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Le temple perdu

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Alain Lonzela

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L’expédition progressait lentement à travers la jungle du Yucatan. Les hommes étaient épuisés, minés par le climat tropical et son atmosphère étouffante. 

Les hommes avaient une soif, une soif spéciale et inextinguible : la soif de l’or. 

Le monde entier résonnait de bruits alarmants. L’Allemagne se réarmait et l’Europe était en train de se préparer pour une seconde guerre mondiale, mais c’était le cadet de leur soucis. 



Le chef de l’expédition leva la main, poing fermé. Tous s’immobilisèrent. 

Encore une fois, ils avaient l’impression d’être suivis et épiés par des poursuivants invisibles. 

Deux hommes se portèrent à sa hauteur, fusil levé, mais une fois de plus, ils en furent pour leurs frais. Tout semblait calme. Pas même une trace d’animal sauvage. 

C’en devenait même suspect. 



Satisfaits mais non rassurés, ils échangèrent un regard interrogateur, puis, celui qui paraissait être le chef, décida de continuer la progression. 

Les deux suivants soupirèrent mais n’osèrent pas contredire sa décision. 



Il s’était autoproclamé chef de l’expédition car il disposait de deux atouts qui justifiaient leur exploration. 

Un de ces deux atouts était une carte qu’il consultait régulièrement pour guider l’expédition et l’autre était mystérieusement suspendu autour de son cou. 

La difficile progression continua donc. 



D’un coup, leur chef se mit à courir et se rua vers une sorte de rocher couvert de végétation qu’il attaqua à la machette. Devant leurs yeux médusés, l’homme mit a jour une idole grimaçante. 

Deux minutes après ils étaient auprès de lui et leur moral remontait d’un coup. 

L’instant d’après, une volée de flèches s’abattit du ciel frappant au hasard la troupe. 

Des cris de douleurs et des râles d’agonie s’élevaient de partout et les meneurs tiraient dans toutes les directions dans l’espoir improbable de toucher un assaillant. 



Contrairement à ce que l’on aurait pu croire ce massacre galvanisa les leaders de l’expédition. Après tout, si on avait voulu les dissuader, c’était qu’ils étaient sur la bonne piste. La piste de l’or. 

Le chef réunit ses troupes survivantes pour un conseil de guerre. 

A l’unanimité, ils décidèrent de continuer, alors même que la veille, leurs avis allaient plutôt vers le renoncement. 



La nuit des sentinelles montèrent la garde. On les retrouva au matin égorgées et la plus grande partie du matériel et des provisions avait disparu. Mais ils ne faiblirent pas dans leur décision d’avancer. 



Se fiant à sa carte, le chef progressait avec assurance maintenant, identifiant les différents repères qui balisaient sa route. 

Ils n’essuyèrent pas d’autre attaque, mais entre les victimes qu’ils avaient laissé pourrir au soleil et les blessés qu’ils avaient achevé pour ne pas ralentir leur progression, leurs sacs à dos ne contenaient que le strict minimum. 



Peu de jour après, ils se trouvaient face à une immense barre rocheuse, impossible à escalader. 

Les survivants se sentirent découragés sauf leur chef qui voyait son plan se réaliser dans les moindres détails. 

Il donna l’ordre de contourner la montagne. Jusqu’à ce que leur route croise un torrent jailli de la barre rocheuse. La, ils remontèrent le courant et se trouvèrent devant une immense statue sculptée dans la pierre. Une statue qui les stupéfia tous sauf leur chef. 

La, devant eux sculptée dans le calcaire de la roche, se tenait... un templier qui montait la garde. 



C’est à ce moment là qu’eut lieu la deuxième attaque. Plusieurs volées de flèches s’abattirent sur les hommes qui, une fois de plus, ripostèrent au hasard. 

L’attaque cessa aussi subitement qu’elle avait commencé, les laissant hébétés. Ils n’étaient plus que cinq survivants. 


  • On ne peut pas rester là, Henry s’exclama un des quatre survivants s’autoproclamant porte-parole du groupe. 

  • Du calme, Jack, je maîtrise la situation. 

  • Sors nous de là, Henry. Dépêche toi. 

  • Je m’y emploie, Terry. Du calme. 


  •  

Avec sang froid, celui qui venait de parler, récupéra la breloque qui pendait à son cou. 

 

 


  • Fais moi passer des sardines de tente. 


  •  

Bien que surpris, Terry s’exécuta. Le chef trouva enfin ce qu’il cherchait. Dans le bas du bouclier, sur l’empattement de La Croix templière se trouvait un rectangle en creux, constellé de petits creux. Il posa sa plaque et grâce aux trous de celle-ci enfonça les tiges métalliques aux bons emplacements et déclencha le mécanisme d’ouverture. Le bouclier pivota, découvrant l’entrée d’un tunnel. Après une brève hésitation, les survivants se ruèrent à l’intérieur. Dès qu’ils eurent fait quelques mètres, avec un grincement funèbre, l’ouverture se referma, les piégeant dans les entrailles de la terre. 



Leur progression dans l’obscurité fut pénible. Ils trébuchaient, s’écorchaient le cuir chevelu sur les arêtes du plafond et se cognaient contre les parois rugueuse qui leur infligeaient des dizaines de petites blessures. Heureusement, leur calvaire ne dura pas longtemps. Ils virent la lumière et ils reprirent courage. Quelques minutes après, ils débouchaient à l’air libre et restèrent stupéfaits. 



Une large vallée circulaire s’étendait devant eux, couverte d’une végétation luxuriante. Mais au centre de la vallée, une immense pyramide à étages se dressait vers le ciel. Un second souffle anima les survivants qui descendirent joyeusement la côte. Le chemin était toutefois plus ardu qu’ils ne le pensaient et ce n’est qu’au début de l’après midi qu’ils se retrouvèrent au pied de la pyramide. Les quatre hommes étaient apeurés mais les richesses tant espérées étaient à portée de la main. Ils serrèrent leurs fusils. 



Méfiants, surveillant toutes les directions, ils commencèrent l’ascension de l’escalier monumental. Ils avaient monté une dizaine de marches quand ils entendirent le chant rythmique des tambours. Des guerriers incas, en costume guerrier traditionnel à plumes, portant des masques de guépard en or, battaient en rythme la progression des aventuriers. 

Passé le premier moment de surprise, les quatre hommes ouvrirent le feu, mais aucune n’atteint son but malgré l’acharnement des tireurs qui comprirent rapidement la vacuité de leurs tirs. 



Comme les tambours continuaient à battre le rythme, imperturbables, ils cessèrent le feu. 

Échangeant des regards à la fois interrogateurs et inquiets, ils décidèrent tacitement de reprendre leur ascension. Mais ils n’étaient pas au bout de leurs surprises. 

Ils avaient franchi les trois-quarts de la montée et commençaient à sentir leurs jambes refuser tout service, quand ils s’immobilisèrent, stupéfaits. En haut des escaliers, des templiers, couverts de leurs capes blanches, barrées de La Croix rouge et revêtus de leur casque étincelant prenaient place sur la dernière esplanade. 



Les survivants escaladèrent les marches lentement, mais les templiers n’étaient pas menaçants. Ils attendaient, immobiles. 

Une fois sur la plateforme du haut, Henry toisa les chevaliers. 

 

 

 


  • Donnez moi la pierre. 


  •  

Les autres, qui arrivaient péniblement sur l’esplanade corrigèrent :

 

 

 


  • Donnez-nous... cette fameuse pierre qui change les métaux vils en or. 


  •  

Mais Henry ne leur laissa aucune chance. Il dégaina son pistolet et abattit impitoyablement ses trois complices survivants. Leurs corps sans vie dévalèrent quelques marches avant de se figer dans des postures grotesques. 

Toujours impassible, les templiers ôtèrent leurs casques. Ils avaient le crâne rasé et portaient une énorme barbe. Celui qui semblait commander les templiers parla d’une voix calme et profonde :

 

 

 


  • Jeune impudent. Tu as bravé mille périls pour avoir la pierre philosophale qui change tout en or et confère la vie éternelle. Je loue ton courage, mais il y a un prix à payer pour...

  • Vieux fou, donne moi cette pierre ou je t’envoie rejoindre tes ancêtres. 


  •  

Le templier se dirigea vers un autel et, de sa main gantée de cuir, ramassa une sphère aux reflets mordorés et la tendit à Henry, qui s’en empara. 



Le contact de la pierre était chaud, comme si elle était vivante. Henry sentit affluer l’énergie dans son corps. Ses blessures disparurent, et son corps parut rajeunir. Il se sentait ivre de puissance. Il disposait maintenant de la vie éternelle. Comme un gamin, il mit en contact son arme avec la boule. Son arme se transforma progressivement en or. 

Henry exultait, ivre de joie. Il avait dû commettre mille bassesses pour en arriver là, à son but. Tenir entre ses mains la vie éternelle et le pouvoir de transmuter les objets en or. Le but de toute une vie. 



Les templiers se tenaient immobiles, patients. Henry serra la boule ambrée contre lui et commença à descendre les escaliers. Il sautait les marches quatre par quatre. Arrivé au bas de la pyramide, il se retourna. En haut, les templiers s’étaient regroupés et l’observaient. C’était bizarre.    



Un signal d’alarme retentit dans sa tête. Mais il était à l’orée de la forêt. Encore quelques mètres et tout serait réglé. Il leva la boule pour la contempler une dernière fois avant de l’enfouir dans son sac et poussa un cri d’horreur. Sa main et son bras étaient brûlés, laissant les chairs à vif. Et la douleur commençait à se répandre dans son corps. Ses forces l’abandonnaient. Les templiers commencèrent leur descente. Arrivés à son niveau, ils récupérèrent respectueusement la boule dans leurs mains gantées et la placèrent dans un étoffe blanche frappée de La Croix rouge. 



Leur chef prit la parole :

 

 


  • Le pouvoir de l’Orbe est gigantesque. Nous sommes chargés de la garder car le monde n’est pas encore prêt à accepter sa puissance. Mais nul ne peut se confronter impunément à son pouvoir. Nous vivons cachés ici depuis l’année 1120. Nous continuons notre missions avec l’aide des guerriers Jaguar que tu as vu en venant. Mais nul ne peut toucher l’Orbe impunément. Son pouvoir nous fait vivre depuis des siècles simplement par sa proximité. C’est grâce à elle que l’Ordre est devenu immensément riche. Ta concupiscence t’a perdu. Nous ramenons la Pierre dans sa demeure. 

  • Et moi ?

  • Pour toi, il est trop tard. Tu vas mourir. Bon nombre de nos frères ont connu le même sort avant que nous comprenions comment bénéficier de cette puissance. Adieu.  


  •  

Et les templiers remontèrent sur la pyramide, le laissant à l’agonie. 



De l’autre côté de la montagne, un être monstrueux, brûlé sur tout le corps et vêtu d’une cape écarlate frappé d’une croix blanche s’approcha des corps sans vie de l’expédition. Il toucha un des corps qui reprit un semblant de vie. L’homme récupéra la plaque perforée et la passa autour du cou du ressuscité. Puis, il sortit d’une sacoche une carte et un manuscrit qu’il plaça sur la poitrine de l’homme, sous la chemise, et le regarda s’éloigner vers la civilisation. D’autres hommes tomberaient dans ce piège. 

Face à la paroi rocheuse il cracha son mépris sur la statue de pierre. Depuis 1120, il brûlait de l’intérieur, dans pouvoir connaître le repos de la mort. Il aurait sa vengeance. Un jour... il avait le temps. 

                   



















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