Le salut

il y a
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Finaliste
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Il sentait la tension de ses muscles prêts à craquer à chacun de ses pas. Il les sentait se déployer, chauffer, jusqu’à brûler d’un feu incandescent. La douleur physique ne pouvait se taire. Mais il s’interdisait de céder à la facilité. Il fallait faire face et continuer, continuer, continuer toujours. Malgré l’essoufflement, les courbatures, les points de côté, la raideur qui commençait à tétaniser tous ses membres, un à un. Il devait tenir. Garder sa place, affronter les kilomètres, se concentrer sur une ligne d’horizon, l’atteindre et une fois atteinte, recommencer. Indéfiniment. L’arrivée prenait des airs de mirage en plein désert.
Toutes ses heures passées à courir, partout, sur le chemin irrégulier et boueux des champs, sur le macadam brut du trottoir du quartier, sur les herbes noueuses et flottantes de la forêt ne seraient pas vaines. Non. Tout le temps, il s’était accroché, il avait couru, dès les premières lueurs de l’aube, au petit matin alors que la ville dormait encore, le soir lorsque les ombres étendaient leur noirceur sur toute chose. Son existence avait fini par dépendre de ces quelques instants d’entraînement. Rien d’autre n’avait plus eu de goût, de sens.
Et le jour de tant de sacrifices, de tant d’obsessions, c’était ce jour. Il le vivait sans en prendre totalement conscience. Il vivait ce pourquoi il avait cessé de vivre, lui, s’effaçant progressivement, s’oubliant derrière ce sport qui l’avait dévoré.

Yannick luttait maintenant car il savait la menace proche derrière lui. Durant tout le marathon, il avait tenté de la semer mais elle finissait par réapparaître, tenace telle la vielle rancœur, poison des cœurs. Son cœur à lui battait vite, peut-être trop. Il sprintait, il fuyait avec l’énergie du désespoir, la peur au creux du ventre. La sueur collait son tee-shirt, les gouttes voletaient de ses cheveux. Il donna un coup d’accélération, le dernier, le seul que son corps pourrait encore supporter.
Et il entendit avant même de voir. Les cris, les exclamations du public regroupé autour de la victoire. Il garda l’allure, qu’importe, les poings serrés. Sous l’effort, il sentit les larmes salées couler sur ses joues. Tout devenait flou, à l’exception de la banderole qu’il distinguait maintenant. Elle l’attendait. Un morceau de papier pour toucher le rêve. Les bras levés vers le ciel, il regarda la foule grondante l’acclamer. Et le bout de tissu traînant par terre, il sut, enfin. Qu’il avait gagné.

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Fantomette · il y a
Bravo, j'en suis toute essoufflée, on s'y croirait
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Allie · il y a
En effet très bien écrit :)
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Claudia Wilbois · il y a
Super Lisa, c'est très bien écrit :-)