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Aujourd'hui était un jour particulièrement calme, une journée durant lesquelles il ne se passe jamais rien, les oiseaux chantent, le soleil brille dans un ciel clair, bleu et apaisant. Une brise caresse mon visage et fait voler mes cheveux en tout sens. Les couples sur les bancs rient et s'embrassent, les jeunes sur le stade jouent au foot et le temps s'écoule de manière lente et agréable. Même le vieux Ronny semble moins ivre que d'habitude. Il titube devant un peintre qui s'empresse de l'immortaliser sur sa toile avant de venir s'adosser à moi pour manger, comme chaque jour.
- Tu es le seul à me supporter dans ce monde me grogne-t-il.
- Si tu faisais un tout petit effort tu serais aimé de tous lui répondis-je.
Comme à son habitude il ne m'écouta pas. Il finit son repas et reprit le travail. Il ramassa les papiers autour de moi et tailla quelques buissons. Ronny est le jardinier du parc. Il n'a pas un mauvais fond mais il est tout le temps ivre, ce qui le met à l'écart de la société. Un marginal. Tout le monde se bouche le nez en le voyant avant de changer de trottoir, de peur que l'odeur ne les imprègne, je suppose.

Après ses quelques besognes et comme à chaque fois Ronny était seul avec moi dans un coin du parc, quand un homme vêtu d'un blouson de cuir siffla le jardinier. Ce dernier courut le voir. La discution semblait houleuse. Je ne m'en mêlais pas. Ils semblaient parler d'argent. Je n'aime pas ce genre d'histoires à propos de l'argent. On pourra dire ce que l'on veut mais les gens en présence de ce papier, ce fin morceau végétal, sont prêts à commettre des actes inqualifiables.
L'homme menaçait toujours Ronny, à propos de cette somme faramineuse.
- Je ne peux pas vous rembourser, je n'ai pas d'argent. Je touche ma paye demain je peux vous donner la moitié mais j'ai besoin de l'autre pour mon loyer et pour me nourrir.
L'homme au blouson de cuir éclata de rire, pendant une bonne dizaine de minutes. Avant de s'arrêter net et de lui mettre un coup au ventre.
- Ne te moque pas de moi tu n'as pas besoin d'autant amène moi... Combien gagnes-tu ? 1200€ j'ai bien entendu ? En un mois c'est tout ce que tu te fais ? C'est minable ! Juste pour te tabasser et récupérer l'argent je gagne 500€. Mon pauvre gars. Bon je reviens demain si tu n'as pas l'argent. Je serai obligé de sévir.
Ronny signala qu'il avait compris. La veste en cuir partit. Ronny se reprit et partit en titubant, à cause cette fois-ci de la correction qu'il venait de recevoir.

Le lendemain. Ronny revint totalement ivre, il ne marchait pas droit. Il trébuchait tous les trois pas. Il s'arrêta à un stand pour acheter un hot-dog et une bière. Il ouvrit son porte-feuille et le fouilla pour trouver le plus petit billet qu'il avait. Seulement dans son effort pour être discret il fit tomber plusieurs billets. Un groupe de jeunes le surveillait avec attention. Il remit rapidement mais maladroitement les billets. Il se dépatouillait comme il pouvait pour manger boire et tenir son sac contenant son porte-feuille. Sa quatrième bouché entamée, un des jeunes s'empara du sac et partit à toute vitesse. Ronny courrait tant bien que mal mais sa corpulence ajoutée à son taux d'alcoolémie l’empêchait de rattraper ce jeune. Je ne pouvais moi-même rien faire pour l'aider. Tout angoissé, le jardinier but sa bière d'un trait et vint près du bosquet de rosiers à quelques mètres de moi. La veste en cuir ne tarda pas à le rejoindre.
- Où est l'argent ? Tu l’as caché quelque part ?
- Je ne... je me le suis... Ronny bafouillait, ne sachant comment expliquer ce qui venait d'arriver.
- Tu l'as oui ou non ?
- Non. Finit par lâcher Ronny.
- Il est où alors ?
- On me l'a volé. Je l'avais avec moi ce matin et on me l'a volé.
L'homme sentit l’haleine de son interlocuteur et détourna la tête.
- Tu es un ivrogne et un menteur en plus ? Tu as tout dépensé pour te saouler avoue le !
- Non je te jure que non.
- Moi c'est pas ce que je pense. Je vais devoir sévir, sinon mes boss ne vont pas être contents. Je t'aime bien Ronny mais je ne te pensais pas aussi stupide.
- Je te dis la vérité.
- C'est juste un mauvais moment à passer tu t'en remettras et après je te retrouve le mois prochain. Je vais faire ça vite.
L'homme sortit un poing américain de sa poche et mit plusieurs coups au pauvre Ronny. Il sortit ensuite son téléphone et prit une photo. Il laissa Ronny étendu sur le sol agonisant et essayant vainement d'articuler quelque chose.

Une vieille dame qui promenait son chien découvrit le corps du jardinier allongé là. Elle demanda à un autre passant de l'aider. Celui-ci appela aussitôt. Des sirènes. Des lumières. Des bâches. Des rubans. Ronny avait enfin réussi à réunir du monde autour de lui. Un homme appuyait sur sa poitrine et un autre pompait de l'air dans ses poumons à l'aide d'un appareil. Que se passait-il ?
Un homme en blouse blanche regarda sa montre, et fit signe à un autre d'arrêter.
Tout le monde tournait autour de lui. Certains le photographiaient, d'autres prélevaient des petits objets sur lui, comme des cheveux ou autre, je distinguais mal ce qu'ils faisaient. Un policier sortit en demandant :
- Qui a vu ce qu'il s’est passé ?
Personne ne répondit.
- Si vous ne pouvez pas nous aider je vous demanderais de vous écarter.
Les médecins discutaient de probables hypothèses. Vraisemblablement l'alcool aurait affaibli son système et les coups répétés à la tête auraient provoqué un AVC (Accident Vasculaire Cérébral). Les deux policiers continuaient d'échanger des hypothèses :
- Je pense, vu les coups qu'il a reçu, qu'il s'agit sûrement d'un règlement de comptes, et vu l'état dans lequel il est je pense qu'il n'avait pas d'amis pour lui porter secours.
L'autre soupira :
- On est dans un parc et il n'y a aucun témoin c'est tout de même incompréhensible.
Il soupira de nouveau.
- Le seul témoin est cet arbre.
Il leva les yeux vers moi. Il me contempla pendant plusieurs longues minutes. La foule dispersée, le corps de mon ami fut enlevé et ce policier qui me regardait toujours.
- Trouvez celui qui a tué mon ami et faites le payer, rageais-je.
Je sais bien que les humains ne font pas attention à ce qu'on leur dit. Pourtant celui-ci comme s’il m'avait compris, me fit un signe de la tête et partit, d'un air assuré sans se retourner.
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