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Le sommeil, une réalité?

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SuriThaï

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Je me souviens, j'en suis sûre, je me suis endormie le soir comme d'habitude. Je ne me suis pas réveillée. J'ai beau être debout dans ce champ de maïs, vêtue de mon short noir et débardeur rouge qui me servent de pyjama, je dors. Mes cheveux roux me fouettent le visage, j'ai les yeux encore endormis, et mes pieds s'enfoncent dans la terre humide du champ. La nuit recouvre la totalité du ciel parsemé d'étoiles. Je tourne la tête à droite et à gauche, il n'y a rien que des épis de maïs qui me dépassent d'une bonne demi hauteur. Je ne peux pas voir ce qui se trouvent autour de moi, les alentours me sont totalement bouchés. J'ai beau réfléchir, je ne comprends pas comment faire pour me réveiller tandis que je suis consciente de la situation. J'essaye d'appeler autour de moi, mais aucun son ne sort de ma bouche. Tandis que je reste immobile, un bruit sourd retentit, j'ai l'impression qu'il raisonne dans les épis de maïs et dans le sol. J'en ai les jambes qui tremblent, je ne sais pas de quoi il s'agit, mais peut-être vaut-il mieux que je bouge finalement.
Je plies mon genou pour sortir mon pied droit de la boue, mais il est comme englué, je n'arrive pas à le sortir. Je saisis ma cheville de mes mains mais rien n'y fait non plus, je suis complètement dans l'impossibilité de faire le moindre mouvement.
Un bruissement se fait entendre en face de moi, quelque chose ou quelqu'un se fait un chemin dans le champ de maïs, j'entends les tiges se courber sur son passage, je vois les têtes de maïs valser face à sa force, et puis je commence à entendre sa respiration, son souffle... Un souffle si sonore que l'on entend le grondement dans ses bronches, un souffle si fort qu'une sorte de fumée semble en sortir et traverser les épis jusqu'à moi...
Il approche, doucement, sans précipitation, comme s'il savait sa proie prise dans son piège, qu'il n'aurait aucune difficulté à me trouver et m'attraper. C'est alors que je sens une tension dans le sol, comme si quelque chose de lourd était tombé, puis un grondement retentit à l'instant même ou les épis de maïs s'écartent devant moi. Je n'ai même pas l'idée de hurler en voyant une énorme masse noire apparaître et me foncer dessus. Je n'ai pas eu le temps de distinguer les traits, les formes de la chose que je me retrouvais projetée en arrière.

Je me redressais en hurlant, la sueur déferlant sur mon front, dans mon dos, je réalisais que je me trouvais dans mon lit, mes murs vert kaki me rappelant ma chambre. Je soupirais et m'essuyais le front en m'asseyant sur le bord de mon lit.
Mes yeux se posèrent brusquement sur mes pieds et mes jambes recouverts de boue, mes mains n'étaient pas beaucoup plus propres, je me suis précipitée dans la salle de bain pour me nettoyer.
Une fois fraîche à la sortie de la douche, j'enfile un jogging et je descends dans la cuisine, il n'y a personne, mes parents sont déjà partis travailler. Je ne comprends pas ce qui m'arrive, je me prépare tranquillement un petit déjeune, pain beurre confiture et me fais chauffer un thé vert à la menthe. Comment expliquer la boue qui me recouvrait ? Moi, somnambule ? Ça aurait pu être possible si... on avait habité en campagne, pensais-je en ouvrant la porte d'entrée proche de la cuisine, donnant sur des marches qui menaient directement au trottoir et la route principale de la ville.
Il n'y avait absolument aucun moyen que je me sois baladée dans un coin terreux, sans compter qu'il n'y avait aucune trace de pas autour de mon lit. Une fois mon petit déjeuner engloutit, j'en profite pour débarrasser mon lit des draps salis par la terre et j'en mets des propres. Je ne trouve pas d'explication à ce qui s'est passé, mais pour l'heure, une autre préoccupation me vient à l'esprit, c'est l'heure de me rendre au lycée... Une autre chose que je déteste...

Quand on ne fait pas partie de l'élite, des populaires ou des intellectuels, la vie peut paraître très longue au sein du bahut. Et quand tu as grandi avec les surnoms de ''poils de carotte'' ou ''fifi brin d'acier'' tu commences à te lasser de l'immaturité de tes camarades. Alors autant dire qu'à ce lycée, je n'y ai pas vraiment d'ami, je me contente d'actes de présence, j'évite tout acte de volontariat et je passe les examens juste comme il faut pour avoir la moyenne et ne pas me faire remarquer. Mais malgré tous mes efforts, je suis toujours la risée de tous, le bouc émissaire qu'il faut emmerder chaque jour un peu plus car je ne me laisse pas marcher sur les pieds. Et je savais à l'avance que ce jour ne dérogerait pas à la règle.

Lorsque je suis arrivée au lycée, je me suis rendue directement dans ma première salle de cours, commencer une journée par des mathématiques promettaient d'être assez blasant. Même si je détestais cette matière, il se trouvait que c'était une des rares où je comprenais tout et j'excellais, enfin je pourrais le faire si j'en avais envie. J'étais déjà placée au fond de la classe lorsque les autres élèves sont arrivés et se sont installés pendant que le professeur faisait l'appel.
Louna Vitelli, demanda le professeur.
Présente, répondis-je.

Je remarquais immédiatement le groupe des trois pestes populaires se tourner vers moi, chuchoter quelques mots et pouffer de rire entre elles. Je me fichais de ce qu'elles pouvaient penser, je ne voulais qu'une chose, qu'on me laisse tranquille. Les deux heures de mathématiques furent assez longues, et autant dire que les deux heures suivantes de sports allaient me permettre de me défouler. Aujourd'hui, c'était rugby, je me faisais une joie de jouer. Même si je n'étais pas d'une carrure imposante, j'avais quand même assez de force pour repousser les filles de ma classe et je pouvais me mesurer à certains garçons aussi. Mais ce jour-là, tous semblaient s'être donné le mot pour me rendre la vie bien difficile.
Alors que je venais de récupérer le ballon de l'équipe adverse, je me retrouva prise en sandwich par trois mecs qui me plaquèrent au sol. J'ai bien cru que mes côtes allaient exploser sous le choc, mais je me relevais déjà, prête à repartir à la charge. Au bout d'une dizaine de plaquages abusifs par l'équipe adverse, je n'étais plus trop d'humeur joueuse, mon corps entier se sentait oppressés, comme s'il était passé sous un rouleau compresseur. À la fin de la séance, je fus soulagée de rejoindre les vestiaires et de prendre une bonne douche. Mon sac de sport avait de nouveau disparu lorsque je rejoignit mon casier en serviette de bain, une chance que j'avais pris l'habitude de garder un sac de linge propre caché dans les vestiaires. J'enfilais un autre jogging bleu marine avant de sortir pour me retrouver devant un groupe d'une dizaine d'élèves, qui attendaient probablement ma sortie en petite tenue. Ils furent déçus et s'éloignèrent rapidement avant que le professeur n'arrive.

Le reste de la journée fut aussi tolérant que le début. Entre boutades, insultes, blagues ratées, bousculades, croches pieds et j'en passe, je me rendis au sanitaire pour me rafraîchir le visage. Je sentais que ma tête était comme dans un étau, une tension avait grimpé en moi, j'avais des coups de chaud à chaque fois que je croisais mes tortionnaires, mon corps entier en venait à trembler sans que je ne puisse le contrôler. Je m'estimais heureuse de n'avoir créer aucun compte sur les réseaux sociaux, sinon je savais que j'en verrais des vertes et des pas mûres dessus à mon sujet, comme lorsqu'on voit des jeunes lycéens dépressifs au bord de la rupture, prêts à s'ôter la vie. Moi je savais que je n'arriverais jamais à de telles extrémités, mais parfois, j'avais envie de tous les étriper jusqu'au dernier. Comment leur faire comprendre que ce qu'ils me faisaient endurer était inacceptable. Le pire, c'est qu'aucun adulte n'intervenait pour les calmer lorsqu'ils étaient présents.
Lorsque je suis sortie du cabinet pour me laver les mains au lavabo, j'eus la désagréable surprise de tomber sur Bettany, la pire pétasse du bahut qui se trouvait en Terminale, une classe au dessus de la mienne. Sabrina, une de ses acolytes, était avec elle, et toutes deux partirent dans un délire en me voyant. Je les écoutais encore et encore m'insulter, puis Bettany s'avança vers moi et me poussa encore et encore jusqu'à ce que je me retrouve coincée dans le cabinet. Je n'en pouvais plus, je me sentais mal, ma tête tournait à m'en donner des vertiges, j'avais envie de vomir, j'avais chaud, mes yeux me brûlaient, mon corps se mit à trembler, j'étais à la limite des convulsions. Les deux jeunes filles se mirent à reculer devant mon état, elle semblait s'être figée, elle ne disait mot mais leur regard semblait être terrorisé.

C'est lorsqu'elles ont voulu sortir que j'ai senti cette rage monter en moi, je me suis sentie bouger, je me suis vue me rapprocher d'elles, et pourtant je n'avais pas l'impression de commander mon corps, je n'avais pas conscience d'avancer pas après pas. Alors que je ne bougeais pas, du moins dans ma tête, je ressentis l'horreur, je voyais mes deux camarades sous moi, terrorisées, elles ne parvenaient pas à crier ou bouger, je n'arrivais pas à me voir, comme si ma tête était paralysée pendant mes actes. Puis tout devint cauchemars, je vis leurs yeux s'ouvrirent encore plus grands, comme si c'était encore possible, puis leurs bras se levèrent devant elles comme pour se protéger,, mais ma vision fut brouillée par des projections de sang sur mon visage, sur moi. Je sentais le liquide couler sur mon corps, ce sang chaud, sucré, épicé...
Mes pensées m’écœurèrent, j'aurais voulu secouer la tête, du moins si j'en avais eu la possibilité. Puis mes yeux se sont de nouveaux posés sur Bettany et Sabrina, j'ai senti mon estomac se révulser, mon cœur a fait un bond de dix mètres dans ma poitrine, mon souffle s'est coupé....
Bettany et Sabrina n'étaient plus.... Du moins elles ne ressemblaient plus à Bettany et Sabrina... Leur corps étaient mélangés, l'une sur l'autre, mutilés atrocement sur l'ensemble de leur membres. Je me sentis reculer de deux pas, je parvins enfin à tourner la tête, mon regard se posa sur le miroir au dessus du lavabo, je n'étais pas là...
Non ce n'était pas moi dans ce miroir, c'était cette chose.... Cette chose immense, noire, qui m'avait foncé dessus dans le champ de maïs, cette même chose qui venait d'attaquer mes deux camarades... Elle se trouvait là à ma place dans le miroir. Nos regards étaient posés l'un sur l'autre, je n'osais pas bouger, se fut la chose qui mouva la première et sembla se jeter sur moi. Mais avant que je ne ressentes le moindre choc, je me redresser dans mon lit en sueur et en hurlant... Les murs kaki me rappelèrent ma chambre, encore...

J'écartais de nouveau les draps de mon lit qui me recouvraient et horrifiée, je découvrais le sang sur mes bras nus, sur mon pantalon de jogging... Pas de traces de sang en dehors de mon lit. Je fondais en larmes en fonçant dans la salle de bain pour me laver. Mais que venait-il de se passer ?! Ce n'étais pas moi qui avait attaqué les filles, je ne pouvais pas bouger, j'ai assisté impuissante à la scène, alors pourquoi étais-je recouverte de sang comme si je l'avais fais ?
Mes parents ne sont pas rentrés lorsque la nuit est tombée, je ne voulais pas m'endormir, j'avais peur de ce que ça impliquait. Mais lorsque les deux heures du matin passèrent, mes yeux se fermèrent d'eux-même sans que je ne puisse lutter plus longtemps.

Je le savais avant de les avoir rouverts, je sentais le vent sur mon visage, je reconnaissais l'odeur de ce champ de maïs... J'ai ouvert les yeux, prêtes à subir cette nouvelle charge de la chose, mais elle n'était pas là. J'ai constaté que mes pieds n'étaient pas bloqués dans la boue, j'ai avancé encore et encore, les épis de maïs se sont faits de moins en moins nombreux. Et au fil des pas, j'ai découvert un champ d'horreur, des corps et des corps mutilés tout le long du chemin que j'empruntais. Mais que s'était-il passé ici ? J'ai soudain eu un doute, j'ai voulu lever mes mains devant mes yeux, mais un grand coup de tonnerre me réveilla en sursaut...

Je me réveillais dans le canapé du salon, seule, encore. Il était presque six heures du matin, et je m'étonnais que mes parents ne m'aient pas réveillés. Puis soudain, quelque chose traversa mon esprit... Depuis quand n'avais-je pas croisés mes parents ? Les avais-je vu dans un rêve la dernière fois ? Non, ce n'était pas le cas ? Je n'avais certainement pas rêvés d'eux, je m'en serais souvenue. Je prends la décision de monter à l'étage pour vérifier dans leur chambre. Mais à peine je suis figée devant la porte, un nouveau tremblement me saisi, mais ce n'est pas comme au lycée, ce n'est pas un tremblement incontrôlable, il s'agit plus d'appréhension, de peur, comme si quelque chose remontait à la surface. J'ai posé ma main sur la clenche, une certitude au fond de moi, quelque chose n'allait pas, ce que j'allais découvrir n'allait pas me plaire.

Se fut le cas, la chambre était s'en dessus dessous, la chaise du bureau était cassée, les meubles en vrac à droite et à gauche, le lit cassé en deux, et ils étaient là... Mon père était au dessus de ma mère comme pour la protéger, mais tous deux étaient inertes, morts, vidés de leur sang par des déchirures sur leur corps. J'aurais voulu hurler, mais le seul son qui sorti fut un horrible grognement sourd.
Je me sentais toujours trembler, et pourtant je ne pouvais pas me contrôler. Voyant que je n'arrivais toujours pas à lever mes mains au niveau de mes yeux, je me suis avancée dans la pièce jusqu'à me retrouver face à un miroir, j'ai de nouveau hurler, mais la chose n'a pas bougé, elle s'est contenté d'ouvrir la gueule.

J'ai baissé la tête sur ses pattes velues, griffues, énormes, mortelles. Il était évident qu'elles pouvaient déchirer la chaire humaine sans difficulté, juste d'un coup bref et net. En regardant la chose dans le miroir avec attention, on aurait dit un mélange d'ours et de loup, mais avec un poil beaucoup plus touffus, beaucoup moins soignés et soyeux. Une chose sauvage qui ne cherchait qu'une seule chose... Tuer, saccager... Cette chose... C'était moi... Elle était devenue moi, ou bien étais-je devenue elle ? Je me suis sentie mal et j'ai hurlé aussi fort que j'ai pu, j'ai hurlé et j'ai fermé les yeux....

Lorsque je les ai rouverts, j'étais dans un champ de maïs, les pieds pris au piège dans la boue, incapable de bouger....
Une seule pensée me vint en tête. Qu'y avait-il de vrai ? Quand est-ce que tout ça se terminerait ?...
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