Le Silence de la Mer

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"L'hirondelle ne réclame pas sa liberté, elle prend son envol et puis c'est tout." Moi j'ai pris mon envol pour le pays des rêves,de l'imagination, de l'écriture, de la liberté. Et puis je  [+]

Samedi 13 octobre 2010, 20h01...

Helene, debout sur la jetée du port de Brest, les cheveux détachés, libres aux caprices du vent, a les larmes aux yeux. Elle attend. Attend un miracle. Attend que son mari revienne. Revienne de la mort. De la noyade.

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25 ans avant...

Dylan, 10 ans, observait son père, Sylvain, charger le petit bateau de pêche. Aujourd’hui était un grand jour pour le petit homme. Aujourd’hui, Dylan ira pour la première fois naviguer en mer. Il avait hâte ! Hâte de sentir les embruns sur sa peau, de lancer sa canne à pêche, de sortir un poisson de l’eau !
Quelques minutes plus tard, le bateau quittait le port. Et Dylan navigue ! C’est lui qui tient la barre, après avoir bien écouté toutes les recommandations de son père. Ce dernier était par ailleurs très fier de son fils. Lorsqu’ils croisaient des pêcheurs, Sylvain le présentait, les yeux pétillants, le torse bombé.
La mer était calme et plate. Le soleil tapait fort mais la chaleur était quelque peu dissipée grâce à un léger vent frais. Dylan arrêta le bateau et Sylvain prépara les cannes. Il en tendit une à son fils en lui expliquant comment faire. Lancer le leurre le plus loin, mouliner le faire revenir, espérer qu’un poisson le morde, recommencer. Ne pas oublier de s’hydrater, de faire des pauses.
Midi arrivant, les deux hommes s’assirent et se reposèrent. Ils prirent leurs déjeuners en discutant. Une fois le déjeuner fini, Dylan, ayant trop chaud, se mit en maillot et sauta dans l’eau. La fraicheur de celle-ci lui fit du bien. Il barbota quelques instants puis remonta dans le petit bateau.
Deux bars plus tard, Sylvain décida de rentrer. La houle commençait à se faire sentir et Dylan était fatigué.

Le père et le fils étaient heureux, ils avaient renforcé les liens entre eux. Pourtant, si Sylvain n’avait pas emmené Dylan à la pêche et lui avoir fait découvrir la mer, rien ne se serait passé ainsi...

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Samedi 13 octobre 2010, 19h00...

Cela faisait un mois. Un mois que son mari devait être là, assis sur son fauteuil, à côté de la cheminée, à lui conter ses aventures. Au lieu de ça, elle faisait le ménage, et lui était sur les mers. Helene soupira et s’assit. Elle oublia un instant le temps présent et son esprit retourna en arrière...

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6 mars 1994...

Helene, allant sur ses 16 ans, déambulait dans les rues d’un quartier de Brest. C’est alors qu’elle débouchait sur le port qu’elle le vit. Un bel homme, musclé et suant sous l’effort. Inconsciemment, elle passa la main dans ses cheveux et tenta de se recoiffer. Elle sourit et s’approcha de lui sans pour autant oser l’aborder. Au bout de quelques minutes, le jeune homme la remarqua et lui sourit en retour. Helene rougit et s’approcha.
Le garçon finit de charger la marchandise sur le bateau qui l’emportera dans quelques jours de l’autre côté de l’océan, enfila un T-shirt et se dirigea vers Helene. En gentleman, il lui offrit son bras et tous deux s’en allèrent se promener sur les quais. Ils passèrent un superbe moment mais l’heure de se quitter arriva. Ils se promirent de se revoir le lendemain, même endroit, même heure.

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Samedi 13 octobre 2010, 19h37...

Helene se souvient d’avoir revu le jeune homme, qui s’était révélé s’appeler Sylvain, plusieurs jours de suite. Malheureusement, le bateau dut s’en aller, avec, à son bord, l’homme de ses rêves, de son cœur, l’homme qui lui avait donné son premier baiser...

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15 mars 1994...

Les parents d’Helene se posaient des questions. Depuis six jours environ, leur fille était devenue morose, triste. Ils avaient bien essayé de lui parler, mais Helene s’était fermée comme une huître.
Sa mère, Valérie, jeune femme avant Helene, se doutait de quelque chose. Elle monta dans la chambre de sa fille et commença à lui parler. Ses suppositions étaient justes : Helene avait des problèmes de cœur. Amoureuse d’un marin parti en mer. Il reviendra. Ne t’inquiète pas. Il t’aime ? Alors il pensera à toi et ne t’oubliera pas. Il reviendra.
Helene fut convaincue et recommença à vivre normalement. Jusqu’au 27 avril, jour où revient Sylvain. Quand elle le voyait, Helene était en extase, quand il partait sur les mers, son esprit partait avec lui.

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Samedi 13 octobre 2010, 19h43...

Helene fut tirée de ses pensées par le tintement de la sonnette. Elle alla ouvrir. Le facteur l’attendait avec une lettre à la main. Helene la prit et le remercia. Elle retourna s’assoir sur le fauteuil avec un mauvais pressentiment. Elle ouvrit l’enveloppe délicatement et déplia la lettre.

«Chère Helene,
Ce que j’ai à vous dire n’est pas simple à formuler.
J’ai peur de vous décevoir. Je n’ai pas pu le sauver.
Je n’ai pas tenu la promesse que vous m’avez fait faire.
Je suis désolé.

Helene sentit la première larme couler. Non. Ce n’était pas possible. Il ne pouvait pas... Son mari... Son Sylvain, l’homme de sa vie... Il n’était pas... ? Helene prit une grande respiration et continua sa lecture avec un zeste d’espoir...

«Sylvain était un bon marin, le meilleur, et,
je n’en doute pas, un excellent mari, un génialissime compagnon de vie.
Sylvain était apprécié de tous.
Mais il nous quitta le 1 octobre 2010, lors d’une forte tempête, en passant par-dessus bord.
Ce fut une tragédie.
Je suis, nous sommes tous, désolés de sa perte.
Respectueusement,
John DENIS et l’équipage. »

Helene poussa un cri de désespoir et s’effondra sous ses sanglots. Pourquoi ? Pourquoi était-il mort ? Pourquoi ? POURQUOI ??

Elle jeta la lettre par terre, se dirigea vers la porte, toute chancelante. Elle se reprit et courue au port et alla sur la jetée. Et elle pleura. Elle pleura toutes les larmes de son corps, de son cœur.
Si Sylvain n’était plus de monde, vivre perdait son sens. Elle n’avait pas d’enfants. Qu’est-ce qu’elle avait à perdre ? Rien. Au moins, Helene retrouvera son mari, sa moitié, au Paradis.

Helene ne savait pas nager.

Elle sauta dans l’eau. Celle-ci l’engloutit. Il était 20h15.


Hommage à toutes celles qui ont perdu un mari, un frère, un oncle, un ami marin, englouti par les flots.
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Anatheme Minecraft · il y a
Rien à dire 👍
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Norah L'Hirondelle · il y a
:D merki
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ALYAE B.S · il y a
WAW... Je kiffe TROP. J'adore énormément ce genre de nouvelles. (surtout le flash back) :)
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Norah L'Hirondelle · il y a
heureuse que ma nouvelle vous aie plu :D
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ALYAE B.S · il y a
😋 C'était amplement mérité...
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M. Iraje · il y a
Entre chronique et flash back, cette douloureuse évocation d'une vie conduit tragiquement jusqu'à l'épilogue inéluctable.