Le ridicule ne tue pas, mais…

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40 ans dans l'industrie, les machines et la robotique ça laisse des traces... et des interrogations ! Heureusement la découverte tardive de l'écriture me permet d'aller au delà d'une rude  [+]

Assise à la table du salon, Hélène trie et classe des papiers, la télé allumée sur le journal de vingt heures qu'elle ne regarde que d'un œil. Le soleil couchant inonde la pièce d'une lumière orangée. De la baie vitrée entr'ouverte l'air doux de cette fin avril lui apporte les piaillements des merles dans la haie du jardin. 
Hélène vit seule dans cette maison, trop grande pour elle, elle se le dit souvent. Médecin généraliste Hélène a toujours été très active. Elle ne connait pas l'oisiveté. Pourtant cinq ans plus tôt la disparition brutale de son mari l'a, pour la première fois, mise suffisamment KO pour qu'elle s'octroie tout l'arsenal de survie qu'elle avait prescrit à des centaines de patients : anxiolytiques, antidépresseurs, somnifères... Dans l'année qui a suivi elle a pris sa retraite. Un an plus tard, sortie du trou, elle reprend du service pour une association d'aide aux sans-abris et travailleurs pauvres : soins gratuits, aides psychologiques...  Les membres de l'association sont pour beaucoup des retraités de la santé, d'anciens sans-abris, voire d'anciens tôlards.
Ses nouvelles connaissances l'amènent à côtoyer des personnes qu'elle n'aurait jamais fréquentées auparavant. Même si parfois la misère venait frapper à son cabinet, elle n'avait jamais pris vraiment conscience de la cruauté d'un monde jusque-là sous-terrain à ses yeux. La prise de conscience d'un engagement  envers autrui qui l'avait tant motivée durant ses années d'études et qu'elle avait perdu au profit d'une vie bourgeoise, la solitude, l'inactivité, tout ça a redonné un sens à sa vie, comme un second souffle.
Ses enfants partis à l'autre bout du pays, le chien mort de vieillesse, elle vit désormais dans cette grande maison au potager à l'abandon, aux arbres fruitiers délaissés, au bord d'une route départementale peu fréquentée.

Malgré le son de la télé elle perçoit un bruit familier. Trop concentrée, elle ne réalise pas immédiatement ce que ce bruit a d'incongru. Un frottement, un glissement puis soudain une ombre. Elle tourne la tête et sursaute violemment, le souffle coupé : deux hommes cagoulés lui font face, deux silhouettes à contre-jour de la baie vitrée grande ouverte.
Le plus petit des deux parle avec un l'accent prononcé de la région :
- Salut Mamie, surtout tu restes tranquille si tu ne veux pas qu'on t'explose la gueule, compris ?
Elle porte ses mains à sa poitrine, la gorge nouée.
- Compris ? répète le petit en élevant la voix
Elle hoche la tête.
- Très bien. Alors tu restes assise et tu ne bouges pas sinon on t'attache. Mon pote va rester avec toi et pendant ce temps j'irai chercher le pognon que tu caches quelque part. Ok ?
- Oui
- On va gagner du temps si tu nous dis où sont le fric et les bijoux...
Le plus grand des deux pose une main gantée sur son épaule et serre :
- Dis-nous où tu planques tes bijoux ? Tu as intérêt à parler parce que je n'ai pas du tout envie d'esquinter ta tronche de vieille peau, d'accord ?
Visiblement le plus petit des deux, ventru, jambes arquées, a l'air d'être le chef. Plus âgé que le second, une grande perche avec une voix d'adolescent et un accent indéfinissable. Malgré la situation inquiétante, elle a une vision furtive de Don Quichotte et Sancho Pansa.  A cet instant elle réalise que le petit est armé  d'un couteau de chasse.
- Dans... dans ma chambre... les bijoux sont dans un coffret métallique sur la table de chevet.
- Et le reste ? dit Sancho
- Heu... mon porte-monnaie dans mon sac à main.
- Ton portable est dedans ?
- Oui
- Je suppose qu'il y a aussi une carte bancaire dans ton sac ?
- Oui
- Le code ?
-...
 -Le code, crie le grand
Il lui balance une gifle qu'elle ne peut esquiver. Le petit s'interpose. Il pointe son couteau entre les seins d'Hélène.
- Tu vois ce que tu nous fais faire ? Alors soit raisonnable, donne-nous ton code.
- 5428
- Il est où ton sac ? poursuit le petit
- Dans... dans ma chambre aussi... enfin, je crois...
- Bien ! Tu es très coopérative mamie.
Le grand commence à fouiller les meubles, jette au sol ce qui ne l'intéresse pas et pose sur la table ce qui lui semble récupérable. Le petit prend le couloir qui mène aux chambres et revient quelques minutes plus tard. Il pose également sur la table les objets qu'il vient de rapporter. Du sac à main il sort le portable, l'ouvre et en retire la carte sim qu'il écrase entre ses doigts.
Sur sa chaise, Hélène n'ose faire un geste, tétanisée. La main posée sur sa joue encore douloureuse, elle les observe.  A leur façon de se parler, elle sent bien que ces deux-là sont des amateurs pas très futés. Ce qui peut être un bien ou un mal. Comment tout ça va finir ?
Elle a une brusque envie de pisser.
- S'il vous plait ?
- Quoi ?
- Il faudrait que j'aille aux toilettes.
- Et pour quoi faire ? dit le grand
Décidément c'est le plus abruti des deux celui-là !
- Il faut que j'aille pisser.
- Qu'est-ce que j'en ai à foutre, tu te retiens !
- C'est impossible. Et puis je ne me sens pas bien.
Le petit intervient :
- Vas-y, je t'accompagne mais tu laisses la porte des chiottes ouverte.
- Oh non, s'il vous plait, supplie-t-elle. Je ne risque pas de m'enfuir, il n'y a pas de fenêtre.
Il jette un œil dans la salle de bain à l'entrée du couloir:
- C'est bon mais tu ne mets pas le verrou. De toute façon je reste derrière la porte et si tu la fermes je l'enfonce. On est d'accord ?
Elle hoche la tête, franchit le seuil de la salle de bain et referme doucement derrière elle. Surtout pas de gestes brusques au risque de les rendre plus agressifs.

Une fois à l'intérieur, elle prend de profondes inspirations et s'octroie  quelques secondes pour réfléchir. Dans son malheur elle a une chance relative. Ils ne l'ont même pas ligotée et, malgré la gifle, leur violence reste limitée. On entendait si souvent des vieux se faire torturer pour quelques euros, comme ça, sûrement plus pour le plaisir de faire souffrir que pour obtenir des renseignements. Le plus vieux a l'air plus sensé que le jeune dont l'intelligence et le sang-froid ne sont pas les qualités premières, ce que confirme leurs échanges verbaux qu'elle perçoit à travers la porte. C'est surtout de lui dont elle doit le plus se méfier. Elle n'a qu'un souhait : qu'ils partent le plus tôt possible.
Pourtant, une voix intérieure lui souffle qu'elle ne peut pas se laisser dépouiller sans rien faire. Une fois les voleurs partis, ce sont des culpabilités, des angoisses, une humiliation qu'elle aura du mal à supporter. Toute sa vie elle ne s'est jamais laissée faire et ce n'est quand même pas deux guignols qui vont lui perturber sa retraite. Et puis... le grand con n'aurait jamais dû la frapper.
Son mari avait une arme, un petit Beretta 6.35 légué par son père qui n'avait jamais expliqué d'où il le tenait. Aucun permis de port d'arme bien sûr. Son mari lui avait montré comment s'en servir, l'avait introduit, ainsi qu'un chargeur, dans un sac en plastique et mis le tout dans le tiroir de la table du salon en lui disant que si jamais un jour... Et voilà, ce jour est peut-être arrivé. Pourtant elle ne se voit pas menacer ces hommes avec une telle arme. Et puis il faudrait pouvoir la récupérer ce qui lui parait, pour le moment, impossible. Non, décidément c'est une mauvaise idée. Il faut qu'ils s'en aillent, très vite.
Son stress est toujours là, elle a besoin de se calmer. Un anxio peut-être? C'est en ouvrant avec précaution l'armoire à pharmacie que lui vient une idée. Elle ne sait pas comment la mettre en œuvre, mais le principal est de commencer par un bout, après elle verra comment les choses évoluent. 
Elle se saisit d'un somnifère en flacon presque plein, celui qui lui reste de l'époque où elle s'assommait tous soirs avec. Elle ôte le capuchon,  y place le compte-goutte et l'enfouit dans une poche de son gilet. Maintenant il lui faut trouver le moyen de les faire boire. Une bière peut-être ? L'alcool peut accentuer les effets du somnifère, la boisson gazeuse favoriser le passage dans le corps. Si elle arrive à les convaincre de boire, il lui faudra trouver le moyen d'introduire le somnifère dans les canettes. Pas une mince affaire.
Le tout est de les retenir au moins un quart d'heure le temps que les somnifères agissent. Les endormir suffisamment longtemps pour que la police les récupère. Seul soucis : quelle sera leur réaction s'ils réalisent qu'ils sont drogués ? Elle ressent une pointe de panique à cette idée, mais se remotive immédiatement. Son côté battant reprend le dessus.

Elle tire la chasse d'eau et sort de la salle de bain. Le petit est en train de trier leur butin sur la table et le jeune est affalé sur le canapé à zapper les chaines de télé. Un rien surréaliste comme situation. Si ce n'est leur cagoule, ils donnent l'impression d'être des invités chez leur grand-mère. Hélène sourit intérieurement à cette idée. Quelle opportunité !
- Vous voulez peut-être boire quelque chose ? Une bière ? Un coca ?
- Ils se tournent vers elle :
- Qu'est-ce que tu nous fais, mamie ? dit le petit. On vient chez toi te dépouiller et tu nous offres un coup à boire comme si on était potes ? Je te trouve un peu trop sympa.
- Vous vous comportez plutôt bien avec moi, vous auriez pu être plus violent et je...
- C'est ça. Tu veux qu'on laisse notre ADN sur les canettes ?
- Pas du tout. D'ailleurs si vous les emportez vides vous ne courez aucun risque.
Le deux complices échange un regard.
- C'est vrai que je me taperais bien une bibine, dit le grand.
- C'est bon la vieille, dit le petit, va nous chercher deux canettes.
Hélène est confondue par leur naïveté.
Le plus jeune la suit dans la cuisine. Masquée par la porte du frigo, elle décapsule la première canette et y introduit l'embout du flacon qu'elle presse. Elle la tend au jeune qui soulève le bas de sa cagoule, et avale une bonne moitié du contenu. Pendant ce laps de temps elle reproduit la même chose avec la deuxième canette.
Elle ne pensait pas être capable de faire preuve d'autant de doigté et de sang-froid.
De retour dans le salon, le plus vieux lui saisit la canette des mains et la boit d'une traite.Hélène s'assoie en bout de table, du côté où se trouve le tiroir. Elle n'a plus qu'à attendre que ça fasse effet.
Cinq minutes plus tard, affalé sur le canapé, le plus jeune a les paupières qui s'affaissent. Quant à son complice, assis sur une chaise, il dodeline de la tête. Les yeux mi-clos, il observe Hélène. Il donne l'impression d'essayer de comprendre ce qu'il lui arrive.

C'est moment.
Hélène soulève la nappe, ouvre le tiroir et en sort le sac en plastique qu'elle tente de masquer entre ses cuisses.
- Hé ! Tu fais quoi la veille ?
Elle sursaute. Le petit se saisit de son couteau posé près de lui. Il se lève, moins rapidement qu'il ne le souhaiterait sans doute et se rapproche d'elle. Hélène se lève à son tour et entame un tour de table pour échapper à son poursuivant. Dans le même mouvement, elle sort le pistolet du sac en plastique, engage le chargeur et pointe l'arme sur Sancho qui s'arrête net. Il vacille sous l'effet de la surprise et des somnifères.
- Hé... dé... déconne pas, mamie.
Il a des difficultés à articuler. Elle jette un coup d'œil au plus jeune qui n'a pas réagi. Elle abaisse le cran de sureté mais se garde de poser le doigt sur la détente, elle ne tient pas à tirer sans le vouloir. Elle espère juste le tenir à distance le temps que le somnifère fasse son effet.
- C'est bon... on va... on va se casser, hein ?
Il titube, tombe à la renverse sur l'accoudoir du canapé, glisse dessus et se retrouve le cul par terre. Son couteau lui échappe, il cherche vainement à se relever. Ce dernier effort achève de l'épuiser. Son menton tombe sur sa poitrine, il s'endort la nuque contre l'accoudoir.
Hélène soupire. Incroyable, elle n'en revient pas, son plan a réussi. Elle s'assoie face à eux et essaie de remettre ses idées en place. La voilà seule avec deux voleurs qu'elle a endormis pour un temps qu'elle ne sait estimer, alors autant être prudent et attendre un peu. Première chose, s'assurer qu'ils sont bien endormis, ensuite récupérer les objets volés, puis prévenir la gendarmerie. C'est ce qu'elle a de mieux à faire.
Elle s'approche avec prudence des deux corps endormis, leur ôte la cagoule et reste quelques instants à les observer. Elle ne s'attendait pas à des visages aussi banals, rien de patibulaire en eux. Dans leur sommeil ils ont l'air paisible et innocent. C'est en les secouant pour vérifier leur état qu'elle prend conscience que les deux individus pourraient être en surdose. Un danger pour eux mais aussi pour elle. Les conséquences peuvent être dramatiques.  Elle n'ose penser au pire. Elle sent poindre un fond de panique et leur tâte le pouls pour se rassurer. Ils sont profondément endormis pour quelques heures.

Que faire d'eux à présent ?
Comment expliquer aux gendarmes que deux hommes sont entrés chez elle sans effraction, qu'elle les a drogués et menacé d'une arme. Une chose est sûre ces deux guignols vont raconter aux flics qu'elle les a tenu en joue avec un pistolet, pistolet dont elle aura du mal à justifier la possession. Elle se sent coincée. Son embarras grandit à mesure qu'elle essaie d'échafauder un scénario qui tienne la route. Elle a besoin d'aide, mais qui appeler ? Et surtout comment, maintenant qu'elle n'a plus de... Elle se lève d'un coup et se précipite sur son sac à main qui se trouve sur le sol. Elle plonge la main dedans. Quelle chance, ces deux abrutis ont négligé de le fouiller plus à fond. Il possède une double poche dans laquelle se trouve son second portable, celui de l'association.
Elle fait défiler les contacts et appelle Lucas.
La situation est délicate et Lucas, futé, débrouillard, saura certainement la conseiller voire lui apporter de l'aide. Dans l'association il s'occupe de l'entretien des matériels, du transport de personnes handicapées, du recrutement de bénévoles. C'est un homme à tout faire qui a rejoint le collectif il y a quelques années. Pour des erreurs de jeunesse comme il dit, il a purgé plusieurs années de prison. Sa rencontre avec le doyen de l'association a été pour lui l'opportunité d'une forme de rédemption. Du moins c'est ce qu'il prétend. Toujours est-il qu'il voue un profond respect à Hélène. De son côté, elle sent qu'elle peut lui faire confiance. Le temps de lui expliquer en quelques phrases, Lucas raccroche brusquement après avoir dit : c'est bon Hélène j'arrive.

Moins d'une demi-heure plus tard un fourgon remonte l'allée de la propriété. En descendent Lucas et un autre homme qu'Hélène ne connait pas.
- Salut Hélène. Je te présente Nasser, un ami.
- Nasser se saisit de la main d'Hélène et la secoue vigoureusement           
- Bonjour Docteur. On s'est déjà vu au local, vous vous souvenez ? C'est vous qui m'avez soigné une otite l'année dernière...
- Heu... c'est possible, je ne me souviens pas. Je suis désolée.
- C'est pas grave. Quant Lucas m'a appelé et qu'il m'a raconté, je lui ai dit pas de problème, si c'est pour le Docteur Hélène, je file un coup de main...
Lucas s'approche du jeune voleur endormi sur le canapé et le secoue par l'épaule
- Alors c'est ces deux cons-là qui sont venus t'agresser chez t... Oh putain ! C'est pas vrai, celui-là je le connais.
- Il donne quelques claques au plus vieux qui grogne dans son sommeil.
- On l'appelle Gourdasse, mais je ne connais pas son vrai nom. Je me souviens de lui lorsque j'étais en tôle, il est arrivé quelques mois avant que je sorte. Une chose est sûre : ce n'est pas une lumière, plus bête que méchant. Par contre l'autre je ne sais pas qui c'est.
- Lucas, je fais appel à toi parce que je suis perdue. J'ai voulu appeler les flics mais...
- Surtout pas les flics. Avec le coup du somnifère et ton flingue, ils ne vont pas te lâcher
- Tu es sûr ?
- C'est mon domaine, tu peux me croire.
- D'accord, mais on fait quoi, alors ?
Lucas semble réfléchir :
- Est-ce que quelqu'un d'autre est au courant de leur présence ici ?
- Bien sûr que non, comment veux-tu...
- Je veux dire : ils n'ont appelé personne ?
- Non
- A mon avis ils sont forcément venus en voiture. Tu viens Nasser, on va les fouiller.
Ils fouillent en premier le sac à dos du jeune, y récupère les quelques objets volés et un portable prépayé éteint. D'une de leurs poches Lucas trouve une clé de voiture, une Renault. Il lance la clé à Nasser
- Tu peux faire le tour des environs pour trouver leur caisse ? Elle ne doit pas être très loin. Avant de la toucher mets des gants, faut être prudent.
Une fois Nasser sorti dans la nuit désormais bien installée, Lucas pose une main sur l'épaule du médecin :
- Hélène, il est où le flingue ?
- Pourquoi ? Qu'est-ce tu veux en faire ?
- T'en débarrasser, on ne sait jamais.
- Ecoute Lucas, je te remercie pour tout mais je ne voudrais pas ajouter une connerie à une autre...
- Mais non voyons. Juste éviter que les flics ne le trouvent. Si jamais ils...
- Tu m'as assuré qu'il n'y aurait pas de problèmes, alors...
- Ok, ok. C'est une simple précaution. Garde-le si tu veux mais planque-le bien. Enterré dans potager... ou jeté dans la rivière
- Entendu, je le ferai.
Nasser revient deux minutes plus tard. Il a trouvé la voiture à moins de cent mètres dans un chemin perpendiculaire à la route, sous des arbres.
- Une Twingo ? Quelle classe! dit Lucas. S'ils ont les clés, c'est certainement leur bagnole. Ou alors ils l'ont empruntée. De vrais guignols ! Ils n'ont même pas eu l'idée de voler une caisse pour faire leur coup. Il n'y a pas à dire tout se perd.
- Hélène se tord les mains. D'un côté elle est soulagée que les deux hommes prennent les choses en main et de l'autre elle craint que tout ça n'aboutisse à des conséquences qu'elle n'ose envisager. Elle désigne de la tête les deux voleurs :
- J'ai peur qu'ils ne reviennent...
- Ne t'en fait pas. On va leur faire passer le goût de revenir.
- Vous n'allez pas les... enfin, pas de violence tout de même...
- Mais non, ne t'inquiète pas. On ne va pas leur faire de mal. Avec Nasser on a une petite idée, on va les soigner comme il faut.
- Justement, je...
- Fais-moi confiance, d'accord ?
-Hélène hoche la tête et les regarde tour à tour puis leur saisit à chacun une main.
- Merci à vous deux
- Lucas lui fait un clin d'œil
- Si on ne peut pas se rendre service entre potes ! Allez au boulot.
A la faveur de la nuit les deux hommes transportent les corps endormis jusqu'au fourgon. Après les avoir ligotés et enfermés, ils reviennent dans le salon.
- Une dernière chose Hélène : si jamais les flics se pointent...
- Mais tu...
- Ecoute-moi ! Si jamais les flics se pointent, surtout tu ne nies pas que ces deux cons-là sont venus chez toi. Ils sont justes restés quelques minutes pour te piquer ton fric et lorsque tu les as surpris, ils sont repartis tout de suite.
- Et s'ils me demandent pourquoi je ne les ai pas appelés ?
- Tu as le droit d'être choquée, non ? Et cagoulés tu n'aurais pas su les identifiés. Ou tu as jugé que ce sont de pauvres types, que ta bonté naturelle n'est pas de les accabler davantage... Bref, fais-toi ton scénario. Ok ?
- D'accords. Merci encore à vous deux.
Nasser saisit une nouvelle fois la main d'Hélène pour la secouer.
-* Au revoir docteur. Je suis bien content de vous avoir rendu service.
- C'est bon Nasser on se casse. Tu me suis avec la Twingo. C'est qu'on n'a pas fini nous. Allez, salut Hélène.
- Hélène les suit dans le jardin et dit à voix basse, comme si les voisins distants de trois cent mètres pouvaient l'entendre :
- Vous ne voulez pas me dire ce que vous allez en faire ?
Lucas lui sourit, jette un œil à Nasser et dit :
- Si, les ridiculiser.
Les deux hommes remontent dans le fourgon, s'éloignent lentement jusqu'à la route et disparaissent laissant Hélène à la fois soulagée et inquiète. Elle se sent très seule tout à coup. Elle retourne dans le salon et prend soin de bien refermer la baie vitrée.
Elle prie intérieurement pour qu'il n'y ait pas de conséquences fâcheuses à tout ça, pour elle bien sûr, pour ses deux amis... mais aussi pour ces deux pieds nickelés de cambrioleurs.

 Article de la Dépêche du Midi, lundi 23 avril :

« Très tôt hier matin dans une rue de la commune de Castelnau, les gendarmes, alertés par des passants,  ont appréhendé deux hommes entièrement nus en train d'essayer de briser la vitre latérale d'un véhicule. Les deux individus âgées de 21 et 42 ans, bien connus des services de police puisque tous deux en liberté conditionnelle, ont livré aux gendarmes des explications très confuses. Selon eux, ils auraient été victimes d'une mauvaise blague, après une soirée très alcoolisée au cours de laquelle leurs vêtements leur auraient été dérobés ainsi que leur voiture. Sans comprendre pourquoi, ils se seraient réveillés au milieu d'un rond point. Des explications qui n'ont pas convaincu les gendarmes. Le véhicule a été retrouvé en fin de journée à l'orée d'un bois proche de l'agglomération avec leurs vêtements à l'intérieur. Il appartiendrait à une tierce personne connue pour des faits de petite délinquance. Après quelques heures de garde à vue les deux individus ont été remis à leur juge d'application des peines respectif »

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