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Le sorcier blanc

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Damperrier

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Fabrice, accompagné de son chien Poppy, regardait les enfants brésiliens se balancer, glisser du toboggan, grimper à la corde pour atteindre une petite maison en bois. Ils s'en donnaient à cœur joie. Et dire que certains avaient été condamnés par la médecine traditionnelle à cause de vilaines tumeurs cancéreuses. Cela faisait presque trois ans que Fabrice avait dû fuir la France, il avait failli se faire démasquer et pire, aller en prison.
Fabrice était très anxieux dans la salle d'attente du service d'oncologie de l'hôpital. Il craignait les résultats de l'IRM passée une semaine plus tôt. Il ne voulait surtout pas revivre le cauchemar survenu quatre ans auparavant, lorsqu'on lui avait diagnostiqué un cancer du foie. Ce jour là, sa vie avait basculé.
Non seulement il avait dû subir les traitements de chimiothérapie, mais en plus il s'était retrouvé bien seul. Les rats avaient quitté le navire! Sa compagne était partie, par peur de le voir se dégrader physiquement. La plupart de ses "amis" avaient été allergiques à sa maladie, seuls étaient restés les plus fidèles, Bruno et Caro. Et puis un malade chauve malgré lui, cela ne passait pas auprès des clients. Alors son patron l'avait mis au placard, Fabrice était reconverti en modeste gratte-papiers. Sur ce coup, ses collègues de travail l'avaient énormément déçu. Ils s'étaient comportés comme de vrais requins, convoitant tous sa place désormais vacante.
Le médecin en personne vint le chercher dans la salle d'attente, ce qui n'était pas annonciateur d'une bonne nouvelle. « Je n'irai pas par quatre chemins, M. Faure. Les résultats de l'IRM au niveau de votre foie ainsi que les analyses de votre prise de sang montrent malheureusement que vous n'êtes plus en rémission. Il va falloir que l'on programme au plus vite des séances de chimiothérapie. » Second coup de bambou dans la vie mouvementée de Fabrice. « Cette fois-ci, j'aurai moins de choses à perdre, si ce n'est la santé! » pensa-t-il.
Une semaine après, on lui posa une chambre implantable sous la peau. C'était une sorte de petit réservoir de sang relié à une veine qui allait directement au cœur. Ainsi on pourrait lui passer les perfusions de chimiothérapie en piquant dans cette chambre. Il retourna deux jours après à l'hôpital de jour, dans la salle de chimio. Des fauteuils étaient alignés tout autour de la pièce, occupés par des pauvres bougres comme lui. Tous espéraient une guérison, alors ils ne bronchaient pas. Ils s'occupaient à lire, à écouter de la musique, à pianoter sur leur tablette numérique en attendant que toute la perfusion se fut écoulée dans leurs veines. Fabrice était toujours très attristé quand il voyait des adolescents prendre place sur ces maudits fauteuils.
Puis la routine s'installa. Une séance toutes les trois semaines, des prises de sang à répétition, une grosse fatigue accompagnée de fréquents vomissements, une perte de cheveux, bref que du bonheur...Il s'était mis à porter un bonnet léger pour sortir de chez lui ou pour aller au travail. Personne n'était dupe dans son entourage, le cancer avait repris son travail de destruction.
Six mois plus tard, les résultats de ses analyses biologiques montrèrent que les tumeurs cancéreuses au niveau du foie étaient toujours présentes, elles s'étaient même propagées aux organes voisins. Il était foutu! Son médecin lui donnait un an, pas plus. Fabrice tomba dans une grave dépression, ce qui était compréhensible. Il démissionna de son travail, écarta ses quelques "amis" devenus trop encombrants et déménagea.
Il trouva une vieille ferme en pierre, non loin de Vinezac en Ardèche. Il y vivait en véritable ermite, évitant le plus possible d'aller au village. Il s'était constitué son propre potager, aucun légume ne manquait à l'appel. Comme la viande ne poussait pas dans un potager, il était devenu végétarien par la force des choses.
Un matin il entendit un léger aboiement devant sa porte. Quand il l'ouvrit, Fabrice se retrouva face à un chiot, tout tremblotant de froid et de peur. Il se dit qu'une compagnie animale, dépourvue de tout jugement, serait finalement une bonne chose. Il le recueillit et le prénomma Poppy. Il était très affectueux, ils s'échangèrent l'amour qu'ils avaient à donner et dont ils avaient besoin.
Mais un soir, sa vie prit un nouveau virage, encore une fois. Il fumait sur la terrasse sa dernière cigarette de la journée. Poppy était assis juste à côté de lui, la tête posée sur sa cuisse. Fabrice regardait les maisons éclairées et imaginait quelle vie familiale s'y abritait. Soudain, une boule de feu surgit de nulle part et se mit en lévitation devant lui. Elle crépitait à un mètre du sol, rayonnant de chaleur. Puis machinalement, comme hypnotisé par cette sphère brillante, il la prit dans ses mains.
A cet instant, le temps s'arrêta. Il sentit la boule de feu s'immiscer dans son corps et réchauffer un à un ses organes. Elle se ternit, devenant moins éblouissante, et disparut comme elle était arrivée. Fabrice était sous le choc de ce qu'il venait de vivre. C'était à tout point de vue extraordinaire! Il s'était senti si bien quand la chaleur s'était promenée dans son corps. En regardant ses mains, il s'aperçut que les paumes étaient brûlées. Pourtant il n'avait pas mal. Il se banda les mains, plus pour l'asepsie que la douleur.
Il resta toute la nuit à cogiter sur la terrasse, regardant de temps en temps ses mains bandées, histoire de vérifier qu'il ne s'agissait pas d'un rêve. Que s'était-il passé? Pourquoi avoir tendu ses mains vers cette chose brûlante? Au petit matin, éreinté de sa nuit blanche, il alla se coucher.
Dans les jours qui suivirent, Fabrice se sentait moins fatigué, il avait retrouvé l'appétit. Il ne s'interrogea pas plus que ça sur ce soudain regain de forme, jusqu'à cet incident avec son chien. Un matin, il trouva Poppy amorphe et baignant dans une mare de sang. Pourtant il n'était blessé nulle part. En fait, il urinait du sang. Fabrice attendit deux jours pour voir son évolution, puis se résolut le troisième jour à l'amener chez le vétérinaire. Le diagnostique était sans appel, son chien souffrait de piroplasmose. Etant donné l'avancée de la maladie, il n'y avait plus rien à faire. Il ne lui restait que quelques jours à vivre, le vétérinaire proposa même de le piquer. Fabrice refusa et le ramena à la maison.
Désormais, ils étaient tous les deux en sursis, avec une brève échéance pour le chien. Il pensait à ça tout en le caressant. Sans s'en rendre compte, par une simple application de ses mains sur l'animal, il percevait ce qu'il se passait à l'intérieur de son chien. Il ressentait les organes fonctionner, le sang circuler dans les veines, l'urine stagner dans la vessie et même les différentes régions du cerveau s'activer en changeant de potentiel électrique. Ainsi il sentit la présence du parasite piroplasme dans ses veines ainsi qu'un dysfonctionnement des deux reins.
Il lui semblait qu'il pouvait faire quelque chose pour son chien, alors il se concentra sur ses mains. Il voyait clairement le parasite détruisant les globules rouges et l'élimina par la pensée. Puis il se dirigea vers les reins et toujours par la pensée, il les remit en état. Il savait qu'il venait de sauver son chien.
Fort de cette découverte, Fabrice posa ses mains sur son ventre pour scruter l'intérieur de son corps. Il circula dans les veines jusqu'à atteindre le foie. Et là, surprise! Aucune trace de tumeurs cancéreuses. Il vérifia ses autres organes, idem. Il venait de comprendre ce qu'avait fait la boule de feu dans son corps, elle avait éliminé les cellules cancéreuses. C'était le même mode opératoire qu'il avait réalisé pour sauver son chien.
Etant athée, Fabrice n'attribuait pas l'apparition de la boule de feu à une quelconque divinité religieuse. Il estima que ce don de guérison était plutôt un rappel de la force de vie que nous détenions tous. Si cette force était bien exploitée, elle pouvait faire des miracles.
Contre toute attente, il décida de ne pas divulguer son secret. Il y avait plusieurs raisons à cela. D'abord il ne voulait pas être "disséqué" comme une bête curieuse par les chercheurs. Ensuite il craignait une invasion de malades devant sa porte voulant être guéris. Il voyait le scenario catastrophe, lui, ne pouvant plus sortir sans se faire harceler. Enfin, il avait en tête l'exemple du guérisseur brésilien Joao de Deus. Il soignait "gratuitement" les gens mais toute une industrie locale vivait à ses dépends, taxis transportant les malades depuis l'aéroport, hôtels, restaurants, pharmacies,... Fabrice ne voulait pas de ça! On lui avait transmis un don, il se devait de s'en servir. Mais il était conscient qu'il ne pouvait pas sauver tout le monde. Les malades qui le bouleversaient le plus, pour en avoir souvent rencontré, étaient les enfants atteints d'un cancer. Il voulait les aider en priorité.
Il emménagea dans la banlieue de Grenoble, l'hôpital de Grenoble possédant un service d'oncologie pédiatrique. Il retourna voir son vieil ami Bruno, lui aussi écarté durant sa retraite ardéchoise. Il lui expliqua qu'il était guéri et le pria de ne jamais lui demander la raison de cette subite guérison. Bruno se moquait de savoir, seul lui importait de revoir son pote en bonne santé. Il lui proposa même un travail de barman dans sa discothèque. Fabrice accepta. Quel grand écart pour lui de passer d'ermite à barman dans une boîte de nuit!
Dans la foulée, il déposa un dossier de candidature à l'association des nez rouges pour être animateur dans le service pédiatrique de l'hôpital de Grenoble. Il comptait proposer aux enfants plusieurs activités, lecture, parties de cartes, jeux vidéo, musique, durant lesquelles il scruterait l'intérieur de leur corps. Tout le problème pour Fabrice consistait à appliquer ses mains sur les enfants sans être accusé d'attouchements à caractère pédophile.
Plus il réfléchissait et plus il était convaincu qu'il devait améliorer sa technique exploratoire. L'idéal serait de pouvoir soigner les enfants juste en leur tenant la main. Il s'entraina plusieurs jours sur son chien en lui tenant la patte. A force de persévérance, il réussit à explorer le corps de Poppy juste par contact avec sa patte.
Dès qu'il reçut son acceptation pour être bénévole à l'association des nez rouges, il se rendit au pavillon pédiatrique de l'hôpital de Grenoble. Il fut "briefé" sur ce qu'il avait le droit de faire et de ne pas faire par un petit comité composé de deux infirmières et d'un médecin. Il fut convié de venir, dans un premier temps, que les mercredis après-midis. Fabrice s'en réjouissait d'avance. De plus, son travail de barman de nuit lui libérait ses journées.
Comme convenu, il se rendit à l'hôpital le mercredi d'après. Sa première visite était pour Emilie, petit bout de chou de huit ans atteint d'une leucémie lymphoblastique aigüe. Après s'être documenté, il savait ce qu'il devait chercher et éliminer de son corps, les cellules anormales dans la moelle osseuse. Avant cela il devait suivre le protocole, à savoir demander à ses parents l'autorisation de passer du temps avec elle en leur absence.
Quand il entra dans la chambre 12, il se trouva face à deux adultes aux mines blafardes, entourant une fillette tout sourire. Un tel décalage dans leurs émotions surprit Fabrice, l'innocence de la jeunesse peut-être. Quoique la pauvre Emilie n'avait pas été épargnée par la vie par rapport aux enfants de son âge, au regard de ses trop nombreuses souffrances et hospitalisations. Il bavarda avec les parents dans le couloir, leur expliqua les diverses activités qu'il allait proposer à Emilie. Les parents étaient d'accord.
Fabrice attendit leur départ pour rencontrer la fillette. Le courant passa très vite entre eux. Alors qu'ils regardaient un dessin animé de Disney, Monstres et Cie, Emilie frissonna de peur en voyant un monstre hideux terrorisant un petit garçon. Fabrice profita de l'occasion pour prendre sa main. Puis il se concentra. Il circulait maintenant dans ses veines, se dirigeant vers les moelles osseuses. Il voyait clairement les cellules malignes mais elles étaient trop nombreuses pour qu'il puisse les éliminer en une fois.
Il lui fallut trois séances pour éliminer complètement les cellules cancéreuses. Il savait que maintenant Emilie était guérie, et il en était très fier. Les parents étaient aux anges, Emilie ne semblait pas se rendre compte de la situation.
Tandis que les médecins se félicitaient de l'efficacité de leur traitement, Fabrice s'en alla voir Lucas. Ce petit bonhomme avait un néphroblastome dans un rein. Il procéda comme pour Emilie, pendant un jeu il lui prit la main et se concentra. Il lui suffit de seulement deux séances pour venir à bout du cancer de Lucas. "Il avait pigé le truc".
Et puis vint la douloureuse histoire d'Enzo. Ce garçon était atteint d'une maladie rare, combinant à la fois malformation cardiaque et arthrite juvénile. L'opération de la dernière chance au niveau de son cœur venait d'échouer, il ne lui restait plus que quelques jours à vivre. Fabrice n'avait pas à intervenir, il le fit quand même. Un midi, pendant que les équipes de soignants se passaient les consignes, il s'introduisit dans la chambre d'Enzo.
Celui-ci était endormi, shooté probablement par les médicaments antidouleurs. Il prit sa main et navigua à l'intérieur de son corps. Il sentit une valve du cœur qui dysfonctionnait. C'était un problème mécanique, il ne pouvait rien faire. Par contre, une terrible souffrance était présente et se diffusait partout dans son corps. L'œuvre de l'arthrite juvénile sans nul doute. Il essaya d'absorber cette énergie néfaste à la manière des vases communicants, quand ça devint insupportable pour Fabrice, il s'arrêta. « Ainsi Enzo souffrira beaucoup moins » pensa-t-il.
Le lendemain, épuisé, le corps endolori, il passa la journée au lit. Trop fourbu pour aller travailler, c'était le prix à payer pour diminuer les souffrances d'Enzo. Celui-ci décéda cinq jours plus tard.
Il laissa passer deux semaines avant de se rendre à l'hôpital. Il avait eu besoin de faire un break, tant l'expérience avec Enzo l'avait bouleversé. Il retourna dans le service pédiatrique avec encore plus d'envie. Il entra dans la chambre de Sandrine, atteinte d'un cancer des ovaires. Il savait exactement ce qu'il devait faire pour la sauver. En revanche, il n'avait pas prévu le refus des parents, qui ne souhaitaient pas sa présence au côté de leur fille.
Il fut d'abord désarçonné puis vint la colère. Il n'allait tout de même pas rester les bras croisés sans rien faire, tandis que la vie de la fillette était en jeu. Alors il passa outre l'autorisation des parents et, profitant du changement de service, il se faufila dans la chambre de Sandrine avec son nez rouge de clown. Il lui dit qu'il était le clown farceur. Il réalisa des tours de magie et lui raconta une histoire de princesse sauvée par son prince charmant. Lors d'une petite séance de coloriage, il lui prit sa main gauche. Il trouva aisément les cellules cancéreuses situées dans les ovaires mais faute de temps, il ne put toutes les éliminer. Il fit jurer à Sandrine de ne pas parler de son passage, sinon il ne reviendrait plus.
Il revint la voir la semaine suivante avec un petit paquet de friandises. Il avait hâte de terminer sa mission afin de supprimer toutes ses souffrances. Quand tout fut fini, il l'embrassa très fort sur les deux joues et s'éclipsa sans faire de bruit. En ouvrant la porte, il tomba nez à nez avec une infirmière. Il ne demanda pas son reste et sans un mot, il partit.
Comme il s'y attendait, il fut convoqué deux jours après par le chef de service, en présence d'un représentant des nez rouges. Celui-ci le limogea de son poste de bénévole de l'association pour manquement au règlement. Le chef de service l'informa qu'une enquête judiciaire pour attouchement sur mineur allait démarrer à son encontre. Surtout, il ne comprenait pas comment trois cas de guérisons consécutives pouvaient être possibles. En trente ans d'exercice de la médecine, il n'avait jamais vu ça. Il ne semblait pas se réjouir de la guérison des enfants tant il était absorbé par son incompréhension face à tous ces événements.
Fabrice était maintenant contraint de fuir malgré son innocence. Il ne voulait pas être obligé de révéler qu'il avait un don de guérison. Il se rendit à la discothèque pour voir son ami Bruno. Il ne lui dit pas dans quel pays il s'exilait, il ne voulait pas qu'il devint son complice. Sa destination était le Brésil.
Le père José avait fondé un dispensaire non loin de Salvador au Brésil. Ce prêtre avait joué un grand rôle dans la vie de Fabrice. Il l'avait accueilli dans son orphelinat, mis sur le droit chemin pendant son adolescence.
Ils étaient en total désaccord vis à vis de la religion. Fabrice, profondément athée, pensait que les religions étaient des grandes pourvoyeuses de guerres et de victimes innocentes. Le père José comprenait ces propos mais sa foi les éclipsait. Il semblait en béatitude permanente, ce qui rendait envieux Fabrice.
Ils ne s'étaient pas perdu de vue, ils échangeaient souvent par email. Et à chaque fois, le prêtre lui demandait de le rejoindre, ce qu'il ferait dans quelques jours. Le temps de tout préparer, de faire table rase du passé et il partit avec son chien.
Le père José l'attendait à l'aéroport de Salvador. Ensuite direction le dispensaire, distant d'une vingtaine de kilomètres. Il avait fondé un endroit destiné à accueillir les enfants orphelins ou abandonnés parce qu'ils étaient atteints d'une grave maladie. Il essayait dans la mesure du possible de les soigner, mais la plupart du temps il se contentait de diminuer leur douleur en utilisant des plantes médicinales. Le cannabis en faisait partie.
Cela faisait maintenant une semaine que Fabrice était au dispensaire, tout se passait très bien. Les enfants l'avaient déjà adopté. Sans le dire au père José, il avait utilisé son don de guérison sur Pablo. Ce garçon avait un cancer gastrique. Fabrice eut tout son temps pour enlever la tumeur maligne accrochée à la paroi de son estomac. Quand le père faisant office de médecin s'aperçut de l'amélioration spectaculaire de la santé de Pablo, Fabrice sut que c'était le moment d'aller parler au père José.
José était assis sur un banc, en train de fumer la pipe. Fabrice le rejoignit et commença à vider son sac. Il l'écouta avec attention et lui dit: « Tu as reçu un don de dieu. Tu dois continuer à l'utiliser gracieusement et de ne surtout pas en faire un commerce. Je comprends ta volonté de rester dans l'anonymat. Je pense vraiment que c'est dieu qui t'a guidé vers moi. Ne fronce pas les sourcils Fabrice, comment en peut-il être autrement? »
Fabrice était admiratif devant cette foi sans limite qu'il ne comprenait pas. Et si le père José vivait un bonheur total en permanence? « Quand tous nos sens sont en éveil, quand on est hors du temps, quand on perd son identité, ne faisant qu'un avec la nature qui nous entoure » songea-t-il. Il n'avait connu un tel bonheur que deux fois dans sa vie. Sur une plage déserte, le corps à moitié immergé, bercé lentement par les vagues de la mer Egée. La seconde fois, sur un pédalo au milieu d'un étang, au fin fond du Portugal, une brise légère atténuant les effets d'un soleil de plomb.
« Pour être le plus discret possible, tu devras maquiller ton don de guérison en faisant boire à tes malades une décoction à base de plantes que tu auras préparée. Ce sera ta potion qui guérit, qu'en penses-tu? » Fabrice acquiesça.
Depuis ce jour, les enfants malades eurent à boire des boissons au goût immonde. Fabrice mélangeait tout et n'importe quoi, quinquina, coca, igapo, guarana,... Il fallait faire illusion, créer un écran de fumée pour cacher la vérité. Et ça marchait! Il s'était fait une belle réputation de guérisseur dans les villages alentours. On le surnomma le sorcier blanc.
Fabrice, accompagné de son chien Poppy, regardait les enfants brésiliens se balancer, glisser du toboggan, grimper à la corde pour atteindre une petite maison en bois. Ils s'en donnaient à cœur joie. Cela faisait longtemps qu'il ne s'était pas senti aussi bien, calme et reposé. Il avait enfin donné une signification à son existence.
Fabrice, orphelin et divorcé, avait trouvé une nouvelle famille.
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