Le Roi-sommeil

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Il était, il y a fort longtemps, là-bas dans une dimension éloignée au-delà des étoiles du ciel, un royaume extraordinaire où il faisait bon vivre. Le héros de cette légende était le prince Jean. Il était très heureux, entouré de sa ravissante mère Jade à la taille fine et au sourire d’ange et de son vieil et tendre père que le peuple libre nommait « le roi du cœur ».

Le jeune prince passait sa vie à étudier les sciences et s’appliquait, tout comme son père, à parfaire le bonheur des hommes.

Au cours d’une promenade autour de l’étang, il aperçut une ravissante jeune fille aux cheveux d’or qui descendaient jusqu’à sa taille. Sa peau était rose comme un lever de soleil et ses yeux avaient la fragilité de l’innocence. Elle se baignait dans l’eau claire et nageait comme une sirène.

Le prince en tomba instantanément amoureux. Il revint les jours suivants et l’observa de loin afin ne pas l’effrayer et chaque fois son cœur s’emballait.







Alors que l’été pointait à peine, le prince prit la délicate décision de s’approcher d’elle. Elle était vêtue d’une vaporeuse robe blanche et chatouillait l’eau du bout de ses doigts. A la vue d’un inconnu, la belle tenta de s’enfuir comme un animal sauvage mais le prince trouva les mots pour la retenir.

Jean et Agathe se revirent tous les jours pour vivre des moments merveilleux. Une merveilleuse idylle était née entre les deux amoureux.

Pendant que l’amour les enveloppait, une importante réunion se déroulait dans la grand’ salle du château. Le conseil des sages dirigé par le roi, se retrouva, en cession extraordinaire, afin de prendre une décision capitale pour le royaume. Il était question de marier le prince avec la princesse Anne du domaine voisin, et de leur céder le trône le jour de la cérémonie. Au terme d’échanges houleux, le roi du cœur valida cet accord et clôtura la séance.

Dés qu’il en apprit la nouvelle, Jean décida de refuser l’honneur de succéder à son père en épousant une femme qu’il n’aimait pas. Il se précipita dans les bras de sa douce aimée et lui révéla tout ce qu’il savait en échange de quoi il reçut un long et chaleureux baiser qui conforta sa ferveur. Les heures de bonheur défilèrent et le prince repartit au palais pour en aviser son père.







Dans le même temps, Agathe prit la direction du petit bois. Elle y retrouva ses amies et leur annonça la nouvelle. Aussitôt le ciel se chargea de gros nuages noirs qui déchargèrent d’énormes gouttes de pluie sur le château du roi. Les dames du bois prirent des voix de nymphes et se mirent à rire atrocement. Le son émis par les sorcières recouvrit le royaume dans un vacarme caverneux. Le vent et les éclairs se mêlèrent à la fête et rapidement une grande peur s’installa dans les foyers. Le désastre dura dix jours pendant lesquels le royaume fut dévasté. Le roi fut pris d’une fièvre foudroyante qui l’emporta dans l’autre monde. Les sorcières étaient parvenues à le terrasser.

Dés lors, le ciel s’éclaira et le soleil sécha rapidement les terres mouillées. Le château reprit sa splendeur, comme s’il avait été épargné par le désastre.

Agathe s’y présenta et demanda à être reçue par le nouveau souverain. Elle se teint fière et droite et réclama la place de première dame du royaume au mépris de toute discussion. Au fur et à mesure qu’elle parlait, sa voix devenait enrayée et ses yeux s’exorbitaient. Jean fut surpris par cette exigence ainsi que par l’apparence qu’elle prenait, et même s’il avait songé partager le trône avec elle, la décision populaire devait venir de lui et de lui seul. Il lui en fit part sans ménagement. Mais elle riposta de plus belle :



- Veux-tu encore gouter à la sorcellerie et en subir ses dommages comme ton père ? lança-t-elle avant de se transformer, à son insu, en vieille et vilaine sorcière boutonneuse et bossue qu‘elle était réellement. Aussitôt sa silhouette changea d’apparence, laissant alors apparaître une grande cape noire et un chapeau pointu.



- C’est donc vous qui avez tué mon père ! Je comprends pourquoi vous m’avez séduit, c’était pour monter sur le trône ! Sachez que je lutterai toute ma vie pour que règne la justice contre l’infamie. Madame, si vous vous représentez une nouvelle fois ici, vous finirez vos jours dans un cachot. Disparaissez de ma vue à tout jamais.

Profondément blessée, la sorcière prit la voie des airs pour rejoindre ses amies.

Le roi donna ses instructions pour que le royaume retrouve son bel aspect d’autrefois. Chacun avait un rôle à tenir et s’y plia de bonne grâce. La rénovation ne dura que quelques jours, puis un grand banquet réunit le peuple autour de son roi.



Pendant ce temps, l’assemblée des sorcières convoquée en urgence, permit à la sorcière noire de jeter un sortilège au roi. Sitôt que celui-ci s’endormira, ce sera pour l’éternité. Elle promit également que ce même jour l’étang du château serait asséché. Pour terminer son plan machiavélique, elle permit au roi de sortir de sa léthargie, le jour où cet étang serait à nouveau rempli par un flot de larmes. Autant dire jamais...



Ayant eu vent de ces maléfices, le monarque décida d’en finir et lança un défit à son ennemie. Il la somma de se rendre sur la colline des bergers, dés le matin suivant, pour régler le conflit dans un combat à mort.







Dans le village, la population était en effervescence. Le forgeron, qui était aussi l’homme le plus grand et fort du pays, décida de façonner une épée légère et solide pour l’offrir au roi avant son départ. Il passa la nuit à trapper le fer de ses gros bras, jamais encore il n’avait conçu une telle arme, plus énergique que Durandal et plus fiable qu’Excalibur. Au petit matin, alors que le grand jour s’apprêtait à se lever, Pierre Lefort amena l’Invincible à son nouveau maître en sollicitant la faveur de l’accompagner sur la colline. Le roi accepta et remercia son nouveau compagnon pour ce cadeau exceptionnel. Les yeux du forgeron brillaient de mille feux tant sa joie et sa fierté étaient sincères.

De son côté, Paul le boulanger trapu, vigoureux et astucieux, venait de confectionner un pain fait d’épices d’îles mystérieuses et de céréales rares pour donner à son roi la force de remporter ce combat. Il se déplaça au château et lui remit son présent en souhaitant au fond de son coeur que les Dieux fussent du côté du bon droit, celui du roi. Il demanda, à son tour, l’honneur de l’escorter sur le chemin de la colline. Le jeune roi sourit et partagea la boule de pain avec ses nouveaux compagnons.

C’est alors que se présenta un vieil homme à la barbe longue et aux cheveux rares et jaunis. C’était l’incomparable magicien Nilrem. Il offrit ses services à Jean en prédisant que le combat contre les forces du mal serait long et très incertain et lui tendit une potion magique conçue pour tenir éveillé tout en conservant la vigueur. La seule obligation était d’en prendre quelques gouttes au premier coup de minuit. Il confia au roi que son grand âge ne l’empêchait pas de se joindre à eux, si cela était possible.

Jean donna le dernier morceau de pain au mage en témoignage de reconnaissance et annonça qu’il était l’heure de partir.



C’était la première fois qu’il recevait autant de gratitude, aussi, il partit avec ses trois nouveaux compagnons et laissa sa garde au château.







Arrivés sur place, ils virent la sorcière chevauchant un dragon. Le jeune roi s’approcha seul sur son fier destrier et reçut en signe de bienvenue une salve de flammes qu’il esquiva avec agilité. Il s’avança au galop et trancha, d’un seul coup, la tête du dragon. Puis il sauta de son cheval et combattit la sorcière. Celle-ci se battait avec une force extraordinaire puisée de ses potions magiques et tint jusqu’à la nuit avancée.

L’engagement des adversaires était d’une rare violence si bien que les deux combattants épuisés ne purent plus se tenir debout. Ils promirent de revenir le lendemain avant de rejoindre leurs demeures.



Quelques heures plus tard, après un court repos mérité, ils se retrouvèrent. La sorcière tenait une épée fantastique, très longue pour tenir le roi à distance. Elle martelait l’Invincible sans effort apparent, mais celle-ci tint bon et riposta avec autant de vigueur. La fin du combat se termina en fin de journée comme la veille. Les jours suivants se déroulèrent de la même façon, ainsi que les mois qui s’enchainèrent au fil des années.



Ce matin-là, Jean se présenta sur le champ de bataille. Il se sentait usé, fatigué mais sa volonté de vaincre était pourtant la même. Aux premiers échanges, il réalisa que ce combat serait peut-être le dernier. Une pensée le troublait. Il doutait d’avoir pris la potion du magicien. Alors il s’engagea dans la bataille pour en terminer une bonne fois pour toute, frappant de toutes ses forces et réussit, pour la première fois, à faire tomber la sorcière au sol. Elle se vit alors, anéantie. L’Invincible se hissa pour toucher le cœur de la sorcière lorsque celle-ci prononça un mot meurtrier. Jean chuta brutalement au sol et sa tête heurta une roche. Il perdit conscience, s’enfonçant dans un profond sommeil. Aussitôt la sorcière hurla de joie. La victoire lui souriait et sa vengeance se réalisait enfin.

Le maléfice se mit aussitôt en place alors que le roi inanimé fut transporté dans sa chambre.

Pierre, Paul et le magicien témoins de la scène passèrent le reste de leur vie à raconter cet épisode malheureux. Le royaume demeura sans roi pendant des siècles et le temps effaça le souvenir d’un roi qui dormait dans une chambre recouverte de toiles d’araignées et de poussière.



Les choses auraient pu en rester là lorsqu’un compagnon, Jacques, passa près de là. C’était un jeune homme jovial et rempli d’espoir. Ses longs cheveux noirs plongeaient sur ses larges épaules et son sourire charmeur lui conférait une sympathie naturelle. Dans sa vaillante marche, il aperçut les vestiges d’un vieux château et non-loin de là, un très grand rocher de granit rose. Il s’installa dans le village et trouva un travail. Un beau jour, l’envie lui prit de sculpter un énorme visage dans la roche. Il prit ses outils et commença. Ce travail dura plusieurs années. Ses mains étaient devenues cagneuses et son beau regard fatigué. Le résultat était édifiant, maître Jacques venait, sans le savoir, de sculpter le portrait du roi Jean. Lorsqu’il eut terminé, il frotta les yeux du dernier souverain, et un filet d’eau sortit des commissures. On eut dit des larmes limpides et pures. Elles glissèrent jusqu’au au bord de la plaine, s’étalant enfin sur l’étang asséché du château, qu’elles finirent par combler pendant la nuit.

Au petit matin, quelque part dans une chambre du château en ruine, un homme se leva de son lit comme le printemps dans le royaume. Il n’avait pas pris une ride. A ses pieds, le mage aux longs cheveux et à la longue barbe blanche s’agenouilla. La malédiction était terminée, le roi était de retour parmi les siens. Ce qu’il ignoraient c’était que la sorcière noire elle, n’était pas immortelle et qu’elle avait quitté ce monde depuis fort longtemps.



La nouvelle du réveil du roi oublié se propagea dans le royaume. Les sujets se présentèrent spontanément pour reconstruire le château et servir leur monarque

Quelques temps plus tard, une jolie bergère qui gardait ses moutons près de l’étang, vint lui ravir son coeur. Il l’épousa et put enfin profiter d’une longue vie d’amour et de paix.







FIN
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