines de cœur ? C’est à moi qu’elles vont le dire. Elles ont des choses marrantes à raconter sur leur vie privée ? Devinez qui doit tout entendre ? Moi, encore une fois.
A les écouter parler, il m’arrive, de rares fois, d’avoir quand même envie de me confesser. Mais au tout dernier moment, j’hésite. Pourquoi ? Parce que ce qu’elles racontent, plus ou moins tout le monde fait et ce n’est nouveau que pour elles. Tandis que mon Roger et moi, faisons des choses dont il est certain que mes copines n’ont jamais entendu parler.
Bon allez, il faut que je me décide à répondre car ce n’est que la seconde question et si je dois réfléchir comme ça à chaque réponse, j’en aurais jusqu’à minuit. Ca ne va pas le faire du tout.
Alors, je mets quoi ?
C’est certain que je ne réponds pas C. Mes copines, je les choisis avant de les fréquenter et du coup, il est rare que leur conversation m’ennuie.
Par contre, j’hésite entre A et B, entre rougir et être enthousiaste. Encore que ce n’est ni l’un ni l’autre. Je ne suis pas le genre de chochotte qui vire à l’écarlate en entendant le mot sexe (même pire, hein ! On parlerait bites, couilles, nichons que je ne rosirais même pas). Bon, je coche à la fois A et B. Je choisirai définitivement selon les résultats du test.
Oui, je sais, ce n’est pas fin mais à question idiote...
La question suivante. Je meurs d’impatience de savoir ce que l’éminente psychologue Sophie M a concocté. Si ça se trouve, elle n’est pas du tout éminente. Selon moi, ce doit même être une psychologue imminente. Genre : elle va bientôt l’être mais elle ne l’est pas tout à fait. Elle s’entraîne encore quoi !
D’où l’inégalable profondeur psychologique de ses tests... Enfin, je suppose, hein. Sans vouloir être mauvaise langue.

Bon, alors, la question 3 ?

3 : Vous avez brûlé votre rôti de bœuf. Votre compagnon rentre et fait la grimace en sentant l’odeur.
A : vous avez déjà enfilé un petit déshabillé sexy et vous proposez d’aller directement au lit.
B : Vous lui dites que ça fait longtemps que vous ne vous êtes pas fait un bon resto et que ce serait l’occasion rêvée pour sortir.
C : vous vous dépêchez de faire cuire des œufs. Après tout, ne dit-on pas : qui mange un œuf mange un bœuf ?

Voilà que ça lui reprend à la Sophie de prendre les femmes pour des ménagères !
Celle là, je parie qu’à chaque fois qu’elle entend le mot « femme », elle ajoute mentalement : « de ménage ». Sexiste va ! Et avec ça, je ne peux même pas la traiter de macho puisque c’est une femme. Ou alors je peux dire que c’est une macha ou bien une machotte ? Pourquoi pas ? Si ça se trouve, Sophie M veut dire Sophie Machotte. Ca lui irait bien.

Donc, elle me demande de supposer que je suis face à mon rôti brûlé...
Quand même, elle doit en faire beaucoup, des rôtis, miss Machotte pour les brûler. Pour ma part, je crois bien que je ferais attention à la cuisson. Je me vois bien en train de jeter un coup d’œil dans le four toutes les deux minutes afin d’assurer mon coup. Faut voir à quel prix ils vendent le rôti ! Surtout de bœuf.
Il y a une autre raison pour laquelle il n’est pas envisageable que je brûle un rôti, c’est que dans notre couple, c’est Roger qui cuisine. Et il est tellement bon comme cuisinier que je ne l’ai jamais vu rater quoi que ce soit. Même pas des trucs ultra compliqués avec des noms qui donnent faim d’avance.
Ah, le nom des plats... Il y en a qui cherchent loin.
Un jour, j’ai lu sur un menu : « Boudin à la Pompadour ». Heureusement qu’elle est déjà morte la Pompadour car elle n’aurait pas apprécié voir son nom associé à du sang de cochon.
Faut comprendre, elle, le sang, elle l’avait bleu.

Houlà, je me disperse, là.
J’en reviens à mon rôti misérablement brûlé. Alors, qu’est ce que je fais ? Si on a de l’argent, la réponse B me plairait bien. On rate un plat à la maison ? Pas de problèmes, on se rattrape avec un petit gueuleton de derrière les fagots.
Sinon, ce serait la réponse C ( vous faites cuire des œufs) mais c’est Roger qui ferait l’omelette.
Pas cool, ça.
Allez, je coche B : on ira au resto.
Et en amoureux, s’il vous plait !
A propos d’amoureux, j’aurais pu choisir A et régler toute l’affaire au lit mais Roger ne vaut rien lorsqu’il a faim. C’est son côté homme des cavernes.
Hop ! La question suivante :

4 : Votre compagnon a invité quelques-uns de ses amis. Ils parlent politique.
A : vous avez un avis bien arrêté sur la question et vous participez aux débats.
B : Vous somnolez dans votre coin.
C : vous exigez que l’on change de conversation.

Tiens, on dirait les réponses de la question 1, celle qui concerne l’invité qui chante une chanson licencieuse. Ca prouve à l’évidence que la politique a quelque chose de paillard.
N’empêche qu’elle m’énerve, l’autre Machotte ! Il est plutôt étonnant qu’elle n’ait pas proposé une réponse D : vous allez dans un coin avec les femmes pour parler tricot.
Je me lève pour aller chercher la bouteille de Martini au frigo. En me voyant faire, ce profiteur de Roger se fait un petit verre de rhum-coca. Il appelle ça du mazout. Perso, je n’aime pas, je trouve que c’est trop fort. Le seul alcool qui me convienne, c’est le martini, avec une préférence pour le rosé.
« Le Martini, c’est une boisson de gonzesse ! » s’exclame Roger.
Et le voilà parti dans un de ces gros rires gras qu’il affectionne tant. Vous savez, le genre de rire qui fait « Mouhahahahaha ! », avec de préférence, la tête légèrement en arrière et les mains qui frappent les cuisses. C’est nul comme rire mais je fais semblant de rien. Roger fait ça exprès pour me fâcher. Il espère qu’après la fâcherie, nous allons nous réconcilier sous les draps.
En fait, ça finit toujours comme ça. Si ça l’amuse de faire le gros lourd pour avoir un câlin, ça ne me gêne pas. J’en profite aussi, après tout. Pour la forme, je réponds quand même.
« Ben le mazout, c’est une boisson de crétins ! »
Mais Roger ne m’écoute déjà plus car il est penché sur la feuille à calculer les chances de « Daphnée des Landes » face à « Diadème chéri », une nageuse hors pair qui pourrait gagner si la piste se faisait lourde...
Je prends une gorgée de ma boisson, soupire d’aise et reprends mon test. J’en étais où, déjà ?
Ah oui, question 4 : les invités parlent de politique.
Déjà, j’ai du bol, Roger n’aime pas la politique. Il préfère parler de musique. Surtout de jazz. Là, il peut carrément s’enflammer. C’est compliqué le jazz. Ce qui me fascine, c’est de le voir en parler avec ses potes. Ils disent des choses dans le genre :
« Ce morceau est meilleur lorsque c’est Dan Keller qui est à la guitare et qu’il attaque avec un ré neuvième diminué seconde transposition. ».
Déjà c’est mystérieux comme phrase. Mais le plus beau, c’est qu’ils ont l’air de se comprendre et un copain d’ajouter :
« Ah oui ! J’ai écouté ce disque. C’est l’enregistrement du concert du 2 février 1961 au Jazz Hall de New Orléans. Ce soir là, Altheimer était malade et a été remplace par le trompettiste aveugle Gill Norman. Une magie... »
Et ils peuvent continuer comme ça pendant des heures. Ca ne m’ennuie pas du tout, je les regarde comme je regarderais un sketch. C’est comme ça, les néophytes qui écoutent des passionnés de jazz, ou ils s’endorment, ou ils sont morts de rire. Moi je ris.
Pour ce qui est de la politique, c’est moins drôle. Mais, je le répète, chez nous on n’en parle jamais. Allez, je mets C (j’exige que l’on change de conversation), comme réponse. Encore que je n’aurais même pas besoin d’exiger que l’on parle d’autre chose, tellement c’est certain que quelqu’un d’autre le ferait avant moi.

Roger avale le contenu de son verre d’un seul coup puis, repose son journal en s’étirant.
« Je crois, dit-il, qu’il est temps d’aller se pieuter. Tu viens ?
- Juste un instant, je termine ce test et j’arrive.
- C’est quoi comme test ?
- « Quelle genre de femme êtes-vous ? ». Je sais, c’est un peu bateau comme thème mais j’ai quand même envie de savoir dans quelle catégorie ils vont me classer.
- Je vais en profiter pour continuer de lire mon roman au lit. A plus, ma poule !
- A plus ! »
A propos, j’espère que miss Machotte ne va pas me classer parmi les poules.
Je regarde Roger s’éloigner vers la chambre. Aussitôt qu’il arrive à la maison, il retire ses vêtements et se promène en tee-shirt et caleçon. Je ne m’en plains pas. Roger, c’est mon dodu à moi. Il est confortable comme ce n’est pas imaginable. Evidemment, il préfère que l’on dise qu’il est un peu enveloppé ou, encore mieux, qu’il a le type athlétique-enveloppé. Quand le vois comme ça de dos, pendant qu’il marche, j’aime beaucoup son petit balancement des hanches. Quel homme, quand même. Et d’une gentillesse, avec ça, malgré son langage pour le moins fleuri. !
Il faut que je finisse mon test pour aller le rejoindre avant qu’il ne dorme. C’est impératif de dormir avant lui sinon, c’est l’enfer avec ses ronflements. Débarquer dans la chambre lorsque Roger est déjà dans les bras de Morphée, c’est un peu comme d’arriver au circuit Paul Ricard au moment du départ d’une course.
C’est intense, profond, vibrant et surtout insupportable.
Allez, je vais faire vite. Heureusement que ce test ne comprend que huit questions.

5 : Votre compagnon a la fâcheuse habitude d’utiliser votre brosse à dents alors qu’il a la sienne, juste à côté.
A : vous l’enguirlandez copieusement
B : vous lui faites la morale à propos d’hygiène de grippe A et tout ça...
C : ça ne vous gêne pas.

Alors là, sans hésiter, je coche C.
Pour la bonne raison que Roger fait tout le temps ça. Ca me gêne quand même un peu mais je ne dis rien. Enfin, je ne dis plus rien.
La première fois que je l’ai vu se brosser énergiquement les dents du fond avec ma belle brosse à dents – une brosse Signal aux poils médium et au manche ergonomique et souple – j’ai râlé à n’en plus pouvoir. Je l’ai traité de gros dégueu, d’homme du cro-magnon et de fasciste. Bon, je sais, il n’est pas dit qu’un fasciste utilise les brosses à dents des autres mais pour moi, c’est l’insulte suprême alors, je le lui ai balancé.
Roger a posé la brosse à dents, et il m’a jeté un regard, un peu étonné.
« Dis donc, ma poule, a-t-il répondu ensuite. Et qui est-ce qui a utilisé mon rasoir triple lame à tête pivotante pour se faire les poils des jambes ? C’est bien toi, non ? Pourtant, je ne t’ai rien dit.
- Oui mais, bon, ai-je répondu. Tu râles tout le temps lorsque tu sens les poils de mes jambes.
- Ce n’est pas une raison pour utiliser mon rasoir. Un rasoir, c’est pour les joues, pas pour les petits mollets.
- Et ma brosse à dents, c’est pour les bouches, pas pour les... les... pas pour les groins !
- Viens que je te roule une pelle, alors.  »

C’est à cause d’échanges stupides de ce genre que j’ai fini par ne plus rien dire à propos de brosse à dents.
Donc, pas de problème, c’est la réponse C : ça ne me gêne pas, parce que je me gêne pas non plus pour le triple lame de Roger.

Allez, plus que trois questions et je vais enfin savoir quel genre de femme je suis. Plus que trois misérables questions. Vive Sophie Machotte ! Vive « Femme Actuelle », « Voici », « Elle » et tous ces autres magazines qui en savent tant sur les femmes.
Vive la psychologie de salon et vive les Freud au rabais !
Alléluia ! Je vais me connaître !

Il est clair que je ne vais pas trop croire aux résultats de ce test mais je vais le terminer quand même, histoire de voir ce qu’ils vont dire.

6 : lorsque vous achetez des dessous affriolants, c’est :
A : un cadeau pour votre compagnon, pour lui montrer que vous l’aimez.
B : un cadeau pour vous car en vous voyant, il va être excité comme pas permis et à vous les grosses performances.
C : une dépense inutile.



Est-ce qu’une dépense peut être inutile ?
Je ne pense pas. Bien sûr, il est possible d’acheter des choses inutiles. Il y en a...
Tiens, par exemple, la femme qui s’achète le foulard carré d’Hermès avec des chevaux imprimés sur la soie, à priori, c’est absolument inutile. Non ? Je veux dire qu’elle aurait aussi bien pu s’acheter un foulard de base chez Monoprix que son cou n’aurait pas vu la différence. Pareil pour les hommes qui n’en peuvent plus du dernier modèle de chez Renault, celui avec tout plein de soupapes et de chevaux (tiens, on revient aux chevaux. Hermès aurait dû fabriquer des voitures... ou alors, Renault, des foulards).
C’est inutile, pas de doute. Mais ce qui l’est moins, c’est qu’en fait, ces personnes ont acheté non pas un foulard ou une voiture mais la frime absolue. Et là, pour eux, ça devient utile (ah les kékés !)
Je m’en fiche mais c’est utile de le savoir. On se sent moins démuni. Donc, la réponse C n’est pas bonne.
Qu’est ce qu’il me reste ? Soit, les dessous sont un cadeau pour moi, soit, un cadeau pour mon compagnon.

Je me souviens, qu’un jour, j’avais acheté un string léopard du plus bel effet. Juste le string parce que je n’achète jamais de soutien gorge. Faut voir les seins que j’ai. Enfin... quand je dis qu’il faut voir, ce n’est qu’une manière de parler parce que justement, mes seins, ils sont tellement petits qu’on ne les voit pas tout de suite. Ah ben tiens, les soutiens gorges, en voilà un d’achat inutile.
En fait, je mens car j’en ai déjà acheté. Histoire de... sur le coup, ça m’a fait plaisir.
Oui, bon, je disais donc que j’avais acheté un string léopard. Je l’ai enfilé dans la salle de bain pendant que Roger se mettait au lit. Lorsqu’il m’a vu arriver avec cet unique pièce de vêtement sur moi, il est resté bouche bée puis, son visage s’est allumé et il m’a pris dans ses bras. Ca a été une nuit comme on n’en fait plus. Un cadeau autant pour lui que pour moi.
Alors, qu’est ce que je mets comme réponse ?
Allez, je mets B : un cadeau pour moi. D’accord, c’est Roger qui est content en premier mais qui en profite ensuite ? Hein ?
A propos, je me demande où est-ce que j’ai bien pu ranger ce fameux string. Après cette nuit mémorable, je ne l’ai plus mis. De peur de l’abîmer, peut-être. Mais ce serait pas mal de le mettre tout à l’heure lorsque j’irais rejoindre Roger. Voir ses yeux s’allumer est un plaisir absolu, pour moi. Il faut que je retrouve cet accessoire. Pourvu que je l’ai rangé dans une boite sinon, il risque d’être tout poussiéreux. Ce serait pénible.

7 : combien de paires de chaussures possédez-vous ?
A : moins de quatre
B : entre quatre et dix
C : plus de dix.

Ca y est, on vient d’atteindre les sommets. Déjà, avec le coup du rôti de boeuf brûlé, j’avais soupçonné que ce test était destiné à des personnes relativement aisées. Maintenant, c’est certain.
Miss Machotte me joue la totale.
Elle aurait dû se faire philosophe ou alors, penseuse.
Ben oui, les philosophes ne sont pas toujours des penseurs. Dépensiers, peut-être, lorsqu’ils ont du succès mais des penseurs, j’ai des doutes. Parfois, ils pensent n’importe quoi et avec ça ils sont heureux de nous apprendre comment voir la vie.
Sacrés farceurs, va !
Et puis, attention, ils sont capables de se fâcher si on n’est pas d’accord avec eux. J’ai vu Finkielkraut à la télé, dans une émission dont le titre m’échappe. Ce type a tenu des propos racistes, réactionnaires, limite sexistes et extrêmement désagréables. Il s’était fâché parce que quelqu’un avait eu l’outrecuidance d’affirmer que le colonialisme n’était pas vraiment utile sauf pour les colonisateurs.
Il a vu rouge, le Finkielkraut et il s’est énervé. Mais il faut admettre que malgré sa colère, il sait garder une manière très sensée de dire les choses. J’irais même jusqu’à dire qu’il la joue fine. Quel homme !
Je me demande combien de paires de chaussures il a ?
Et moi, au fait, j’en ai combien ?
En comptant mes chaussures de randonnée, et mes mules molletonnées, j’en ai cinq. Je me demande s’il faut compter les mules, dans ce test ?
C’est important parce que ça me fait passer de quatre à cinq paires et du coup, je change de catégorie. Non, c’est décidé, je ne les compte pas, ça ferait double emploi avec Miss Machotte qui en est une de mule si l’on en juge par ses questions.
Heureusement qu’elle ne conçoit pas des tests destinés aux hommes. Vous imaginez la question ? Combien de paires avez-vous ? Trop drôle. Messieurs les hommes seraient bien embêtés. Faut voir : les forts ont fort à faire, rapport au port de paire. Ca le fait, non ?

Encore une petite gorgée de Martini et me voilà face à la dernière question.

8 : vous portez votre mini jupe préférée mais cette dernière remonte à tout bout de champ :
A : vous tirez constamment dessus pour la faire redescendre
B : vous vous en fichez royalement
C : vous la laissez remontée mais vous fustigez du regard l’impudent qui ose vous regarder avec trop d’insistance.

Là, j’hésite.
Je ne porte jamais de jupe, je n’aime pas.
D’abord, ça fait froid aux jambes et ensuite parce que Roger et moi, nous nous déplaçons en moto. Alors, le plus souvent, je porte des jeans, comme lui.
Mais supposons quand même que j’en porte une.
Et qu’elle remonte, la coquine.
La réponse C ne me va pas du tout. D’abord, si je mets une mini jupe, c’est pour montrer (je parle pour moi, hein !). Du coup, il me semble illogique de jeter des regards assassins à ceux qui apprécieraient. Pareil pour la réponse A.
J’ai vu pas mal de femmes qui font ça. Elles tirent sur leur jupe toutes les dix secondes. Ca se remarque. Du coup, tout le monde regarde bien leur jupe pour savoir ce qu’elles font.
Reste que je m’en fiche royalement.
Mais je commence sérieusement à me demander où est mon string léopard. C’est décidé, tout à l’heure, je vais le mettre en espérant bien que ce n’est pas moi qui vais tirer dessus.

Je coche B et je tourne les pages pour voir les résultats du test.

C’est compliqué.
On se demande pourquoi ils élaborent des tests aussi simplistes pour enquiquiner tout le monde à l’instant de voir les résultats. D’habitude, on lit les résultats assez facilement, genre : si vous avez une majorité de réponses A, vous entrez dans telle catégorie, si vous avez une majorité de réponses B, vous entrez dans telle autre.
Ici, ce n’est pas comme ça. Il faut compter les carrés, les ronds, les triangles et les étoiles. Alors une réponse A dans la question 1 rapporte un carré, B rapporte un triangle, C, un rond et pas de réponse équivaut à étoile.
Ensuite, il faut voir si on a une majorité de rond, de carré de triangle ou d’étoiles.
Mais attention, ce n’est pas si simple car sur la question 5, une étoile vaut trois carrés ou un rond. Sur la question 8, c’est l’inverse. Alors, pour ne pas se tromper, il faut dégainer la machine à calculer. Et encore, il faut savoir utiliser les touches statistiques afin de savoir si l’écart type sur la répartition des réponses est correct à plus ou moins zéro virgule deux pour cent.
Mais non, ce n’est pas vrai.
Au bout d’un bon moment quand même, j’ai la joie d’apprendre que je suis le genre de femme incapable d’entretenir une relation de longue durée. Selon Sophie M, je n’ai pas suffisamment le sens de la compromission. Pour adoucir ses conclusions, elle ajoute quand même que cela me garantit un fort esprit d’indépendance.
C’est d’un nul !

Tant pis, je vais aller rejoindre Roger au lit. Lui au moins, il ne se pose pas de questions. Je parlais tout à l’heure des achats inutiles, eh bien voilà un test inutile.

« Quel genre de femme êtes-vous ? »
Pfff ! Quelle arnaque !

Je farfouille dans le dressing room. En fait, c’est un fond de couloir dans lequel on a aménagé des étagères. En moins de cinq minutes, j’y trouve ce que je cherchais : mon string léopard.
Je me dénude, passe rapidement sous la douche puis j’enfile mon petit bout de tissu sexy. Cela fait, je me contemple dans la glace pour voir l’effet.
C’est parfait. A tous les coups, Roger va apprécier.
Puis, je regarde à nouveau mon reflet d’un œil critique : pas de doute, c’est parfait. Encore qu’il y a un truc...

Un dernier truc à faire pour atteindre la perfection et émoustiller mon homme à coup sûr : il faut que je me rase car mon athlétique enveloppé n’aime pas quand j’ai les joues râpeuses. Ensuite, je vérifie une dernière fois, au cas où mes testicules dépasseraient du string léopard, c’est toujours du plus mauvais effet...
Et enfin je rentre dans la chambre.
« Alors, ma poule, me demande Roger, ce test ?
- Bof, je ne l’ai pas fini, il m’a énervé.
- Ah bon ? »
Enfin il lève les yeux de son roman et reste bouche bée en voyant ma tenue. Il rabat les draps pour m’inviter à venir tout de suite près de lui mais avant de le faire, je pose quand même une question.
« Tu sais, Roger que dans le test, ils disent que je suis incapable d’avoir une relation durable ?
- De toute façon, qu’est-ce que tu en as à faire. Tu veux que je te dise ? Pour moi, il n’y a pas mieux que toi. »

Et il m’embrasse.
Plus tard alors que nos mains et nos souffles s’emmêlent, je souris, heureux :
Je me sens femme. J’en suis une...
Une vraie.
Et qu’est ce que je l’aime, mon Roger.




FIN
0

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lire la charte

Pour poster des commentaires,