Le souci de Béatrice

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Trois étapes dans ma vie de fonceuse: Les métiers de l'habillement: une passion. Puis la réalisation d'un rêve: des études universitaires avec une licence d'Histoire à la clé. Enfin, les  [+]

Le samedi était le jour du grand rangement.
Béatrice apportait au soin de sa garde-robe une forme de discipline amoureuse. Avant d’y replacer les vêtements utilisés au cours de la semaine, les pièces endossées au fil des jours transitaient sur un portant intermédiaire. Chaque élément, avant de retrouver son emplacement réservé, faisait l’objet d’une inspection.
Dans le petit appartement hérité de sa tante, elle avait dévolu la totalité de la surface de ce qui aurait dû tenir lieu de chambre à un dressing conçu pour sacrifier à sa passion des tenues vestimentaires.
De part et d’autre de la salle, dans sa partie latérale, deux tringles comprenait des vérins à chaque extrémité. Fixés à dix centimètres au-dessous du plafond et à soixante-quinze centimètres du mur, ils couraient tout le long de l’espace pour supporter d’amples rideaux qui dissimulaient tout un dispositif d’étagères et de tiroirs.
Tout cet ingénieux agencement était constitué de matériaux de recyclage. La récupération ne présentait pas de difficultés. Il suffisait de guetter les promotions ou les changements saisonniers de vitrines, et même les nettoyages de fin de chantier.
Le butin pouvait s’avérer riche ; en témoignaient les tentures d’étoffe mordorée provenant des pendrillons d’un cabaret rénové. Dans le tissu à peine fané, Béatrice avait coupé et façonné de profonds drapés théâtralisant une modeste chambre.
Les matériaux d’origine consistaient pour les murs, en un papier propre mais grisâtre, pour le sol, en une moquette usée sur le seuil. Vite remplacé par un rouleau de linoléum imitation parquet, ce don provenait du chef de chantier qui avait dirigé les travaux de transformation en agence bancaire d’un magasin vétuste. Le nouveau plancher, clair, reflétait les motifs des rideaux.
Au centre du local, un plan de travail de grande dimension, trois mètres de long sur un mètre de large, la table d’une ancienne blanchisserie, lustrée, polie, cirée, servait à l’apprêt, au pliage, aux retouches ou raccommodage des pièces de la garde-robe.
Une fenêtre, orientée à l’ouest, était occultée par des stores de couleur corail à la fois pour préserver de toute lumière excessive les parures sorties de leur cachette, et pour interdire aux regards extérieurs toute intrusion dans cette partie de vie la plus cérémonieuse et privée de Béatrice.
Baignée dans cette lumière blonde de cinq heures de l’après-midi elle procédait au repassage des chemisiers et blouses qu’elle allait porter au cours de la prochaine semaine.
Afin de leur conserver la perfection de l’empesage, leur accrochage sous le clos protecteur de la penderie risquant de leur ôter le lustrage du coup de fer, les corsages ne se rangeaient pas dans le vestiaire, mais par suspension en hauteur sur une corde traversant l’espace dans sa largeur tel un envol d’ailes blanches. Mes colombes disait-elle en les voyants flotter au-dessus de sa tête !
Un miroir enfin, acheté à sa coiffeuse à l’occasion de la transformation de sa boutique, et vers lequel la maîtresse des lieux évitait le plus souvent de diriger ses regards, couvrait en partie la porte du salon de beauté des vêtements de Béatrice.
Pour l’heure, elle était occupée au rangement d’un long cardigan. Procédant selon la manière de pliage d’un kimono, elle en réalisait les sept étapes suivant la rigoureuse méthode japonaise :
1. Le vêtement est posé à plat sur la table, manches perpendiculaires au corps.
2. Le côté droit à son tour est remplié de même, puis
3. L’encolure est refermée sur elle-même réduisant ainsi le vêtement en largeur.
4. Un nouveau pliage en longueur réduit l’ensemble à la largeur du demi-dos.
5. La manche gauche est reposée sur le corps.
6. Le kimono est replié sur lui-même dans le sens de la largeur, la manche droite suit à son tour.
7. Un nouveau repli réduit de quatre fois la longueur. Le vêtement peut prendre place sur une étagère ou dans une valise.
En relevant la tête, un court instant, Béatrice vérifiait dans le miroir si la concentration sur l’ouvrage n’avait pas nui à l’équilibre qu’elle veillait à conserver entre ses deux sourcils que, malheureusement, elle trouvait asymétriques.
Son visage, grâce aux larges paupières bombées sur des pupilles vert doré, attirait le regard. C’est justement sur cette promesse d’harmonie que son image d’elle-même avait fini par devenir douloureuse.
Afin de remédier à une imperfection, invisible à la plupart des regards, elle avait mis au point une technique correctrice consistant à rehausser en permanence le sourcil droit dont le niveau présentait une légère déclivité par rapport au gauche. C’est pourquoi, malgré une autodiscipline pratiquement sans faille, les rencontres impromptues dans des situations imprévues ou dans un miroir indiscret pouvaient la prendre en défaut.
Au fil des années toutefois cela s’était raréfié. Les témoins involontaires de sa tête posée sur l’oreiller empesé et bordé d’un fin jour échelle, dont la trace le matin restait imprimée sur la peau, avaient fini par déserter sa couche et sa vie.
En raison de l’inconvénient lié à la surveillance de son aspect, que l’on ne pourrait pas considérer comme un souci futile, mais reflétant une personnalité façonnée au moule de l’étiquette militaire, elle avait définitivement opté pour la voie du célibat.
Puisque la fonction de l’unique chambre, désormais dévolue aux soins vestimentaires, c’est dans la pièce dite de séjour qu’elle avait installé un commode dispositif repliable de couchage.
Le moyen, assez spartiate, n’empêchait pas la fine literie, mais s’opposait au désordre provoqué par de mâles chaussures ou chaussettes, Béatrice, depuis longtemps, paressait seule dans son lit.
L’emplacement de ce couchage avait été de plus en plus réduit. Actuellement, il empiétait largement sur le vestibule. Cela avait nécessité une transformation minime d’agrandissement du porche et de suppression de la porte entre l’entrée et le salon.
Au prix de certains inconvénients, comme se tortiller pour franchir le seuil lorsque le meuble était replié, de manipulations journalières consistant à le faire rouler d’un demi-tour sur lui-même de façon à le placer, latéralement, dans un étroit couloir conduisant au minuscule cabinet de toilette, il en résultait un appréciable gain de mise en espace, selon elle.
Afin d’éviter de trop nombreuses manœuvres d’esquive, elle procédait en priorité à ses ablutions dans la petite salle d’eau dont, pour l’instant, elle préférait ignorer le désolant état de banalité.
Tous ces quelques inconvénients étaient largement compensés par le plaisir de contempler l’arrangement de son décor lorsque le samedi, jour de délice de tous les rituels, elle s’apprêtait à prendre son petit déjeuner.
Après une inspection minutieuse de la pièce, assurée de n’avoir omis aucun détail de sa liturgie hebdomadaire et pour l’heure restant au lit, enfin restant coincée entre la porte de la cuisine et le seuil de son opéra, elle dégustait son café.
Les préparatifs de ce réveil privilégié, deux journées entièrement consacrées à l’observance méticuleuse d’un protocole aussi personnel que compliqué, avaient donné lieu à l’organisation d’une représentation privée qui allait courir de cet éveil matinal à la chute du dimanche soir.
Son premier regard du jour allait se poser sur la méridienne où, décidait-elle chaque samedi, elle allait jusqu’à midi feuilleter les magazines collectés auprès de la secrétaire du cabinet médical.
Ses ingénieuses récupérations, preuve de son talent imaginatif comme de son dégoût envers le gaspillage, qualifié par elle de pervers, comment pouvait-on mépriser autant de beauté, même dissimulée sous la crasse ? Lui permettait de s’offrir, de temps à autre, une vraie petite folie.
Il en était ainsi de ce sofa aux contours ondoyants dont le velours opalin paraissait d’une seule eau tant la perfection du recouvrement avait su en soustraire l’assemblage à la vue. Ce meuble d’un décorateur haut de gamme, semblait flotter sur la moquette bleue tel un grand paquebot à moins que ce ne fût comme un iceberg.
Certains matins aux réveils difficiles, quitter son nid était une épreuve quotidienne, la forme ondulante et virginale prenait l’apparence d’une licorne. La veille, elle y avait jeté avec art une écharpe frangée. Sa couleur se fondant en harmonie avec le velours du siège, se détachait à peine du support et les longues mèches du pourtour évoquaient une toison animalière.
Le souvenir du prix de ce meuble lui fournissait un sentiment de délicieuse culpabilité. Avoir été capable de débourser une pareille fortune pour le seul plaisir de ses yeux lui prouvait sa capacité à s’aimer elle-même malgré tout. Cet amour toutefois n’allait pas jusqu’à l’autoriser, finalement, à s’asseoir sur l’objet projet pourtant fréquemment caressé.
Afin de le laisser à sa place en majesté, il avait fallu établir une division, non matérialisée bien entendu, d’un espace considéré comme correct pour une pièce d’habitation urbaine. Il se détachait sur une sorte de rideau de scène privé. La porte-fenêtre du balcon était noyée sous un drapé dont les volutes, arabesques et enroulements permettaient de deviner des saynètes bucoliques et enlevées.
Il avait été conçu, à l’origine, pour un cabaret où des jeunes femmes s’effeuillaient le soir. À la fermeture de l’établissement, dont les activités, peu claires parfois, avaient intrigué la police, elle avait obtenu pour un prix modique au regard du métrage textile, cette espèce de monument souple à la gloire d’une représentation légèrement grivoise, mais joyeuse, d’une sexualité bon enfant.
Le lot enlevé comprenait aussi deux mannequins, sans voile bien entendu, placés de part et d’autre de la croisée. Les deux gardiennes de la fenêtre portaient pour tout vêtement une jarretière, côté cœur, sur la cuisse gauche et un chapeau haut de forme.
***
L’autre préoccupation lors de l’interruption hebdomadaire, en dehors des travaux de repassage et de couture, concernait les améliorations qu’elle pourrait apporter à son visage. À ce secteur de contemplation d’elle-même, et afin de compléter son mobilier, s’ajoutait une de ces folies dépensières qui s’harmonisait avec son merveilleux canapé, soit un bureau d’importation indienne en bois blanchi à la céruse.
Il comprenait une coiffeuse écritoire sur laquelle reposait un grand miroir. En somme, Béatrice avait réussi un ensemble où elle n’avait pas la place de vivre.
Assise devant le meuble surmonté d’une psyché, elle fixait le désespérant défaut de sa face, jusqu’à l’étourdissement. Le sentiment du réel se diluait. Toute une fantasmagorie surgie de son imaginaire et favorisée par l’étrangeté de son installation défilait. Dans ses vaines tentatives pour tenter de masquer la légère et indésirable protubérance de son sourcil gauche, elle s’inventait des arrangements. Un foulard noué, drapé souplement ou enserrant le visage modifiait son expression. Sous cette espèce de casque moulant laissant apparaître le seul ovale au-dessous du front, elle croyait entrevoir, selon les jours, une déesse, une statue, ou les mauvais jours et la couleur de l’étoffe, une sorcière. Elle parvenait difficilement à s’arracher à cette effrayante vision.
Au bout de longues minutes, enfin ivre de ces images d’elle-même, elle fermait les yeux
***
Elle se livrait à un autre jeu, en apparence plus innocent. La solitude avait aiguisé en elle un sixième sens ne demandant aucun mouvement. Lors de ses réveils du dimanche matin, son regard utilisé en caméra auto réglée enregistrait, parfois durant des jours ou des semaines, un fonds d’images qui donnerait une séance privée. Si le scénario était réussi, elle le réutilisait mais rarement plus de deux ou trois fois.
Un matin, alors que la veille elle avait jeté sur la méridienne blanche un de ces châles brodés à fond blanc que les touristes ramènent souvent d’Espagne, les motifs de couleur vive, rouge, violet, vert, se mirent à onduler devant ses yeux. Encore engourdie d’un sommeil qu’elle refusait de voir finir, la forme tout entière du meuble blanc s’animait.
De la position allongée d’où elle l’entrevoyait, la ligne irrégulière du dossier prenait l’apparence d’une étrange forme. Puis, allant s’affirmant, une silhouette au pantalon bouffant, sur lequel quelques éclats de couleur soulignaient la teinte de nacre, se dépliait lentement en s’ébrouant et enfin se levait : le clown blanc. Ce que remarqua immédiatement Béatrice c’est le sourcil en accent circonflexe du personnage.
Dans le visage enfariné, le maquillage rituel avait rougi la bouche en lippe de brebis, noyé de brun une large paupière surmontée d’une toison à la ligne parfaitement rectiligne. Alors, pourquoi celui qui aurait dû lui faire pendant se haussait-il ainsi avec une insistance un peu obscène ? Le personnage usait de la mimique avec frénésie. La scène durait longtemps. Au point qu’au bout d’un certain temps, un fin quadrillage se dessinait autour du petit promontoire poilu.
En sursaut Béatrice se dressait, livide, pour se saisir du miroir qui ne la quittait jamais.
Dans son miroir de poche, tout un lacis, un quadrillage de cahier Clairefontaine cernait sa jolie paupière...
Trente années d’implacable discipline esthétique avaient imprimé sur sa peau le secret d’un long et inutile combat : celui d’une impossible symétrie. Ce matin elle constatait, enfin, sa défaite.
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Mickaël Gasnier · il y a
Béatrice qui opte pour une vie de célibat ... C'est une blague ? ( Elle est juste un poil maniaque ^^ ;-) Si vous voulez mon avis Mireille c'est qu'elle n'a pas qu'un souci et sourcil votre héroïne. Une nouvelle très descriptive au poil de cil près !!! Un plaisir à découvrir.
À bientôt sur nos pages respectives Mireille , si le cœur vous en dit...

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Mireille Bosq · il y a
Si une lecture me touche, c'est bien celle-ci! je n'ai compris qu'après quelques commentaires qu'elle était difficile, pourtant si claire pour moi. Elle fait partie de mes toutes premières nouvelles, la deuxième. J'en suis à 36, mais à force d'essayer de me mettre plus à portée des goûts j'ai l'impression d'avoir perdu cette liberté. Votre visite m'incite à redevenir moi-même. Merci d'être venu. j'irai encore visiter votre page. Si vous avez quelques loisirs, je vous en signale deux autres que j'aime plus particulièrement: "Majic Jo l'homme aux mains et au coeur d'or" et "Apparences une cavale"
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Mickaël Gasnier · il y a
Restez libre Mireille !
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Rozenn Fernandez · il y a
Beau portrait où vous poussez au maximum cette logique d'enfermement dans le soucis des apparences. Pour qui finalement ? Ben, pour personne !! Bravo !
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Mireille Bosq · il y a
Une grande joie pour moi de voir des visiteurs chez Béatrice. Merci !
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Roger Bayot · il y a
Vous avez du talent, ne doutez pas, je m'abonne pour vous suivre...
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Mireille Bosq · il y a
À bientôt!
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Roger Bayot · il y a
Bravo pour ce texte, oui il est difficile d'accès, mais il est sous son aspect surchargé très Contemporain.Vous avez très bien fait de le publier, même si il ne touchera pas un large public. En vous lisant j'apprécie encore plus vos voix de soutien...Merci
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Mireille Bosq · il y a
Ce que vous me dites est très réconfortant. je voulais absolument arriver à le faire lire, il était systématiquement refusé à tous les concours! en lice ou pas peu importe, maintenant, il a "vécu!"!
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Marie Hélène Peneau · il y a
Oh! J’ai envie de dire «  tout ça pour ça ! », mais nos petites vies ne sont, en somme, qu’accumulation de détails. Super texte.
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Mireille Bosq · il y a
Oui, ça donne à réfléchir! merci pour l'appréciation.
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M. Iraje · il y a
Une accumulation de détails qui donne à cette nouvelle une sensation d'étouffement bienvenue. Une forme de "fantastique" discret.
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Mireille Bosq · il y a
j'ai vraiment eu une bonne idée en mettant cette nouvelle en avant...j'adore les description et les personnages mais je me rends compte que cela n'est guère apprécié! je tenterai, à l'avenir, de rester moi-même tout en trouvant le moyen d'être lue! merci pour le passage Miraje
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Zutalor! · il y a
Bonjour Mireille,
Vous avez bien fait de parler de votre texte sur votre "Bon ton" parce que c'est un bel exercice qui, quand on va jusqu'au bout, fait penser à... Balzac et son obsession du détail !
Mais il fait penser aussi, toutes proportions gardées bien sûr, à la première des quatre nouvelles "Différentes saisons" de... Stephen King, une réussite (c'est "King", c'est bien la moindre des choses) d'accumulations d'indices sur 120 pages, laquelle débouche sur un "final" ayant également pour thème "une obsession".
Bref, je ne vous cacherai pas que la progression de votre histoire peut engendrer l'ennui chez certains lecteurs, mais, en tout cas, ça valait la peine de la mener à son terme. Félicitations, donc !

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Mireille Bosq · il y a
Mes sincères remerciements. j'ai écrit 31 nouvelles et deux romans, mais je ne sais pas pourquoi, je suis attachée à celle-là. je l'ai mise directement en lecture libre parce-que je savais qu'elle ne serait jamais "concourable". Vous faites partie de ceux qui m'ont permis de lui donner vie...
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Chateau briante · il y a
je suis une petite Béatrice :

une chambre entière, les 4 murs en dressing,
"chaque chose à sa place et une place pour chaque chose"
robes, jupes, shorts, pantalons, tee-shirts, chemises, gilets, pulls, vestes, impers et manteaux, chaussures (boîtes empilées et une photo sur la boîte, facile pour trouver tout de suite), sacs, ceintures, gants et chapeaux, foulards, étoles, écharpes, sous-vêtements ... rangés par genres, saisons et couleurs... et le rayon tous sports au garage...le rayon plage, et les vêtements de nuit ...
en effet(s), c'est le cas de le dire, je garde tout, tout, tout depuis 20 à 30 ans et comme j'ai beaucoup, je n'use rien du tout... j'en prends soin inévitablement mais pas tout à fait comme Béatrice
je me suis sentie un peu chez moi, chez Béatrice, chez vous

mais je n'ai pas le gros sou(r)cil de Béatrice

ma petite sœur me rappelle parfois de faire un peu de tri dans mon magasin, où figurent pour beaucoup, articles de solderies, vide-greniers et autres bourses aux vêtements et dépôts-ventes

mon mari, quant à lui, a toute la place utile à ses maigres effets et l'avantage d'un bureau

j'ai beaucoup apprécié cette description très précise, la leçon de pliage, l'acharnement de Béatrice à combattre cet accent circonflexe, seule ombre à ce tableau si bien ordonné, si joliment décrit

rêve-t'elle ce clown blanc, son reflet asymétrique, dans la psyché posée sur le bureau d’importation indienne en bois blanchi à la céruse ?

je conclus que, peut-être et le plus tôt possible, il vaut mieux accepter un sourcil haut perché et ne point rechercher désespérément à tout ordonner autour de soi, maigre et inutile compensation, quand au bout de 30 ans, il faut enfin se rendre à la raison ?

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Mireille Bosq · il y a
Ah merci, merci! voilà un commentaire de collectionneuse non culpabilisée qui m'enchante. Heureusement, moi, en raison des déménagements j'ai dû me séparer de beaucoup de choses...pleines d'âme.
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Nualmel · il y a
En cours de lecture, j'ai un peu lâché à cause de la surabondance des descriptions. Le texte m'a semblé touffu et même parfois alourdi par ces descriptions. Mais tout en lisant j'ai perçu l'intérêt de ces descriptions dans la construction du personnage. On sent avec inconfort à quel point ce personnage est trouble et nevrosé. Je comprends bien que cette folie explique la froideur du texte. Celui-ci l'est un peu trop cependant à mon goût. Il me manque un peu d'émotion. C'est un ressenti personnel !
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Mireille Bosq · il y a
C'est ce que doit être un ressenti: personnel! Merci
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Laurence Delsaux · il y a
Difficile d'accès pour moi tant les descriptions étouffent la sensibilité mais je sens la cohérence de ce parti-pris. J'ai pensé aux accumulations d'Annette Messager ou à la confusion art-vie de Sophie Calle. Je ne sais si ces deux artistes expriment un complexe physique particulier, mais c'est ce type de visuel-là qui me vient bien que leur "capharnaüm" ne corresponde pas à la maniaquerie qui se dégage des comportements de votre Béatrice. Peut-être allons-nous connaitre cette mystérieuse artiste connue :-)
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Mireille Bosq · il y a
Super commentaire! oui, il y a de la cohérence, l'accumulation exprime la névrose de Béatrice liée à la solitude...

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